‹ Un mari dont on se moqueChapitre 12 sur 22 · ON EST MOINS TIMIDE · texte numérisé non relu

ON EST MOINS TIMIDE

franchement ce que l'on pense, c'est un défaut! cela peut nuire à voire avancement. Il y a un proverhr qui dit : «11 n'y a que les honteux qui perdent! w e' ce proverhe est malheureusement trop vrai.

— Je tâcherai de me corriger, ma marraine.

— Vous ferez hien . Et votre ami Augustin Bréchar J, vous ne m'en parlez jamais ; est-ce que vous nel'avez pas revu depuis que vous êtes chez moi?

— Non, ma marraine.

— Je ne le regrette pas pour vous. Cependant il faut bien qu'un jeune liomme s'amuse, et aller toujours seul, ce n'est pas gai !

— Je vous assure que je ne m'ennuie jamais!

— Tant mieux. Et puis vous avez peut-être fait... quelque autre connaissance?

En disant cela, un certain sourire errait sur les lèvres de Laurentine. Mais Adolphe rc[)ond avec une candeur qui ne permet pas de douter de sa bonne foi :

— Oh ! non, ma marraine, je n'ai fait aucune connaissance; car on m'a dit qu'à Paris, il fallait se méfier de toutes les personnes qui, sans nous connaître, nous offrent leur amitié.

Le lendemain, au dîner, Adolphe se risque encore à causer avec sa marraine; celle-ci, en l'écoutant, laisse parfois paraître la surprise qu'elle ressent de no plus trouver son filleul aussi bête qu'elle l'avait cru d'abord. Alors, iiour mieux juger son esprit, elle

lui adresse quelques questions difficiles à résoudre; elle veut qu'il lui donne son opinion sur les pièces qu'il a vues au théâtre, sur le jeu des acteurs, sur l'impression que tel ouvrage lui a fait éprouver. Et, à son grand étonnement, Adolphe répond fort hien à tout cela. Ce n'est donc pas un imbécile, comme on l'avait pensé. Cette découverte fait grand plaisir à Laurentine qui aura maintenant quelqu'un avec qui elle pourra causer, sans craindre de ne pas être comprise, lorsqu'elle fera autre chose que de lui offrir du potage ou du bœuf.

Comme tout se tient et s'enchaîne ici-bas! En s'apercevant que son filleul n'est point un sot, la belle veuve s'aperçoit aussi que c'est un assez joli garçon qui ne songe nullement à tirer parti de ses avantages, car il n'est ni coquet, ni prétentieux ; il ne sait point faire de ces jolies petites mines avec lesquelles un jeune homme cherche souvent à plaire; il ne frise pas ses cheveux, ne fait point sa raie, enfin, ne se fait pas une tète comme les garçons limonadiers. Mais son air est toujours franc et ouvert, son regard doux et bon, et si sa voix n'est pas mielleuse, au moins £on sourire n'est jamais faux.

M Puceron essayait bien encore de temps à autre d'allraper son jeune collègue, en lui contant ce qu'il appelait une bonne blague à l'oseille. Mais Adolphe se contentait de sourire, en lui répondant :

— C'est très-amusant! En Scvcz-vous beaucoup comme cela?

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