LE SECRET DU CAVEAU
Lorsqu'on rentre dans sa maison , après un voyage, on trouve toujours une collection de malheureuses lettres dont Faspect a quelque chose de triste, parce qu'elles semblent porter avec elles les inquiétudes d'infortunés correspondants privés de réponses attendues et abandonnés du facteur.
Avant de satisfaire l'impatience de ces pauvres lettres^ déposéfb maison restante, avant de déchirer leurs enveloppes, on examine les adresses, on essaie de deviner le nom des correspondants, et on ouvre d'abord, par préférence, celles qui se présentent avec des caractères luci'les et soignés, ce qui fait supposer une nouvelle insignifiante ou bonne; sous l'enveloppe, toute adresse, écrite avec un alphabet convulsif, anguleux, et hyéroglyphique , annonce infailliblement un secret fatal, une révélation inattendue, un message d'ennui ou de deuil.
A peine Cyprien mettait-il le pied sur le seuil de sa maison, qu'une main de portier s'allongea par un carreau sans vitre, en lui présentant un faisceau de lettres.
Le dépouillement fut fait selon la méthode indiquée plus haut, et Cyprien s'obstina toujours à renvoyer au dernier rang une lettre dont l'adresse l'offusquait par une déplorable anarchie d'orthographe, et des caractères du plus étrange aspect.
Avant d'avoir lu le nom de la ville, écrit sur le
tjml)re, il était facile de reconnaître à la raideuiv moirée du papier une origine anglaise.
Enfin^ pour comble de singularité;, chaque lettre de Tadrcsse, tracée primitivement au crayon, était recouverte d'une encre pâle, comme on en trouve dans les auberges de tous les pays.
Un frisson courut sur l'épiderme de Cyprien.
C'est une lettre de Katrina, pensa-t-il; ne lisons pas, déchirons*.
L'effet allait suivre de près la pensée.
Mais, réflexion faite, quel risque pouvait courir sa jeune et forte vertu, devant une lettre de cette femme abhorrée et maudite?
Cependant, Cyprien ne l'ouvrit qu'avec des doigts convulsifs de terreur.
C'était un billet peu lisible, et tracé au crayon; le lecteur eut toutes les peines du monde à le déchiffrer.
Il était ainsi conçu ;
a Je vais mourir, et je me repens devant Dieu et a devant vous.
« Marck , le géant , demeure à Londres, près de a Lime-reach, 17, Saint -John' s- sûr eet. Il a votre a argent.
c( Celui de Rodolphe Jeffery est dans la petite cavô « de votre château, avec divers papiers. Je délie Ro^ a dolphe de son serment.
a Priez pour moi, pardonnez-moi.
a san-quirico ugolo. »
De ce tronçon de papier presque indéchiffrable jaillit aussitôt un foyer d'étincelles qui éblouirenl Cyprien.
Ugolo, que les prodigalités d'un maître avare et ingrat n'auraient jamais enrichi, avait spéculé d'abord ;u(." «i'amour adultère pour se venger do
rN MARIAGE DE PARIS. 177
cette ingrate avarice , et ronder l'avenir d'une fortune énorme.
Tous les ressorts qu'il avait mis en jeu, après la nuit où il se rendit maître de Rodolphe, étaient faciles à deviner, chez un homme fécond en ruses.
Il était parvenu, sans doute, à retrancher Jeffery du nomhre des vivants, et il lui avait fait payer la vie au prix d'une lortune, d*im serment, et d'un exil perpétuel.
Le cadavre défiguré que des mariniers retirèrent de la rivière, peu après la terrible nuit, avait servi les projets de cet Ugolo, qui devait être en continuelle observation sur le théâtre du crime.
Rodolphe seul pouvait ajouter encore cpielques détails d'éclaircissement sur cette ténébreuse affaire, et sur son mariage; mais ce que le billet d'Ugolo laissait deviner formait déjà un ensemble d'explications assez satisfaisant.
Quant à la seconde partie du drame joué en Angleterre, tout, aux yeux de Cyprien était clair et sans ombre aucune.
Le domestique avait habilement spéculé sur la fatuité libertine etTorgueil aveugle de son maître.
Le fourbe Ugolo, ténébreusement à l'écart, dirigeait les pas et dictait les rôles de ses p;^rsonnages, et tout avait réussi, excepté la fin, écueii ordinaire du crime.
Pour compléter la révélation, une course au vieux château restait à faire, course bien pénible pour Cyprien de Mayran, car elle allait rajeunir et vivifier les plus désolantes émotions.
Personne ne l'accompagna dans cette expédition; et, dans son impatience extrême de tout savoir et d'établir quelque grande conjecture sur le moindre détail, il ne renvoya pas au lendemain sa visite au château.
Ugolo avait probablement gardé les clés de ce
170 UN MAIIIAGE DE PAPJS."
yieux manoir, ou il les avait laissées à madame de Mayran, car, avec ses ressources influieS;, il pouvait, lui, se dispenser des moyens ordinaires pour pénétrer dans rintérieur du e hâteau quand bon lui semblerait.
