INVITATION
Au cri que jeta la princesse, les deux entants accoururent.
Bianctie saisit le petit garçon, l'enleva de terre , l'approcha de sa figure, sur laquelle il appuya ses lèvres, croyant qu'on lui de-
mandait cette caresse, tandis que la jeune femme, après l'avoir regardé pendant quelques instants avec un trouble croissant, s'écriait : C'est lui !... c'est bien lui !... Voilà ses traits, ses yeux, ses cheveux blonds bouclés... on croirait le voir!... Et cette fois, dans un transport qu'elle ne put retenir, ce fut elle qui embrassa l'enfant.
A ce moment parut une femme de trente ans environ , qu'à ses manières et à sa tournure un peu raide il était facile de reconnaître pour une Anglaise.
— Pardon, Madame, dit cette femme à Blanche avec un accent très-prononcé, j'ai l'honneur d'être locataire de Votre Altesse depuis six mois; j'habite le pavillon qui dépend de cet hôtel, avec ces deux enfants, mon ne-
veu et ma nièce... depuis longtemps ils me tourmentent pour venir visiter ce beau jardin, qu'ils aperçoivent de nos fenêtres, et cédant enfin à leur désir, j'ai fait demander à votre intendant la permission de les y conduire... mais je m'éloigne, en priant Madame d'excuser la liberté que j'ai prise.
Blanche écoutait à peine ; les yeux attachés sur le petit garçon , elle oubliait tout, en découvrant à chaque instant de nouveaux points de ressemblance avec celui dont l'image était gravée dans son cœur.
Ces enfants sont de votre famille? dit-elle à celle qui lui parlai I.
Ce sont deux orphelins, répondit l'Anglaise, que j'ai adoptés à la mort de mon pauvre frère, et que j'élève de mon mieux en France,
OÙ la vie esl plus douce el moins dispendieuse qu'en Angleterre... el, saluant la princesse, elle allait se retirer, lorsque les deux petits êlres, avec cet instinct de l'enfance qui lui fait deviner ceux qui l'aiment et la protègent, enlacèrent Blanche dans leurs bras, décidés à ne quitter ni elle, ni le beau jardin.
— Restez, Madame... dit celle-ci à l'étrangère; cette demeure est bien solitaire... trop solitaire!... ajouta-t-elle avec un soupir; et la présence de ces enfants lui donnera de la vie et de la gaieté.
Puis, écartant les cheveux blonds du garçon, elle baisa de nouveau son joli front d'ivoire, et fit quelques pas pour s'éloigner, afin de ne pas gêner par sa présence les joyeux ébats de ses nouveaux hôtes ; mais la petite fille , courant
après elle, saisit sa robe , et tendant sa joue fraîche et rose, lui dit d'un petit air de reproche adorable : Et moi?
Blanche s'aperçut de sa prédilection, et en fut presque honteuse. Prenant dans ses mains la tête de Méry, comme son frère la nommait, elle l'embrassa tout aussi fort, sinon, peut-être aussi tendrement que celui-ci.
Ce jeu bizarre de la nature, ce hasard étrange, qui remettait sous ses yeux un abrégé délicat, une sorte de contre-épreuve de celui qu'elle aimait, remplirent l'âme de Blanche d'hésitation et de bonheur.
Chaque malin, elle attendait avec une vive impatience le moment de revoir ses pensionnaires; et lorsque leurs cris de joie les lui annonçaient, elle volait à leur rencontre, s'unis-
sant à leurs jeux, excitant leur douce jalousie lorsqu'elle ne partageait pas également entre eux ses caresses.
Leur tante, bien siire des soins et de la surveillance de la princesse, les lui envoyait tous les jours, et se dispensait souvent de paraître au jardin, à la grande satisfaction de Blanche, qui n'éprouvait pour cette femme qu'une fort médiocre sympathie.
Plusieurs fois elle avait essayé de la questionner sur cette singulière ressemblance, de jour en jour plus sensible pour elle ; mais l'étrangère comprenait difficilement le français , et paraissait ensuite tellement surprise des demandes qui lui étaient faites, que Blanche cessa de lui en adresser.
Chacun dans l'hôtel aimait et gâtait les pe-
tils voisins, excepté M. de Saint -Laurent pourtant, qui parut fort mécontent en les voyant, et fit tous ses efforts pour en éloigner Blanche, donnant pour raison qu'il ne pouvait souffrir les enfants, et que leurs jeux, leur bruit, troubleraient la maison.
Blanche, par égard pour le chevalier, relégua les deux orphelins dans le jardin ; mais ils n'en devinrent pas moins un sujet constant d'occupation pour la pauvre délaissée.
Ses préférences étaient bien un peu pour Edgar , on nommait ainsi le garçon ; mais lorsque, tenant la jolie tête de Méry, elle jouait avec ses longs cheveux bruns, lorsqu'elle admirait ses yeux si purs, il lui semblait retrouver encore dans cet ensemble gracieux comme un vague souvenir d'Odoarl.
