LES CO-NDITIONS DE LA FUTURE
comme votre patron, c'est lui qui me remplace, je lui ai cédé ma maison ; je ne doute pas que vous soyez pour lui aussi bons employés que vous l'avez été pour moi.
' — Le vieux Putois, le petit Puceron et un nouveau commis, entré depuis peu, saluent gravement leur nouveau chef.
Après avoir montré son cabinet à Adolphe, en lui disant :
— Maintenant, mon ami, voilà votre place, la belle veuve se hâte de remonter chez elle.
M. Puceron s'approche alors u'Adolphe en faisant force courbettes et lui dit :
— Permettez-moi, cher patron, d'être le premier à vous comphmenter... et de vous témoigner la joie que j'éprouve à vous avoir pour chef... Du reste, cela ne me surprend pas, je m'y attendais.
— Vous vous y attendiez, monsieur Puceron? eh bien, moi, je vous jure que ne m'y attendais pas. Mais vous ne savez pas encore tout... je vais me marier 1
— Eh bien, je m'y attendais encore... la première chose n'est que la conséquence de la seconde... Oh ! je voyais venir cela deloin... vous épousez voire belle marraine... cela devait être! je l'aurais gagé !
— Vous auriez perdu, monsieur Puceron, car ce n'est pas ma marraine que j'épouse.
Adolphe a dit cela si tristement, que le j rfif com-
r;8 UN MARI DONT ON SE MOQUE.
mis n'ose plus ajouter une question et se borne à murmurer :
— Ah!... ce n'est pas?... pardon!.. .cela m'étonne! d'autant plus que... mais c'est égal, je vous lais toujours mon compliment.
UiNL lUKCONTRE. liy
Depuis sa dernière conversation avec son filleul, Laurentine cesse de dîner avec lui, elle se fait maintenant servir chez elle, dans son appartement, et ne descend plus dans les bureaux que lorsqu'elle y est obligée pour donner à Adolphe des renseignements nécessaires à sa nouvelle position de chef de maison.
En revanche, la belle veuve s'occupe fort activement de tout ce qui est exigible pour la conclusion du mariage de son filleul ; elle fait venir les papiers indispensables ; de son côté, M. Flulayot, qui a hâte de marier sa fille pour être libre de faire le don Juan, a bientôt réuni tout ce qu'il faut jiour que Clorinde soit appelée madame, et, lorsque l'on est prêt des deux côtés, il ne s'agit plus que de fixer le jour de la
cérémonie. Pour cela, M. Flutayot va consulter sa fille, qu'il aborde d'un air radieux, en lui disant :
— Chère amie, nous sommes en mesure de conclure ton hymen... c'est à loi de fixer le jour, de dire quand tu veux être appelée madame Corniquet.
— Ah! quelle horreur! ... si vous me répétez encore ce nom-là, je ne marie pas... Malvina m'a bien dit: Ma petite, ne soutTre pas suitout qu'où t'appelle madame Corniquet, car tout le monde te rirait au nez... Je serai madame Adolphe et pas autre chose.
— Sans doute... c'eslconvcnu, en société on ne te nommera pas autrement!... mais sur ton contrat de mariage, lu comprends bien qu'il faut mettre le nom de famille de ton mari, Corniquet...
— J'aurai soin de faire un pâté sur ce nom-là.
— Ton futur vient te voir quelquefois... commences-tu à le trouver gentil?
— 11 met un peu mieux sa cravate et ne porte plus cet affreux gilet écossais qu'on voyait d'une lieue... C'est égal, il est toujours aussi gauche... aussi niais !
— Il a l'air très-doux.
— Les moutons aussi ont l'air très-doux et ça ne les empêche pas d'avoir l'air bête.
— Je reviens à la quL'^tion : quel jour fixes-lu pour la cérémonie?... d'aujourd'hui en huit, cela te va-t-il?
— Par exemple I et ma robe de noce, et ma robe
de hal, et ma robe pour le lendemain, qui ne sont pas faites...
— On pourrait presser les couturières...
— Pour que je sois mal habillée! Je ne veux pas,.., d'aujourd'hui en quinze ce sera bien assez tôt.
— Allons, c'est décidé alors... ce sera le 16...
— Je vous donnerai la liste des invitations qu'il faut faire... je la ferai avec Malvina.
— Fort bien ! Je pense que ton futur aura aussi quelques amis...
— Ahl qu'il ne nous amène pas des gens fagotés comme il l'était l'autre jour...
— Je m'en informerai à madame Beaunoir.
— Vous savez que j'exige que le repas se donne à l'hôtel du Louvre !
— Oui, c'est entendu.
— Et le bal aussi... et l'orchestre conduit par Strauss !
— Puisque je te dis que c'est entendu... Ma foi! avec tout cela si tu n'es pas heureuse, ce ne sera certes pas de ma faute.
Adolphe, qui n'aperçoit plus que rarement sa marraine, en conclut qu'elle s'est offensée des sentiments qu'il a osé lui laisser voir, et il s'étudie à être maintenant près d'elle sur un ton froid et presque cérémonieux. C'est de Puceron qu'il a pris des leçons pour bien nouer sa ciavate et mieux choisir ses gilets et son tailleur. Pour toute récompense, le petit com-
mis lui a demandé la faveur d'aller au bal de sa noce, et Adolphe s'est empressé de Ty inviter.
Un malin, une voilure de déménagement vient enlever les meubles qui garnissaient rappn.rtcment de madame Beaunoir. Adolphe regarde avec chagrin ces préparatifs et s'empresse de monter chez sa marraine, qu'il trouve s'occupant aussi de fermer des cartons et des caisses.
— Vous allez donc déménager, ma... marraine?
— Sans doute, Adolphe, ne dois-je pas vous laisser ce logement pour vous et votre femme?...
— Mais nous aurions pu en prendre un autre...
— Celui-ci est bien plus commode pour vous; par ce petit escalier vous Oies sur-le-champ dans vos bureaux... et vous pouvez à chaque instant revenir près de... votre femme ; reposez-vous sur moi pour le faire meubler convenablement.
— Je sais, madame, que vous ne vous lassez pas de me combler de bienfaits... Mais... est-eequevous allez quitter Paris?
— Ohl pas encore; j'ai loué un petit pied-à-terre, que je garderai même lorsque j'irai à la campagne.
— Et vous nous quittez déjà?
— Mais ce n'est pas trop tôt pour qu'on arrang votre appartement ; songez donc que vous vous ma riez dans douze jours...
— Je le sais, madame; M. Fiutayot m'en a pré-
UNE RENCO.NTRS. 143
venu... car vous ne me l'aviez pas dit... je ne vous vois presque plus...
— C'est qu'il faut bien que je m'habitue... à ne plus vous voir...
— Mon Dieu! est-ce que vous me quitterez pour toujours?. . . Est-ce qu'une fois marié je ne vous verrai plus?...
— Non... non... je m'explique mal... je viendrai vous faire visite... quelquefois à vous... et à votre femme.