Cyprien employa donc la ressource de l'effraction violente pour entrer dans sa propriété des champs, et d'après Tindication du billet d'Ugolo, il descendit au petit caveau, força la porte, et après une longue et minutieuse recherche, il trouva, sous une couche de terre argileuse, un petit coffre d'un poids fort léger. *
Il remonta aux appartements inhabitables, s'assit iu grand jour d'une fenêtre, et, le coffre ouvert, il aperçut du premier coup d'oeil une masse de billets qu'il laissa intacte , comme un dépôt inviolable, et destiné religieusement à son propriétaire reconnu.
Outre les billets, le coffre renfermait encore des papiers que Cyprien estima beaucoup plus précieux pour lui.
Sans doute, Ugolo, en dépouillant RodolpTie, avait voulu se ménager, dans l'avenir, quelques ressources mystérieuses, à Taide de ces papiers sans valeur réelle pour le moment.
Un petit portefeuille, en cuir de Russie, marcpié aux initiales R. J., était la pièce importante de ce dossier.
Cyprien Touvrit avec une émotion bien naturelle, et ses yeux s'obscurcirent : il s'excita au courage, et lut en tremblant quelques alinéas écrits au crayon, et accolés à des dates depuis longtemps ineffaçables dans la mémoire de Cyprien.
Voici les plus importants de ces alinéas :
a Elle est riche, jeune, belle, pleine d'esprit et de a cœur ; il ne lui manque qu'un défaut pour être < aimée de son mari. La perfection repousse; ce n'est
« pas une chose humaine. Soyez ange, à la bonne c( heure, si Dieu vous a faite ainsi, mais restez au « ciel. D
a Oui, ce serait une distraction délicieuse et inno- « cente jusqu'à mon mariage... Sans doute, je dois a respecter la femme d'un ami, mais que de charmes « encore je puis trouver auprès d'elle, dans sa grâce, ff son esprit,. son rayonnement divin? Le crime ne a me donnerait jien de plus. »
a Jamais elle ne se plaint de son mari ; mais elle se Q tait quand je veux la provoquer à se plaindre. Ce a silence parle... Quel genre de tort ce mari a-t-il aux a yeux de sa femme ? aucun peut-être, et c'est là son a tort. D
a II y a un long échange d'ennuis entre ces deux a époux. Le mari est froid, personnel, orgueilleux, « il passera sa vie à se contempler. Il est avare, non c pas par amour de l'argent, mais par peur de faire « des heureux avec un don. Lui seul a droit d'être « heureux en ce monde : il est égoïste comme le soa leil. Les femmes n'aiment pas ces hommes-là, 0 fussent-ils beaux comme Apollon. »
« Si ce mari était trompé un'jour par sa femme, il a crierait à l'injustice. Ce n'est point par sa conduite a qu'un homme se rend odieux vis-à-vis d'nne « femme, c'est par de certains défauts originels et « intolérables. Le mari trompé n'examine que sa « conduite, et comme il ne soupçonne pas ses défauts, a il accuse, se plaint, s'irrite et ne comprend pas. a
« Elle a été aujourd'hui plus tendre et plus affeca tueuse. Je sens que mes visites à la campagne lui a sont agréables, et que je suis la viva.itc dirtraction
« de ses ennuis. Nous avons causé de toutes les charc( mantes frivolités de ce monde, de la musique, de la « poésie, du théâtre, de l'amour. Elle m'a demandé a mon opinion comparative sur la musique allemande a et italienne; j'ai été je crois assez bien inspiré ; — « la musique a deux sexes, lui ai-je répondu; je cornet pare la musique allemande à l'Apollon du Belvé- « dère, et la musique italienne à la Vénus de Méa dicis. »
« Comme il est facile d'induire le monde en erreur ! a j'arrive tous les jours à ce château, avec les allures « furtives du criminel, et j'en sors innocent. »
« Le mari a reçu une lettre qui l'appelle à Londres 1 « partira-t-il?... et s'il part !.. . »
« Le chiffre de Tarbre a parlé !...
« Le mari part demain !
« Demain pour la première fois, je la verrai seule; f sans entourage de domestiques rôdeurs et espions; (( seule dans sa chambre... j'ai juré d'être respec- <x tueux, à ce premier rendez-vous nocturne. .Je tien- « drai mon serment. Ma parole est un contrat a sacré... »
Les notes s'arrêtaient là.
Tout ce que Dieu nous a donné de trésors d'extase; d'enivrement, d'hymnes intérieures, éclata dans rame de Cyprien : les rayons de la résurrection morale illuminèrent et ennoblirent sa figure; le flot joyeux de la vie inonda ses poumons; un baume buavc rafraîchit ses artères.
11 lança un seul regard vers le ciel, et ce regard rapide résuma tout ce qu'un siècle peut épuiser de reconnaissance et d'amour.
