ADOLPHE COMMIS CHEZ SA MARRAINE. GJ
— Monsieur s'exerçait à tailler des plumes deferl dit le petit Puceron d'un air moqueur.
— Monsieur Puceron! dit Laurcntine d'un ton sévère, tâchez de faire votre besogne sans vous occuper de ce que font les autres. Mon filleul arrive de son pays... il ne connaît rien encore aux habitudes, aux usages de Paris; si je m'aperçois que vous cherchez à l'attraper, à le faire aller! comme vous dites si élégamment, c'est à moi que vous aurez affaire.
Le petit commis ne souffle pas mot, il se baisse sur son ouvrage et se met à griffonner. La belle veuve va à son bureau, y prend divers papiers et revient près de son filleul :
— Tenez, Adolpiie, vous copierez ces letlres-là... voilà ensuite des additions à faire... nous verrons comment vous vous en tirerez...; si vous ne pouvez pas écrire avec des plumes de fer, en voici d'autres...
— Oh I je m'y accoutumerai, ma marraine...
— Quand vous aurez fini ce que je vous donne à faire, vous me rapporterez tout cela à mon bureau.
— Oui, ma marraine.
Laurentine est relourné(3 dans son cabinet. Adolphe se met sur-le-champ à l'ouvrage, et M. Puceron, qui est vexe d'avoir reçu une semonce, se dit :
« Ah 1 on me gronde a cause du filleul !... c'est bon... on verra la suite... on verra la l>eso!me que
ce jeune jobard est en état de faire, et on sera trop heureux alors que je sois là pour réparer ses bé- , ■vues 1... » \
Et, de temps à autre, M. Puceron jette les yeux sur Narcisse, qui travaille avec assiduité ; il voudrait bien aller jeter un coup d'œil sur ce qu'il iait, mais la patronne est dans son cabinet, dont la porte est ouverte, il n'y a pas moyen de bouger.
Au bout de trois quarts d'heure, Narcisse se lève et va porter à Laurentinc ce qu'il a fait.
— Quoi ! vous avez déjà fini ? dit celle-ci, voyons votre travail.
Elle pousse un cri de surprise en examinant ce que sou filleul a fait : l'ccriture est charmante, les chiffreo très-bien faits et les additions fort justes.
— Oh ! mais c'est fort bien cela, mon ami, dit Laurentine ; votre écriture est belle, parfaitement lisible... vos chiffres sont bien faits... vos additions justes... Allons, je vois que je n'aurai qu'à me louer de voire travail... si vous ne savez pas parler, en revanche vous savez écrire et compter, cela est l'essentiel, le reste vient toujours assez vile... Messieurs, venez donc voir le travail de mon filleul.
Les commis se hâtent de se rendre à l'invitation de leur patronne, mais le petit Puceron est rouge de dépit, car ils'attendait à ce qu'Adolphe serait grondé, tandis qu'au contraire ce sont des éloges que celui-ci reçoit.