L'entrée des commissionnaires met fin à cet entretien. Laurentine doit surveiller son déménagement; Adolphe redescend tout triste dans ses bureaux^ et le petit Puceron qui l'examine se dit :
— J'en reviens toujours à ma première idée : c'est sa marraine qu'il aurait dû épouser. Pourquoi en épouse-t-il une autre? Ah! comme dit Hamlet : It is qnesllonî
Laurentine, qui n'oublie rien de ce que doit faire un prétendu, a envoyé à mademoiselle Clorinde une corbeille de mariage remplie de présents d'un fort bon goût, ce qui rend mademoiselle Flulayot un peu plus aimable avec son futur. Malheureusement, lorsqu'elle fait compliment à Adolphe sur l'heureux choix de ses cadeaux, celui-ci lui répond :
— Mais je n'ai rien choisi, je ne sais pas même ce qu'il y avait dans la corbeille, c'est ma marraine qui s'est chargée de tout cela !
— Ah I je me disais aussi : C'est bien ctonuant I...
elle vous aime beaucoup, voire marraine... elle vous accable de présents... elle vous cède sa maison... est-ce qu'il y a longtemps que vous êtes chez elle?
— Près de deux ans, mademoiselle.
— Ah! c'est drôle!
Adolphe ne voit pas ce qu'il y a de drôle dans les bienfaits dont le comble sa marraine, mais il n'attache pas plus d'importance à ce que vient de lui dire sa future, et pense seulement que madame Beaunoir a pour lui la tendresse d'une mère et qu'elle le traite comme s'il était son fils.
Cependant le temps marche, car c'est un véritable Juif errant que le temps ; il marche sans cesse, il ne s'arrête jamais. Encore deux jours et le mariage projeté devait se conclure, lorsqu'en passant sur les boulevards, tout préoccupé de son changement de position, Adolphe est arrêté par quelqu'un qui se place de- Tant lui et s'écrie :
— Ah! te voilà donc enfin ! je te retrouve... oîi diable te cachais-tu, mon cher, depuis une vingtaine de mois que je t'ai laissé sur un banc du boulevard de Strasbourg?...
— Comment! c'est toi, Augustin ! Ah ! je suis content de te rencontrer... moi aussi je t'ai cherche dans Paris ! tu ne m'avais pas donné ton adresse...
— Ni toi non plus... Tu m'avais bien dit que tu allais chez ta marraine, rue de Rivoli, mais elle est diablement longue la rue de Rivoli . . . Enfin te voilà ! . . . Attends que je t'examine... la tenue est mieux... ce-
pendant, ce n'est pas encore tout à fait ça I il te tnanqiie ce cJûc j)arit;ien qui nous fait admirer par t(nit... mais tu as pris un air grave, presque sévère... Voyons, qu'est-ce que tu fais maintenant? es-tu content?... ga}:nes-tu un peu d'argent? Pas assez, n'est-ce pas?... ce di.ihle d'argent I on en dépense tant à Paris I.., Moi, je >uis monte en grade, je voyage souvent pour ma maison de commerce... je fais des passions partout où je m'arrête... pas une femme ne me résiste, mon cher, j'ai plus de maîtresses que je n'en veux ; et toi, l'espère que tu en as aa moins deux ou trois à présent?...
— Moi 1 oh 1 je n'ai pas les goûts volages. . . je vais me marier...
— Te marier!... allons donc, tu plaisantes I te marier à ton âge, mais ça n'aurait pas le sens commun 1 tu n'as pas encore joui de la vie de garçon... Je sais bien qu'on s'amuse aussi étant marié, mais ce n'est plus la même chose... d'ailleurs, pour se marier, il faut une position, et tu n'en as pas... tu dois donc faire un mariage d'amour, ce qui est la plus sotte des unions. Ce qu'il faut avant tout en ménage, c'est de l'argent 1... ïu sais : « Quand il n'y a pas de foin au râtelier, les ânes se battent !...» Je gage que ta prétendue n'a pas seulement mille écus de dot I
— Tu te trompes complètement, mon cher Augustin. D'abord, je ne fais point un inari;igc d'amour, je me marie pour obéir à ma marraine, qui, en quittant
les affaires, m'a fait présent de sa maison de commerce, oij les bénéfices sont au plus bas de dix mille francs par an, et j'épouse une demoiselle qui m'apporte cinquante mille francs comptant.
— Il serait possible ! . . . Qu'est-ce que tu m'apprends là?... Qnoil... tu es à la tête d'une maison de commerce ?
— Depuis un mois j'en suis le chef...
— Et tu épouses cinquante mille francs 9e dot!
— Et une femme jeune cl fort jolie...
— Ce cher Adolphe?... Ob! ceci cliange la thèse... Je me disais aussi : Mais comme il a pris un maintien posé... un air important!... Fichlre! tu n'as plus Tair d'un jeune innocent comme à Ion arrivée... Entrons donc au calé prendre quelque chose...
— C'est que je n'ai guère de temps à moi.
— Bah! un verre de chartreuse, c'est bien vite avalé!... Ah! je suis enchanté de t'avoir retrouvé!
Adoljihc se laisse emmener dans un café ;■ W. Augustin Bréchard fait apporter un flacon de liqueur, il en boit coup sur coup deux verres, en disant:
— Elle est bonne... oh ! c'est que je m'y connais, moi!... je suis devenu un dégustateur de première force ; pas un courtier en vins ne pourrait m'enfoncor, et cependant ce sont des finauds... Je suis bien content, mon bon Adolphe, de savoir que tu as fait bi bien cl si viîc 'on chemin, car je suis ton ami,
moi, et un ami véritable, tu n'en doutes pas, j'espèi e ?
El, en disant cela, M. Augustin a pris une des mains d'Adolphe, qu'il serre dans les siennes comme s'il voulait la broyer. Il y a comme cela des gens qui croient nous prouver une grande amitié en nous comprimant les doigts; cela prouve qu'ils ont la poigne forte et pas autre chose. Mais Adolphe, qui est très-confiant, se montre sensible aux marques d'affection que lui donne son ami d'enfance, et lui dit:
— Eh bien, Augustin, puisque le hasard m'a fait te rcHcontrer, il faut venir à ma noce...
y — A la noce? parbleu, je ne demanderais pas ^ieux, mais c'est que je pars dans huit jours pour la Russie... un grand voyage pour le compte de ma maison...
— Tu ne pars que dans huit jours? eh bien, je me marie après-demain, moi.
— Après-demain ! oh! victoire alors 1... je suis de ta noce !... Veux-lu que je sois ton témoin?... came bottera joliment.
— Avec plaisir! c'est vrai, il faut deux témoins... je n'y avais pas pensé, mais ma marraine, qui pense à tout, m'en aurait sans doute trouvé deux.
— Il me semble que tu me dois bien la préférence, à moi, ton ami d'enfance... ton Pyladc... Ion Castor... Encore un peiit veric, hcinl...
— iùerci, /en ai assez...
— Tu as tort, elle est excellente; ça ne faitjamais de mal la chartreuse. Nous disons doncaprès-demain... J irai te prendre; écris-moi ton adresse et l'heure de la cérémonie... Sapristi I je suis fâché de m'en aller en Russie... mais je n'y resterai pas longtemps et mn première visite au retour sera pour toi.
Adolplie a écrit son adresse, puis il se lève en disant à son cher ami :
— Je ne puis rester plus longtemps... les affaires de ma maison me réclament.
