CHAPITRE XVII
Lumière.
Restée seule, Rose reprit la lecture de Joceli/n. poussée à la fois par le désir de se soustraire au souvenir d' Artémon et l'attrait que quelques pages de ce livre avait éveillé en elle. Cette fois, elle ne quitta le volume que bien avant dans la soirée, quand elle en eut fini la dernière page.
Elle éprouva alors une étrange sensation : son esprit
lui sembla frappé de vertige, la marche ordinaire de ses idées fut bouleversée ; ce langage harmonieux et magnifique, ignoré d'elle jusqu'alors, la jeta dans des étonnements infinis; des mots bien connus et rencontrés mille fois ailleurs éveillaient là des sensations absolument nouvelles pour son cœur. Elle se sentait tremblante, émue, hors d'elle-même, comme si elle eût commis une mauvaise action, et pourtant remplie d'un enchantement sans nom. C'était l'ivresse de l'âme, surexcitée par ce qu'il y a de plus puissant sur elle : une poésie divine chantant un grand amour.
Elle relut Jocelyn pendant la nuit ; au jour, elle était dans la chambre de Georges; elle ne voulait plus ranger les livres, non; elle voulait lire, lire Lamartine surtout; elle prit toutes ses œuvres, et son cœur sautait de joie chaque fois que ce nom radieux lui apparaissait sur un volume. Les lettres d'or qui le formaient éclataient pour elle entre toutes les autres dans les profondeurs de la caisse.
Elle oublia d'aller chez sa mère; elle ne remarqua pas qu'Artémon ne vint pas. Une pluie abondante avait effrayé M. Ri cher, en lui faisant craindre la présence de Georges à Belbousquet. Rose ne fit attention à rien; elle lisait, et sa vie semblait concentrée dans sa lecture. Elle lut une partie de la nuit; puis, le lendemain et le surlendemain, elle ordonna à Thérézon de dire à tout le monde qu'elle était à Marseille avec son mari, et, sûre qu'on la laisserait tranquille, elle se livra à ses lectures avec passion : elle avait la fièvre de savoir.
Le voyageur dans le désert ne se précipite pas vers la fontaine bienfaisante de l'oasis avec plus d'ardeur que n'en eut cette jeune âme puisant à ces sources vives de l'intelligence.
Après Lamartine, elle lut André Chénier, puis Molière, Byron, Victor Hugo, Shakspeare, George Sand, Corneille, sans suite, sans ordre, et comme le hasard les faisait tomber sous sa main. Chose étrange! chaque fois qu'elle faisait connaissance avec un poète nouveau, il devenait son préféré. Elle ne savait à quelle admiration se vouer. Cependant Victor Hugo, George Sand, Lamartine, parlaient peut-être plus intimement à son cœur, et elle les quittait avec plus de regret.
Quels étonnements ne rencontra-t-elle pas dans ce voyage autour du monde des esprits ! Ne pas connaître une pièce de théâtre et lire d'emblée Hamlet, Ruy-Blas, le Cid, le Misanthrope! Avoir cru que poésie voulait dire Andrieux, Delille ou Florian, c'est-à-dire avoir le souvenir que laisse la leçon la plus monotone du couvent, celle où on ne peut pas changer un mot en récitant, et tout à coup comprendre Child-Harold, Jocehjn et les Feuilles d'automne! N'avoir connu d'autre roman qu'Elisabeth ou les Exilés en Sibérie, et lire sans transition Mauprat, Yalentine et Notre-Dame de Paris...! c'était -à avoir des éblouissements ! Rose en avait.
Son âme, face à face avec tous ces génies resplendissants, éprouvait quelque chose de semblable à l'émotion d'un homme qui, élevé dans une cave, verrait le soleil pour la première fois : elle était par moments aveuglée de rayons.
