‹ Un mariage extravagant [microforme]Chapitre 11 sur 44 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

A CARYLLYNNE

A bien des milles au loin, bien des milles de terre et bien des milles de mer, bien loin de cette ville assise Sur une colline qui a Rom Québec, bien loin encore au fond de la see terre, se trouve le vaste domaine

de Caryllynne, befceau patrimonial de Gordon Caryll.

IL est situé déhs un des plus brillants et des plus

gais parmi les”comtés ensoleillés des bords de la mer,

c'est un beat et magnifique domaine qui s’étend au

loin sur des milles et des milles de bois et de prairies,

jusqu’à 14’ mer infinie qui étincelle à la clarté du der-

nier soleil d'août comme si ellé était semée d'étoiles.

"Un massif portique normand aux hautes grilles

de fer donne accès dans une large avenue qu’abrite

de chaque côté une mer agitée de feuillage aux mille

couleurs où se trouvent le bouleau à la tige argentée,

le hêtre dont les branches ressemblent à des rubis rouge de sang, le sapin sombre, le chêne noueux, le

-Sracieux ormeau, et par rangées entiêres, le peuplier

. mignard, cette vieille fille des bois. |

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RS loin, cette merveilleuse forèt /de Caryllynne s'étend jusqu’aux blanches falaises des bords de la mer, et touche au petit village posé comme un nid-derrière ces falaises, village dont depuis deux siècles le châtelin de Caryllynne est seigneur et maître.

On arrivait en suivant cette avenue seigneuriale pendant plus d'un mille, passé le pittoresque chalet suisse qui y fait l'office de loge, passées les vertes pelouses de gazon, et passés enfin les parterres constellés des splendides fleurs d'automne, au manoir lui-même, construction irréguliëfe de pierre grise, garnie de tours et de nombreux pignons, et toute tapissée de lierre. | s Il y avait un magnifique porche d’entrée auquel donnait accès un berron de pierre sur les degrés duquel étaient fièrement posés deux chiens couchants aussi en pierre avec l'antique devise : Cave canem. C'était une très-vieille maison, dont une partie remon-

tait au règne de Hengi VIII, ce féroce partisan du ma-

riâge. C’était un présent royal de cette très-chrétienne Majesté à Sir Gaspard Caryll, TE et cousin de Catherine Parr, 4 l’heureuse occasion de son dernier mariage.

Sir Gaspard Caryll repose dérrière le sanctuaire de l'église de Roxhaven depuis plus de trois cents ans, avec une plaque de cuivre dont l'inscription rappelle ses vertus, et bien des Carylls sont nés, se sont mariés et sont morts depuis dans l'enceinte de ces vieilles murailles grises. La vieille, vieille affaire de l'existence : éclore, s’assortir et disparaître, a été menée à bien nombre et nombre de fois dans cette anlique demeure, et Mme Marian Caryil, veuve de défunt Godfrey Caxyll, Esq., règne maintenant seule dans le manoir héréditaire.

La vieille maison a été modernisée. Les fenêtres ont des glaces à la mode actuelle, une des salles est par- ” quetée en marqueterie, Îles escaliers sont garnis de tapis veloutés, des jardinières toutes chargées de fleurs donnent de l’éclat à cette ancienne habitation. Des fleurs, il ÿ en avait partout, dns des vases dorés, dans cent endroits, dans des Corbeilles énormes suspendues au plafond, et sur tout cela resplendissait la lumière ambréé du soléil qui frappait obliquemént sût tous les objets et les récouvrait comme d’une fihe pluie d'or. asie | La dérnière clarté d’un beau jour d'automne s’éteignait lentement sur la mer et sur les bois; les taillis ét les prés se cotvraient d'ombre: les fenêtres du manoir qüi donnaient du côté de la mep“brillaient à travérs les arbres comme des étincelles.

Le calme et le silence du soir gagnaient peu à peu la Câmpagne âu moment où par la grande grille du parc fin phaëton attelé de deux poneÿs pénétrait dans l'avenue au triple ombrage. Deux steppeurs noifs, un léger panier, une dame installée sut lé siége élevé, droite, güidant d’üne main ferme et vigoureuse..… ef vêtements de veuve. C’est la mattresse de ce béau domainé.

Ün groom s'avanga. pour ténir les chevatix. Lorsqu’elle lui eut jété les rênes et qu’elle fut descéndüe, un étranger qui se füt trouvé 1, eût vu que Mine Caryll était une très-grande ét très-noble däme portant fort bien ses quarante années. C'était une femme de taille élevée, au teint pâle, plutôt froide et énergique, altière et plus belle peut-être dans son splendide âge __mür qu'elle n’avait dû l’être dans sa jeunesse.

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« J'ai mené les poneys un peu vite depuis l’abbay

de Dinely, Morgan, dit-elle an groom. Veillez à ce

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Le courrier se arrivé »

L’homme fit une espèce de salut Militaire, comme.

à un officier. |

« Le LT est passé il yaune demi-heure, ina-

qu'on les brosse bien.

dame. Je vais veiller aux poneys, madame sils seront soignés comme il faut. »

aryll gravit d’un pas lent et mesuré les de- IGrréNet, après avoir traversé une vaste sallé

lettre cachetée.

Son cœur bondit dans sa poitrine, malgré sa froideur et sa rigidité ; Mais, avant de prendre la missive, détail bien Caractéristique de la nature féminine, elle déposa lentement Son Chapeau et son voile et Ôta ses gants, après quoi elle s’en empara d’un geste härdi. Elle resta un moment à exäminer cette écriture fran-

che et courante qu’elle connaissait si bien, puis elle. l’ouvtit et lut : ,

j Londres, %5 octobre, 18.

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