— Les affaires de ma maison! es-tu beau en disant cela ! Fichtre ! j'aurais bien voulu avoir une marraine comme la tienne... Tu as de la chance, toi!... mais ça me fait plaisir parce que j'ai pour toi une profonde amitié !...
M. Augustin avale encore un troisième verre de liqueur. Adolphe paye le garçon, et les deux jeunes gens se séparent en se disant :
— A après-demaini
UN MVRIÉ SANS VOITURLS 1 i3
Le grand jour est arrivé. Adolphe a donné campos à SCS employés, qui désirent assister à la cérémonie de son mariage.
Tout doit se faire le même jour: la signature du contrat, puis à la mairie, puis à lé^lise.
Adolphe doit aller prendre sa marraine, on a rendez-vous à onze heures, chez M. Flutayot, où l'on doit signer le contrat.
Augustin Bréchard arrive à dix heures et demie chez son cher ami Corniquct, il est eu grande tenue; il passe en revue la toilette du marié, y fait quelques changements, lui répète plusieurs fois de ne point se tenir si roide, mais au contraire de se dandiner un peu en marchant pour se donner de l'aisance et de
la grâce. Au moment de partir, Au^^ustin dit ô son ami :
— Et ton second témoin où est-il? où le trouve-
rons-nous
— Diable ! un second témoin ! . . . c'est vrai, je n'y ai point pensé... ma marraine en aura peut-être un... j'ai oublié de lui en parler...
Le petit Puceron, qui a entendu la discussion, ev, qui a eu la précaution de se mettre dès le matin tout en noir, s'avance alors en disant :
— Mon cher patron, si vous avez besoin de quelqu'un... me voici à vos ordres; je serai très-honoré, Irès-flatté de vous servir de témoin... je me suis mis en noir, j'ai des gants blancs dans ma poche.
M. Augustin toise le petit commis, part d'un éclat de rire, et s'écrie :
— Voilà un témoin qui ne tiendra pas beaucoup de place!... si monsieur n'a pas la précaution de se mettre en avant, on ne pourra jamais le retrouver.
Puceron monte sur ses pointes et regarde Augustin avec cob're, en disant :
— Monsieur, les hommes petits valent souvent mieux que les grands; le mérite ne se mesure pas au mètre I
— Venez avec nous, mon cher Puceron, vous serez mon second témoin, si ma marraine no m'en ;i pas choisi un autre.
^— Ahl merci, patron, mille fois merci!...
UN MARIÉ SANS VOITURES. IDi
Et le petit commis regarde d'un air triompha:. t Augustin, qui lui rit au nez en murmurant :
— Après cela, vous avez le droit de mettre des socques...
Mais au lieu de répondre à cela, Puceron s'appro- •Jie d'Adolphe et lui dit à l'oreille :
— Est-ce que j'aurai aussi Thonnour d'être du rengs, cher patron?
— Oui, si vous êtes mon second témoin, vous avez le droit d'être du repas.
— Cela comblerait mes vœuxl d'autant plus que j'ai fait une chanson pour la circonstance. Ah! pardon... votre future est-elle brune ou blonde?
— Elle est brune.
— Brune, très-bien I... J'avais laissé deux vers en blanc, je vais les faire pour compléter la chanson que j'aurai le plaisir de vous chanter au dessert... Brune, prune, fortune, lune... oh! j'ai mon affaire.
Un fort beau remise attendait à la porte, Adolphe monte dedans avec Augustin et Puceron ; ce dernier est tout occupé de sa chanson et murmure sans cesse entre ses dents : Brune lune... brune prune 1...
— Où sont les autres voituns? dit Augustin au marié. Je pense que celle-ci ne sulfit pas pour toute la noce?
— Oh! non, car il paraît que nous aurons beaucoup de monde!... mais c'est mon beau-père qui s'est chargé de tous ces détails ; les voilures attendent probablement à sa porte.
— OÙ se fait le repas. . . le bal?. . .
— Mon Dieu I... je ne sais plus... Ah! si, je me rappelle I c'est à l'hôtel du Louvre.
— Fichtre! mon cher, c'est du grand numéro alors! je vois que le beau-père fait bien les choses,., Ah! monsieur Puce... Puceron... vous auriez bien dû vous faire mettre des talons rouges !...
Le petit commis se borne à hausser les épaules en murmurant: Lune... rancune... prunes!
On arrive chez madame Beaunoir, qui occupe maintenant un petit appartement rue Saint-Georges. Laurentine avait une toilette de fort bon goût, d'une élégante simplicité et qui lui seyait parfaitement ; une légère pâleur répandue sur son visage donnait un nouveau charme à ses traits. Adolphe lui présente Augustin, en lui disant:
— Voici celui de mes amis que j'avais rencontré en arrivant à Paris et que je n'avais pas revu depuis. Le hasard nous a réunis avant-hier; il veut bien être un de mes témoins.
Laureiitine fait un gracieux salut à Augustin, qui semble la regarder avec admiration, et s'écrie :
— Mon cher Adolphe, je ne connaissais ni ta future ni ta marraine, mais à juger de l'une par l'autre, tu es un bien heureux mortel.
Ce compliment ne parait pas beaucoup flatter la belle veuve, mais Adolphe reprend :
— Ma marraine, m'aviez- vous ciioi&i un second lémoin ?
— Mon Dieu I non, j'ai pensé que vous les choisiriez vous-même.
— Alors, M. Puceron m'en servira!...
Le petit homme fait un bond de joie et va s'incliner devant sa ci-devant patronne, en s'ccriant:
— Ah ! madame... si vous saviez combien je suis heureux... et flatté!... Voulez-vous me permettre, chère patronne. . .car vous l'êtes toujours à mes yeux.. . de vous retenir pour la première contredanse?...
— Merci, monsieur Puceron, mais je ne puis accepter; je ne danse plus...
— Comment! madame, s'écrie Augustin en faisant l'agréable... vous ne dansez plus... vous, qui avez tout ce qu'il faut pour séduire, pour charmer... pour...?
— Pardon, messieurs, mais l'heure est arrivée, et ce serait fort mal au marié de se faire attendre... Adolphe, donnez-moi votre main.
Adolphe s'empresse de prendre cette main qu'on lui présente et qui tremble dans la sienne. Il aurait envie, mais il n'ose pas la presser tendrement. C'est à peine s'il ose regarder sa marraine, qu'il trouve aussi plus belle que jamais.
Puceron suit tout le monde, en fredonnant:
La future, charmante brune.
M'offre le soleil et la lune.
Non, ce n'est pas encore ça, le soleil irait, mais la lune, c'est trop risqué !
On arrive devant la demeure de M. Flutayot, la rue est encombrée par les équipages, les remises qui attendent.
— Oh! mais c'estmagnifique! dit Augustin, il me paraît, mon cher, que ton mariage sera fort brillant!
Il y avait déjà beaucoup de monde chez M. Flutayot, mais le notaire n'élail [)as encore arrivé et la mariée n'avait pas terminé su toilette. Le père de Clorinde prend son gendre par la main et le piésente à ses connaissances. Les dames l'examinent comme une curiosité, les hommes d'un air moqueur. Adolphe est enchanté de ne point apercevoir dans la réunion la dame au monocle, il ignore qu'elle préside à la toilette do sa future ; il présente Augustin à son beau-père, qui paraît fort satisfait de l'air tant soit peu impertinent de ce jeune homme, puis demande à son gendre où est son second lémoin. Alors Adolphe cherche de tous côtés cl n'aperçoit pas Puceron, Enfin, à force de chercher, on le trouve derrière une énorme dame, dont l'embonpoint et la crinoline auraient pu cacher trois hommes comme le petit commis.