Se concentrant alors dans ses pensées , les yeux fermés, pour que rien ne fît évanouir l'ombre aimée qui lui apparaissait, elle restait ainsi de longues heures assise, repassant dans son cœur la courte histoire de son éphémère bonheur, et trouvant toujours pour consolation à ses regrets et à ses douleurs, ces mots si chers, qu'elle n'avait entendus qu'une fois :
« Blanche , je t'aime II »
Puis, deux baisers des enfants qui jouaient près d'elle, venaient rafraîchir ses joues brûlantes, et son extase finissait par cette douce réalité.
Ce fut au milieu d'une de ses mélancoliques rêveries, que le chevalier vint lui annoncer un jour la visite du comte Voromsoff.
— Que diable peut-il nous vouloir?... di-
sait M. de Saint-Laurenl en ramenant Blanche du jardin à l'hôtel; je croyais, je comptais même que nous étions débarrassés pour toujours des politesses du vieux Moscovite , et sa présence ne m'annonce rien de bon !
— Et pourquoi cela, mon cher papa?...
Répondait Blanche en lui donnant, pour le calmer, ce titre qu'il aimait tant autrefois ; je reverrai M. de Voromsoff avec plaisir... et d'ailleurs, continua- 1 -elle en rougissant, peut-être nous apporte-t-il des nouvelles... de lui!
— Du prince... de ton semblant d'époux?... reprit le chevalier avec une colère croissante ; je ne puis comprendre que tu y songes encore... et je te croyais plus de résolution et de fierté !
— J'ai promis de l'aimer... répondit Blanche; et, ajouta-t-elle en souriant, une honnête femme n'a que sa parole !
— Quant à lui, dit M. de Saint-Laurent , il tient fidèlement la sienne... il avait annoncé qu'il ne te reverrait pas, et n'a point reparu depuis votre mariage.
— Vous croyez?... fit malignement Blanche, qui n'avait rien raconté de son entrevue au chevalier, tant elle redoutait son antipathie pour Odoart.
— Comment ! Si je crois?... Mais à moins qu'il ne te fasse des visites mystérieuses, sous la forme d'un gnome ou d'un sylphe, je pense que tu ne l'as pas aperçu plus que nous?
Blanche ne répondit rien , car elle avait horreur du mensonge, et manquait de courage
pour exposer le prince aux sarcasmes de son vieil ami.
Heureusement on arrivait au salon.
— Madame, dit Voromsoff , je viens vous trouver en ambassadeur ; je suis chargé pour vous d'un message de Son Excellence.
Blanche sentit son cœur tressaillir de joie à ces paroles.
— Son Excellence , reprit le chevalier à qui le comte ne s'adressait pas le moins du monde mais qui était charmé de faire tomber sa mauvaise humeur sur quelqu'un, son Excellence a daigné se rappeler, en Russie , qu'elle était mariée en France?... C'est véritablement bien aimable à elle !
— Son Excellence ne peut oublier, dans aucun pays, répondit Voromsoff de l'air le plus
galant, la charmante épouse qu'il a choisie... mais son souvenir n'a pas eu tant de chemin à faire... le prince est à Paris.
— On ne se douterait guère , continua le chevalier qui voulait à toute force tirer sur l'ennemi , que la même ville renfermât un couple aussi bien assorti, à en juger par les assiduités du mari près de sa femme !
— Monsieur, dit Voromsoff, je regrette que vous me forciez à vous rappeler les différentes clauses du contrat de mariage de Monseigneur et de madame la princesse; mais si vous daignez les relire de nouveau...
— C'est bien, Monsieur, c'est bien.... répondit vivement M. de Saint-Laurent que cette riposte suffoqua, et qui, sous le prétexte assez maladroit d'un éternument, qui n'arriva
pas, se détourna pour cacher son trouble; il ne s'agit pas ici de contrat, mais de message.... et nous attendons le vôtre.
— Ce n'est pas ma faute , fit malignement le petit vieillard , si le mien n'est pas encore rempli, mais la conversation de monsieur le chevalier a tant de charmes , qu'il est bien difficile de ne pas s'écarter de son but en l'écoutant...
— Madame, continua-t-il, en se retournant vers Blanche qu'une seule pensée captivait, l'espoir de revoir le prince, Son Excellence vous prie de lui accorder une grâce, à laquelle elle attache le plus haut prix.
— Une grâce?... dit Blanche de plus en plus agitée.
— Dans tout autre position que la vôtre,
reprit Voromsoff, ce ne serait qu'un plaisir, et l'occasion d'exciter une admiration générale.... car il s'agit d'une fête brillante, à laquelle Monseigneur vous supplie de vouloir bien assister.
— Une fête?... s'écria la jeune femme stupéfaite.
