‹ Un mariage de ParisChapitre 5 sur 40 · UNE NUIT · texte numérisé non relu

UNE NUIT

La chambre où madame de Mayran prolongeait sa veillée avait conservé le sombre ameublement des premiers locataires de ce château; aucune fantaisie du luxe moderne n'y récréait le regard.

Les murs étaient recouverts de boiseries à panneaux sculptés; les portes se voilaient de lourdes tentures d'étoffes, et de vastes fauteuils, reliés en cuir, s'alignaient sur quatre rangs, avec cette symétrie aimée de nos aïeux.

Une cheminée de marbre noir, ayant deux cariatides à têtes de faunes railleurs, supportait un© énorme pendule, muette et paralytique depuis le 14 juillet 1789, époque qui arrêta tant d'aiguilles sur, les cheminées des châteaux.

Dans cette chambre si triste, le jeune Rodolphe Jeffery, encore tout ému de sa course à travers la campagne, était assis à côté de Lucile, et dans une familiarité respectueuse qui semblait annoncer le début encore innocent d'une liaison d'amour.

— Oui, rassurez-vous, Lucile, — disait Rodolphe/ en serrant une main de la jeune femme, — je n'ai fait aucune fâcheuse rencontre. Mon émotion est toute naturelle, c'est aujourd'hui que ma vie commence, c'est aujourd'hui que votre douce invitation m'appelle ici pour la première fois.

— Quelle imprudence! et que di'vez-vous penser de moi? — disait Lucile en se voilant le visage aveu la main libre. Oh! jamais ! jamais! si lui n'était pas

UN mahiage de paris. 41

parti, je ne me serais abaissée à une pareille démence!... Mon Dieu! que nous sommes malheureuses! il nous faut tomber du dédain d'un homme au mépris d'un autre, c'est le sort des femmes...

— Au méptis d'un autre ! — interrompit Rodolphe, P— non, Lucile. Oh ! toute une vie d'amour...

Rodolphe s'arrêta : la tête de Lucile s'était raidie, l'oreille tendue vers la porte, et ses grands yeux noirs exprimaient le paroxysme de la terreur.

— Ce n'est rien, — dit Rodolphe à voix basse, — le vent de la nuit agite les persiennes dans les salles inférieures, et le vestibule est si sonore que le moindre souffle est un bruit.

— Quel frisson cela m'a donné ! — dit Lucile avec un mouvement convulsif. — C'est que j'ai fait un rêve affreux la dernière nuit... Il était assis là, dans mon rêve, lui ; et il me disait avec un rire infernal : Je sais tout. Madame, et je ne pars pas...

— Lucile, — dit Rodolphe en souriant, — vous voyez bien que les rêves ont le malheur d'avoir toujours tort. Aussi les appelle-t-on des rêves; il ne sait rien, il est parti.

— Vraiment ! — dit Lucile d'une voix éteinte, — je suis habituée à tous les murmures de la nuit dans ce triste château ; mais je viens d'entendre encore, dans l'escalier, un bruit sourd, tout nouveau pour moi... mon oreille ne me trompe pas.

En ce moment trois coups précipités résonnèrent sur la porte de la chambre.

La jeune femme retint un cri, se leva, et sa figure prit une teinte cadavéreuse qui voila subitement sa beauté, comme aurait fait un masque de chair exhumé d'un tombeau.

Le mot ouvrez, prononcé d une voix impérieuse, entra comme un éclat de tonnerre dans la chambre, et mit le comble à la désolation de ce moment.

Rodolphe saisit ses pistolets, et regarda Lucile avec un maintien résolu.

Un signe non, énergiquement prononcé par la pantomime de la jeune femme, arrêta le doigt de Rodolphe sur les deux détentes.

— Ouvrez, Madame l répéta une voix foudroyante et bien connue.

Rodolphe courut au balcon, jeta un regard perpendiculaire, et se retournant vers Lucile avec un sourire de jubilation, il lui fit signe d'ouvrir, et se suspendant à la grille de fer, il appuya ses pieds sur répaisse voussure de la grande porte, et s'arrêta pour mieux examiner la hauteur avant de la franchir.