TJN M.UIIAGE DE TWAS. i^\
Avant les plus urgentes choses, inspirées par cette révélation solennelle, il y avait un grand et impérieux devoir à remplir, et en accomplissant tout de suite ce deroif, Cyprien se donna la première preuve d'un changement favorable opéré dans son ancien naturel ; il songea aux autres avant de songer à lui.
C'est ce qui va être expliqué dans la lettre suivante, écrite sur-le-champ à Rodolphe Jeilery et avec un style qui annonçait lo. retour de l'anciemie gaieté.
a Mon cher Rodolphe,
a Rompez votre ban d'exilé, je vous y autorise. < Venez à Paris, et là, je vous expliquerai par quel a miracle votre fortune perdue à la Bourse vient de a vous être rendue par d'honnêtes créanciers.
a II y avait eu erreur, ce jour-là, sur la cote des c fonds. Cette erreur a été reconnue solennellement a par les grands pontifes de l'agiotage parisien. On a n'a jamais vu de cérémonie plus édifiante.
a C'est le triomphe de la vertu coulissière : la place c de la Bourse avait un air de fête.
Du temple orné partout de festons'magnifîques Les coulissiers en foule inondaient les portiques.
C Les passants bénissaient le Janus de la hausse et 0 de la baisse. Dieu nouveau introduit au Panthéon ; c et l'enthousiasme agioteur frémissait sur toutes les « lignes électriques des chemins de fer.
a L'erreur de ce jour, où la' baisse devait être une a hausse, ayant été ainsi reconnue, le ministre des a finances a ordonné que l'argent serait rendu aux a victimes de cette baisse erronée.
a Votre nom figurait en tête de la liste des victimes, a et il vous a été fait prompte et complète restitution, « entre les mains de votre notaire qui est le mien.
T. YU. Il
'182 UN MARIAGE PE PATir?!.
« Votre notaire vous envoie, comme acompte, ce c( mandai ci-inchv^, de ciu {uanle mille francs, sur la « maison Torlonia.
« Tout cela vons paraîtra fabuleux, mais, à notre « première entrevue, je vous en dirai davantage, et ce a que vous croyez fiction deviendra réalité
« Mettez moi auxpied>de Tan/^e que j'ai laisî^^ dans Tazur du iMonte-Piiicio.
a Votre ami plus que vous ne pensez,
a CtpriEx^. »
Le mandat pris, la lettre fermée et affranchie. Tin- *atigable Cyprien remonta sur ce chemin de fer du Centre où il avait déjà voyagé, avec d'autres projets et d'autres amours.
L'aubergiste que nous connaissons, et qui attend des voyageurs invisibles, devant des fourneaux éteints, bondit de. surprise en revoyant Cyprien, accompagné cette fois d'un domestique. Quel surcroit de population dans un hôtel désert !
— Eh bien ! mon cher hôte, dit Cyprien, vous me revoyez après m'avoir vu disparaître comme un vagon. Dans notre état d'ingénieur en chemins de fer, nous passons et nous repassons comme le vent.
— Et notre embrancliement ? — demanda l'aubergiste, son bonnet à la main.
— Votre embranchement arrivera ; prenez patience, il y en aura pour tout le monde... Eh bien ! mon cher aubergiste, maintenant que nous sommes seuls, ea tête-à-tete, ditcs-moi franchement si vous avez été discret?
— Oh! Monsieur, j'ai été un véritable puits.
— Bon! c'est par la discrétion qu'on arrive à faire de grandes choses... Ainsi, personne dans ce village... pardon, dans cette ville, n'a remarqué mon passage ?
^Personne, personne, je vous le jure su? le tombeau (le ma femme.
— \'ous n'avez pas même éprouvé la tentation d'en causer ave"* Î\I. Charvel?
— Pas plus avec M. Charvel qu'avec un autre — dit FaubergistC; en levant la main comme un témoifc de conr d'assises.
— Ni avec mada'ne Charvel? — demanda Cyprien, en affectant un air myL-térieux.
— D'abord, Monsieur, je ne parle jamais à madame Charvel...
— A propos, mon cher aubergiste — dit Gyprien du ton d'uu homme qui est frappé subitement d'une idée — à propos, donnez-moi des nouvelles de cette intéressante veuve, amie de madame Charvel.
— Ce n'est pas une veuve, Monsieur...
— Ah ! c'est juste ! N'importe ; vous m'avez raconté son histoire, à mon premier voyage, et j'y ai pris le plus grand plaisir. Vous racontez si bien!
— Vous êtes bien bon. Monsieur... Il faut savoir amuser les voyageurs dans notre état.
— Voyons, amusez-moi, mon cher hôte... Vous disiez rîonc que cette jeune femme...
— J'avais déjà commencé à dire quelque chose ?
— Sans doute.
— Ah ! — fit l'aubergiste en regardant le plafond — c'est possible... Il me semble que j'ai oublié de vous dire la grande nouvelle...