— Le prince donne une fête?... reprit l'incorrigible chevalier avec un sourire plein de fiel. Est-ce pour célébrer enfin ses heureuses noces avec Mlle de Montaran ?
— Le prince ne donne pas de fête, monsieur; mais il doit assister à celle que M. le comte Frochot, préfet de la Seine , offre à la capitale, dans les salons de l'Hôtel-de- Ville, en l'honneur du baptême de S. M. le roi de Rome.
DE PRINCE. 4t
— Le prince y sera?... dit Blanche avec un mouvement de joie involontaire.
— Il espère , répondit Vorornsoff , avoir l'honneur d'y rencontrer madame la princesse. S. E. l'ambassadeur de Russie, M. le prince Kourakin, doit s'y trouver, et comme il s'étonne qu'un sujet, qu'un parent de S. M. l'empereur de Russie, ne lui ait pas encore fait connaître sa jeune et belle épouse, Monseigneur désire profiter de celte occasion pour la lui présenter !....
— Très-bien, Monsieur, reprit le chevalier, c'est une affaire de pure diplomatie, une question d'étiquette, à traiter de puissance à puissance.
— C'est plus que cela. Monsieur, répondit sévèrement le comte, et vous savez, mieux que
personne, de quels graves intérêts il s'agit I Le chevalier se tut encore une fois.
— Que répondrai-je au prince ? demanda Voromsoff à Blanche.
— J'irai, Monsieur, répondit-elle avec simplicité, puisque Monseigneur le désire.
— Dans trois jours, dit le comte en se retirant, j'aurai l'honneur de venir chercher Votre Altesse, si elle daigne m'accorder la faveur de lui servir de chevalier.
— Tu iras à cette fête, mon enfant, continua M. de Saint-Laurent après le départ de Voromsoff, et tu iras seule, sans ton époux?... au hras d'un étranger?... Par le ciel ! Est-ce ainsi que la fille des Monlaran devait faire sa première entrée dans le monde ?... Et c'est moi qui suis cause de celte nouvelle humilia-
lion !... Je suis sur que de là haut, ton noble père me maudit pour avoir fait cet indigne mariage !... Et courbant son front à cette pensée, le bon chevalier parut en proie à la plus déchirante émotion.
— Mon ami, répondit Blanche en prenant la main du vieillard, leconile est un homme honorable, l'ami de mon mari , et je ne pense pas qu'il y ait rien d'inconvenant à m'en faire accompagner dans cette occasion... et puis, ajouta-t-elle entraînée par un irrésistible besoin d'épancher son cœur, et appuyant sa tête sur l'épaule du chevalier pour dissimuler sa rougeur : il m'en coiite trop d'avoir un secret pour vous... je l'aime 1... Je l'aime de toutes les forces de mon âme, celui que vous accusez sans cesse, et à qui vous regrettez de m'avoir
unie !... Et elle lui raconta la scène de l'église Sainte-Elisabeth.
Ainsi qu'un confesseur indulgent et bon, M. de Saint-Laurent entendit les aveux de celle qu'il appelait sa fille , et l'embrassant avec tendresse, il lui dit : Dieu doit sa protection à tant de souffrances, à tant d'amour, mon enfant !... Lui seul peut réparer les fautes les plus irréparables... confions-nous donc à Dieu !
Le lendemain de ce jour, des marchands de toutes sortes arrivèrent à l'hôtel de la princesse, chargés de présents, toujours envoyés par la main magnifique du prince.
Mais, celle fois, il n'en fut pas de ces dons brillants comme de ceux du mariage. Blanche regarda les soyeuses étoffes, les examina, les
palpa, les discuta, fit une importante affaire du choix de sa toilette.
Toute simple et candide qu'était la jeune épouse, un secret pressentiment lui disait qu'il s'agissait pour elle d'une bataille décisive ; qu'il fallait vaincre le mauvais sort qui la séparait d'Odoart, briser les chaînes invisibles qui le retenaient loin d'elle, et le ramener à ses pieds. Blanche se sentit femme; elle voulut être belle ; elle voulut plaire et triompher.
Madame de Montaran, surprise du mouvement inaccoutumé de l'hôtel, en avait reçu l'explication dans quelques mots tracés par la main de sa fille.
Elle apprit qu'il s'agissait d'une fête où devait se rendre la jeune mariée ; et la mère, la
bonne mère, ce jour-là, voulut parer ellemême sa fille.
L'un des premiers soins de la marquise, en apprenant l'union de Blanche, avait été de demander à connaître son époux ; mais le chevalier, qui redoutait de plus en plus une explication positive, l'avait encore éludée, en écrivant sommairement à son amie que le prince s'était vu forcé de faire un long et lointain voyage aussitôt après son mariage. Au reste, ajoutait-il par manière de post-scriptum^ et mettant comme le disait madame de Staël toute sa pensée dans la dernière ligne de sa lettre, « au reste, il sera toujours bien temps de vous expliquer ce qui s'est passé, lorsque vous pourrez nous entendre. »
Ce fui donc la marquise elle-même qui
choisit le costume de sa fille, avec cette intelligence d'auteur qui met en relief tous les détails brillants de son ouvrage, et en fait valoir toutes les perfections.
