MA TRÈS-CHÈRE MÈRE
J'arrive à l'instant. Je partirai par le premiér train. Jo vôus écris tout simplement Pour vous annoncer mon arrivée. Je serai près de vous presque aussitôt que ma lettre, Je sais que, thâlgré tout, vous fn'attordetez aù moiñs eétté dérnière OR
Votre affectionné fils,
GorDon CARYLL,
Elle froissa cette brève épître dans sa ferme et
- blanche main; sa pâle figure sans expression parut
pâlir encore même aux rayons:du soleil couchant qui
léclairaient; ses lèvres se contractèrent et ne formè- :
rent plus qu’une ligne mince et sévère.
« Ma très-chère mère! votre aäffectionn& fils ! ditelle amèrement en considérant la lettre. Oui... je le verrai. il a raison. pour la dernière fois. À partir de ce soir, je serai comme si je n’avais jamais eu d’enfant. »
un tiroir, parmi béaucoup d’autres. Les mouvements
lents et méthodiques étaient devenus une seconde
nature pour Mme Caryll.
.+€ Oui, Rynsa-t-elle, je 16 verrai une fois. une fois encore. J’écouterai tout ce qu’il croira devoir alléguer pour sa défense, quoi que ce puisse être. Pour lui, Comme pour tout le monde, j'espère toujours faire mon devoir. Mais quoi qu’il arrive;après cette soirée, je ne le verrai plus jamais. » | |
Elle regarda à sa montre. Le train qui devait l’amener devait être arrivé déjà. Ds un moment il allait être là près d’elle. Il y avait deux ans qu’elle ne avait vu. |
Il avait été son bien-aimé, le tréso de son cœur, la joie de ses yeux, l’unique enfant dé sa mère, et elle était veuve. Toute son âme plaidait en sa faveur, et elle faisait taire la voix de la nature et prenait avec calme la résolution de ne plus le revoir jamaiS après cette entrevue. |
Elle se promenait à travers la chambre, et bientôt elle s'arrêta devant la cheminée Au-dessus étaient
Suspendus deux tableaux, les deu seuls que contint
cette pièce... deux portraits. he celui qu’elle regardait, était le portrait de son ja peiut vingt ans
Elle plia le papier et.le plaça méthodiquement dans
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écoulées années.
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auparavant, aux beaux jours si riants de la jeunesse, un présent à sa jeune épouse. un beau visage... les Carylls ont toujours été de très-beaux hommes, et cette femme altière, si maîtresse d'elle-même avait aimé son ‘ mari d’un amour profond et durable. Lui aussi reposait dans l’église de Roxhaven. I] n’y avait qu'un mois qu'on l’y avait. porté, et il s'était estimé heureux: d'échapper par la mort à la honte jetée sur lui par son fils unique. Ne % <I1y a des choses que Dieu lui-même ne nous de- |‘ manderait pas de pardonner, pensait-elle, et celle-ci | est de ce nombre. ÿ RES ce | Au-dessous de ce portrait, il y en, avait un autre | plus petit : celui de son fils. Il avait été peint il y avait | deux ans, au roment de soû départ pour le Canada ' | avec son régiment. La franche et belle figure de £e
8e, lui sou résolu, elle le prit et détail encore, mais
mOuvantes sur la grande route poudreuse qui condui- ï. sait du village à la gare. Un omnibus de Chemin de fer, roul4 sous le (
t renvoya le cocher, puis resta un, moment à regarder autour de lui à la clarté à” blafarde de la lune. Deux-années seulement s'étaient : 7 écoulées depuis qu’il avait quitté ces lieux... deux
années. Rien n’était changé... rien de sa vie ‘
B4 . UN MARIAGE ExTRAyAGANT |: ei la folie de sa capricieuse jeunesse.
trompeuse figure d’une femme l’ayait dépouillé de tout Pour toujours.
Il #evenait pour se retrouver face à face avec la
. Nérmésis de sa destinée. pour connaître ce que la vie lui tenait encore en réserve de bon ou dé mauväis. “Il était immobile comme un cadavre, et il jetait de longs et tristes regards sur l'avenue et sur les allées ‘tortueuses qui conduisaient, à travers les massifs, dans le parc derrière le manoir.
Mille souvenirs des heureuses heures dorées de son
jeune âge traversaient son esprit et lui offraient les
visions du temps, peu éloigné encore, où il était le, Yavori de-ses parents, où il éfait tout pour eux et eux
pour Ini. Ces visions se pressajent en foule dans sa :
mémoire et il ne pouvait Jes en bannir,
Il parcourut à plusieurs reprises l'allée sablée comme Pour se recueillir et rappeler ses pensées de cet heureux passé, mort, hélas! Pour ne jamais reyivre, au pré- Sent sombre et coupable, présageant un avenir dans lequel pas un rayon d’espoir ne pouvait pénétrer.