En quinze jours, la caisse de livres fut complètement dévorée par Rose, hors les livres étrangers, qu'elle aurait bien voulu comprendre, devinant des trésors aussi dans ceux-là. Quand elle eut tourné la dernière page du dernier livre, ^11 e voulut tenter de réfléchir et ne put d'abord y parvenir. Un trouble extrême régnait dans son cerveau, agité par une sorte de houle étourdissante : c'était le frémissement inexprimable et con-
fus de trop d'idées remuées à la fois dans son jeune esprit encore vierge de tout travail.
Pendant tout un jour, elle éprouva cette prostration qui suit toutes les fièvres; puis Tordre se refit en elle assez pour lui donner la conscience de tout ce qu'elle avait gagné en si peu de temps. Elle eut un certain orgueil intime de sa communication avec tant de grands génies; elle regarda en mépris sa vie passée; elle avait atteint des sommets d'où les intelligences ne redescendent plus, et, comme tous les sommets sont protecteurs, elle regarda en dédain Artémon , et en dédain la crainte qu'il avait pu lui inspirer. L'amour, cette âme de tous les chefs-d'œuvre, s'était révélé à son esprit , sinon à son cœur, et elle savait que l'amour ne pouvait être ni ce que disait Artémon , ni ce qu'elle éprouvait pour lui.
L'absence de Georges se prolongea; elle ne s'en inquiéta pas, et s'en réjouit presque dans sa solitude. Elle pourrait reprendre et relire avec un plus grand soin les poètes de sa prédilection. Cette pensée l'enchantait; cependant la première avidité calmée, elle voulut régler et, pour ainsi dire, savourer ses plaisirs. Le contenu de la caisse de livres gisait au milieu de la chambre de Georges, dans un pêle-mêle inexprimable ; Rose résolut de remettre tous les volumes en ordre, se promettant ensuite de choisir chaque jour parmi eux, suivant sa fantaisie. Elle se mit courageusement à l'ouvrage seule, sans vouloir être aidée; elle était avare de ses livres : n'étaient-ce pas ses trésors?
En dérangeant une table placée près de la bibliothèque, un petit paysage, œuvre de ^cques , reçut un choc et faillit se décrocher de la muraille. Rose le retint d'une main , et , tout en le retenant, elle lut au bas le nom de Jacques, et examina alors le tableau avec plus
d'attention. Il représentait une vue du château de Val Sec, ce domaine patrimonial vendu par la famille de Védelle pour faire l'acquisition de la Pinède. Rose prit le petit cadre, et, s'approchant de la fenêtre, elle regarda avec curiosité le portrait de cette habitation dont Georges avait parlé un jour devant elle avec un sentiment de regret.
Elle vit un vieil édifice massif, imposant, dégradé dans certaines parties, mais encore plein de majesté, et détachant fièrement sa silhouette au milieu du feuillage sombre des grands mélèzes qui l'entouraient de toutes parts; l'aspect en était noble et triste, et Jacques avait bien réussi à en exprimer la beauté taciturne.
Rose ne comprit pas les regrets de Georges en regardant le Val-Sec, et les expliqua comme une conséquence de son humeur sauvage et bizarre ; elle allait remettre le tableau à sa place, lorsqu'elle retournant elle aperçut un dessin placé au dos du croquis de Jacques et restant ainsi toujours caché aux regards.
Cette fois, ce n'était pas le portrait d'un vieux château, mais le visage gracieux d'une jeune femme. Cette tête fière et fine , pleine d'un charme particulier, était rendue avec un naïf et rare talent.
«Quel charmant dessin, dit Rose, et pourquoi l'at-on caché derrière ce vilain château? »
Tout en faisant cette réllexion, elle regardait toujours le portrait, et il lui semblait avoir déjà vu ce visage quelque part.
Tout à coup elle se souvint d'une chose : Jacques lui avait dit un jour qu'il n'avait jamais su dessiner la tête. Le portrait n'était donc pas de lui. Mais de qui alors? Et pourquoi tenait-on ce portrait caché? Tout cela ressemblait fort à un mystère, et l'amour seul fait garder à un homme avec mystère le portrait d'une
femme. Georges serait donc amoureux : et il le serait de l'original de ce portrait?...
