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UN MARIAGE EXTRAVAGANT 101 écharpe de dentelle noire retenue à l’une des épaules
Par un nœud de roses jaunes. Sur sa tête, une légère
coiffure de point de dentelle avec une seule rose jaune sur l’oreille, .qui eût pu être ou non un chapeau, et dans sa main gantée de gris perle un bouquet de ces mêmes roses jâunes parfumées.
Une nuée de nonchalants et élégants dandies du Foreign Officeet des |: flânant à l’une des portes, mirent leur lorgnon à l'œil et se retournèrent pour l'examiner dé nouveau, mus par quelque ‘chose qui ressemblait presque à de l'intérêt. |
« Une nouvelle venue, dit l’ün; c’est ce que j'ai vu de mieux dans la saison. Quelqu'un de vous sait-il qui elle est ? » : |
Personne ne la connaissait. - |
« Tout à fait nouveau, comme vous dites, Danby. -Tudieu ! Quel air royal! Il n’y a rien sur les murs, ni nymphe ni déesse qui ait une plus aimable figure. Qui est-ce ?
— C’est Lady Dynely qui l'accompagne, remarqua un troisième. |
— Et leur cavalier est Terry Dennison. Illes à conduites devant le tableau de l'année, cette chose peinte par Locksley, et les y a laissées. I1 vient par ici. Dites donc, Dennisôn qui esi-ce?…
— Qui est-ce, qui ? Lans Dennison, le jeune homme aux cheveux ras et à la barbe rousse en s’ap- Prochant. Qui est-elle? N'est-ce pas la question que toute réunion de vieux Français adresse toujours lorsqu’un homme quelconque de leur Connaissance a quelque chagrin ?
— Pas de blague, Terry, ce n’est pas votre fort.
Quelle est cette dame que vous accompagnez ? La plus belle en vérité.
— Cette dame, répondit Terry d’un air pensif en Caressant sa longue barbe, c'est Lady Dynely. Où donc aVEZ-VOus mis vos yeux pendant ces dernières années Pour ne pas la connaître ?
— C'est bon, nous n’avons pas besoin de vos farces. Qui est cette jeune fille?
— Toute roses jaunes et dentelle noire, comme une
figure du Titien, murmura un autre.
— Qui est-ce, Terry? dirent-ils tous en chœur.
— Oh! s’écria Terry ouvrant ses clairs yeux bleus d’un air innocent, c’est elle dont vous vouliez parler ? Est-ce cela? La jeune fille, c’est France Forrester.
— France? Ainsi nommée, sans doute, en l’honneur du pays où règne Sa Majesté l'Empereur N apoléon III.
— Son nom est France, Frances, si vous le préférez, répondit avec calme Dennison.
— Mais qui est-ce? qui est-ce, Terry? Elle est nouvelle venue parmi nous tous et la plus belle débutante de la saison. Dévoilez-nous un peu ce mystère, mon vieux camarade, et mettez un terme à notre mortelle impatience.
— Il n’y a rien de mystérieux en elle, reprit Terry ‘avec un bâillement étouffé. Cette demoiselle, comme je vous l’ai dit, est France Forrester, fille unique et héritière du défunt général Forrester, parent éloigné de Lady Dynely et fille adoptive et héritière de Mme Caryll, de Caryllynne. J’aidit.
— 1 à parlé comme un oracle. Continuez. Ditesnous-en davantage.
— Il »’y a plusrien. Sa mére, une Française du Canada, de qui elle a hérité sa peau de bohémienne et ses beaux yeux, est morte lorsqu'elle n’avait encore que six ans. Son père l’a mise dans un couvent de Montréal, où elle à vécu jusqu’à quinze ans. Il est
mort al Mme Ca YoS CO permett l’âge de ment à ] nelle. Ju d'elle, et garde de que vous avec un :
je ne suis A ces 1 diplomat, reuse Cur « Sans vu de par la grâce d tunes ajot sont une :
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mort alors, lui laissant une fortune et en instituant Mme Caryll sa tutrice. I] y atrois ans de cela, et si Yos connaissances limitées en arithmétique vous permettent d’additionner trois et quinze, vous aurez l’âge de Mlle Forrester. Mme Caryll, alors et actuelle-
ment à Rome, fit venir sa pupille dans la Ville Éter-
nelle. Jusqu’à il y a deux mois, elle l’a gardée auprès d'elle, et maintenant elle est venue pour vivre sous la
garde de Lady Dynely. Je voudrais, mes chers amis, -
que vous ne me fissiez Pas parler autant, dit Terry avec un air de lassitude: le thermomètre est haut et je ne suis pas habitué À cela. »
À ces mots, Dennison s’éloigna et les quatre jeunes diplomates continuèrent à examiner avec une langoureuse curiosité la belle héritière canado-romaine.