À la fin il parut refouler les émotions qui avaient ainsi agité son âme; par un violent éffort et d’un visage calme etsombre, ils’avança rapidement vers la maison.
T1 souleva le lourd marteau de bronze et réveilla les
* écho ondormis dans la grande salle votée, L'homme Qui ouvrit, yn vieux serviteur de la famille, s'arrêta à sa vue et poussa un cri de surprise et de joie. < Je rêve assurément... M. Gordon de retour.
— M. Gordon de retour. Les mauvaises monnaies reviennent toujours, n’ést-ce Pas? Comment allez- Vous, Norton ?... Ma mère est-elle à la maison ?
— Oui, monsieur Gordon, Elle est dans sa chambre. — Vous Connaissez le chemin…
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le tout — Allez lui dire que je suis là, Norton; faites vite, n'est-ce pas? Je Vous attends. »
vec la que la uväis. ; aitde + CVAIL pas | As que sa mère daignät 1 e ses doutes ne tardé- FRERE rent pas à être dissipés.
| Norton reparut, | RL « Mädame votre mère vous attend, monsieur. Elle ee vous prie de venir la trouver däns sa chambre, » te Il n’en attendit pas davantage. Elle voulait bien le us voir: à Peine avait-il osé l’espérer, Elle pourrait peutie être Jui pardonner. qui sait? II monta l'escalier d’un pas léger et frappa à la porte qu’il connaissait si bien. ue 4 Entrez!.. » dit la voix calme de sa mère. AR -: Etle chapeau à la Main, il entra.
préans lent age :
% En ce moment tue il eût pu croire aù flexible, devant | k jeüne fille qui avait été sa femme.
Ma mère! » Se | Fe Elle fit un Mouvement rapide pour le tenir à dis-
tance, un mouvement encore semblable au sien lotsqu'il avait repoussé sa malheureuse femme. i
—erma la porte, et connut son destin dans cette seconde,
Elle demeura silencieuse une minute entière, le con-
sidérant, sans adoucir en rien l'expression de son vi-
«sage. Elle voyait assez clairement les cruels change-
ments que ces deux années avaient produits en lui, sa jeune figure vieillie et fatig ée, ses yeux creusés, ses joues décolorées. IL aväit PE des fautes, mais il avait souffert. C’était juste. Aujourd’hui et toujours la souffrance n'est-elle pas l’inévitable punition du péché? « Ma mère, dit-il, pardonnez-moil »
Elle leva sa main vers le tableau qui se trouvait-audessus de la cheminée, et le montrant du doigt : «-Vous savez qu’il est mort? furent ses premières paroles, Fe.
— Je le sais. Ma mère! je reconnais tous mes torts, ma honte... mon crime, sivous voulez le qualifier ainsi. j'étais fou. Tout ce qu'il a été possible de faire pour l’atténuer, je l’ai fait. Ma mère, pardonnez-moi !.. — Vous pardonner! » i
Ses Yeux se fixèrent un moment sur lui avec un éclat terrible. ; 1
« Je ne vous pardonnerai jamais, tant que nous
vivrons! »
Il s’avança jusqu’à l’appui de la cheminée, s’y accouda et posa sa tête sur son bras. Elle le regarda immobile, sa poitrine se soulevait d'émotion contenue, ses yeux brillaient comme deux Charbons sur sa pâle physionomie. re
«Pendant trois cents ans, dit-elle avec Paccent de la colère contenue, les Carylls sont nés, ont vécu, et sont morts sous ce toit, toujours loyaux, toujours nobles, toujours gentilshommes. I] appartenait à mon fils d’apporter la honte et le déshonneur dans cette maison.-Ce
“nom n’avait jamais été flétri de la moindre sôuillure
— jusqu’au jour où vous l'avez porté. Votre grand-père épousa la fille d’un duc; vous, le dernier de votre nom,
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vous avez pris votre femme dans les bas-fontis d’une ville étrangère, une actrice, une créature dont la misérable figure plâtrée s'était montrée tous les soirs dans le plus infime théâtre de la pire des cités! Et je vous n0mmerais encore mon fils! Non certes. À partir de ce'soir, je n’ai plus de fils! »
Il ne bougeait pas, il ne parlait pas, il cachait toujours sa figure. Ce silence fut comme de l’huile' jetée sur le feu. rate RL
€ Il y a un mois, votre père est mort... mort de honte. Vous avez été son meurtrier tout aussi bien que si vous lui aviez enfoncé un poignard dans le
- Cœur. Il est mort en refusant de vous pardonner.