Ceci devenait trop fort : de suppositions en conséquences, Rose atteignit à l'absurde. Cependant sa raison, conduite par la simple logique, la ramenait toujours et forcément à une étrange conclusion : Georges est amoureux. Les livres latins se trouvaient bien distancés cette fois!
En proie à une vive anxiété, poussée par un dépit féminin qui commençait à naître sous ses suppositions, Rose voulut avoir raison de ses conjectures et prit un parti très-simple, celui 3e fouiller consciencieusement la chambre et les papiers de son mari pour y chercher un indice nouveau.
Rose porta tout de suite ses investigations vers un grand secrétaire fermé à clef, qui lui parut avoir un extérieur mystérieux.
Le meuble ne résista pas longtemps aux pesées faites sur la serrure avec la force que donne la curiosité aidée d'un bon ciseau.
Le secrétaire ouvert, Rose en tira précipitamment les tiroirs; elle les vit presque tous bourrés de papiers dans un grand désordre, de feuilles volantes de toutes dimensions remplies d'une écriture fine et serrée; sur certaines feuilles on ne voyait que quatre ou cinq lignes inégales; d'autres, au contraire, disparaissaient sous les ratures et les lignes croisées.
Rose remua tout ce fatras sans y jeter un coup d'œil: elle venait d'apercevoir un paquet de lettres. Elle s'en empara; son cœur battit d'anxiété. Qu'allait-elle apprendre?
Les lettres étaient toutes de la même écriture ; elle regarda d'abord la signature et vit un nom inconnu, un nom d'homme :
Etienne d'Alais.
Tontes ces lettres portaient une date déjà ancienne ; aucune n'avait moins de trois ans. Faute de mieux, Rose en parcourut quelques-unes ; elle comprit bientôt qu'elles émanaient d'un ancien camarade de collège de Georges, beaucoup plus âgé que 1-ijigft dont l'affection s'exprimait en paroles graves et en conseils sérieux. Ces fragments apprirent à Rose une chose importante. Georges avait été au collège; elle en fut très-étonnée. Elle le croyait fada de naissance, et voilà que ce pauvre esprit infirme avait fait ses classes ; l'infirmité ne datait donc pas de l'enfance. Quoi qu'il en fût, cette révélation expliquait les livres latins; mais le latin était devenu fort secondaire pour Rose depuis la découverte du portrait.
Dans son impatience déjà éclairée à ce sujet, elle laissa la correspondance de M. Etienne d'Alais et continua ses recherches. Elle fut tout émue en apercevant, enfoui s.ous plusieurs liasses de papiers noircis d'encre, un autre exemplaire du portrait qui l'intriguait si fort. Ce croquis, moins terminé que l'autre, représentait la même personne coiffée d'un grand chapeau de feutre noir; cette fantaisie ajoutait le piquant de l'originalité à ses traits, de tous points irréprochables. Cette tête parut à Rose merveilleusement belle. Au bas du portrait, on lisait une date : « 7 avril 1835. »
7 avril! Ce jour-là même, la famille Lescalle avait, pour la première fois, fait une visite à la famille du comte de Védelle. Rose s'en souvenait bien. Mais pourquoi cette date placée là?...
Tout à coup un éclair de sa mémoire lui montra cette voiture entrant dans l'avenue de la Pinède au moment où les Lescalle en sortaient, et dans cette voiture une belle jeune fille en deuil coiffée d'un grand chapeau
de paysanne provençale. Plus de doute, le portrait était celui de Mlle Denise de La Pinède. Et Georges éprouvait de l'amour pour elle, et cet amour avait fait ce miracle de lui donner du talent, du talent à lui!... Rose allait d'étonnement en stupeur. Elle reprit les lettres de M. Etienne d'Alais et les lut jusqu'à la dernière ligne; puis ensuite elle fureta dans tous ces papiers en désordre, que d'abord elle avait dédaignés; elle lut ainsi longtemps avec une avidité inouïe et dans un trouble qui semblait sans cesse s'accroître ; enfin, le dernier fragment déchiffré et compris, sans quitter la place, elle prit une plume et écrivit la lettre suivante, où elle laissa paraître une partie des sentiments qui Pagitaient.