< Sans plaisanter, dit l’un d'eux, nous n’avons rien vu de pareil pendant trois saisons. Avec la beauté et la grâce de Mile Forrester, ce port de tête et deux fortunes ajoutées À ses.vingt quartiers, car les Forrester
sont une fort ancienne famille, elledoit faire un bril-
lant mariage À la fin de la saison.
— Ah! je ne sais pas, répond un autre. Ce n’est pas toujours une raison. Les favoris ne gagnent pas toujours le Derby. L’héritière de Mme Carylll.….-Humit dites donc, Castlemaine, vous devez savoir cela: N'y
avait-il pas un fils dans cette famille, jadis ?
— Gordon Caryll... un très-gentil Sarçon.… Je l’ai connu à Oxford, répond Castlemaine. I1 avait uno Commission dans les Carabiniers..… vieille histoire
celle-là... il y a seize ans… passée et oubliée depuis des siècles. :
— Mort? ee — Je ne sais pas Cest tout comme... éteint. I] fit une horrible mésalliance là-bas, au Canada... scan-
dale.. divorce... permutation… alla dans l’Inde.. on n’en entendit plus parler. Sic transit. Notre destinée à tous bientôt. C’est assez triste cela, dit-il en luttant contre un bâillement. Dites donc, assez sur ce sujet. » Le quatuor s’éloigna, d’autres prirent leur place, et tous les hommes, depuis le premier jusqu’au dernier, revinrent pour revoir encore cette splendide beauté AUX grands airs. Elle se tenait toujours avec Lady Dynely à l'endroit où Dennison les avait laissées, considérant le tableau qui avait remporté le prix de l’année. Il était d’un artiste inconnu du public et de Burlington House, et il était désigné dans le catalogue sous le n° 556 : Le Crépuscule Ce n’était pas un paysage anglais que le peintre avait pris pour thème. De hautes et sombres collines dans le fond, couronnées de sapins dont les cimestouchent le ciel; des bouquets de cèdres et de tamarins, des bruyères peintes avec une fidélité raphaélesque garnissent le versant de ces collines. Une large rivière dont un dernier rayon de soleil, prêtà disparaître, fait resplendir les eaux, et au-dessus des collines, aux cimes des arbres, l'ombre vigoureuse de la nuit qui approche. Sur le bord de la rivière, deux personnages debout : un homme et une femme. Un rayon pourpre du couchant illumine en plein le’ visage de la femme, figure d’une beauté sombre, mais toute pâle, etsestraits qui expriment la plus grande douleur possible. Ses . Jeux noirs et sauvages lancent un regard de passion désespérée à l'homme qui se tient devant elle, ses mains sont tendues comme pour une suprême prière. Quant à l'homme, il la regarde une main légèrement levée comme pour la tenir à distance, Son visage est à demi-caché, mais on en voit assez pour apprécier l'expression de haine dont il est animé. On comprend
que la c rémissio tout cel CampPAgI Les « tempsce guée et lait pas ] yeux. El quand se une sens clairemer « C’est gible, il salons. V figure de] rité que v rière les cc C’est peu cule, lit-el connaître — Ma cl — Lock:
blement. C Mme Cary, recevoir ch était connu au Palazzo, était génér a du génie.
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l'Inde. on tre destinée l'en luttant "ce sujet. »
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que la condamnation de la femme est prononcée sans rémission dans le cœur de cet homme. Au-dessus de tout cela, la nuit commence à assombrir le ciel, la campagne, et la rivière. °
Les deux dames examinent pendant quelque
tempscette toileen silence. Lady Dynely paraissait fatiguée et comme accablée. Mlle Forrester ne dissimulait pas l’admiration qui se traduisait dans ses beaux yeux. Elle n’a pas encore l'habitude du monde, et quand ses yeux, ses oreilles, ou son cœur éprouvent une sensation agréable, sa physionomie l’exprime clairement. |
« C'est beau! dit-elle d’une voix à peine intelligible, il n’y a rien de Comparable à cela dans les salons. Voyez cet admirable effet de lumière sur la figure de la femme et courant sur la rivière, et l’obscurité que vous sentez presque grandir et monter derrière les collines du fond. Ces arbres sont des tamarins... C’est peut-être une scène du Canada. Le Crépus- Cule,; lit-elle dans son Catalogue. Lady Dynely, je dois connaître l’auteur de ce tableau.