et en vous déshéritant du dernier lambeau ‘de terre, «du dernier sou de la fortune. Sachez-le donc, vous ne posséderez jamais ni un pouce du domaine de Caryilynne, ni un denier du noble et vieil héritage qui était votre patrimoine. I1 vous reste le nom que vous aŸez déshonoré, il est à vous, il n’est au pouvoir ‘de personne de vous l'enlever, mais cela seul, et rien autre. À partir d'aujourd'hui vous ne franchirez plus jamais ce seuil. » on Toujours même silence, toujours même immobilité de statue. | «Vous dites que vous avez atténué votre faute, poursuivit sa mère de sa voix basse » Sourde, passionnée. Atténué 1. Cela veut dire que vous avez traîné le nom de Caryll dans la fange d’un tribunal de divorce, et que votre histoire et celle de votre femme... cette créature perdue. se trouvent maintenant dans toutes les bouches du Canada et de l’Angleterre. Votre
—tiénuation est pire que votre crime. Votre atténua:
tion durera autant que votre vie. Sortez! Tout ce que j'avais à vous dire, je vous Jai dit. Je ne vous
pardonnerai jamais... je ne vous reverrai jamais! » Les mêmes paroles qu’il avait adressées à sa femme! Quelle fatalité agissait donc dans tout cela? Elle avait ‘fiti de parler. Gordon CarryIl releva sa tête sombre et jeta sur elle un regard qui au jour de sa mort la poursuivrait et lui infligerait une douleur Plus cruelle que la mort elle-même. pe « Il en sera comme vous l'avez dit, répondit-il avec Un grand calme; je pense que je ne devais rien attendre de mieux. et je rois que je ne‘mérite pas un meilleur traitement. Je ne vous tourmenterai plus. Quant au nom que j'ai déshonoré par ma conduite, soyez sans crainte, je ne le déshonorerai plus en le portant. Je le Jaisse derrière moi ayec tout le reste.
. Bonsoir, ma mère, et adieu.
là porte, et elle deme rester seule désor-
ait laissée, dans une
Toute une agonie ans ce Court espace
ur elle avait senti rapide mais amère scèn de Compassion qui l'a
étesté; mais aussitôt la réflexion
isajt comprendre qu'elle avait été __tro] Our s’arrôter ou-faillir dans l’accomplissement de ce devoir. | re |
jamais ! y»
à femme !
la ? Elle a sa tête .jour de douleur
it-il avec rien ate pas un ai plus.
onduite, is en le é reste.
elle dedésor-
qu’à ses Le penongues endant L il V’a-
entrée le son cette
UN MARJAGE EXTRAVAGANT 59 :
Sa faute avait été
réveiller, se retourna lentemen eva une portière de v
qui pour une action nié son fils unique pour toujours.
Devant cet autel, il yavait un prie-Dieu. Mme CaryIl l'avança comme Machinalement. à agenouillant profondément, elle
assistance et
du passé, dans l'avenir.
qe
dernière f extérieur T1 chois:
GORDON CARYLL
Son procès était instruit; la sentence était rendue. Gordon Caryll sortit de la présence de $a. mère, Condamné et exilé sans retour. i :
< Tout pour l'amour au prix de la rte du monde!
se dit-il avec une grimace qui semblait un sourire,
Eh bien, quoi qu'il advienne, j'ai êté béni! Pendant
‘quatre mois j'ai eu mon paradis, tout insensé que j'étais. Que cette pensée me console pendant toutes le années de proscription qui me restent à passer sur
niers et les
terre. » Fier à Wu « Sellez Il ne quitta pas immédiatemeh® Là de ison. Il s’ar-Mi Dynely et ; rêta un moment indécis sur le palïehe lis revint, prit cher demai un autre escalier, ouvrit une des nombrets Fportes quil 1! sauta donnaient sur le long corridor, et entra dti l'appar. au petit ga tement qui avait été le sien. Le clair de lune l’éclairait passé le pas seul, mais on y voyait presque autant qu’en plein jour. Quand a Il le parcourut, ayant toujours sur les lèvres son‘sou-[ lois encore, rire faible et triste. Il retrouvait partout les trac de ses ancé de l’affection de son père, jadis si fier de son fils, A able. et de l'amour de sa mère pour lui, traces semées « Bel et partout d’une-main prodigue. Cet appartement étaith d'une femm presque plus luxueux que celui de sa mère. successeur « Pas une jeune duchesse n’eût pu être plus somptuer-M de cette folie sement logée que la châtelaine de Carÿllynne n’avaitl femme indig logé son fils. | : Son cheva € Tout cela servira pour l’héritior de ma-iné o FO net lelan. ” pensa le jeüne soldat, quel qu’il soit. Très-probable-W S dérouler « di / OX RS dél'autre, le:
ment Eric,.le jeune fils de Lucie Dynely, Elle a toujours beaucoup aimé Lucie, et cette affection je la partageais. Ma jolie cousine! elle n’est qu’à sept milles d'ici, et j'ai du temps devant moi. S#alais la voir pour la dernière fois, avant de m FL Fe. Adans les ténèbres . extérieures d’où l’on n’en Enrä:DIS parler de moi. » NE Mrtrait desa mère, à qui il pensait, et puis, après un dernier regard jeté en arrière sur ces belles chambres éclairées par la June, il descendit l'escalier, sortit de la maison, en fermant bruyamment la porte, et tout fut fini.