Madame Rose de Védelle à Monsieur Etienne d'Alais, lieutenant de vaisseau.
« Je ne vous suis pas personnellement connue, monsieur, et je sais cependant d'avance que je puis compter sur votre bienveillance.
« Je suis la femme de Georges de Védelle, votre bon camarade de collège, celui auquel vous avez écrit pendant deux ans les lettres affectueuses que j'ai là sous les yeux, et dont le contenu m'enhardit à vous parler comme je vais le faire.
« Il serait bien difficile de vous expliquer, monsieur, comment, jusqu'à ce jour, mon mari a pu passer aux yeux de tout le monde, aux yeux de sa famille, aux miens même, pour un esprit incomplet et en désordre, pour un être atteint d'une sorte de folie douce qui le faisait regarder en pitié par chacun. Ceci vous paraît plus qu'étrange; mais je dois avoir le courage de tout vous dire, pour tout vous faire comprendre.
« Aujourd'hui que, par une circonstance fortuite, ce
voile de mensonge est déchiré pour moi, je me sens profondément humiliée de m'être laissé abuser par Terreur commune.... Moi sa femme !... Il est vrai que je le voyais si peu! Toute mon excuse est là, monsieur, et dans une triste vérité : Georges ne m'aime pas. Son consentement à notre mariage reste pour moi une énigme indéchiffrable. Pourquoi m'a-t-il épousée? Le comprendrez-vous vous-même, quand je vous apprendrai quril en aime une autre?
« Oui, il en aime une autre; il ne m'a rien donné à moi, il ne m'a pas même laissé voir son àme ni son intelligence ; il s'est renfermé dans une froideur glaciale> et depuis trois semaines il a eu recours à Tabsence comme servant mieux son antipathie. Tout cela est bien triste, monsieur, et me place dans cette situation étrange et unique de demander à un étranger des renseignements sur mon mari.
« Dites-moi donc pour quels motifs Georges affecte d'être une sorte de maniaque taciturne et farouche, et cruelles causes l'ont amené à jouer ce rôle, à vouloir tromper tous les regards, même ceux de sa mère. Il y a un mystère là-dessous, je le sens bien, mais je ne parviendrai jamais seule à le percer. Vous qui êtes, monsieur, l'ami de Georges, vous devez être le confident de sa pensée ; rendez-moi l'immense service de me la révéler.
« Je suis mariée depuis cinq semaines : M. de Védelle m'a à peine adressé la parole. Je croyais à de la bizarrerie; je vois que je subissais des dédains. Cette découverte doit changer et mes dispositions et mes résolutions pour Tavenir. Cependant je neveux rien brusquer, et j'attendrai votre réponse.
« Sans cette absence de Georges, pendant laquelle des lectures ont plus développé mon esprit et mon
cœur qu'ils ne l'eussent pu être en vingt années de ma vie d'autrefois, rien ne m'eût été révélé; et j'aurais, comme tout le monde, continué à être dupe de ce singulier misanthrope. Oh! il n'a voulu laisser pénétrer personne dans le sanctuaire de ses pensées et de ses rêveries! ceci m'est bien prouvé. Aujourd'hui, il est découvert, mais il n'est pas deviné. Aidez-moi.
« Georges est poëte, le savez-vous? Il est, je crois, un de ces vrais poètes qui se forment sans maîtres, sans conseils, par la méditation solitaire et la constante contemplation de la nature. J'ai trouvé dans ses papiers des fragments de poèmes qui m'ont paru admirables. Me trompé-je? Je voudrais bien le savoir; aussi je vous envoie quelques-uns de ces fragments : vous les jugerez, et me direz s'ils renferment tout le talent que j'y ai vu. Rien ne peut vous donner idée de l'impression de surprise et de l'immense émotion qui m'ont dominée en lisant ces œuvres si inattendues de M. de Védelle; j'ai craint de devenir folle; la raison m'est revenue, et avec elle la conscience de ma douloureuse situation.
a Je ne veux rien ajouter à cette lettre déjà bien longue; elle peut vous faire comprendre, monsieur, avec quelle impatience je vais attendre votre réponse, mais elle vous exprimera mal combien ma reconnaissance sera vive, si vous voulez bien apporter quelque lumière dans ces ténèbres qui m'entourent.