Rien déplus éblouissant,et en même temps de meilleur goiitque la ravissante toilette delaprincesse Metzerski pour la fête de l'Hôtel-de-Ville.
Sa robe, d'une dentelle lamée d'argent, était ornée de plusieurs nœuds de diamants, semés sur le devant de la jupe comme les étoiles dans la voie lactée. Un diadème de pierreries couronnait son beau front, dont il semblait l'ornement naturel, tant ce front était empreint de noblesse et de majesté.
Un manteau de cour, s' ajustant à la taille malheureusement un peu haute, selon la mode exagérée de cette époque, ajoutait encore à
la royale élégance de celte belle personne.
Le comte Voromsoff, en la voyant, fut stupéfait de tant de charmes.
C'était bien là le véritable type de la grande dame; et tout prince qu'était le prince Metzerski, la dignité russe devait s'éclipser devant la noble et imposante tournure de la simple fille de qualité française.
Le comte Voromsofï" le sentit; et malgré son habitude du monde et sa vieille rouerie de courtisan, ce fut avec une sorte d'embarras qu'il s'apprêtât à remplir le rôle du chaperon de la jeune princesse.
Ils partirent pour l'Hôtel-de-Ville.
Les abords de la place de Grève, les quais, les rues voisines, tout était encombré d'une foule immense, que la voiture de la princesse
mil plusieurs heures à traverser, pour arriver jusqu'au perron de l'hôtel.
Lorsque les curieux amoncelés virent descendre Blanche de sa voilure, il se fit dans leurs rangs une telle rumeur d'admiration, que la princesse, confuse, rougit excessivement, et s'empressa de se soustraire à cette ovation populaire en se précipitant dans le vestibule, où le comte eut toutes les peines du monde à la suivre.
— C'est la princesse Borghèse ! disait un des badauds . — Non, répondait un autre, c'est la bonne reine Horlense ! — Vous n'y êtes pas, reprenait un troisième, c'est l'impératrice de Russie, venue incognito pour assister à la fêle de notre préfet; et le vieux qui la suit, je l'ai reconnu, c'est M. de Talleyrand, un ma-
lin, qui mène l'Empereur par le bout du nez.
L'orateur n'avait pas fini sa phrase, peu orthodoxe par le temps d'enthousiasme impérial qui courait, qu'un poing vigoureux s'appesantit sur son chapeau, ce qui enferma la tête de l'imprudent conteur comme dans un tuyau de cheminée, et une voix formidable lui dit ces mots :
— On ne mène l'Empereur ni par le nez, ni par autre chose, entendez-vous, jacobin que vous êtes!... et, comme le plus malin, c'est lui qui mène les autres !
Tandis qu'une discussion semée d'arguments plus ou moins frappants s'engageait au dehors, Blanche et le comte Voromsofï pénétraient dans les appartements où se donnait la fête.
A peine furent-ils entrés, que le murmure d'étonnement qui avait commencé sur la place, sembla se propager dans les salons de l'hôtel.
Partout on se montrait avec transport la belle jeune femme. Une haie de curieux se formait sur son passage, et ce fut au milieu de celte avenue improvisée, que Blanche et Volomsoff entrèrent dans la salle de réception, où se tenaient le préfet et les grands dignitaires de l'Empire.
Tout à coup, un jeune homme vêtu d'un magnifique uniforme, couvert d'ordres étrangers et français, courut au devant de Blanche, lui prit la main, et la conduisit, ou plutôt l'entraîna devant un homme de petite taille, assez replet, et portant l'habit de général.
— Sire, dit-il à Napoléon, j'ai l'honneur de présenter à votre majesté madame la princesse Metzerski !
La fête donnée par la ville de Paris, à l'occasion du baptême de l'héritier de l'empereur, n'était pas une fête dont les invités, comme ceux du bal de la reine Hortense, eussent été passés au tamis de l'étiquette et de la distinction.
Là, tous les rangs confondus formaient un immense pêle-mêle, une brillante cohue, où se rencontraient les sommités de la ville dans tous les rangs et dans toutes les professions, depuis les sénateurs et les maréchaux de l'Empire, jusqu'aux marchands de Paris, dont les épouses, heureuses et fières de jouer une fois dans leur vie à la dame de cour, étalaient un luxe de toilettes, de parures, et surtout de bijoux, d'un goiàt souvent fort équivoque, mais pour la plupart d'une très-grande valeur.
C'était pour ces rares occasions où Napoléon se trouvait en rapport avec la bourgeoisie de Paris, qu'il gardait le plus de charme et d'amabililé, qu'il dépensait le plus de ces mots heureux dont nous avons tous gardé la mé-
DE PRINCE. 8ë
moire, qu'il développait enfin toutes ses qualités les plus séductrices.