M. Flutayot ne semble pas aussi satisfait du second témoin que du premier, et dit bas à son gendre :
— Pourquoi donc avez-vous pris un témoin si petit ?
— Ma foi, monsieur, ji' n'ai trouvé que lui sous
UN MARIE SAPiS VOlTl RES. V.l
ma main; du reste, c'est un de mes employés, un fort honnête garçon.
— Je ne dis pas le contraire, mais il ne représente pas... Voyez les témoins de ma fille... c'est M. Edouard Valdeville... le roi de la mode... le beau jeune homme que vous voyez là-bas... l'autre est un comte, rien que ça ! le comte Tripolini... Italien réfugié pour cause politique ; voilà ce qui s'appelle des témoins.
On annonce le notaire ; il salue, va s'asseoir devant une table, prend les actes dans un beau portefeuille rouge, et dit :
— Quand on voudra... je suis prêt à lire... mais jene jiuis gtièreallendro, je suis pressé.
— Ma fille achève sa toilette... elle ne saurait tarder...
— Voulez-vous que j'aille la chercher? dit Laurentine.
— Vous êtes trop bonne... mais vous concevez, Clorinde veut que son cntiée fasse de l'effet... elle m'a dit : « Surtout, mon père, qu'on ne vienne pas me déranger; il me semble qu'aujourd hui on peut bien m'altendre. »
Laurenline retourne à sa place en jetant un coup d'œil sur son filleul, qui est debout dans un coin du salon et qui n'a pas du ton! l'air de se rap[)eler qu'il est le roi delà i'ètc Le nolaire commence à s'impatienter et à consulter sa montre, lorsqu'enfin la mariée parait.
156 l'N MARI DONT ON SE MOQUE.
L'entrée de Clorinde fait tout l'effet qu'elle pouvait désirer, car sa parure est ravissante, sa couronne de fleur d'oranger lui sied à ravir et il est difficile de voir une mariée plus jolie. Un murmure d'admiration se fait entendre, M. Flutayot se frotte les mains, en disant:
— En vérité, elle est trop belle I... elle aurait dû épouser un prince!... elle valait cela.
Madame Doubleton, qui arrive avec Clorinde, dit à tout le monde :
—C'est moi qui ai présidé à sa toilette, . . . s'il y manque la moindre chose, je veux perdre mes cheveux.
— Sapristi 1 moucher, ta future est d'une beauté idéale, dit M. Augustin à son ami ; il est difficile d'avoir plus de grâces, d'attraits!... Ah ! que je suis désolé de par tir pour la Russie ! ... mais j ' en reviendrai le plus vite possible.
Adolphe ne fait point attention à ces paroles, qui pourraient lui paraître singulières; il regarde sa future il est lui-même ébloui par sa toilette et sa beauté. Mais il faut que sa marraine le pousse et lui dise tout bas:
Allez donc adresser un compliment à votre
femme.
Il se décide à s'approcher de Clorinde, qui est tout occupée de sa parure et n'a pas l'air do songer à son prétendu. Cependant, envoyant Adolphe s'approcher d'elle, son premier mot est:
— Ah ! je VOUS en prie, prenez garde de marcher Mir ma robe!...
Adolphe commence un compliment et va le terminer, lorsqu'il aj)erçoit le monocle de madame Doublelon braqué sur lui ; cela le trouble, il s'embrouille et ne peut ])lu5 continuer. Clorinde lui dit :
— Ce n'était pas la [>eine devenir vous placer devant moi pour me dire ça I
Mais le notaire réclame pour qu'on termine ce qui l'amène. On fait à peu près silence; le notaire ne lit que la partie intéressante du contrat. M. Flutavot dépose devant lui un ])ortefeuille contenant cinquante mille francs en billots de biinque, le notaire les compte i:t les remet au marié. Puis les futurs signent et l'on appelle lespremiers témoins. Le beau gandin, Edouard Valdeville, s'avance en se dandinant, en souriant aux lames; après lui vient le baron Tripolini, grand et '^ros homme qui a une barbe et des moustaches qui ;craient envie à un sapeur.
Après ces messieurs on appelle les témoins du marié. Augustin se présente en se tenant fièrement sur la hanche, et madame Doubleton dit à Clorinde:
— Voilà un jeune homme qui n'est pas mal, pour un ami de ton mari.
Mais lorsque c'est le tour du second témoin, et que le petit Puceron s'avance en sautillant, beaucoup de tlames se mettent à rire, et Clorinde dit à Malvina :
— Qu'esl-ce qucc'L'olqucce pe ilnain! est-il possi-
ble de choisir cela pour être son témoin! Ah! c'est bien digne d'Adolplie !
L'hilarité augmente lorsqu'on demande les noms au petit commis, et qu'il prononce avec emphase :
— Achille Puceron 1
— Où avez-vous été chercher cet échantillon d'homme ? demande Clorinde à Adolphe.
— C'est un de mes employés.
— Est-ce qu'on prend ses employés pour témoins? j'espère bien qu'il ne sera pas au dîner, ce petit nain?
— Mais... comme mon témoin... je l'ai invité...
— En vérité, vous ne faites que des maladresses ! J'espère au moins qu'on le placera tout au bout de la table...
— Oi!i vous voudrez; il sera toujours content.
Lorsque la plupart des messieurs présents ont signé au contrat, on part pour se rendre à la mairie. Adolphe croit devoir donner la main à sa femme, mais déjà M. Edouard ValJeville a pris celle de la mariée et monte dans son carrosse avec madame Doubleton et le baron Tripolini. Augustin s'est emparé de la main de Laurentine, (|ui cherche des yeux son filleul, qu'elle aurait voulu faire monter en voiture avec elle. iMais déjà une autre dame et M. Fhitayot l'ont complétée. Lors(iue le marié prend le dernier remise, il n'a plus près de lui que Puceron et deux jeunes i^ens qu'il ne comiait pas. C'est ave< eux qu'il l'ait
la route. Les deux jeunes beaux ne parlent que des danseuses de l'Opéra, et Puceron murmure toujours: Brune... fortune... lacune... rancune !...
Tout se passe à la mairie dans l'ordre voulu. Puis on se rend à l'église : M. Flutayot donne alors la main à sa fille, et Laurenline, qui est parvenue enfin à trouver le marié, qui se tient toujours derrière les autres, lui prend la main et le conduit à l'autel, en lui disant tout bas :
— J'ai voulu faire votre bonheur, mon ami; ne soyez donc plus fâché contre moi.
Adolphe ne répond qu'en pressant fortement la main de sa marraine, puis il va prendre sa place sans oser lever les yeux sur sa future, qui est rouge de plaisir, parce que sur son passage elle a constamment entendu dire :
— Ah ! la johe mariée!
A quoi M. Flutayot ajoute :
— Tu entends, ma lille, tu fais l'admiration générale!... si ton mari ne fait pas ton bonheur, ce sera un polisson !...
