‹ Un mariage de princeChapitre 4 sur 17 · PROVOCATION · texte numérisé non relu

PROVOCATION

Le maréchal, en se présentant chez la jeune princesse, avait cru saisir enfin le fil invisible qui devait le conduire au but de sa vengeance.

Après ses premières tentatives infructueuses, faites à l'hôtel Montaran, sur la foi des in-

dications contenues dans le fragment de lettre échappé aux mains des brigands d'Astorga, il avait renoncé à poursuivre ses investigations jalouses de ce côté ; lorsqu'il fut prévenu par Pierre, ce misérable agent de sa surveillance, que la duchesse se rendait quelquefois à pied, de grand matin, place Beauveau, dans un pavillon attenant à la demeure de la princesse Metzerski.

Il crut d'abord que ce pavillon était un lieu de rendez-vous, l'un de ses temples d'amours secrètes, comme il en existe un si grand nom- .bre à Paris; pâles copies des petites maisons d'autrefois, moins le luxe et la magnificence des Richelieu, des la Popelinière, des Lauraguais ou des Beaujon ; mais il lui fut prouvé, certifié, qu'aucun homme n'entrait jamais

dans celte solitaire maison, uniquement habitée par une étrangère et deux jeunes enfants.

C'était donc l'étrangère, ou ces enfants, que la duchesse allait mystérieusement visiter.

Une bonne œuvre, peut-être, attirait la maréchale dans cet endroit; et le duc fut dépisté de nouveau dans ses recherches.

Mais l'aventure amoureuse du prince Metzerski, que lui raconta M. de Caulaincourt au bal de la ville, en remettant dans son souvenir le nom du prince, qu'il croyait habiter avec sa jeune épouse l'hôlel Montaran, le trouble qu'éprouva la duchesse à la vue du bel étranger, la coïncidence de la romanesque blessure de celui-ci avec les traces sanglantes trouvées dans le jardin du palais de la reine, tous ces

indices, furent en quelque sorte, les premiers filons de cette mine souterraine que parcourait l'implacable époux, avec une si persistante volonté. '

La scène scandaleuse du bal, dont le hasard le rendit témoin, la violente indignation avec laquelle Blanche repoussa la maternité qu'on lui attribuait, tout cela porta la lumière dans les ténèbres qui entouraient le maréchal... et de là, ces mots effrayants qu'il dit à la duchesse, dans un transport de fureur dont il ne fut pas le maître, oubliant ainsi le rôle qu'il s'était tracé : « Ou ces enfants sont ceux de la princesse, qui « les nie..,, ou ce sont les vôtres, à vous, qui les « allez voir en secret ! ! »

Ce fut l'espoir au cœur qu'il se rendit près de Blanche ; mais la déclaration de la jeune

DE PRINCE. l(yï

femme, l'aveu formel qu'elle fit de sa faute, la colère majestueuse et terrible de la marquise, renversèrent encore une fois toutes les idées, tous les soupçons du duc... et il sortit découragé de l'hôtel deiMontaran.

Rien n'était en efTet plus cruel pour un homme de ce caractère, que celte certitude d'une trahison, dont les preuves matérielles lui échappaient sans cesse... il connaissait son déshonneur, et ne pouvait se venger!... Son bras était armé, et il ne savait où frapper !...

Un incident imprévu vint tout-à-coup changer cette situation, et amena la scène que nous allons décrire.

Tout élait calme, tout reposait dans l'hôtel qu'habitait seul le duc d'A..., pendant la nuit

qui suivit la visite du maréchal à la princesse Metzerski.

Le duc seul veillait.

La tête appuyée dans ses deux mains, il paraissait plongé depuis de longues heures dans une sinistre immobilité.

Des bougies prêtes à s'éteindre, brillant dans un candélabre de bronze, jetaient de vacillantes lueurs dans une vaste chambre, dont l'aspect froid et nu, n'était coupé çà et là, que par quelques panoplies d'armes précieuses, suspendues aux murailles. Un lit de camp, étroit et dur, se trouvait placé dans un coin, sans avoir été défait. Un magniûque portrait de femme, peint par Gérard, décorait seul ce logement tout martial, et jamais l'artiste

n'avait rencontré pour son œuvre un plus séduisant modèle.

La maréchale d'A..., peinte en pied, dans toute la splendeur de sa jeunesse et de sa beauté, rayonnait comme un foyer de lumière, au milieu de celte chambre sévère et sombre.

Le duc relevant subitement la tête, jeta sur ce portrait un coup d'œil si plein de désespoir, que l'âme la moins sensible en eut été émue.

Deux larmes roulèrent dans ses paupières; mais sa main, s'y portant rapidement, sembla vouloir les y retenir par un mouvement de fureur et de honte.

Puis se levant, il saisit un coffret assez lourd, le posa devant lui, l'ouvrit lentement, en tira deux pistolets, dont il examina soigneusement les batteries, choisit deux balles, et

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