Parlant à chacun de ce qui pouvait l'intéresser, s'informant avec bonté du progrès de tel ou tel commerce, des besoins de telle ou telle industrie, entrant même dans la vie privée de certains chefs de famille, il laissait tous ceux à qui leur bonne étoile l'adressait, ravis, transportés d'en avoir obtenu quelques bienveillantes paroles, et certains de sa puissante et paternelle protection.
C'était donc pour toute la bourgeoisie de Paris, une fête de bonheur et d'enthousiasme, que celle où l'on célébrait la naissance d'un enfant dont la France entourait le berceau de tout son amour.
L'Empereur avait ordonné que les invita-
lions du préfet fussent nombreuses , et largement répandues dans la capitale.
On avait augmenté les appartements déjà très-vastes de l'Hôtel-de-Ville, en construisant une salle de bal immense dans une des cours intérieures qui se trouvait de plain pied avec le principal salon, et l'on avait pu satisfaire par ce moyen au désir qu'éprouvait une partie de la population, d'assister à cette splendide solennité.
L'une de nos anciennes connaissances, M. Anatole Simonet, devenu premier clerc de M. Bonami, son patron, n'avait pas été des derniers à se mettre en campagne, pour obtenir l'éclatante faveur de paraître à ce bal.
Un pareil honneur devait le placer si haut dans l'estime de MM. les clercs de son étude,
et il considérait cet événement comme si glorieux pour son existence entière, que cette idée fixe ne le quittait ni jour ni nuit...
Sa tante, confidente de sa peine secrète, et craignant que le bel Anatole ne pûtsupporter un échec dans ses orgueilleuses espérances, tremblant qu'il n'en n'eiàt peut-être le spleen ou la jaunisse, sa tante, devenue son alliée dans cette circonstance, et employant habilement ses plus hautes protections, courut chez une danseuse de l'Opéra, qu'elle couronnait de fleurs dans tous les ballets nouveaux, mais dont la mémoire, en fait de payements, était pour le moins aussi légère que les jambes, et faisant bon marché des guirlandes fournies à Flore, ou des bouquets à Vénus, elle obtint, par le crédit dont jouissait l'artiste auprès d'un vieux
général de la garde, l'invitation si ardemment désirée par son bouillant et superbe neveu.
Ce fut ainsi que M. Anatole Simonet, premier clerc de M. Bonami, obtint l'honneur de passer la soirée avec S. M. l'empereur Napoléon, roi d'Italie et protecteur de la confédération du Rhin.
Anatole n'est pas le seul personnage de cette histoire que nous devons retrouver à l'Hôtelde- Ville.
Un homme d'un âge mûr, dont les traits portaient l'empreinte de longues souffrances, décoré du grand cordon de la Légion-d'Honneur, revêtu des insignes les plus élevés de l'armée, excitait l'attention, et la curiosité générale. C'est que cet homme joignait à la plus haute réputation militaire, l'attrait d'une circons-
tance qui avait fixé sur lui l'intérêt du pays.
Cet homme, à la suite d'une grande victoire, avait été compté au nombre des victimes du combat. Paris l'avait cru mort, sur la foi d'un imprudent bullelin, et c'était avec bonheur que tous les amis de la gloire française revoyaient le maréchal d'A... au bal du préfet de la Seine.
Le duc, après trois mois de convalescence, fut ramené dans la capitale; mais pendant ces trois mois, il avait profondément réfléchi sur les cruels événements passés en Espagne , sur les révélations qui lui avaient été faites, et •dont les preuves n'étaient plus dans ses mains.
Concevant dès lors un projet terrible, mais que le temps seul pouvait réaliser, il s'élait armé d'une résolution puissante, inébranlable,
telle que pouvait la prendre et la tenir une âme aussi énergique que la sienne.... 11 s'était juré de garder pour lui seul les tourments qui le dévoraient, de n'en rien laisser paraître désormais, surtout aux yeux de la duchesse.
Il avait appliqué sur son visage courroucé un masque d'indifférence et de placidité, qu'il ne devait quitter qu'au jour de la vengeance, et ce jour, il l'attendrait dans l'ombre, patiemment, comme le tigre guette sa proie, en étouffant les sourds rugissements de sa rage !...
Ses lettres avaient presque rassuré la duchesse... il lui parlait de sa maladie... de la scène d'Astorga, comme d'un songe affreux qu'il avait fait dans un accès de fièvre chaude, 011, la voyant près de lui, dans son délire, saisi d'une horrible jalousie, il s'était cru trahi
DE PRINCE. 6i
par ellc.el se rappelait, disait-il, d'avoir poussé régarementjiisqu'à chercher en sa présence les preuves de son déshonneur, pour le lui faire expier de ses noains.
