‹ Un mariage de princeChapitre 15 sur 17 · II · texte numérisé non relu

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<( âme !... Je lui enverrai aussi la croix d'ar- « gent de ma mère ; c'est sur celle croix «qu'il avait juré de m'aimer toujours... elle « accompagnera cet écrit...

« Ce sera mon seul reproche!

« A présent, je sens que ne puis plus vivre « sans lui I... Je me souviens qu'un jour, en me « montrant la rivière qui coulait à nos pieds, « il me raconta l'histoire d'une pauvre fille « qui s'y était jetée!... Il ne croyait pas me «trahir alors!... Mais il m'a tracé mon

« sort ! »

A ce moment, Gaston cessa de lire ; des larmes amères coulaient de ses yeux. Ces lignes, pleines d'un désespoir si noble, si tendre, si résigné, venaient de lui rappeler tout un passé d'amour, et d'ingratitude !..»

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Il revoyait Florine, belle, confiante et dévouée !... Mourant pour lui... pour lui, qui l'avait abandonnée ! !...

En vain se retraçait-il ses mille démarches pour retrouver l'infortunée ; ce qu'on lui avait raconté d'une jeune fille sauvée des flots le jour même où la malheureuse enfant avait diis'y précipiter ; son crime ne lui apparaissait pas moins grand, moins cruel, et moins lâche!... — Florine!... Ma pauvre Florine!... S'écria-t-il en proie à la plus vive douleur, ah ! Mon cœur me le dit maintenant, c'est toi, toi seule au monde, que j'ai véritablement aimée!! !

A peine ces mots étaient-ils prononcés, qu'un long soupir retentit à son oreille...

Saisi d'épouvante, il promène ses regards de

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tous côtés... personne près de lui, aucun bruit extérieur, si ce n'est le vent qui gémissait dans les longs corridors de l'hôtel de Lostange.

Le jour commençait à paraître, et Gaston était encore plongé dans les pénibles réflexions que lui avait inspiré la confession de Florine. Toute cette triste histoire avait bouleversé son âme. Il se reportait, en pensée, aux premiers temps de ce bel amour, où la naïve jeune fille, son bras passé sous le sien.

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faisait en quelque sorte connaissance avec la

splendeur de la nature champêtre !...

11 se rappelait avec délices, les exclamations de surprise et de bonheur qu'arrachaient à Florine l'aspect de ces grands bois qui environnent Paris, et la vue de la Seine se déroulant plus vaste et plus puissante, à quelques lieues de la capitale.

Pauvre fleur, privée d'air et d'espace, Florine avait vécu, jusque-là, comme vivent les enfants malheureux de notre grande ville, qui font à peine pendant toute leur jeunesse quelques pas hors de son enceinte !

Tout était donc nouveau, merveilleux, charmant, pour Florine. Gaston lui avait fait voir aussi quelques palais imposants, quelques monuments majestueux; mais Florine leur

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préférait la source cachée dans l'herbe, ou la pâquerette des champs qu'elle rapportait comme un Irophée de ses longues promenades.

La jeune fille n'avait pas encore l'esprit assez développé pour les magnificences de l'art; ses goûts étaient simples comme son cœur, qni était un trésor de candeur et de bonté.

— Et voilà, se disait Gaston avec amertume, ce que j'ai trahi, perdu, tué peut-être!... Pour un objet indigne de ma tendresse, pour le caprice d'un moment, pour une fantaisie de quelques jours!!...

Il ne pouvait s'expliquer aussi, l'étrange et douloureux soupir qu'il avait entendu pousser près de lui ; mais, après avoir visité soigneusement toutes les pièces de son appartement, il

finit par croire à une hallucination de ses sens surexcités par l'extrême chagrin qu'il éprouvait.

Tout s'animait dans l'hôtel de madame de Lostange. Déjà chacun se préparait à célébrer dignement le grand jour qui se levait, et dont l'emploi se trouvait réglé par Gaston luimême.

A midi, l'on allait à la mairie, puis à l'église ; un grand dîner de famille se donnait à six heures ; et le soir, suivant l'usage moderne, les deux époux montaient en chaise de poste pour se rendre dans un pays étranger quelconque, et partaient, de propos délibéré, pour se faire cahoter sur le pavé d'une grande route, ce qui doit ajouter infiniment de charmes à une première nuit de noces!... Mais la mode le

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veut ainsi, et la mode est une impérieuse déesse dont le monde se charge de faire respecter les arrêts , quelqu absurdes ou désagréables qu'ils soient.

Le moment approchait où Gaston allait s'engager pour jamais ; quelques heures encore, et la pensée de Florine, si douce, et si présente maintenant à son cœur, devenait un crime de lèze-fidélité envers Célénie !...

Depuis que Gaston connaissait madame de Loslange, il n'avait eu qu'un désir, il n'avait formé qu'un vœu : devenir l'époux de cette aimable femme ! Et il était bien résolu à expier, au profit d'un amour constant et légitime, les erreurs et les folies de son passé.

Souvent pourtant, et bien avant qu'il rencontrât Célénie, l'image de Florine avait tra-

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versé Fâme de Gaston, comme les nuages sombres qui ternissent un instant l'azur d'un beau ciel ; mais elle s'évanouissait promptement dans le rapide et brillant tourbillon qui entraînait chaque jour M. de Berneuil. Ce n'était de sa part ni insensibilité, ni ingratitude; la vie fiévreuse et agitée qu'il menait, lui donnait cette perpétuelle ivresse des sens, où l'esprit ne peut plus admettre une idée triste et sérieuse; état moral habituel de ce qu'on nomme dans le monde les hommes de p laisir.