Lucile se donna une surexcitation indispensable en cette circonstance, et prenant sa voix la plus naturelle, elle dit, comme dans un à parte qui pouvait être entendu du dehors :

— Mais, qui peut donc frapper ainsi à cette heure? Un éclat de rire de damné répondit à cette question. Elle fît un suprême effort, elle composa son visage

et ouvrit.

La figure qui se montra ressemblait au fantôme de M. de May r an.

Lucile poussa un cri et balbutia ces mots :

— Ah ! c'est vous!... Et elle ajouta, dans un accès de folie : Si tôt de retour!

De Mayran referma la porte sur lui et entra.

Au même instant une double détonation d'armes à feu retentit sur la terrasse du château. Gyp^ien courut au balcon, et appela Ugolo.

— Ne craignez rien pour moi, — cria le domestique du fond du massif d'arbres, — je ne suis pas blessé.

Lucile était tombée anéantie sur un fauteuil, et sa tête roula sur son sein comme si un coup de hache l'eût frappée à sa racine.

Le jeune mari se plaça devant sa femme, croisa ]ei bras, et donna un libre épanchemont à ce rire infcrnal que le démon inventa lorsqu'il fut foudroyé.

— Oli ! mon Dieu ! — dit de Mayian, — ce rire me soulage. Mais riez donc aussi. Madame, riez comme moi. Ne jouez pas à l'évanouissement; c'est un vieux jeu auquel les femmes les plus novices dans votre métier ont renoncé par coquetterie. .Montrez donc le courage de votre profession. Madame. Regardez-moi en face. Ayez plus de confiance en vous^ ne craignez rien, vous ne rougirez pas. Essayez le mensonge. Cela réussit mieux. Les maris sont si stupides ! Vous devez vous être égayée tant de fois sur eux avec le beau Rodolphe! Inventez donc quelque bonne effronterie pour voas justifier, pour expliquer les choses étranges de cette nuit. Les maris croient tout : ditesmoi que vous étiez seule ici, ou que vous parliez modes avec votre femme de chambre, ou que vous vous étiez endormie en lisant, et que vous n'avez pas entendu ma voix à votre porte. Ordinairement les femmes, dans votre situation, se défendent toutes ainsi. C'est au théâtre qu'elles empruntent ces adroits plaidoyers. Alors le mari dépose sa foudre, s'attendrit, pleure, s'excuse, et demande à sa femme le pardon du crime qu'elle a commis.

Lucile souleva sa tête avec effort, et regardant son mari avec des yeux éteints :

— Monsieur, dit-elle, vous avez dressé déloyalement un piège sous mes pas. J'y suis tombée, selon vos désirs, je n'ai point de justification à établir, point de grâce à demander.

— Ah ! je vous ai dressé un piège, ^Madame ! et un piège déloyal! Continuez encore sur ce ton, et le coupable ici sera moi.

— Votre mémoire. Monsieur, vous sert bien mal, si vous vous croyez tout à fait innocent, dit Lucile en

il UN MARIAGE DE TARÎS.

reprenant cette énergie qu'inspire un grand malheur consommé.

— Ne Tavais-je pas dit? s'écria de Mayran en heurtant ses mains et les croisant sur le front : me voilà tout juste dans la position de ces maris qui tombent aux genoux d'une femme criminelle ! Madame, j'ai meilleure opinion de tous; je crois que votre générosité ne souflrirait pas mon humiliation. r>

— Vous triomphez. Monsieur, dit Lucile en se relevant avec dignité, vous triomphez, parce que ce que vous voyez cette nuit est si criminel, en apparence, qu'aucun de vos antécédents ne semble l'excuser Eh bien ! Monsieur, si cette nuit a déchiré le bandeau que l'-orgueil a mis sur vos yeux, regardez la vie que vous aviez faite à votre femme depuis deux ans, et dites-moi si j'étais condamnée à subir longtemps ces humiliations, ces dédains, ces jactances, cette froideur, cet égoïsme, sans oser troubler un instant la tyrannique sérénité de votre orgueil!