— Justement, vous la commenciez quand je vous ai interrompu. Voyons la grande nouvelle.
— Eh bien! toute la "sille parle de cela. Monsieur.
— De quoi? — demanda Gyprien avec une émotion subite.
— De cette pauvre femme...
— L'amie de madame Charvel?
— Oui, Monsieur — dit Taubergiste d'un air coilsterné.
Cyprien s'assit et frissonna, en regardant l'aubergiste avec cet air impératif qui provoque uue explication attendue.
— Oui, Monsieur, poursuivit l'aubergiste; elle a fait ses pâques... Ab! j'oubliais de vous dire que je sais positivement son nom... elle se nomme madame de Mayran... Elle est noble, par son mari, ce mauvais sujet dont je vous ai parlé... elle a donc fait ses pâques, lundi de la semaine dernière, à la paroisse. Elle passa devant ma porte, avec un voile blanc, un...
— Après? après? après? dit Cyprien en trépignant.
— Ab! Monsieur, si vous m'embrouillez, je ne sais plus ce que je veux dire. Nous avons si peu d'babitude de parler, ici... Quand nous vîmes que madame de Mayran suivait cette vie, cela finira par quelque cbose d'extraordinaire... effectivement...
— Achevez donc vite, au nom de Dieu! — s'écria de Mayran, le poing fermé sur ses cheveux.
L'aubergiste demeura stupéfait en le regardant.
— Continuez donc, mon cher bote — ajouta Cyprien en adoucissant sa voix, et avec un geste amical.
— Voici , Monsieur — poursuivit l'aubergiste un peu rassuré — eh bien, frappez à la première porte de celte ville; maison pauvre ou riche. Demandez la grande nouvelle d'aujourd'hui, tout le monde vous dira que cette pauvre madame dé Mayran... doit entrer lundi prochain à lliôtel-Dieu, sœur de charité, pour soigner les malades. L'autre jour M. Chaivel m'a dit : les femmes ont toute? oette vocation dans le cœur, et c'est la ressource des plus malheureuses.
De Mayran contint un cri de douleur, et se levant avec vivacité , il remercia d'un geste l'aubergiste et sortit , emporté au hasard par l'excitation iu moment.
UN îrARIAGE DE TARIS.' 185
Il y a des heures où la meilleure reflexion est celle qui conseille de ne pas réfléchir.
Le jeune mari s'élança dans la rue des Vignes, sans aucun plan prémédité, maix Lien résolu à suivre rinspiration de l'heure décisive qui sonnait sur lui ; il reconnut aisémer.t, à la clarté du jour, la maison qu'il avait si vite reconnue, pendant la nuit, lors de son premier voyage. <
La porte était ouverte ; un domestique parut : Cyprien prononça le nom de madame de Mayran ; on lui indiqua un salon à droite : il entra, et aperçut devant la fenêtre la jeune femme qui lisait, avec la pose immobile de la méditation: c'était Lucile...
Au bruit des pas, elle tourna la tête, reconnut son mari, se leva, et salua respectueusement.
Aucun geste, aucun cri, aucune surprise n'accompagnèrent cette réception. C'était bien la femme pieusement résignée, qui a tout accepté, qui s'attend à tout, et ne peut plus rien cF.^iindre ni s'étonner de rien.
— Lucile, dit le jeune mari avec une voix et une physionomie dont la douceur et la bonté, toutes nouvelles, émurent la malheureuse femme — Lucile, ce^n'est point vjtre pardon que je vous apporte; c'est moi quiffvTive pour vous demander le mien, et donner trois cent mille francs à l'Hôtel-Dieu de cette ville, pour payer ce pardon.
La jeune femme éclata en sanglots, et tendit ses deux mains à Cyprien qui les couvrit de caresses et de larmes.
Ce fut une de ces vives scènes, où la sincérité mutuelle est si évidente, qu'on arrive tout de suite et sans plaidoyer, à une indestructible réconciliation.
L'historien doit s'arrêter là, aux justes limites où l'œuvre arrive à sa moralité.
Écrire un mot de plus, c'est recommencer une autra
histoire; c'est vouloir peindre le calme après la tempête; mais la place publique fait trop de bruit, à cette heure, autour de nous, et les tabloaux d'intérieur tranquille doivent être ajournés à ime exposition.
ÉPaOGUE DE L'ÉDITEUa
Lorsque ce roman était publié dans la Presse, le lecteur comprenait le sens des dernières lignes, lesquelles'sont très-obscures aujourd'hui, et le seront bien davantage, si ce livre a quelques années d'avenir.
Nous devons alors constater ici que les derr.iers chapitres de ce roman ont été écrits, et publiés dans la Presse, dans les jours d'ardente agitation qui était le prélude de la bataille civile de juin. Gomme pièce à l'appui, et pour donner une idée de l'étrange moment où ce livre fut terminé dans la Presse, nous citerons comme épilogue politique, un " •'' • ,
les ateliers nationaux, publié par M.