Baptiste, son valet de chambre de confiance, avait reçu l'ordre de ne jamais convenir avec lui de la visite de la maréchale en Espagne, et celle-ci paya plus tard le valet, de son côté, pour qu'il ne révélât jamais au duc son furtif
voyage.
De retour depuis quelques jours, le maréchal avait continué près de sa femme le rôle commencé dans ses lettres ; et tandis qu'il montrait une tranquillité d'esprit, bien éloignée de son cœur, chaque jour, chaque heure, réunissant les indices, groupant dans sa pensée tout ce qui pouvait le mettre sur la voie de la trahi-
son, lui faire connaître le complice de Stéphanie, il augmentait ainsi l'arsenal des armes qu'il destinait au châtiment.
La duchesse, ne pouvant croire à tant d'astuce, remerciait Dieu de l'erreur qui lui sauvait l'honneur et la vie!... Quant à la bonne reine Horlense, confidente généreuse de son amie, elle partageait une sécurité qui succédait à de si cruelles alarmes.
La première idée du maréchal, en arrivant à Paris, avait été pour cet hôtel Montaran, où le fragment de lettre qui lui restait, semblait promettre la révélation d'un mystère, lié sans doute à la perfidie de sa femme ; mais il avait tout simplement appris ce qui était connu de tout le monde, le mariage du prince et de Blanche, l'acquisition de l'hôtel pour la
jeune épouse, et la vie calme et retirée qu'y menaient ses habitants.
Le duc, qui n'espérait plus rien que du hasard, s'était rendu, quoique bien faible encore, au bal de M. le comte Frochot, où, pour la première fois depuis son retour d'Espagne, on le voyait en public avec la duchesse.
Les violentes émotions qu'éprouvait Stéphanie depuis quelques mois, se traduisaient sur sa belle figure par une blancheur de marbre, à laquelle ses grands yeux noirs donnaient un aspect étrange et fantastique. On eut dit l'ombre de quelque châtelaine du moyen âge, faisant une apparition au milieu d'une fête de notre temps moderne.
La réunion de cette femme et de son époux, appuyés l'un sur l'autre, au milieu de ce bal
brillant, avec ces dehors affectueux qu'exige le monde, et qui sauvent tant d'apparences, n'aurait pu faire supposer qu'entre ces deux âmes si voisines, si rapprochées, il y eût tout un abîme de haine, de terreur et de vengeance, que rien ne pourrait jamais combler!...
Odoart, après avoir conduit sa jeune épouse devant l'Empereur, dont l'accueil fut charmant, passa le bras de Blanche sous le sien, et fît ainsi quelques pas dans les salons, cherchant le prince Kourakin, à qui des motifs graves, ainsi que l'avait dit Voromsoff au chevalier, lui faisaient la loi de présenter Blanche sans retard.
Mais celle-ci, qui n'avait pu contenir sa joie, en voyant Odoart venir à elle, en se sentant ensuite appuyée sur lui, en comptant pour
ainsi dire avec son joli bras blanc qui touchait le cœur du prince, tous les battements de ce cœur qui lui avait dit : je t'aime!... Blanche éprouvait depuis quelques instants un sentiment de peine, de crainte, d'embarras, de malaise, qui troublait son bonheur et qu'elle ne pouvait réussir à vaincre.
C'est qu'Odoart semblait lui-même contraint et gêné ; c'est qu'au lieu des regards si brûlants qu'il lui prodiguait dans l'église Sainte-Elisabeth, son œil froid et indifférent semblait voir à peine celle que des milliers d'yeux admiraient ! .. C'est qu'au langage si doux et si tendre du prince dans la chapelle, avait succédé le ton du respect et de la cérémonie.
Cette soudaine métamorphose fut si douloureuse pour la jeune princesse, qu'elle se prit
66 UN MARIAGB
à regretter d'avoir revu celui qui venait dessécher ainsi par sa froideur toutes les belles fleurs de ses chers souvenirs...
Odoarl n'avait pourtant que l'apparence de cette glaciale indifférence.
Depuis son mariage, depuis surtout sa dernière entrevue avec sa jeune épouse, son cœur, par un de ces brusques et tristes revirements des sentiments humains, s'était donné à celle dont il n'avait d'abord voulu faire qu'un instrument de ses projets secrets.
Le remords du mal qu'il devait causer à cette âme angélique, si pure et si chaste qu'on n'avait pas osé lui apprendre le rôle étrange qu'elle jouait dans ce drame inconnu, la pitié profonde que l'innocente enfant lui inspirait, faut-il le dire aussi, la contrainte cruelle que
lui faisait éprouver un autre amour, les dangers, les douleurs incessantes, les agitations continuelles, les difficultés sans nombre dont il était environné, tout avait fait .élléchir le prince sur d'anciens sentiments qu'il croyait naguère être éternels... et quand un amant réfléchit, quand la raison se met en tiprs entre lui et la passion, il n'aime plus... ou il est bien près de ne plus aimer !...