« Recevez, monsieur, etc. »
Rose fermait cette lettre quand Thérézon entra.
« Madame va se brûler les sens avec toutes ces paperasses, dit-elle en voyant Rose entourée de liasses de toutes grandeurs et la chambre encore pleine de livres en désordre. Y a-t-il de la raison à lire comme ça sans fin et sans cesse? Est-ce que madame n'en sait pas
encore assez? à quoi bon avoir été passer huit ans en pension, si c'est pour recommencer encore à lire ici?
— Mais, Zon, répondit Rose, ce n'est pas pour apprendre seulement que je lis, c'est pour me distraire.
— Vous distraire! c'est bien le contraire, à mon avis; vous v'ià aujourd'hui avec un air encore plus triste qu'à l'ordinaire. Ah! mais, pour vous distraire, je voudrais vous voir faire toute autre chose, moi.
— Eh quoi! grand Dieu! que veux-tu que je fasse?
— Bon! C'est facile ; on va à la ville ; on va voir du monde; madame n'a tant seulement pas encore montré ses belles robes.
— Mais je ne puis aller faire des visites comme cela, en l'absence de M. de Védelle.
— Ah! à votre place, madame, je m'embarrasserais bien de M. de Védelle ! » fit Zon d'un ton léger.
Rose eut un triste sourire.
« Voilà comme on parle de lui, chez lui! » pensat-elle.
• a D'ailleurs, reprit Zon, si madame ne veut pas aller à la ville, qu'elle reçoive au moins ici ses parents, ses amis, ses voisins.
— Je ne veux voir personne encore pendant quelques jours; n'as-tu pas dit que j'étais à Marseille?
— Sans doute; mais le dire et le faire croire, ça fait deux !
— Qu'est-ce que tu entends par la?
— Le moyen de faire croire à votre absence à M. Artéraon, par exemple !
— Et pourquoi pas à M. Richer aussi bien qu'aux autres personnes?
— Les autres me croient sur parole ; mais celui-là vient tous les jours demander si madame est revenue, et il voit bien à l'air de la maison que madame voyage
dans sa chambre. Un jour, en entrant, il aperçoit le couvert mis; une autre fois, étant dans le vestibule, il entend marcher au premier étage; c'est une chose, une autre ; enfin je parierais bien cent sous contre cent francs qu'il comprend clairement que madame le consigne. Et ça a l'air de le peiner, ce jeune homme !
— Je ne puis pas recevoir M. Richer quand je ne vois aucune autre personne de ma connaissance.
— D'accord, madame; pourtant j'en reviens à mes moutons : c'est un tort de vous séquestrer comme cela avec tous ces maudits bouquins ; vous dépérissez depuis que vous faites cette vie-là, et j'ai envie d'en prévenir Mme Lescalle, car vraiment il n'y a pas de bon sens.
— Je te défends de rien dire à ma mère, dit Rose sévèrement; je lui parlerai moi-même de bien des choses dans quelques jours. Quant à présent, tu as peut-être raison, ajouta-t-elle après un moment de réflexion; et dès demain tu annonceras que je suis de retour, et tu laisseras entrer tout le monde. Tiens, prends cette lettre, et ne manque pas de la faire partir demain parle premier courrier. Maintenant, laisse-moi; j'ai besoin d'être seule. »
Rose mit dans ces mots un tel accent d'autorité que Thérézon, interdite, prit silencieusement la lettre et se retira.
Rose passa encore cette nuit-là sans dormir ; elle lut et relut les manuscrits de Georges,