ADOLPHE COMMIS CHEZ SA MARRAINE
— Comment! monsieur Putois, pour voir Tartuffe, le chef-d'œuvre de Molière, au lieu de courir aux Français, vous allez dans un petit théâtre borgne?...
— Ah! permetteZjj'étaisavecunami; nous avions joué le spectacle aux dominos ; il a perdu, mais il m'a mené où il a voulu.
— Et de ces quatre pièces, voyons, quelle est celle que vous préférez?..,
— Ma foil... s'il faut vous l'avouer.,, celle dont j'ai conservé le plus agréable souvenir, c'est le Pied de mouton.
— Je l'aurais parié!... Décidément, vous avez bien fait de n'aller que quatre fois au spectacle en soixante ans.
Adolphe a écouté toute cette conversation sans rien dire, suivant son habitude; et, au dîner, placé en face de sa marraine, il se sent encore aussi embarrassé, aussi tremblant.
Les journées suivantes n'amènent aucun changement dans son existence; il travaille bien et assidûment; il va le soir à la promenade ou au théâtre; enfin, il écoute sans sourciller les blagues que débite M. Puceron.
— A la bonne heure! dit Margotte en traversant les bureaux, voilà un jeune homme sage! c'est une vraie image!...
— Cela n'est pas naturel, répond le petit commis, je le soupçonne d'être soprano I...
— Qu'est-ce que cela veut dire? demande la cuisinière.
— Cela veut dire que les chapons ont beaucoup plus de voix que les dindons.
Six mois s'écoulent ainsi; Adolphe n'a pas encore osé regarder sa marraine en face.