En sortant de l'église, Adolphe croit qu'il pourra enfin se rapprocher de sa femme, mais celle-ci est déjà montée en calèclie avec son amie Malvina, M. Valdeville et Augustin qui, cette fois, ne s'est pus laissé devancer pour être près de la jolie mariée.
— Où donc vont-ils? demande Adolphe à son Louu-père,
— Au bois, mon cher ami, le temps est superbe ! nous y allons tous...
— Mais j'aurais été bien aise d être en voiture avec ma femme...
— Ce n'est pas bon genre!... Laissez l'amie (Uma fille diriger tout cela!... elle s'y entend parfaitement. Vous avez tout le temps d'être avec votre femme! vous la retrouverez toujours!
Et M. Flutayot court faire le galant près d'une jeune dame qui lui rit au nez chaque fois qu'il lui parle, mais il prend cela pour un encouragement. Adolphe cherche des yeux sa marraine, c'est son ancre de salut. Mais elle a été entraînée par d'autres personnes et toutes les voitures suivent celle de la mariée. Adolphe se trouve seul de la noce avec Puceron, et tous les remises ont disparu.
— Dites donc, patron, s'écrie le petit commis, il me semble qu'on n'a guère bien réglé l'ordre et la marche du cortège?... A^oiis, le héros de la fctc, vous n'avez plus une seule voiture à votre service... il est vrai qu'il y a des dames qui, avec leurs crinolines, tiennent la place de quatre personnes ! Comment donc allons-nous faire pour nous rendre au bois?... je ne vois pas même de fiacre par ici...
— Allons-y en nous promenant, Puceron.
— Comme il vous fera plaisir... alors en chemin je vous cliantcrai la chanson que j'ai composée en l'honneur de votre hymen... c'est sur l'air de; Tu n auras pas ma rose !
Adolphe se met en route pour le bois de Boulogne, tout préoccupé de sa nouvelle position, et n'écoulant pas son compagnon qui chantonne à ses oreilles et s'interrompt à chaque instant pour lui dire:
— C'est pas mal, n'est-ce pas? vous n'avez peutêtre pas bien entendu? je vais recommencer.
Les personnes qui se sont rendues au bois avec les voitures de la noce, en descendent pour se promener autour du lac. Alors Laurcntine cherche des yeux son filleul et, ne l'apercevant pas, s'adresse à la mariée qui se promène au bras de M. Edouard Valdevilie.
— Qu'avez-vous fait de votre mari, madame? je ne l'aperçois nulle part...
— Mon mari! répond Clorinde en riant, est-ce que je suis chargée de le garder?...
— Quand vous vous en occuperiez un peu... où serait le mal?
Cette réponse paraît étonner beaucoup la jeune mariée, et son amie Malvina, qui est toujours à ses côtes, s'écrie en ricanant :
— Et depuis quand une femme s'occupe-t-elle de son mari? Ah! madame, quelle ennuyeuse besogne nous donnez-vous là !
— Il est possible, madame, que votre mari soit fort ennuyeux, je n'ai pas l'avantage de le connaître! mais j'aime à croire que madame Adolphe ne pense pas déjà cela du sien.
Les deux amies se regardent d'un air impatienté.
M. Flutayot arrive alors près de sa fille, et madame Beaunoir renouvelle sa question :
— Qu'avez-vous donc fait de votre gendre, monsieur?
— Mon gendre, belle dame? je l'ai laissé avec son petit témoin.
— Ah! ah ! monsieur Achille Puceron ! dit le bel Edouard ; il est bien précieux ce petit bonhomme, il est à mettre sous verre !
Augusùn Bréchard, qui n'était pas éloigné, se rapproche du groupai et offre son bras à madame Beaunoir qui, en descendant de voiture, avait trouvé moyen de quitter son cavalier. La belle veuve n'ose pas refuser le bras de ce jeune homme, dont les manières et le langage n'ont fait que confirmer l'opinion qu'elle avait déjà de lui ; mais elle s'empresse de lui parler de son filleul, du pays où ils sont nés; auUeu de répondre à cela, Augustin lait à Laurentine force compliments sur sa beauté, sa toilette, sur leplaisirqu'il aurait à cultiver sa connaissance, et lui demande la permission d'aller lui faire la cour. Madame Beaunoir lui répond fort sèchement qu'elle ne reçoit personne et quitte vivement son bras pour aller au-devant de son (illeul, qu'elle vient d'apercevoir et auquel Puceron emboîte le pas.
Adolphe va tout de suite à sa femme, qu'il aborde en souriant, et lui dit :
— Enfin, vous voilà, je vous retrouve... je ne
croyais pas qu'un mari devait avoir tant de peine pour être avec sa femme !
— Sa femme! s'écrie Clorinde. Ah I monsieur, est-ce que vous allez m'appeler comme cela... à quoi pensez-vous donc?
— Mais je pense... à ce que je dis, il me semble...
— Sa femme ! fi donc ! . . .
— Et pourquoi pas tout de suite mon épouse !
comme les éj)iciers et les concierges ! ajoute madame Doubleton en ricanant.
— Comment donc faut-il dire? murmure le pauvre mari, qui est presque honteux d'avoir appelé sa femme : ma femme.
— Mon gendre, on dit : ma chère amie, ou ma bonne amie, ou tout simplement: mon amie, voilà comment on parle à sa... à sa... conjointe dans la belle société.
— Appelez-moi tout simplement Clorinde, ce sera mieux, dit la mariée. Mais, mon Dieu, monsieur, comme vous voilà fait ! vous êtes couvert de poussière !... le col de votre chemise est tout chiffonné... voilà une singulière tenue pour venir au bois I
— Dans quelle voiture étiez-vous donc, mon ami? demande Laurentine qui vient de se rapprocher du groupe.
— Je n'ai trouvé de place dans aucune... je suis venu à pied avec Puceron.
— A pied! quoi! vous fatiguer ainsi?
— C'est ce que j'ai fait observer au patron... un jour de noces... se fatiguer ainsi... c'est imprudent...
— Allons, bon! murmure Malvina à Clorinde, voilà le petit témoin qui va dire des indécences... ne restons pas là, ma chère...
— Mais mon mari...
— Ton mari te suivra, il est fait pour cela.
Au lieu de suivre sa femme qui se prornèi:e avec son amie et M. Valdeviile, Adolphe va prendre le bras de sa marrain-"?, en lui disant tristement :
— Voulez-vous de moi... vous?...
— Pour toute réponse, Laurenline presse tendrement ce bras sous lequel elle passe le sien, en murmurant :
— Pouvez-vous en douter? . . . est-ce que je ne serai pas toujours votre meilleure amie?
— Ah! je ne sais pas... depuis quelque temps je ne sais plus que penser... si vous aviez été ma meilleure amie... m'auriez- vous quitté ainsi!...
— Adolphe! taisez-vous... de grâce... vous me jugez mal, vous ne savez pas... vous ne devez pas savoir ce qui se passait au fond de mon cœur; peutêtre alors...!
— En voiture! en voilure!... tout le monde repart!... Venez-vous, belle tlanic? tl: inaude M. Flutayot en offrant sa main à madame Bcaunoir.