— Madame, si j'étais l'homme affreux que vous inventez là, — dit le mari avec calme, — vous seriez morte en ce moment, frappée au cœur d'un coup de poignard ! et vous vivez.

— Cette faveur. Monsieur, est le dernier et le plus sanglant de vos dédains. Si je vis encore, si j'échappe à votre poignard, c'est que vous ne m'aimez pas ; c'est que vous ne m'avez jamais aimée; c'est que vous vous aimez trop vous-même pour empoisonner votre béatitude par une catastrophe. Si votre couteau m'eût frappée au cœur, je serais morte avec le regret de vous avoir méconnu. En me laissant vivre, vous me donnez au moins la consolation de vous avoir bien jugé, bien deviné, bien compris.

— Celte impudence est incroyable, — dit le mari avec des lèvres convul dves ; — il n'y a peut-être pas d'exemples d'une pareille audace de femme!... Mais

TJN MARIAGE TE PAIIIS. 45

savez-voiis bien, Madame, que mon calme est menteur, que ma tête brûle, que mon sang cric vengeance contre vous, que ma raison s'égare et va cesser de gouverner ma main!... Madame, Madame! Tbeure est sombre, la nuit conseille mal ! au nom de Dieu, Madame, songez que vous êtes en péril de mort !

A cette menace, les lignes correctes et froides du Tisage de M. de Mayran se contractèrent sous une impression de rage folle, et ses yeux se teignirent de sang.

Lucile regarda fixement son mari d'un air tranquille, aussi éloigné de la provocation que de reffroi : elle semblait résignée à tout depuis qu'elle avait tout dit.

De Mayran, étouffé par un accès foudroyant de colère, d'autant plus dangereux chez un homme de froide organisation, courut au balcoû eï y respira quelque temps Tair de la nuit pour se remettre de la crise.

Au milieu de cette violente scène, il n'oublia pas les soins qu'il se devait, et la réflexion étant venue, il se sourit de pitié à lui-môme, en songeant au danger qu'il avait couru pour une femme, et pour une femme indigne de sa colère et de son affection.

L'égoïsme a son bon côté : il apaise le sang au moment même où cette lave intérieure menace d'éclater dans le cerveau en apoplexie de mort.

Revenu à de nouvelles idées, plus conformes à son temp^ament, le jeune mari, enveloppé d'un stoïcisme conjugal inconnu des anciens, se posa devant sa femme, et lui dit d'une voix ferme, mais tranquille :

— Madame, je vous condamne à vivre, je vous arrache le nom que je vous avais donné, et ne vous laisse que votre honte et vos remords. Vous étiez heureuse, riche, enviée. Le monde vous entourait de sou

46 UN MARIAGE DE PAniS.

estime; le plus stupide des caprices vous a perdue à jamais sans espoir de réhabilitation. Vous ne me reverrez plus.

Il sortit précipitamment sur ces mots, et laissa Lucile abîmée dans un désespoir qui n'était pas causé par radieu éternel de son mari.

Une autre chose se passait au dehors^ en même temps, à la lueur des étoiles, ces témoins éternels de tous les crimes de la nuit.

Rodolphe, descendu du balcon sur la voussure saillante de la grande porte du château, examinait le terrain inférieur avant de hasarder son élan, lorsqu'il aperçut, même au dessous de lui, un corps humain immobile, et dont la tête, penchée en arrière, attachait les yeux sur lui.

C'était Ugolo qui attendait Rodolphe, comme le vautour sa proie.

Le jemie homme fit un signe brutal, impérieux, menaçant, qui ordonnait à cet espion de gagner le large.

Ce signe fut répété trois fois.

Ugolo garda son effrayante immobilité.

Rodolphe.se voyant découvert, et n'ayant plus de système prudent à suivre, prit une résolution extrême qui lui permettait de voler au secours de madame de Mayran; il fit feu deux fois sur Ugolo à une distance où ses armes ne manquaient jamais le but.

A la première détonation, Ugolo parut chanceler; à la seconde, il tomba la face contre terre, comme on tombe toujours lorsqu'on est frappé à mort par devant.

