‹ Un mari dont on se moqueChapitre 18 sur 22 · LES CO-NDITIONS DE LA FUTURE · texte numérisé non relu

LES CO-NDITIONS DE LA FUTURE

savoir que mon père me donne cinquante mille francs de dot?...

— Non, mademoiselle, je ne le savais pas...

— Vous m'auriez donc épousée sans dot, monsieur ?

— Si ma marraine me l'avait conseillé... oui, mademoiselle.

— Il est à mettre dans un bocal ! murmure la sémillante Malvina, tandis que mademoiselle Clorinde reprend :

— Mais de votre côté, je pense que vous gagnerez beaucoup d'nrgent, puisque madame lieaunoir vous fait cadeau de sa maison de commerce...

— Ma marraine me donne sa maison?...

— Ah çà, est-ce que vous ne le saviez pas non plus?

— Non, mademoiselle.

— Mais vous ne savez donc rien, monsieur?... Ahl mon Dieu, que vous êtes drôle I

Clorinde se met à rire aux éclats, son amie en fait autant, et M. Flutayot dit à Laurcnllne :

— Ça va bien I ça va tics-bien!... voyez comme nos futurs époux sont gais ! ... ça fera un ménage trèsamusant!

Laurentine voyait bien rire les deux jeunes femmes, mais rien n'indiquait qu'Adolphe partageât leur joie.

Quand mademoiselle Clorinde a fini de rire, elle prend un ton sérieux pour dire à sou prétendu :

— Il y a cependant des choses tics-imporlantes qu'un jeune homme doit savoir et que vous me paraissez ignorer, monsieur I

— Des choses importantes, mademoiselle?

— Oui, monsieur, d'abord savoir se cravater

votre cravate est fort mal mise... le nœud ne se fail pas ainsi...

— Ah ! c'est important cela, mademoiselle?

— Sans doute... on voit tout de suite à la façon dont un monsieur est cravaté s'il a l'habitude d'aller dans le monde... ensuite ce gilet écossais à carreaux... c'est fort mal porté... n'est-ce pas, Malvina?...

— Ce gilet?... ah I c'est infect!...

— Je ne sortirais jamais avec vous si vous portiez ce gilet- là. Je dois aussi vous apprendre qu'on ne porte point des gants paille le matin ; le soir à la bonne heure ! mais le malin c'est provincial, c'est ridicule... n'est-ce pas, Malvina?

— C'est stupide ! Dis donc tout de suite à monsieur que son pantalon est trop court, qu'il tombe mal... Qui est-ce qui vous habille, monsieur?

— C'est un tailleur, madame.

— Ah ! vraiment!... mais ce tailleur-là doit être aussi portier, n'est-ce pas ?

— Je ne crois pas, madame...

— Mais vous n'en êtes pas sur ! Moi je gagerais qu'il cumule et qu'il tire le cordon tout en taillant vos pantalons!

LES COiNDITIONS DE LA FUTURE. 103

— Vous en changerez, monsieur Adolphe... vous prendrez celui de mon père... voyez comme il est toujours bien habillé I

— Que monsieur prenne plutôt celui d'Edouard... Voilà un jeune homme qui se met bien!... il a toujours des pantalons ravissants... Tu sais, Clorinde, M, Edouard Valdeville, ce joli garçon que tu as vu à mon dernier bal?...

— Et qui mazurke si bien?... Ohl oui, il est charmant... seulement je trouve qu'il porte ses f;ivoris trop longs...

— En côtelettes : c'est la mode anglaise, ma chère I

— Ce n'est pas une raison pour que ce soit joli. Monsieur Adolphe, vous l'entendez, vous prendrez le tailleur de M. Edouard Valdeville.

— Je prendrai le tailleur que vous voudrez, mademoiselle.

En ce moment, madame Doublcton se rappelle qu'elle a un rendez-vous auquel elle ne veut pas manquer. Elle se lève vivement, fait un léger salut à la compagnie et quitte le salon, en disant à son amie qui la reconduit:

— Il est bête comme chou, ton futur !... mais il a l'air très -soumis. Epouse-le, ma chère, épouse-le... Tu seras heureuse... tu lui feras voir des étoiles en plein midi... ces maris-là sont précieux.

Adolphe se scnl soulagé de n'avoir plus le monocle de cette d^me braqué sur lui. Il est un peu

moins gauche près de sa prétendue et cause encore quelque temps avec elle, si l'on peut appeler causer lorsque c'est toujours la même personne qui parle et que l'aul rené place que des monosyllabes. Mais mademoiselle Clorindc aimait beaucoup parler, et Adolphe ne se sentait pas le désir d'en dire davantage.

On ne tarde pas à se séparer, car la maison de commerce ne pouvait rester sans chef. Flulayot secoue encore la main d'Adolphe, en lui disant :

— Désormais, venez quand vous voudrez, mon gendre. Clorinde vous recevra même si ie n'y suis pas.

De son côté, mademoiselle Clorinde dit à son futur :

— Rappelez-vous bien tout ce que je vous ai recommande! apprenez à nouer votre cravate, tt surtout jetez au feu cet affreux gilet.

De retour chez elle, Laurentine dit à son filleul :

— Vous avez fait plus ample connaissance avec votre future; eh bien, êtes-vous satisfait?... vous en« tendrez-vous bien ?

— Je m'entendrai toujours, ma marraine, avec la personne que vous m'avez choisie...

— Enfin... de quoi avez-vous parlé?

— De pantalons, de cravates et de gilet... mademoiselle Clorindc m'a trouve fort mal habillé ; son amie a dit que mon gilet éiâïlinfect !... Ah ! je ne

Page 1