— Ma chère France!
— Locksley... Hum... un nouveau candidat probablement. Certainement, je dois le connaître. À Rome,
Mme Caryll et moi nous nous faisions un plaisir de
recevoir chaque nouvel artiste qui se produisait. Elle était connue pour protégerlesarts. N otreappartement au Palazzo, dans les soirées de réceptions artistiques, élait généralement plein. L'homme qui a peint cela a du génie.
— Mme Caryll était la protectrice des artistes nais- . sants, par la raison, je suppose que son fils était luimême un amateur et qu’il avait étudié à Rome pendant un an avant d’entrer dans l'armée.
— Son fils, répéta réveusement Mlle Korrester, Gordon Caryll peut-être. Elle parlait très-souvent de * lui, le pauvre garçon. Quelle scène touchahte que Celle-là! ajouta-t-elle en regardant de nouveau le tableau sous sa main à demi fermée. Il y & pour moi une espèce de fascination dans l'angoisse ef le désespoir qu’exprime la figure de cette femmek une belle figure, vraiment. J e serais curieuse de sa Noir si l'artiste a peint ce tableau d’après nature. Ve
— Non, ma chère France. Ces scènes sont toutes d'imagination, n'est-ce pas? ou bien prises dan $ Les romans, ou quelque chose de ce genre. |
— Je n’en sais rien. Les artistes, les poëtes, et \les romanciers d’aujourd’hui mettent en scène leurs phopres malheurs, dit Mlle Forrester. Ils peignent les événements de leur existence à l’huile ou à l'aquarelle, ils les décrivent en hexamètres, et ils en font de l'argent. Comme Lord Byron, s’ils pleurent dans la vie privée, certainement ils s’essuient les yeux aux dépens du public.
— Ma chère enfant, ait Lady Dynely, comme Cchoquée, où avez-vous pris votre Mmisanthropie, si jeune? »
France éclata de rire.
« Je ne suis qu’une débutante, répondit-elle gaiement; je n’ai pas encore fait mon apparition devant les feux de la rampe ; mais j’ai vu pas mal de choses de la vie, je vous assure, dans les coulisses. Voici Terry qui vient, »
Elle regarda par-dessus son épaule.
« Si l'artiste qui a peint ce tableau était dans les salons, Terry nous l’'amèncrait et nous le présenterait. S ;
— Mais, France! »
Mlle For
lez quand vc m'amener
onstamment ois ans; le
isage de La l'un grand éc et le plus dou.
« Quel est son surven:
sombre et me:
puisse exciter
ous le prouv
ignent les à l’aquaen font de it dans la Jeux aux
; Comme ropie, si
elle gaien devant le choses es. Voici
dans les résente-
Mile Forrester rit de nouveau, d’un rire très-doux, iscret. Elle ne ressemblait pas à la plupart des unes Anglaises. En réalité, elle n’est pas Anglaise. |
lle à le-sang et la vivacité française, de sa mère, ussi bien que son teïht brun et ses yeux noirs, avec uelque chose de l'indépendance ouverte et franche es Américaines. Avec ces qualités et l’éxpérience
quise à Rome, elle présente un assemblage de ontradictions dans ses allures qui étonne et harme. |
« Lady Dynely, reprit-elle, je vous ai prévenue ranchement, à Rome, de ce à quoi vous vous expoiez Quand vous avez consenti à devenirune martyre et
m'amener avec vous. J’ai fait ma propre volonté à eu près toujours depuis que je suis née, et j’ai l’inention de la faire toujours si je le puis. J'ai vécu onstamment dans une atmosphère d’artistes depuis
ois ans; les membres chevelus de la confrérie du inceau ont été les compagnons de jeu de ma jeunesse, es amis de mon cœur. » !