Sans perdre un instant de plus, Rodolphe s'élance sur la terre molle de la terrasse, et comme il assurait ses çicds qui chancelaient après celte violente secousse, Ugolo se releva, bondit comme un tigre en embuscade, le renversa, lui lia les mains étroitement,

tN MARIAGE ri: PARTS; 47

et remporta sur ses bras nerveux dans le coin le plus reculé du Lois.

Toute résistance eût été inutile , la faiblesse physique était du côté de la victime^ et la force du côté du bourreau, comme toujours.

Ugolo avait arrêté un plan qu'une balle non prévue aurait pu sans doute détruire; mais ayant été assez heureux pour écliapper à deux coups de pistolet tirés par une main trop émue, il acheva son œuvre sans obstacles.

Le terrain sombre sur lequel il marchait lui était parfaitement connu, et bien souvent, depuis quelques jours, il avait contemplé d'un œil d'affection ce site sauvage qui devait si bien servir ses projets : là, tout près des ruines d'une vieille ferme, chaos de briques, de lichen, de lierres, de chênes nains, était un puits à moitié comblé par des éboulements, dont l'ouverture, à fleur de terrain, se fermait avec une seule pierre.

Ugolo enleva cette pierre, et, malgré l'obscurité de la nuit et du bois, on voyait que le puits s'élargissait démesurément, en s'éloignant de son ouverture, et qu'ainsi il était impossible de l'escalader du fond au sommet. Une profondeur de 10 mètres, et la pierre énorme qui servait de clé à ce gouffre, neutralisaient d'ailleurs toute tentative d'évasion.

Ugolo dépouilla Rodolphe de ses vêtements, roula un nœud de corde sous ses bras, et le plongea vivant dans cette prison.

— C'était beaucoup plus dmple de me tuer avec votre poignard, lui dit le jeune homme.

— Non, répondit sèchement Ugolo.

Ce non avait un timbre particulier.

Il n'y eut que ces seules paroles échangées entre le

bourreau et la victiu u* pendant cette exécution à mort.

Depuis riustant qiil ;ivait vu Ugolo tomber, comme

s'il eût été frappé à mort, jusqu'à la pose de la pierre, à l'orifice du puils, quelques miuutcs s'étaient à peine écoulées, tant l'exécuteur mettait de promptitude dans SCS opérations.

Ugolo, pour comLle de précaution, amoncela ensuite des masses de rameaux et de feuillages ilétris sur la prison de Rodolphe; il cacha soigneusement les vêtements de la victime, et content de lui-même, il prit à travers champs et jardins la route de Paris, pour rejoindre son maître qiii lui avait donné rendezvous à sa maison de ville, dans le cas où ils seraient séparés par des événements imprévus.

De JMayran, après avoir quitté sa femme, avait pris de son côté le môme chemin.

Le maître et le valet ne tardèrent donc point de se revoir, et, au premier ahord, les demandes et les réponses se croisèrent avec une brûlante rapidité.

— Qu'as-tu fait, Ugolo?

— Tout va bien, maître.

— Parle.

— Il a voulu me tuer deux fois.

— Et il t'a manqué ?

— Je ne l'ai pas manqué, moi.

— Tu l'as tué...

— Je me suis défendu.

— Avec ton poignard?

— Non; à quoi bon le poignard! avec un enfant I je l'ai serré dans mes bras comme dans un étau ; il est tombé sur l'herbe...

— Étouffé?

— Mort.

De Mayran poussa un soupir et se frappa le front avec la main.

— Je me suis légitimement défendu, monsieur de Mayran, — ajouta Ugolo avec un ton de candeur; — ce n'est pas un crime, c'est un accident.

— Oui, c'est un accident, répéta Cyprien comme un écho.

Et il ajouta, d'une voix qui avait de la peine à percer des lè\Tes serrées et convulsives.

— Oh ! ce n'est pas celte mort qu'il me fallait ! j'aurais voulu me battre avec lui; le tenir au bout de mon épée, lui cracher l'insulte au visage, le voir pâlir et tomber dans le sang, et recueillir son dernier râle d'agonie comme un trésor qui m'était dû!

— C'est une chose faite, dit Ugolo.