C'était donc avec un vif empressement qu'Odoart saisit l'occasion, oc asîon forcée d'ailleurs par des motifs qui se révéleront plus tard, de revoir Blanche à ce bal ; mais à peine avait-il fait quelques pas avec elle, à peine àvait-il pu mêler son admiration à l'admiration qu'excitait sa charmante compagne, qu'il s'était senti saisi d'étonnement et d'effroi.
Ses yeux venaient de rencontrer ceux de la maréchale d'A..., si pleins de trouble, que les paroles qu'il allait adresser à Blanche étaient expirées sur ses lèvres.
Le prince avait à peine vu la duchesse depuis le retour du maréchal, et quoique rassuré sur ce qui s'était passé entre elle et son époux, il n'aurait jamais pensé qu'elle fut venue à cette fête, où le conduisait un devoir rigoureux en réalité, et dont pourtant sa tendresse pour la jeune princesse était le secret complice.
Mais à la vue de cette intéressante et malheureuse femme, Odoart éprouva la plus cruelle anxiété. Placé entre deux existences, qui toutes deux attendaient de lui cet amour qu'il sentait ne pouvoir plus donner qu'à une seule... ses gestes, ses regards, ses moindres
paroles, devenaient autant de coups de poignards pour l'une ou l'autre... et de là, cette froideur subite, ce maintien compassé , qui navraient Blanche et lui causaient une si pénible surprise !
Au moment où la duchesse d'A... avait aperçu le prince, le frémissement involontaire qu'elle éprouva, le redoublement de sa pâleur, n'échappèrent point au maréchal ; et, suivant du regard le regard ému de sa femme, il remarqua le prince, et intercepta presque au passage le courant magnétique qui s'établit spontanément entre les deux amants.
Ce fut un premier indice qu'enregistra sa jalousie.
— Comment nommez-vous le jeune Russe qui donne le bras à cette jolie personne ? De-
manda-t-il di. ton le plus naturel à Caulaincourt, qu'il venait de rencontrer.
— Le T^rince Melzerski, répondit celui-ci, un Russe d'une grande naissance, homme à bonnes ioriu les, dit-on, et dont la dernière aventure a fait grand bruit à Paris!
— Quelle aventure ?... Demanda le duc en serrant le brf-s de sa femme sous le sien, car il la sentait prête à lui échapper par un mouvement subit et involontaire.
— Ma foi, dit Caulaincourt, c'est héroïque, et digne d'un chevalier français !... On prétend que, surpris une nuit par un mari, le prince n'eut que le temps de se réfugier dans une pièce isolée de l'appartement, où on l'enferma d'une façon si brusque et si rapide, qu'un de ses doigts fut écrasé dans la porte, et
qu'il eut le courage vraiment admirable de ne pas pousser un cri , pour ne point compromettre sa maîtresse !
— Voilà qui est prodigieux!.. . Dit le duc avec le même sang-froid, et en pressant de plus en plus le bras de la maréchale, qui cette fois serait tombée sans cet appui. Et comment a-t-on su ce magnifique dévouement?
Par notre célèbre chirurgien Dubois, appelé la nuit même, pour faire l'amputation du doigt au blessé, et qui surprit cet étrange secret dans le délire de sa fièvre... mais l'habile chirurgien, qui racontait cette aventure chez l'empereur, a obstinément refusé de nous nommer les autres acteurs de ce sombre drame.
— Tant pis ! Continua l'impitoyable maréchal ; nous aurions bien ri du pauvre époux !..
C'est si plaisant un mari trompé, si ridicule !.. Au reste, on ne voit que cela, et nous autres gens en pouvoir de femme, nous devons nous applaudir d'être aussi bien partagés que nous le sommes, vous et moi!... N'est-ce pas, monsieur de Caulaincourt?
Caulaincourt salua la duchesse ; mais en relevant les yeux sur elle, il la vit presque évanouie au bras de son mari.
— Madame la duchesse se trouve mal ?... dit-il.
— Ce n'est rien... un peu de fatigue, sans doute... répondit !e maréchal, la trop grande chaleur, peut-être.. .et nous allons nous retirer.
Entraînant alors la pauvre femme presque mourante, au travers des flots de la foule qui
s'écartait avec respect sur son passage en le reconnaissant, il la conduisit jusqu'au vestibule, d'où il fit appeler sa voiture.
— Madame, lui dit-il en l'y faisant monter, l'excès des plaisirs ne vaut rien pour une santé aussi délicate que la vôtre... vous vous êtes assez amusée pour ce soir!... Rentrez à l'hôtel, et reposez-vous... quant à moi, qui me porte à merveille, je retourne au bal !