Presse, après le dernier chapitre de son Mariaye de Paris.
Ce matin, le hasard de la promenade m'a c^: '-lit sur cette zone de boulevard qui lo 'gc lo parc de : ^ jnceaux. La nature s'était associée avec les honimes pour composer un tableau cIj armant. Les beaux arbres du parc prêtaient leur ombre aux travailleurs;
tJN MARIAGE DE PARTS. 187
les pelouses d'un vert lumineux servaient d'édredon à quelques inspecteurs endormis; les rossignols, seuls artistes qui chantent encore, exécutaient des cavatines pour amuser les passants. Un groupe de travailleurs jouaient au petit palet^ en mémoire des Discoboles de le République romaine. D'autres re^^'ardaient les joueurs, en mémoire d'Ésope et de Xanthus, qui se plaisaient à suivre le jeu des noix, sous la République d'Athènes. Tout ce petit travail était assez bien orgaganisé sur ce chantier.
Un homme, vêtu d'une blouse de coutil, travaillait à l'écart et avec une verve digne d'une œuvre plus sérieuse. 11 nivelait et ratissait le terrain au bord d'un fossé. Ce terrain aurait pu très-bien rester dans son état primitif, mais il y a peut-être sous ce travail un mystère que les esprits frivoles ne pénètrent pas.
Je me suis arrêté devant ce mystère, pour le méditer dans sa profondeur.
L'ouvrier a souri; il a croisé la jambe droite sur la gauche, s'est app.iyé sur son instrument de labour, comme un Colin d'opéra-comique, et il m'a regardé.
J'ai continué ma méditation sur le même terrain.
— Vous cherchez sans doute à deviner ce que je fais? m'a-t-il demandé en riant.
— Je iie vous cache pas, lui ai-je répondu, que votre genre de travail exerce vivement mes conjectures.
— Mon genre de travail, m'a-t-il dit, est bien simple : il consiste à ne pas travailler.
— Je ne veux pas approfondir davantage ce mystère, que votre modestie rend encore plus obscur...
— Citoyen, m'a dit l'ouvrier en m'mterrompant, si vous n'êtes pas plus occupé que moi, nous pouvons causer quelques heures.
— Je suis ouvrier comme vous^ ouvrier en prose.
et nous attendons^ mes confrères et moi^ qu'un économiste veuille hien organiser notre travail... En attendant, causons.
— Je veux bien, causons.
En disant cela, l'ouvrier a laissé tomber sa pelle et s'est assis sur le gazon. Je lui ai offert un cigare de planteur, et nous avons jeté les tourbillons de phrases et de fumée auxurbres du parc voisin.
Nous avons d'abord procédé par escarmouches, comme on fait en temps de révolution; il faut sonder son interlocuteur avec adresse, avant de se lancer dans une théorie : on veut savoir si l'autre est légitimiste, orléaniste, fourriériste, humanitaire, saintsimonien, républicain de 89, de 92, de 93, du 9 thermidor, absolutiste, barbésien, socialiste, fédératif, communiste, jésuite, gallican.
— Vous voulez connaître mon opinion, dis-je à l'ouvrier; je vais vous la dire: je suis partisan du gouvernement actuel.
— Et quel est le gouvernement actuel î me demanda l'ouvrier.
A cette question faite avec un sourire très-ûn, je reconnus dans mon ouvrier un esprit profond. Je compris que j'avais devant moi un homme qui ne se paierait pas avec un mot, mais avec une chose. J'allais donc développer ma phrase, lorsqu'il m'interrompit.
— Citoyen, me dit-il, je vais répondre à la question que je vous ai faite, et je vais bien vous étonner.
— Voyons, lui dis-je, étonnez-moi, je ne demande pas mieux, mais ce sera difficile, car j'ai adopté, après deux révolutions, la devise de lord Bolingbroke.
— Nil admirari, dit l'ouvrier en souriant.
Je regardais l'ignorant prolétaire d'un air stupéfait.
— Vous voilà di^jà étonné, poursuivit-il; vous en
UN MARIAGE DE PARIS. , i89
entendrez bien d'autres!... Écoutez... le monde a. été gouverné de vingt-trois manières.
Avant riiomme :
Par ITclitliiosaurus,
Le Dynotherium,
Et le Mosasaums.
Dieu seul peut aligner la quantité de zéros qui constituent la longueur du règne de ces trois dynasties primitives.
Après Fhomme :
La royauté nomade des pasteurs.
La royauté fixe de la première ville, Hénokia.
La royauté flottante de Noé.
Ensuite les hommes ont été gouvernés :
Par des astronomes, en Ghaldée ;
Par des prêtres, en Egypte ;
Par des femmes, en Syrie ;
Par des prophètes, en Judée;
Par des guerriers, en Perse.
L'État romain a compté dans ses souverains :
Un berger ;
Un demi-dieu;
Sept rois ;
Des décemvirs;
Des tribuns;
Des consuls ;
Des dictateurs ;
Des Triumvirs ;
Des empereurs;
Des gardes prétoriennes;
Des souverains-pontifs païens.