— J'irai, monsieur, s'il y a une place pour Adolphe dans la voilure, car en vérité, j. Iruuvc très-
ùm MARIE SANS VOITURES. 105
singulier que vous laissiez ainsi voire gendre obligé de venir ici à pied.
— Une place pour mon gendre ! . . . répond M. Flulayot; ah! vous désirez qu'il soit avec vous?
— Je désire avant tout qu'il n'aille pas à pied.
— Eh bien, venez... le comte Tripolini montera avec d'autres alors !...
— Et moi, dit Puceron en suivant son patron, je monterai à côté du cocb <■ t
166 UN ilARl DO.NT ON SE MOQIIB.
Xi:
ou PUCERON FAIT DES SIENNES
Le dîner avait lieu à l'hôtel du Louvre. C'est là que se rend la société qui revient du bois de Boulogne. En entrant dans un beau salon pour y attendre que le repas soit servi, le petit Puceron marche sur la superbe queue de la robe de la mariée. Clorinde pousse un cri, tout le monde s'arrête, on s'informe, on s'inquiète.
— Qu'est-il donc arrivé à ma fille? demande M. Flutayot; aurait-elle fait un faux pas?
Cependant Puceron, stujicfail comme les autres et nes'apercevant pas de ce qu'il a fait, est resté (ilanté sur la queue de la robe, il faut que Cloriiide lui dise •
— Mon Dieu, monsieur, que vous êtes maladroit!
ou PUCERON FAIT DES SIENNES. 167
ôtoz-vous donc de là ! vous ne voyez pas que vous êtes sur la queue de ma robe?
— Moi, madame! il se pourrait!... ah! c'est sans intention, je vous le jure...
— Il ne manquerait plus que ce fût exprès! Je vous en prie, monsieur, ne vous approchez plus de moi...
Puceron se recule et, en se dépêtrant de la belle robe cà queue, va écraser les pieds du comte Tripolini, qui jure comme un pandour et veut sur-lecliamp se battre en duel avec le petit commis, en s'écriant que dans son pays, quand on marche sur les pieds à quelqu'un, c'est une insulte qui amène touji'Urs un combat singulier.
Puceron se confond en excuses en disant au rébarbatif Tripolini :
— Monsieur, je ne suis pas de votre pays, je ne connais pas vos usages... je n'ai jamais eu l'intention devons insulter... je marchais à reculons... je ne vous voyais pas!
— Il fallait regarder, monsieur.
— Je n'ai pas d'yeux dans le dos, monsieur!
— Je n'entre pas dans ces détails-là ! il fallait me voir... que diauolo è qucsto
Mais l'annonce du dîner incl fin à cette scène. M. Thilayot entraîne le comte Tri[)olini. On donne la main aux dames, on va se mettre à table. La mariée a d'un côté M. Edouard Valdcville et de l'autre le terrible Tripolini. Le marié, qui est en face de sa
femme, a près de lui sa marraine et une vieille dame très-prétentieuse qui, bien qu'elle ait dépassé la cinquantaine, est mise et coiffée comme une femme de vingt ans. Cette dame ne cesse pas de dire au marié :
— Ah! que vous êtes heureux, monsieur! quel trésor vous allez posséder !... ménagez-le, monsieur, n'en abusez pas !...
Adolphe se contente de répondre à cette dame des phrases insignifiantes et tâche, autant que possible, de se tourner du côté de sa marraine. On est trente à table, et Puceron a été relégué «î l'un des bouts, entre un monsieur sourd et un petit garçon de huit ans qui joue continuellement avec sa fourchette et son couteau. Mais le jeniie commis s'inquiète peu de son voisinage, il ne songe qu'à faire lionneur au repas. Cependant, il est lâché d'avoir marché sur la queue de la mariée, qui est maintenant sa patronne, mais il se dit : « Heureusement, ma chanson nie remettra bien dans ses papiers... j'y ai mis pour elle mille choses flaltiuses 1... cela réparera tout. »
Et Puceron mange et boit comme quatre, tout en priant à chaque instant son petit voisin de ne pas lui envoyer sa fourchette ou son couteau dans le nez, mais le petit garçon se borne à lui répondre en riant :
— 11 faut bien que je m'amuse !
— Je n'aime pas cette amie de ma femme! dit Adolphe à sa marraine, en lui désignant Rlaivina. Je
ou PUCERON FAIT DES SIEN.NES. lo9
lui trouve un air moqueur qui est peu agréable pour les personnes auxquelles elle s'adresse.
— Je suis de votre avis, mon ami : cette madame Doubleton me fait l'effet d'une franche coquette, sa société peut être mauvaise pour votre femme, mais maintenant ce sera à vous de veiller à ce que Glorinde voie beaucoup moins cette dame...
— Comment pourrai-je faire pour l'en empêcher ?
— Il vous suflira, je pense, de témoigner à votre femme que cela ne vous plaît pas...
— Et vous croyez que cela suffira!... j'en doute beaucoup, moi ! Voyez donc comme celte Malvina nous regarde en ce moment avec son lorgnon... et elle rit ensuite avec ce M. Yaldeville...
— N'y faites pas attention, mon ami, j'ai remarqué que cette dame rit sans cesse au nez des personnes qu'elle regarde; cela ne peut donc plus en ofienscr aucune.
Vers le milieu du dîner, le monsieur sourd dit à Puceron :
— C'est le moment... cela devrait être à présent!
— Le moment de quoi? demande le jeune commis, en remettant sur l'assiette du petit garçon la fourchette que celui-ci vient de lui envoyer.
— Ça fait toujours bien à un repas de noces I reprend le monsieur sourd.
— Ça lait bien? qu'est-ce qui fait bien?
— On la prend ou on ne la prend pas... mais il vaut mieux la prendre !...
— Ali ! j'y suis '....imbécile! et moi qui n'y songeais pas ! c'est la jarretière de la mariée qu'il faut prendre!... n'est-ce pas? c'est la jarretière ?
— Oui, oui! répond le monsieur qui n'entend pas, oui... à la vanille ou à la fraise, ça m'est éoal I
— Vous pensez qu'elle sentira la fraise ou la vanille? le fait est qu'une jarretière de mariée est presque toujours parfumée.. . je n'en ai pris qu'une dans ma vie... elle scaiail l'oignon, il est vrai que la mariée était fruitière. Voyons, c'est le plus jeune de la société qui doit faire cet office... ça regarde mon petit voisin qui jongle si mal avec sa fourchette... Jeune homme, il faut vous glisser sous la table, vous voyez où est la jolie mariée, vsous lui prendrez sa jarretière... une seule suflit, et vous nous l'apporterez.
Le petit garçon regarde Puceron, hausse les épaules, et répond :
— Ah ! que c'est bête !
— Je ne vous demande pas votre opinion... Eh bien, vous n'y allez pas ?
— Le plus souvent!... allez-y donc vous-même!
— Ah ! vous ne voulez pas y aller !... eh bien, oui, j'irai moi-même ! paidieu, je ne suis pas fâché de l'aire voir mon adicsse pour ces petites chosesla 1
ou PUCERON FAIT DES SIENNES. 171
Saisissant un moment où les garçons apportaient des glaces, ce qui était justement ce que le monsieur sourd demandait, Puceron disparaît sous la table. Personne, au reste, ne faisait attention à lui. Les conversations étaient plus animées, et la vieille coquette, assise près d'Adolphe, venait encore de lui dire :
— Ah ! monsieur, que vous êtes heureux 1 le méritez-vous ?