Et donnant l'ordre de fermer la portière, il regagna les salons, espérant obtenir de nouveaux détails sur l'aventure qu'on venait de lui raconter, car les traces sanglantes trouvées autour du pavillon qu'habitait la duchesse , et dont lui parlait Pierre, le gardien du palais, dans la lettre qu'il en avait reçue en Espagne, lui revenaient en mémoire, et commençaient
à porter la lumière dans ces épaisses ténèbres i.
Le mouvement de la fête ayant éloigné le prince de la maréchale d'A..., Odoart se sentit un instant soulagé du poids qui l'oppressait.
Quelques mots pleins de douceur et d'affection qu'il dit à Blanche, dissipèrent les nuages qui se groupaient sur le front de la jeune princesse, son cœur se sentit renaître, elle retrouvait ces accents si doux qui la charmèrent dans leur dernière rencontre; et lorsqu'Odoart la présenta au prince Kourakin, elle avait repris cet éclat de beauté qu'augmentaient encore les impressions heureuses de son âme.
Une circonstance frappa Blanche d'étonnement dans cette entrevue.
DE PRINCE. alÇâ
Le prince, tout en lui faisant l'accueil le plus flatteur, dit à demi-voix ces mois étranges au prince Metzerski :
— « C'est mieux qu'un devoir, c'est un a bonheur de réparer ses fautes, quand celle « qui les a partagées est aussi digne d'une pa- « reille alliance que la charmante princesse !»
Blanche n'était pas encore revenue de la surprise que lui causait ce langage, lorsque le comte Voromsoff accourant, dit vivement à Odoart :
— L'empereur qui va s'éloigner, demande Votre Excellence.
— J'y cours. Répondit celui-ci en priant Voromsoff d'offrir son bras à la jeune femme.
On se trouvait à ce moment près d'un petit salon assez retiré, voisin d'un immense buffet,
OÙ les bons bourgeois de Paris fêlaient joyeusement le Champagne de M. le préfet.
Blanche et le comte entrèrent dans ce salon, où la jeune princesse, encore émue de ce qu'elle venait d'entendre, pria Voromsoff de la laisser s'asseoir quelques instants.
Le comte remarquant l'agitation de Blanche, sortit pour lui chercher quelques rafraîchissements que le buffet ne pouvait lui offrir, car les rafraîchissement des convives qui l'entouraient, ne se composaient que de vins capiteux et de punch brûlant.
Plusieurs de ces messieurs , dont les propos animés témoignaient de leurs fréquents hommages au dieu Bacchus, étaient à l'une des petites tables portatives dressées çà et là, près du
buffet, et la plus rapprochée du salon où Blanche attendait Voromsoff.
L'un des plus bruyants convives, qui, après avoir dansé force contredanses et gigues était venu retremper sa vigueur dans ce repas improvisé, M. Anatole Simonet, se faisait remarquer par sa faconde et sa jactance ordinaires.
— Avez-vous admiré la belle princesse Metzerski? Disait un des joyeux viveurs. Quelle beauté!... Quelle noblesse!... Comme on voit bien que cette femme là doit avoir du sang royal dans les veines !
— Allons donc! Reprit Anatole; mais je la connais, je ne connais qu'elle!... C'est une pauvre fille, ouvrière chez ma tante la fleuriste !
— Bah ! S'écrièrent les auditeurs ; Anatole rêve, il ne sait ce qu'il diti
— Je ne sais ce que je dis?... Répondit le premier clerc en avalant coup sur coup deux verres de Champagne ; c'est si vrai, que ma tante l'a demandée en mariage pour moi... mais elle a eu la délicatesse de me refuser, et j'en remercie Dieu tous les jours !
— C'est un peu fort, reprit un des assistants, et pourquoi cela?
— Oui, pourquoi cela? Dirent-ils tous en chœur; Anatole est ivre, pour s'applaudir d'un pareil refus!
— Pourquoi ? Dit celui-ci chez qui le vin, s'unissant à la colère, faisait perdre complètement la tête; pourquoi?... C'est que je ne
veux épouser qu'une honnête fille et que cellelà ne l'était pas !
Un cri de douleur, presque étouffé, se fit entendre dans le salon voisin.
— Anatole est un calomniateur!... Reprirent toutes les voix à la fois; c'est affreux, c'est indigne d'attaquer ainsi l'honneur d'une femme I
— Ah ! C'est indigne? Répliqua le clerc de plus en plus animé ; je suis siir de ce que j'avance!... J'ensuis matériellement siir, puisque j'ai copié moi-même son contrat de mariage, et qu'elle a reconnu, par^ ce contrat, deux enfants naturels qu'elle a eus du prince, avant de l'épouser !
Ces paroles étaient à peine prononcées, que la malheureuse princesse, s'élançant du salon,
pâle et hors d'elle-même, s'écria d'une voix déchirante à qui la honte et le désespoir prêtaient seuls des forces :
— Monsieur, vous êtes un infâme d'oser me déshonorer ainsi! !...
Et elle tomba sans connaissance ....
Leduc d'A... avait été témoin de toute cette scène.