Eh bien ! en parcourant les pays où ont passé tous les genres possibles de royautés, de républiques, de tyrannies, d'empires, on voit que tous ces gouvernements n'ont abouti qu a des ruines. Cela met la réflexion au cerveau. Nous ne pouvons avoir la préten-
190 UN MARIAGE DE rARIS.
tion d'être plus sages et plus bravos que tant de nations renommées par leur sagesse et leur courage; il est donc à craindre qu'un menie sort nous soit réservé, après avoii essayé, comme elles, toutes les d^ machines à gouvernement.
Pendant que l'ouvrier me parlait ainsi, ma surprise éclatait dans mes gestes involontaire?. Quel ouvrier étonnant! me disais-je. Ce doit être, à coup sûr, l'historien organisateur du travail en personne, qui vient, déguisé, travo.iller incognito, comme le czar Pierre au chantier de Saardam.
Cette idée admise, je parus un peu moins étonné du langage érudit de mon interlocuteur.
— 11 est cruel de penser, continua l'ouvrier, que le peuple le plus fort, le plus sensé, le colonisateur le plus habile, a commencé à se chercher un gouvernement, treize siècles avant Jésus -Christ, sous Évandre, et qu'il a péri de honte, avec le nom de Bas-Empire, en 1-M8, sous le paléologuo Constantin XII, après avoir usé, dans sa longue agonie, cent vingt empereurs et les dynasties Théodosienne, Justinienne, Héraclienne, Isauricnne, Plirygicnne et Macédonienne, jusqu'à l'invasion de Mahomet II.
Cet ouvrier m'humilie profondément, continuai-je à penser; s'il y a beaucoup d'ouvriers comme celuilà, il n'y aura plus moyen d'être maître. Je fis violence à mon amour-propre, et je m'inclinai avec modesti. en signe d'adhésion.
— En France, pays d'imitation, continua l'ouvrier, nous avons imité tous les gouvernements antiques, comme s'ils eussent été bons. Rome avait e^^sayé la royauté pendant deux cent quatre-vii]gt-six ans. Notre patience française a été plus grande ; notre essai monarchique a duré quatorze siècles, car nous ^^ inucs, dit-on, vifs et légers. Nous avons ensuite e^: -[lyé plusieurs formes de république, un directoire, un tiium-
Tirât, un consulat, un empire, quelques monarchies coQslitutionnelles, et rien ne nous a réussi, comme aux peuples ancicDS. Il est vrai que nous n'avons jamais manquétift nous donner de bonnes raisons,- pour nous prouver, après chaque chute, que la France avait toujours remplacé un dernier ordre de choses par le meilleur des gouvernements.
' La France les a donc essayés touSj excepté un, dont je vais vous entretenir.
Environ deux cent quatre-vingts ans après J.-C, Dicclétien, retiré à Salone, aux lords de l'Adriatique, donna quelques préceptes sur Tart de gouverner, préceptes recueillis par l'histoire, car ils viennent d'un sage empereur qui avait rétréci ses états et bâti des citadelles contre les barbares, sur TEuphrate, le Danube et le Rhin.
« J'ai soutenu de longues guerres, disait Dioctétien, et pendant que Maximilien combattait les Germains dans les Gaules envahies, j'ai obtenu en Asie, contre les Perses, des victoires mémorables; pourtant je n'ai jamais aimé la guerre. Afin de maintenir le repos de l'empire, j'ai aboli les gardes prétoriennes, et je crois .avoir sagement fait.
^ Malgré les préceptes de Dicclétien, le monde a va le gouvernement des gardes prétori -nnes. Voici de quelle façon ce gouvernemen fonctionnait; les soldats nommaient im empereur, le laissaient vivre quelque temps, puis ils l'assassinaient pour en nommer un nouveau. Pareil gouvernement ne conviendrait plus aujom'd'hui au peuple le moins civilisé; aussi la France ne pouvait l'adopter dans ses nombreuses imitations de Tantique.
Après une pause, l'ouvrier caressa son front avec sa maiu, et, descendant au ton familier, il me dit :
— Au début de notre entretien, je vous ai demandé votre opinion politique ; il faut que ces soi-tes de de-
njandes passent dans nos mœurs, selon le beau précepte de Cicéron : que V opinion de chaque citoyen soit écrite sur son front (1). Vouo m'avez répondu, je suis partisan du gouvernement at^tuel... *
— Très-partisan, lui dis-je.
— C'est alors que j'ai deviné votre véritable pensée au fond de cette périphrase. Si vous m'eussiez répondu, comme tout le monde : Je suis républicain, notre entretien se brisait là, et nous n'aurions pas fait un cours d'histoire sur ce cliantier^de terrassement. Il fallait cette longue préface pour arriver au gouvernement actuel, le gouverment le plus beau que la Providence ait jamais façonné de ses divines mains. Souhaitons ardemment que les hommes daignent s'associer avec ferveur au travail de la Providence !