— Et le cadavre? qu'est devenu le cadavre, Ugolo?

— J'espère que Monsieur approuvera le parti que j'ai pris, après cet accident. La nuit sombre m'a bien favorisé. J'ai porté le corps sur une berge de la rivière, dans un fourré de broussailles et de saules ; un endroit qui n'est fréquenté que le dimanche par les canotiers d'Asnières. J'ai éparpillé les vêtements sur l'herbe, et j'ai jeté le cadavre au courant de l'eau. Il y a beaucoup de jeunes gens, l'été, qui se noient involontairement. Eh bien! pour tout le monde, ce sera un noyé de plus dans la saison.

— As-tu disposé quelque chose pour faire reconnaître Rodolphe.

— Je n'ai rien eu à disposer pour cela, mon maître. n y a dans son habit un portefeuille et des lettres : c'est suffisant.

— Oui, c'est suffisant, dit Cyprien, le front courbé par tous les genres d'inquiétude.

— Êtes-vous content de moi? demanda Ugolo d'un air modeste.

— Oui, Ugolo, oui... tu es un bon serviteur... presque un ami pour moi... je m'en souviendrai... Oui... écoute... il faut que je quitte ce pays... tu resteras, toi... et puis tu viendras me rejoindre quand je t'appellerai... tu resteras pour observer la conduite de madame de iSlayran... je partirai ce matin, moi...

80 UN MAUIAGE DE PAIIIS.

je devrais être parti déjà... Ugolo, il faut aller au château dans quelques heures... je te donnerai un billet pour elle... le dernier qu'elle recevra de moi!., c'est un ordre de quitter la campagne et de rentrer à Paris aujourd'hui même... Il ne faut pas continuer de se donnei- en guise de scandale à tant de voisins bavards... Tu fermeras le château, comme on ferme une tombe : il ne se rouvrira .^lus, ce manoir à'mfamie et de déshonneur! j'en fais une ruine... Ugolf, tu suivras les événements, et tu m'in^il miras... ma première lettre te fera connaître la ville que j'ai choisie, et où je t'attendrai, quand il faudra... Soismoi" toujours fidèle, mon brave Ugolo, ton maître reconnaîtra, avec sa générosité ordinaire, ce que tu as fait, et ce que tu feras pour lui.

Il y eut encore quelques instructions données au moment du départ, et M. de Mayran, l'âme et le corps brisés par tant d'émotions, sortit de sa maison, comme un criminel qui s'évade, et se dirigea vers la gare du chemin de fer du Nord.

Les ordres du maître furent ponctuellement exécutés par Ugolo. Madame de jNIayran n'avait pas attendu l'ordre de son mari pour faire ses préparatifs de départ : elle eut un moment la pensée de se rendre chez sa mère, qui habitait avec sa famille, une ville du Midi; mais en réfléchissant, elle changea de projet.

Cinq jours après, au moment où elle se disposait à monter en voiture pour s'éloigner de Paris, elle ouvrit un journal qu'Ugolo venait de lui remettre avec un air et un geste eflTrayants.

Elle parcourut rapidemment les nouvelles du jour, s'arrêta en frissonnant sur un article dont les premiers mots fixèrent son attention, et; poussant un cri lugubro, elle s'évanouit.

On lisait dans le journal.

UN JfARÎAGE PE rARlS.' W

c Les mariniers ont retiré de Teau, entre Asnières et Chaton, un cadavre détiguré qu'on suppose être celui du jeune Rodolphe J La famille do cet infortuné était instruite depui=^ quelques jours de cette catastrophe. Des baigneurs avaient trouvé sur le rivage des vêtements abandonnés. Le linge était marqué des initiales R. J., et le portefeuille contenu dans une poche de l'habit donnait les renseignements nécessaires pour éclaircir tous les doutes. Encore un malheur qui doit servir de leçon, et prévenir de fatales imprudences. »

Ugolo prodigua ses soins à madame de jNïayran, dont les premières paroles en rouvrant les yeux, furent celles-ci :

-— Noble jeune homme, il a eu le courage de mourir!... et moi!...

Page 1