‹ Un mari dont on se moqueChapitre 14 sur 22 · ON SE REGARDE BEAUCOUP · texte numérisé non relu

ON SE REGARDE BEAUCOUP

Laurentine n'est plus la même avec son filleuldepuis qu'elle a su qu'il prenait tles leçons d'csciimc, avec l'inteulion de se faire son défenseur si qiiehprun se permettait de l'outrager, elle a compris qu'elle s'était complètement trompée sur le compte de cejcune homme, et que chez lui la timidité n'excluait pas le courage et le dévouement. Ensuite, Adolphe cause maintenant, depuis qu'il a reconnu que sa marraine n'avait rien d'effrayant, il n'a plus peur de lui parler, ni de la regarder, il se donne même ce plaisirlà très-souvent ; seulement, il choisit les momcnis ou Laurentine ne peut s'en apercevoir, et, dès qu'elle porte ses regards vers lui, il s'empresse alors de baisser les siens ; celte pantomime se renouvelle lort sou-

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vent pendant le dîner; mais, si vite qu'Adolphe b:iisse les yeux pour ne point rencontrer ceux de sa marraine, il arrive plus d'une fois que les deux regards se croisent ; alors Adolphe devient rouge, interdit, il craint d'avoir été trop hardi, tandis que la marraine semble éprouver une secrète émotion, ne déiourne ses regards que bien lentement et quelquefois même continue de regarder son (illoul sans paraître aucunement offensée de son audace.

Et, chaque jour, Adolphe osait causer davantage, car à présent il trouvait toujours quelque chose à (lire à sa marraine, et c'était souvent lui qui laquest onnait, qui lui demandait des renseignements sur les usages, les mœurs, les habitudes des Parisiens, puis qui faisait ses réflexions sur ce qu'il avait vu et remarqué dans tel ou tel quartier. Laurentinel'écoutait avec plaisir et souriait souvent de la naïveté de ses pensées. Rien ne gênait leurs entretiens, car le vieux commis ne se mettait à table que pour m'anger, et il est probable qu'il n'entendait même pas ce qui se disait à côté de lui.

Mais ce qui pouvait paraître singulier, c'est que plus Adolphe devenait gai et causeur, et plus au .onlraire Laurentine devenait rêveuse et mélancolique. Quelquefois elle répondait à peine à ce que lui disaitson (illeul et semblait absorbée dans ses pensées. Alors Adolphe cessait tout à coup de parler et murmurait :

— Ah! pardon, je vous ennuie, ma marraine, je vois bien que je bavarde trop à présent...

— Mais non, mon ami, ne croyez pas cela...con tinuez, je vous en prie, car j'ai beaucoup de plaisir à vous écouler...

— Mais, pourtant, vous ne me répondiez pas?...

— Ah 1 c'est que... je suis distraite...

— Ma marraine, vous n'êtes point malade, j'espère?

— Non, sans doute ! pourquoi supposez-vous que je puis être malade?

— C'est que... depuis quelques jours, il me semble que vous êtes moins gaie.., et puis vous ne mangez presque pas... oh I j'ai bien remarqué celai...

— Il y a des temps où l'on a moins d'appétit sans être malade pour cela.

— Ah 1 c'est différent... C'est que je crains tant de vous voir le moindre mal...

— Cela vous ferait donc de la peine si... je souffrais?

— Si cela me ferait de la peine!... ah! pouvezvous en douter?... est-ce que vous n'êtes pas tout pour moi?... Je n'ai que vous seule pour amie... pour guide... je n'aime au monde que vous !

Laurentine sourit avec mélancolie, en répondant :

— Il viendra un moment où vous en aimerez d'autres I

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