— Je vous comprends, et vous m'avez compris, dis-je à l'ouvrier terrassier; mais n'importe, parlez toujours, comme si je ne vous comprenais pas.
— Tous les gouvernements ayant été reconnus défectueux, depuis le premier patriarche, qui n'avait pour tout peuple que deux fils, et qui en vit égorger un par la main de l'autre; tous les royaumes, tous les empires, toutes les républiques ayant enfanté de belles ruines, mais des ruines; tous nos quatorze siècles d'existence française n'ayant donné raison à aucune forme gouvernementale, la France a pensé qu'après tant d'épreuves stériles, le meilleur gouvernement était de n'en point avoir du tout. C'est en effet, cette chose absente qui nous gouverne, ou pour mieux dire, qui ne nous gouverne pas depuis trois mois. C'est l'anarchie, mais l'anarchie dans un sens
(1) Sit dr.nique scriptur.x in frontc uniuscujusque civis qnid de repubHcâ sentiat. (t^lc^> ^^ Cat.)
UN MARIAGr, DE TARIS. 193
merveilleux qu'elle n'a jmnais eu; TanarcViie orga-. nisée providentiellement.
— Vous avez bieu jugé la situation, di6-je à Touvrier.
Il poursuivit ainsi :
— Nous avons toujours été malheureux, quand nous avons été gouvernés d'une façon quelconque; eh bien! ne soyons plus gouvernés. Que risquons-nous? de périr? Les autres ont tous péri. Nous, au moins, nous périrons d'une façon originale, et, pour la rareté du fait, à coup sûr nous ne périrons pas cette fois.
— Au fond, lui dis-je, toutes les nations sont mortes pour avoir été gouvernées.
— Erreur incurable de six mille ans! continua l'ouvrier. Nous avons enfin trouvé le secret de vivre. Au premier abord cela paraît effrayant, mais l'expérience de chaque jour rassurera insensiblement les esprits. Le 17 mars et le 15 mai, nous aurions déjà "VU tomber deux trônes, deux rois, deux républiques, deux empereurs; mais il a été impossible cette fois, à rinsurrection, de renverser l'absence d'une chose. Vite, la garde prétorienne de l'Ordre est accourue , et la vie, un instant suspendue, est rentrée au cœur du pays. Deux cent mille Parisiens armés de fusils et de bons sens suifisent. Il n'y a qu'à organiser dans quelques bureaux ministériels tous les services de bonne administration intérieure, il n'y a qu'à faire contrôler ces humbles détails par nos représentants; le reste marchera comme sur des rails. Avl moindre trouble, on bat le tambour, la garde prétorienne de rOrdre tombe sur la place publique, et le troubla s'évanouit. Encore quelques rappels de tambour, et les perturbateurs donneront leur démission à perpétuité...
— Oui, dis-je à l'ouvrier en l'interrompant, cela paraît juste ; mais, si un jour la garde nationale parisienne...
194 UN mahiage de parts.
— Votre Si, je l'attendais au passage, poursuivit Touvrier; votre si, on Ta appliqué, le premier jour, à la naissance de tous les gouvornenients. On a douté de la sincérité constitutionnelle de Louis XVI, de Charles X, de Louis-Philippe, à Versailles, à Reims, au Palais-Royal. Les doutes avaient raison, puisque ces trois rois sont tombés. On peut donc douter aussi de l'union indissoluble de la garde parisienne. Eh bien ! la chance paraît égale, voilà tout. Seulement, il y a un avantage pour notre opinion. Un roi, un président de la république, trois consuls, une assemblée nationale peuvent se tromper, avec cette facilité humaine dont soixante siècles nous fournissent à chaque page d'histoire une éphéméride; mais deux cent mille hommes armés, réunis dans un intérêt commun de famille et d'ordre, instruits par une double expérience héréditaire et personnelle, donnent plus de garantie à l'avenir, que n'en donneraient soixante-dix rois de France, si Pharamond venait aujourd'hui recommencer la série monarchique brisée aux barricades de Février.
— C'est incontestable, dis-je au prolétaire terrassier.
— On demande à la confiance et au crédit de renaître; si la confiance et le crédit ont le moindre rayon de mémoire et de sens commun, vous aurez beau leur mettre aux Tuileries un roi, une régence, une légitimité, une république de 92, de 93 ou de 94, le crédit et la confiance savent à quoi s'en tenir sur ces gouvernements, dont on peut prédire le dî-but et la fin, comme on fait pour les éclipses. Le hasard providentiel nous a donc fait découvrir le seul ordre de choses qui pouvait rétablir la confiance et le crédit. L'anarchie fortement organisée, le gouvenr^nent de personne, le souverain empire de tous : appelez cela République, si vous voulez, cela importe peu : mais je
VOUS défie, l'histoire à la main, d'y trouver une seule république comme* la nôtre; et c'est précisément ce qui me donne foi plénière en elle. Les républiques de Fabricius, de Phocion et de Camille Desmoulins existeraient encore^, si elles avaient eu à côté d'elU»s deux cent mille hommes exercés aux armes, propriétaires d'immeubles, ouvriers laborieux, pères de famille, tous gens honnêtes et i istruits, et ayant pour défendre leurs autels et leurs foyers, non pas les javelots de l'Enéide et les hallebardes du g^énéral Santerre, mais deux cent mille véritables fusils sérieux, à percussion.
