‹ Un mari pacifiqueChapitre 5 sur 11 · Chapitre deux · texte numérisé non relu

Chapitre deux

Daniiel s'était dit quelquefois qu'il ses rait trompé par sa femme, que c'était un événement fatai. auquel il n'échapperait pas.

D'autres fois, il se disait que c'était impossible, qu'une sorte de divinité tutélaire len préserverait, et que ces choses-là n'arrivent jx)int.

C'est ainsi qu'il prévoyait l'avenir, non en calculant raisonnablement des probabilités, mais au moyen de pressentiments, souvent contradictoires, et qui lui apparaissaient chaque fois comme l'évidenc^e même.

En somme, cette idée de malhe'irs conjugaux futurs ne l'occupait que rarement. II' lui aurait fallu penser davantage à sa femme, et il ne pensait plus à elle, depuis qu'elle habitait avec lui. Il n'espérait plus rien délie. Il avait produit en elle une impression certainement défavorable, et qu'il ne modifierait plus. Il était jadis paru à la conquête de.Berthe comme à la recherche d'un pays inconnu, où la nature réalisera à plaisir nos souhaits les plus vagues ou les plus chimériques. Arrivé là, il fauî coloniser, se donner de la peine, pour des cultures dotât le résultat n'est pas certain. Daniel, conquistador enthousiaste, et colon fainéant, se désintéressait de sa conquête. En entrant dans sa vie sa femme était sortie (le ses rêves.

Jadis, quand il songeait à la gloire (ar-

tistique, politique ou militaire), c'était toujours l'amour d'une femme qui recompensait ses oeuvres de génie ou ses actes de bravoure. Désormais 1 ou provisoirement, avec le charme de sa femme s'était fané le charme de toutes les femmes. La gloire lui apparut comme un mât de cocagne, orné à son sommet d'une timbale pareille à celle qu'il avait déjà chez ^ui. Il cessa d'être ambitieux, et engraissa.

Il n'était pas jaloux de Berthe, parce qu'il ne sentait plus sa séduction. Impuissant à la retrouver pour lui-même, il était incapable d'imaginer qu'elle pût exister pour d'autres.

II éprouvait cependant l'impression de tenir fortement à elle, lea jours où elle était en retard pour dîner. Il avait toujours peur de ne pas la voir rentrer et d'être obligé de courir dans les commissariats, peut-être à la Morgue. Alors l'idée qu'elle pouvait être absente de sa vie donnait à nouveau à la jeune femme le charme des êtres qu'on regrette. Et il éprouvait le tressaillement des jours anciens quand àl entendait sa clef tourner dans la serrure, quand elle entrait, quand il jetait un baiser rapide sur la joue qu'elle lui tendait, toute fraîche de l'air du dehors. Elle souriait. Mais qu'il s'effaçait vite de son visage, ce sourire instinctif d'entrée en scène, sourire de coquetterie plus que de bon accueil !

Daniel, inconsciemment, se sentait déçu de ce que la joie de la revoir se prolongeât aussi peu. Et il était triste, sans savoir

Le bal des Alfreda fut très

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