11 se dirigea vers les écuries, effrayant les palefreniers et les valets,‘comine s’il eut été un fantôme.
« Sellez Diamant, Morris, ordonna-t-il, Je vais à
tait rendue . mère, COn-
ES
on. Il s’ar- Mi Dynely et je l'y laisserai, vous pourrez [y aller cherevint; prit cher demain. » 5?
ortes qui \H sauta légèrement en selle, parcourut dPnue dé V'appar au petit galop et franchit les grilles, après avoir dé- » l'éclairait BA Passé le parc dont il ne devait jamais être le maître.
À Quand alors il s'arrêta pour regarder une dernière fois encore, il lui sembla que jamais la vieille demeure
>S SON SOu-
les trac M de ses ancêtres ne lui avait paru si noble et si désison fils, D able. bave HS es semée « Bel et splendide héritage à sacrifier pour la figure
nent était} d’une femme! pensa-t-il avec amertume. Puisse mon
successeur être plus sage que moi et se préserver de cette folie du plus insensé des hommes. aimek uns femme’indigne. » |
Son Cheval était bon marcheur. Il lui fit sentir l'ép# Ton et le lança à fond de train. Dans sa course il voyait
Se dérouler devant lui les bois de Caryllyne d’un côté;
dé l'atke, les lumières des cabanes-brillaient, les forges
fLd à |: .
hr
om ptueune n’avait
C’étai
du village faisaient resplendir leurs feux d'un rouge à la figu ardent; partout il apercevait les vieilles bornes du dante, a -domaïne de sa famille, et dans le lointain l’immensit et ses ye infinie de la mer. s D D phisirs En moins d’une demi-heure i] était arrivé à sa des- « Moi tination, l’abbaye de Dynely, le séjour du vicomte Dy- ce soir, 1
nely.. immense édifice historique qui, bien des siècles appris q auparavant, avait été un monastère, à l’époque où Les Elle ro deux clefs, la croix et la tiare exerçaient un puis- «ke sant empire sur toute PAngleterre. Commeil aVançait dire? Y au galop dans la grande avenue de l’abbaye, que pe m'en à la lune nuançait d’une teinte gris clakr, son cheval y s'arrêta, à la vue d’une forme blanche, si soudainement Mi D premnia et si brusquement qu’i onher son cava- j'ai couru de rire en mettant pied à terre et et je suis en caressant la tête de l’animal. une pure | « Holà! Diamant, doucement, Mon vieux! Eh quoi! ya deux a la vue de ma jolie cousine Lucie dans son vêtement D nous somr blanc t’effraye à ce point?» | vêtue de b Il noua la bride À une branche d’arbre et S'aVança vous sembl F vers l'endroit où$e tenait une femme vêtue d’utie robe blé conss de soie blanche et drapée dans un châle de crêpe Elle roug blanc. | ; se fixèrent « Bonsoir, » lady Dynely, dit-il en levant son cha. « Me dir peau. . : péta-t-elle, LT marchait lentement, comme se livrant à un avez-vous v exercice régulier et périodique, en faisant le tour — Oui, L d'Ün grand étang. Lorsque le cheval et le gavalier lynne. Jai :
apparuragt, elle s'était arrêtée intriguée. Puis, le toujeurs. » Elle s’arr lence. Sesjo À la lueur c
grave et dé
d'un rouge s bornes du l’immensits
gt-trois ans peut-être, ne ure blond pâl& abon- UE » délicat. Son joli visage et ses yeux bleüs étaient animés par l'expression d’un
à sa des M Plaisir sincère.
Fe . ce € Moi-même, lady Dynely. Vous ne m'attendiez pas on ce Soir, n'est-ce pas? E
Ÿ cependant vous devez avoir
; appris que’‘je venais. » :
oque où les RATE