Son amour pour Florine, son premier amour, dans l'acception noble et pure du mot, n'en sommeillait pas moins au fond de son àme.

Le chagrin qu'il ressentit de sa perte, le

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remords affreux qu'il en avait éprouvé , n'étaient qu'assoupis, engourdis, pour ainsi dire; il ne fallait qu'une étincelle pour rallumer la flamme, et la scène de la nuit précédente avait produit cet effet, en remettant sous les yeux de Gaston le drame douloureux de son amour.

C'est dans cette disposition d'esprit, que les premiers bruits de l'hôtel, que le réveil de Paris, surprirent M. de Berneuil.

Homme d'honneur avant tout, il songea bientôt à l'acte important qui se préparait, à l'affection si tendre de madame de Lostange, aux serments qu'il lui avait faits, et pressant une dernière fois sur ses lèvres la croix d'argent de Florine, il s'efforça de penser uniquement au devoir qu'il avait à remplir !...

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M. Baptiste entra.

M. Baptiste était le valet de chambre de Gaston. Confident de toutes les folies de son maître, espèce de Mascarille de 1835, joignant à l'astuce des laquais de Molière, l'instruction bâtarde des domestiques de nos jours, M. Baptiste lisait les journaux, était au courant de la politique européenne, et possédait bon nombre d'actions des chemins de fer les plus accrédités.

Homme d'ordre, spéculateur habile, observateur profond, M. Baptiste avait basé sa fortune sur le cœur de son jeune maître. C'était un champ fertile, qu'il ensemençait de son mieux, et qui rapportait souvent au delà de ses espérances. Tarifant d'un coup-d'œil siir, chaque nouvelle passion de Gaston, Bap-

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tiste savait d'avance, à leur aurore, ce qu'elles auraient produit à leur déclin. En efifet, les dangers, les surprises, les billets doux à remettre, les arrivées inopportunes, les brouilles, les raccommodements, les factions de jour et de nuit, aux portes, sous les fenêtres, tout cela se payait à prix d'or !... Et M. Baptiste spéculait ainsi sur le bonheur, ou sur les chagrins de son maître.

En diplomate exercé, le rusé valet augmentait souvent à plaisir et compliquait adroitement les périls des aventures, car les profits étaient toujours en raison des difficultés.

11 résultait, par exemple, de la comptabilité de M. Baptiste, que les amants trompés lui avaient infiniment plus rapporté que les maris dans le même cas ; ce qui s'explique par les

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facilités que donnent généralement ces derniers aux flibustiers de l'Hymen !... Aussi, m'a-t-il toujours semblé que cet excellent dieu, le moins malin de tous, avait beaucoup plus de droits que son frère au bandeau que MM. les poètes ont placé sur les yeux de l'Amour.

Ce qui nuisait essentiellement aux revenus de Baptiste, c'étaient les amours banales, où le mystère n'avait point de rôle, où l'héroïne arrivait en plein jour, à visage découvert . sans voile de dentelle sur les yeux, sonnant bruyamment à la porte principale, comme aurait pu faire tout ami intime, ou tout honnête créancier. Baptiste, alors, ne cessait de combattre l'ennemi par tous les moyens en son pouvoir; il établissait un système d'obser-

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vation et de surveillance à l'endroit des habitudes et des relations de la reine du moment, et Baptiste réussissait presque toujours à découvrir certaines peccadilles plus ou moins cachées, qui décidaient Gaston à jeter le mouchoir à quelqu'autre sultane.

M. Baptiste était enfin une véritable puissance dans la maison de M. de Berneuil !

Ce fut donc avec la familiarité d'un confident éprouvé, que Baptiste aborda son maître, en lui tenant cet étrange discours :

« — Monsieur a les yeux bien fatigués, ce « matin... et le lit de Monsieur n'est pas dé- « fait 1... Après tout, ça se conçoit... peut-être « quelques adieux éternels à faire hors de « l'hôtel... il y aura tanl d'infortunées, pour « une seule heureuse !... »

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— Taisez - vous !.., Lui dit brusquement Gaston; et habillez-moi... le mariage est pour midil...

— Monsieur a le temps, continua le hardi valet, et sans doute, plus de temps qu'il ne pense!...

— Que voulez- vous dire? Reprit Gaston.

— Rien... presque rien... répondit Baptiste avec une joie maligne ; si ce n'est que le mariage de Monsieur ne se fera peut-être pas aujourd'hui.

Il est inutile de faire observer que M. Baptiste ne voyait pas d'un bon œil l'union de son maître, qui lui enlevait ainsi le plus clair de son revenu.

— Expliquez- vous!... Dit Gaston en se levant.

— Dam I... Un mariage n'est fait, que quand il est fait... et il s'est passé cette nuit de si singulières choses à l'hôtel !...

— Et quelles choses?... Demanda Gaston avec la plus vive anxiété.

— Toute la nuit, répliqua Baptiste en baissant la voix, un bruit inaccoutumé s'est fait entendre chez madame la comtesse... on a vu des lumières se promener dans les appartements... sa femme de chambre seule connaît le mystère ; mais, cette fille là est une muraille dont on ne peut rien tirer I... Et tout ce qu'on a pu savoir d'elle, ce matin, en prenant le café à l'office, c'est que sa maîtresse avait passé une nuit fort agitée I...

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