LES C0.ND1TI0>S DE LA FUTURE
l"aime pas du tout, cette (lame-Là, quoiqu'elle soil trè-s-jolie ; elle me lorgnait continuellement avec son petit carré de verre... cela me gênait beaucoup.
— Je ne connais point cette jeune femme, elle m'a semblé en effet très-évaporée ; c'est quelque amie (le pension de Clorinde!... celle-ci est encore bien légère de caractère. La toilette, voilà ce qui la frappe et lui plaît avant toutl... mais elle n'a que dix-huit ans; vous la rendrez raisonnable...
— Pardon, ma marraine, mais mademoiselle Clorinde m'a dit quelque chose... elle s'est trompée sans doute...
— Qu'est-ce donc?
— Elle prétend qu'en me mariant vous me cédez votre maison de commerce...
— Elle n'a dit que la vérité...
— C'est-à-dire que je la gérerai pour vous?
— Non, mon ami, dès ce moment elle est à vous, je vous la donne... c'est mon présent de noce.
Le front d'Adolphe se rembrunit, et il murmure :
— Ah ! je comprends maintenant comment il se fait que M. Flutayot m'accepte pour gendre. Mais je ne puis souffrir, madame, que vous vous dépouilliez pour moi; un ttl cadeau est trop considérable!... je ne puis, je ne dois point racceplcr.
— Qu'est-ce à dire, Adoljjhe? vous refusez ce que je veux faire pour vousl... vous oubliez, mon ami.
que je suis voire marraine et que ce titre me fait au contraire un devoir d'assurer votre avenir. J'ai bien assez de fortune pour vivre seule... Je veux que mon fdleul tienne dans le monde une place honorable... je veux qu'il soit heureux, et vous n'avez pas le droit de refuser ce que je fais pour vous.
— Vous voulez que je sois heureux! répond Adolphe en poussant un gros soupir... Ah I il y avait un autre moyen!...
— Non, mon ami... non, il n'y en avait pas d'autres... plus tard vous réfléchirez, vous verrez que j'avais raison. Allons, ne soyez plus triste, ne soupirez plus... car alors c'est moi que vous rendriez malheureuse... Vous acceptez mon cadeau, n'est-ce pas, Adolphe, et vous m'obéirez?...
— Ah ! vous savez bien, madame, que je ferai toujours ce que vous voudrez...
— Pourquoi m'appelez-vous madame ? cela me fait delà peine...
— Mon Dieu! c'est que... je ne sais plus... ah! il y a un nom qu'il m'eût été si doux de vous donner.
Laurentinesent sa poitrine se gonfler; pour mollre fin à cet entrelien qui menace de devenir (langcrcux, elle se hâte de quitter son appartement et descend dans ses bureaux suivie d'Adoliihe. Là, elle le présente à ses employés en leur disant:
— Messieurs, regardez désormais M. Corniquet