Et Adolphe, au lieu de répondre à cette dame, tâchait de rencontrer les regards de sa femme, mais cela était fort difficile, celle-ci ne songeant jamais à regarder son mari.
Tout à coup un cri perçant se fait entendre. 11 est poussé par madame Doubleton, qui recule vivement sa chaise, en s'écriant :
— Ah ! mon Dieu! il y a donc des chiens sons la table!... on vient de me saisir la jambe et très-haut... presque au genou I... '
Toutes les dames font un mouvement d'effroi et veulent se lever, mais une voix les arrête en faisant entendre ces mots :
— Ne vous effrayez point, mesdames, ce n'est point un chien ! c'est moi, qui suis sous la lable.
Au môme instant, la tête de Puceron parait devant l'assiette de M, Valdeville.
— Et que faites-vous donc là-dessous, monsieur" demande le beau dandy en se reculant à son tour.
— Mais monsieur, cela doit se deviner : je voulais
prendre la jarretière de la mariée... je me suis trompé de jambe à ce que je vois...
— La jarretière de la mariée!... oh! voilà qui est ravissant ! monsieur se croit à la Coiirtille, probablement!
— A la Courtille ! pourquoi donc à la Courtille, monsieur?...
— Parce que ce n'est plus qu'aux noces qui se font par là qu'on veut avoir la jarretière de la mariée...
— Mais cependant, monsieur... permettez...
— Mais, monsieur, vous allez vous ôter de là, j'espère?... vous ne comptez pas rester entre mes jambes sans doute?...
Puceron, ne sachant par où passer, se décide à regagner sa place en repassant par-dessous la table. Toutes les dames se reculent et cachent leurs jambes, et Malvina dit à Glorinde :
— Il paraît que le petit témoin ne doit faire que des balourdises. Tu feras compliment àton mari pour nous avoir amené ce monsieur-lA.
Cependant Puceron est retourné à sa place trèsvexé d'avoir si mal réussi dans sa conquête de la jarretière, mais se disant encore :
— Heureusement, mes couplets répareront tout cela... comme j'ai eu raison de composer une chanson !... brune... prune... oui, je me suis arrêté à ce vers-là, (pii e>l îiès-badin :
ou PUCERON FAIT DES SIENNES. 173
Quand on épouse des brunes Ce n'est pas jour des prunes I
Mais le dessert est servi, le Champagne circule et il n'est pas que^tion de chanter. Puceron, étonne de cet oubli, a déjà dit pUisieurs fois :
— Est-ce ([u'on ne chante pas?... est-ce qu'on n'a pas quelque refrain pour la mariée ?
Mills on n'a pas fait alteiilion à ce qu'il a dit, on ne kii a pas répondu. Il s'adresse à son voisin, le vieux monsieur sourd :
— Monsieur... il est d'usage de chanter aux repas de noces... avez-vous une chanson, vous?
Le vieux monsieur lui répond:
— J'en ai deux au pied gauche... mais j'ai une pommade qui les fait mourir... à la longue !
— Allons, bon, il croit que je lui parle de ses cors 1... ma foi, tant pis I... je vais attacher le grelot !
Et se levant, puis se penchant en avant sur la table, le petit commis se met à crier :
— Mesdames et messieurs !.,. j'ai composé une chanson à l'occasion du mariage de mon cher patron. Je crois le moment venu pour vous la faire cniendre... c'est sur l'air de : Tun'auras pasma i ose... J(; commence... premier couplet:
En époiisanl des brunes Le bonbeur est parlait!
Ce n'est pas pour des prunes...
— Ail ! de grâce, mon père, faites donc taire co
monsieur ! s'écrie Clorindc, tandis que les hommes rient et que les dames affectent de ne point vouloi'. écouter le chanteur.
— Assez, nionsirur Puceron, assez! dit M. Flu-
tayot d'un ton impérieux. On ne chaule pas ici
nous ne sommes pas de ces noces où l'on chante !...
— Encore trop de Courlille dans votre affaire 1 reprend le heau Valdeville en riant.
— Décidément, le petit témoin est le bouffon de la société, dit Augustin ; mon ami Corniquet n'a point de tact I . . . mais il a une bien jolie femme. . . Ah ! que je suis fâché de partir pour la Russie ^
Puceron est resté tout penaud ; il regarde M. Flutayot, il regarde son jeune patron, puis il murmure :
— Ah ! c'est différent... En effet, ce n'est pas une noce où l'on s'amuse ici... j'aurais dû deviner qu'il ne f.iUait pas chanter.
Toutes les dames quittent la table pour aller faire leur toilette de bal. Quelques hommes y restent encore pour causer, tout en continuant de boire du chamj)agne; d'autres passent dans un salon où sont dressées des tables de jeu. Puceron saisit ce moment pour s'approcher de son patron et lui dire :
— Je suis bien désolé... j'avais fait une chanson dans laquelle je célébrais la beauté, les grâces de madame... on n'a pas voulu l'entendre... j'ignorais que ce n'était plus la mode de chautei aux icjias de nocel
ou PUCERON FAIT DES SIENNES. 175
— Consolez-vous, mon pauvre Puceron; vous me donnerez votre chanson à moi, et cela reviendra au même.
— Pas tout à fait... votre charmante conjointe n'a pas l'air de me voir avec plaisir, je liens beaucoup à être bien avec ma patronne !
— Je crois que pour vous il vaut mieux être bien avec votre patron, ma femme ne s'occupera guère d'affaires... je ne pense pas que vous la verrez beaucoup dans les bureaux.
— C'est égal, je serais désolé qu'elle me vît d'un mauvais œil! Où sont donc allées toutes ces dames?
— S'habiller, probablement. On va mettre maintenant une toilette de bal.
— Ml ! c'est vrai I le jour qu'elle se marie, la jeune fdle ne pense, ne s'occupe, ne rêve qu'à ses toilettes ! il y en a même beaucoup qui ne voient que celadans| le mariage!... Et madame votre marraine est partie aussi ?
— Oui... elle m'a dit adieu d'une façon singulière. . . elle avait l'air triste. Je lui ai dit : « Vous allez revenir?» Je ne sais ce qu'elle m'a répondu... mais elle s'est éloignée précipilairuneut.
Augustin Uréchard s'approche d'Adolphe ; ce jeune homme paraît avoir une forte pointe de gaieté; il frappe sur l'épaule du marié :
— Eh bien, mon cher, qu'est-ce que lu fais là?... On joue là-bas... viens donc tailler un lanscjuoni.'l ou un baccarat... Tu es en fonds, car tu as louché la
dot, mon gaillard ! A ta place, moi, je voudrais la doubler ce soir!
— Je n'y essayerai même point! car je ne joue pas, moi.
— Tu ne joues pas I tu ne bois presque pas ! tu ne dis rien !... Ah 1 vive Dieu! tu es bien heureux d'avoir une si jolie femme ! sans quoi tous tes amis l'abandonneraient. Mais à mou retour de Russie, j'espère te trouver changé!... Ces Gâtons, tant qu'ils sont garçons, deviennent de grands vauriens ; une fois mariés... Je vais me livrer au lansquenet.