— C'est historiquement vrai, dis-je au prolétaire.
— Ainsi, ajouta-t-iî, si vous voulez vous faire encore une illusion d'habitude, et vouloir être le citoyen ou le sujet d'un gouvernement, ne cherchez pas le gouvernement actuel où il a l'air d'être; ne commettez point d'erreur topographique. Le gouvernement, c'est la garde nationale parisimnc, et ses Tuileries ont quinze lieues de circonférence, comme Tenceinte de Rome au siècle d'Aurélien.
L'ouvrier s'arrêta et parut écouter avec extase les mélodies aériennes qui réjouissaient le parc de Monceaux.
La figure de cet homme ne laissait préciser aucun âge certain, parce que le travail et la soulfrance altéraient profondément ce qu'il y avait de jeune dans les lignes du visage. Je recommençais donc à me demander, quel est cet ouvrier? Est-ce un ange tombé du firmament des ministères mo'^.archiques? Est-ce un homme d'État qui vient étudier le peuple, comme le visir Aaroun-el-Raschid? Est-ce le 1" ouïe 25 octobre déguisés en travailleurs? Impossible de me répondre. Rien ne pouvait satisfaire les points d'interrogation que je me posais.
L'ouvrier devina le sujet de mes méditations.
~" Je ne suis pas ce que vous croyez que je suis, me dit-il : j'étais professeur d'histoire à domicile,' avant le 'ai février; j'avai? quatre élèves, et je vivais. Aujourd'hui, l'histoire vivante passe sous mes croisées, trouble notre sommeil, amuse nos veilles, et les pères de famille ne se soucient plus de faire apprendre l'histoire morte à leurs enfants. Il y a d'ailleurs des motifs d'économie qui brisent la carrière des professeurs nomades, du moins pour quelque temps encore, car tout s'arrangera si le gouvernement continue à ne pas exister.
— Et pourquoi, lui dis-je, ne feriez-vous pas imprimer un bon livre d'histoire par un libraire?...
A ce mot de libraire, un éclat de rire foudroyant courut dans les arbres voisins, et ht taire les cavatines des rossignols.
— Citoyen, me dit le professeur, dites-moi en ce moment, de trouver un griffon, un sphinx, un centaure, un hypogriffe, un minotaure, un roc, un évêque marin, une sirène, un dragon ailé, un cheval d'Apocalypse, je ne désespérerais pas de vous apporter un individu de cette ménagerie fabuleuse, avant demain soir; mais un libraire! un libraire! il y a un sculpteur en ce moment qui travaille à deux cariatides pour une cheminée de marbre; au lieu de sphinx, il a ciselé deux libraires comme cariatides, afin de ne pas sortir des ornements fantastiques destinés aux surprises de la postérité.
J'inclinai ma tête sur le chantier de terrassement, et je me mis à réfléchir sur la mythologie des libraires.
— Au reste, ajouta le professeur, je ne me plains nullement. Nous sommes ici vingt ou trente hommes de lettres, professeurs ou artistes, et nous gagnons notre pain quoliclien, sans trop de sueurs. La seule chose qui m'afQige, c'est de voir dépenser tant de
millions à des travaux stériles; et voilà ce qui prouve mieux que tout l'absence d'un gouvernement. A Rome, douze mille Hébreux ont construit le Colysée en deux ans. A Paris, avec cent mille ouvriers, dont vingt-quatre mille pauvres hébreux, on a construit en deux mois un hangar en bois pour l'Assemblée nationale. Au milieu du troisième siècle, Volusien, fils de l'empereur Galliis, passant à Arles, trouva des soldats et des ouvriers qui lui demandaient du travail; il leur fît construire l'amphithéâtre. Un architecte d'Agrippa, qui avait achevé le portique d'Octavie, voyageant dans les Gaules, récompensa la bonne conduite des soldats et des ouvriers colonisateurs, en leur faisant bâtir les arènes de Nimes et le pont du Gard. Aujourd'hui, nous, à Paris, nous sommes payés quatre fois plus cher que les travailleurs de Gallus et d'Agrippa, et voilà, nous, ce que nous faisons ! Il est vrai que nous ne préparons aucune ruine aux poètes et aux paysagistes futurs, comme les travailleurs anciens et modernes qui ont eu le malheur d'avoir un gouvernement.
J'ai quitté ce professeur pour écrire ce feuilleton; mais nous nous sommes promis de nous revoir.