MA CONFESSION
— « J'ai désobéi à Thérèse !... Pendant la «cruelle maladie qui m'a enlevé ma pro- « tectrice, j'ai reçu M. Gaston chez moi. Il « m'a juré, sur la croix d'argent de ma mère, « qu'il m'aimerait toujours !... J'ai cru M. Gas-
« ton...
« Ah ! La jolie promenade que nous avons « faite hier ensemble !... Il m'a conduite dans « un jardin superbe, où j'ai admiré cent ro- « siers, mille rosiers, peut-être!... Mais je n'ai « pas fait d'infidélité au mien! Il m'a toujours « semblé le plus beau!... N'est-ce pas en l'arec rosant à ma fenêtre que j'ai vu pour la pre- « mière fois M. Gaston!
«On est venu m'apporter, ce matin, des «robes et des bijoux de sa part; j'ai tout
« refusé ; je ne veux rien de lui... que lui !...
a II m'a grondée ! Mais il m'a comprise. « Comme il est bon, de sortir avec une petite « ouvrière, en bonnet rond, en robe d'in- «dienne... pourquoi n'a-t-il pas des habits « plus simples, je serais plus à mon aise avec « lui !... Pourtant il est si bien ainsi!
«J'ai beaucoup pleuré ce soir!.. .Nous avions « rencontré deux de ses amis, au bois de « Vincennes, où il m'avait menée ; ils m'ont « parlé, la première fois qu'ils me voyaient, « comme il ne me parle pas, lui, depuis trois « mois qu'il m'aime. Il les a quittés brusce quement , et fort en colère. C'est votre « costume qui est cause de cela , m'a-t-il « dit. Demain je mettrai une robe de soie, et « un chapeau rose..
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« Mon chapeau rose et ma robe de soie
« m ont causé bien du chagrin ! En me voyant
« velue ainsi, tous les voisins se sont mis à
« rire.
« Une vieille dame, très-dévote, de no- « tre maison, m'a montrée au doigt en disant : « Il faut avoir bien de l'économie pour ache- « ter une pareille toilette avec trente sous par «jour! Je suis rentrée en fondant en lar- « mes...
« M. Gaston m'a appris une romance; j'en « aime bien le refrain. Je n'oublierai cet air « là de ma vie !
« Vivre loin de ses amours, « N'est-ce pas mourir tous les jours ! »
« Voici l'automne , mon rosier se fane, « et je deviens triste; c'est que M. Gaston
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c< vient moins me voir ; il a tant d'affaires, « me dit-il; et puis, il lui est arrivé une cou- « sine de la province; il faut qu'il la pro- « mène, qu'il la conduise au spectacle; je c( voudrais bien savoir si elle est jolie î...
«M. Gaston m'a trompée!!... Je l'ai vu « hier en voiture avec cette prétendue cousine, « comme je revenais de chercher de l'ou- « vrage ; c'est une dame qui chante sur un « théâtre où il m'a menée; je l'ai recon- « nue !
« Voilà trois jours et trois nuits que je . a pleure... il ne revient plus !
« Tout est fini pour moi!... Thérèse « m'avait bien dit d'avoir peur de lui !... Mon « pauvre rosier, que tu me coûtes cher !...
« Celle nuit , je ne dormais pas , ma
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lampe était éteinte, j'avais la tête en feu, le cœur gonflé de sanglots. Je me suis mise à ma fenêtre pour regarder la sienne ; ses rideaux étaient ouverts, et je l'ai vu, lui, M. Gaston, aux genoux de cette femme avec qui je l'avais rencontré... il pressait sa main sur ses lèvres, comme il avait fait avec la mienne !... Il semblait lui parler d'amour, comme il m'en avait parlé à moi!... J'ai senti mes jambes fléchir... un nuage épais a passé sur mes yeux... et j'ai cessé de souffrir! !...
« 11 est cinq heures du matin ; c'est à cette heure là, il y a six mois, que je l'ai vu pour la première fois!... Je lui enverrai ce papier, où j'ai déposé toutes les impressions de mon âme, depuis qu'il m'a donné une