— Ma foi, moi aussi! se dit Puceron, je vais essayer ma veine. J'ai pris de la monnaie parce que j'ai pensé qu'on jouerait.
Et îe petit commis pénètre dans la salle de jeu, puis, se faufilant contre une table, y jette une pièce de dix sous en disant :
— Il y a cinquante centimes de plus!...
— Qu'est-ce que c'est que ça?... Quelle mauvaise plaisanterie! Qui est-ce qui se permet de nous jeter cette monnaie?
— C'est moi qui joue dix sous, monsieur !
— On ne joue pas dix sous ici, monsieur; reprenez votre pièce, ou on va la jeter sous la table...
— Ah! ce n'est pas assez?... eh bien, je mets vingt sous...
— On ne met pas d'argent ici, monsieur ; on met de l'or ou des billets de banque. Il manque cinquante francs... les fuiles-vous?
ou PICERON FAIT DTS SIENNES. 177
— Le plus souvent! murmure Puceron en ramassant sa pièce de dix sous qu'en a jetée dans la chambre. Je pourrais perdre riies appointements du mois en trois coups!... Cette manière de s'amuser ne me va pas. Attendons l'heure du bal... je veux danser comme quatre... J'aime à croire qu'on ne me fera pas payer la contredanse... C'est étonnant comme mon pauvre patron a l'air de s'embêter!... Pour un marié, en voilà un qui ne semble pas être à la nocel... Ah 1 s'il avait suivi mon idée ! ... On ne m'ôtera pas de la tête que c'eût été plus gai... Pas de voitures! pas de jarretière 1 pas de chansons ! et un beau-père qui ne s'occupe qu'à ramener sur son front les trois cheveux qui couvrent sa nuque!... comme c'est divertissant!
Sur les onze heures du soir, les dames commencent à reparaître, mais madame Beaunoir ne revient pas; elle ne s'est pas senti le courage d'assister au bal, et Ado![)he, (pii la cherche en vain, comprend maintenant la tristesse de son dernier adieu : elle ne voulait pas revenir. Bientôt le bal est dans tout son éclat. M. Flutayot cherche son gendre et le conduit près de sa fille, en lui disant :
— Ne savez-vous pas que vous devez ouvrir le bal avec votre fenmie?... Clorinde vous attend.
Adolphe ne peut s'empêcher de rester ébloui devant la toilette de sa femme, qui lui dit :
— Eh bien, monsieur, vous restez là?... Donnez-
moi donc la main... conduisez-moi... il faut nous placer...
— Où cela?...
— Mais pour dnnser, j'espère ! . . . Tenez, on face de Malvina et de M. Valdeville... Mon Dieu! est-ce qu'il faudra que je vous apprenne tout ce que vous devez faire aujourd'hui?... Allons, venez!...
Le pauvre marié se laisse conduire. Il danse fort mal, s'embrouille souvent dans les figures; aussi, après le quadrille, sa femme lui dit :
— Maintenant, ne comptez plus danser encore avec moi ; je suis engagée pour toute la nuit.
— Très-bien, ma chère amie... cela vaut mieux, car je ne danse pas assez bien pour être votre cavalier.
Quant au petit témoin, il a été refusé sur toute la ligne. Chaque dame lui a répondu : « Je suis engagée, monsieur. » Il faut qu'il se borne au rôle de .'•poctateur, ce qui le vexe beaucoup. On jono après une polka: il n'est pas plus heureux que j)our le quadrille; vient ensuite une mazurke, et il est éga-
ement repoussé partout. Il se promène avec colère
dans le bal, en murmurant :
— On croirait que les dames se sont donné le mot!... Elles ne savent pas que je suis un des n eil leurs danseurs de Paris... Ah! si elles m'avaient vu chez Pilodo!... et à la Closerie! Sapristi! il faut que je me produise, cependant...
Et ruccioa cherche daub tous les coins une dan-
ou PUCERON FAIT DES SIENNES. 119
seuse disponible ; il ne trouve que le comte Tripolini, {jui, chaque fois qu'il l'aperçoit, lui frappe sur l'épaule en lui disant:
— Vous savez que noTis avons une affaire à vider enscndjle?... il faudra pourtant en finir I...
Et Puceron s'esquive en répondant :
— Oui, monsieur... oui, nous en finirons... Je suis bien le vôtre... Il a le diable au corps, cet homme-là! Est-ce qu'il ne me laissera pas tranquille?... Que va-t-on jouer, à présent? une valse?... ah! c'est mon triomphe... Il me faut une valseuse... n'en fût-il plus au monde... Ah! cette dame mûre, là- bas... j'ai remarqué qu'elle a continuellement fait tapisserie... ça m'est égal! invitons la tapisserie!
Et Puceron court inviter la vieille coquette (jui, au dîner, était placée à côté du marié. Elle sourit à l'invitation du petit jeune homme, et fait sa bouche en cœur en répondant :
— v^ous m'invitez pour la valse?
— Oui, madame, c'est une valse qu'on va jouer.
— Ah! c'est que... il y a quelque temps que je n'ai valsé... En combien de temps valsez-vous?
— Deux temps, trois temps! quatre si vous voulez... autant de temps que vous voudrez!...
— Très-bien... iS'ous n'irons pas trop vite, n'est-ce pas?
— Si ça vous est égal, nous suivrons la mesnro.
— C'est juste... Oh! j'élaii Ircs-roilc valacu^p aulitiuisl
180 UN îiARi do:;t on se moque.
— Alors çi ira tout seul.
L'orclieslrc part, l'uceron lient sa danseuse parla taille, il ne la lâclierait pas pour un empire. Il se lance avec elle. Il tourne comme une toupie d'Allemagne. Il s'aperçoit bientôt que sa danseuse est trèslourde; il faut qu'il la tire, qu'il renlcve, qu'il la porte même pour la faire aller; mais il a la tête montée, le plaisir qu'il éprouve à valser double ses forces, il ne connaît plus d'obstacles, se cogne à chaque instant contre d'autres valseurs, mais va toujours son train sans écouter sa valseuse, qui lui dit:
— Monsieur 1 c'est trop vite!... je n'en puis plus!... je vais m'évanouir... je vais tomber...
— Soyez tranquille, madame : si vous tombez, c'est que je tomberai avec vous 1
C'est, en effet, ce qui ne tarde pas à arriver. Apres avoir bousculé la mariée, qui valsait avec Augustin, il est à son tour renversé avec sa valseuse par un gros monsieur qui se tenait sur ses gardes. La vit-ille coquette est évanouie ou fait semblant de Têtre. Puceron a le nez écorclié, et la mariée, dont il a accroché la robe, s'écrie qu'elle ne dansera plus si on laisse encore le petit témoin parmi les danseurs.
Puceron, honteux et confus, va se bassiner le nez, mange trois glaces coup sur coiq), avale deux verres de punch, puis s'en va en se disant :
— Voilà une noce qui ne promet rien de bon ! Je m'en souviendrai!
A cinq heures du malin, la mariée, exténuée de
ou PUCERON FAIT DES SIENNES. 181
fatigue, décoiffée, défrisée, accablée, consent enfin à se laisser emmener par son mari, et celui-ci trouve que pour lui c'est le premiei luoiiiciil agréable de la journée.