À ces paroles, sepercevant de l’effroi peint sur ile risage de Lady Dynely, France partit de nouveau l'un grand éclat de rire, le plus franc, le plus joyeux ile plus doux qui eût jamais égayé ses lèvres,
« Quel est le motif de votre gaieté? demanda Denïison survenant. Je ne vois rien dans cet homme ombre et menaçant, ni dans cette femme affligée, qui uisse exciter votre hilarité en apparence inopporune, mademoiselle Forrester? e
— Terry, dit France, connaissez-vous l'artiste
— Mademoiselle Forrester, une de mes vanités onsiste à connaître tout le monde. Locksleyt oui, je
le connais ; il est actuellement dans les salons pour
ous le prouver. Regardez là-bas. causant avec Sir
Hugh Lankraik, le grand académicien. Un homn de très-haute taille et un très-bel homime. Il fait o
per ses cheveux et n’a pas l'apparenee d’un artiste | ressemble plutôt à un dragon qu’à toute autre che
Le voyez-vous #
— Oui, » répondit la jeune fille. 5
Elle voyait, ainsi que le disait Terry, un très-gran très-bel homme, à la chevelureet à la barbe blondes, teint naturellement blanc, mais bronzé, deux ye gris pleins de gravité et un visage pensif, plutôt fit gué, un homme paraissant âgé de trente-sept ans. ( n’était pas une figure particulièrement belle peu être, mais c'était une de ces figures que beaucoup: femmes aiment. Qui pouvait dire si elle plaisait ( non à France? >
« Il n’a pas mauvaise apparence, » remarqua Ter avec un ton interrogatif. Are
Dennison appartenait à cette nombreuse classe 4
| gens qui ont pris pour devise : n£/ admirari, et pou qui l’expression : il n’a pas mauvaise apparen« il n’est pas mal, est le Summum de l'admiration à la beauté humaine.
« Les fenimes ladmirent, je crois, poursuivit Da nison, mais il les évite et les malmène. Je voys don ma parole qu’il pourrait devenir l'enfant gâté de dames toute cette saison, après son lableau, maisi ne voudra pas. Il vit pour son art. c’est un exc lent garçon, mais il se soucie médiocrement de femmes.
— C’est un intéressant ennemi des femmes. Am nez-le ici, Terry.
— Mais, France! ; -—— Êtes-vous sourd, monsieur Dennison ? Je vous: dit de l’amener et de nous le présenter. |
> permettre « tit Terry ? »
Terry, du h:
S-YEUX-VErs &
’un artiste.
> autre cho
Voyons, France, que vous a fait ce pauvre garnf II n’aime pas le beau sexe, et il est heureux et a s succès. Laïssez-le, Je connais la moisson que vous iez parmi ces peintres à Rome, mais vous ne uvez espérer faire à Londres comme font les Roaines. Elle a pris à tâche, je vous en donne ma parole, dy Dynely, de briser le cœur de tous les jeunes aries dans la Ville Éternelle, et maintenant elle vouait ajouter à sa liste de martyrs le pauvre Locksley, plus inoffensif garçon qu'il y ait.
— Mon petit Terry, voulez-vous vous taire et amer M. Locksley?»
France leva sa face-à-main montée en or et le reda fixement. Les brillants yeux de Mlle Forrester > sont pas le moins du monde atteints de myopie, elle rte simplement un lorgnon comme un guerrier porte n épée. Quand elle désire tout particulièrement terdire quelqu'un, elle prend son arme, fixe pendant nq minutes sa victime, sans dire un mot, sans faire à geste, et le résultat est obtenu. Dennison sait cela puis longtemps, et il s'apprête à fuir. | « Le tableau de M. Locksley me plaît, je désire faire naissance avec M. Locksley.
— Oui, mademoiselle, dit Terry avec douceur, avec à salut imitant le valet de pied, tout ce que vous pudrez maint… : . | | — M. Loskley à fini de causer avec Sir Hughes: dy Dynely admire son tableau et Ini fait l'honneur > permettre qu’il lui soit présenté. Entèndez-vous, tit Terry ? » 10e
Terry, du haut de ses six pieds deux pouces, baissa "Jeux Vers son superbe peibfficier supérfur avec n regard comique, et s’éloigna pour obéir en riant ans sa barbe. es een
« La reine le veut, dit-il ; mais, hélas ! pauvre y,
Les deu rick ! Il ne m’a jamais fait de mal. Locksléy, veux Dynely s’ dire, pas Yorick. C'est dur vraiment pour mi « C’est d’avoir été choisi, comme un ennemi, pour le conduir Locksley « à sa perte. » mura-t-ell Il se dirige vers le peintre et lui frappeamicaleme :— Un 2 sur l'épaule. | flatteries, « Si vous n'avez pas déjà par-dessus la tête di fausse, la | toutes les félications, monsieur Locksley, permette —Et con moi d'y ajouter la miènne. 11 n’y a riËn d’exposé su dit France ces murs qui vaille Le quart de votre toile. Lady Di roûs-nous nely en est positivement: enthousiasmée, elle est re de cette fe tée à la contempler toute une demi-heure. Voule ll monsieur I vous lui faire le plaisir de venir et de me laisser vou — La fig présenter ? peints & n — Lady Dynely?.… » — Dès le'n L'artiste resta un moment irrésolu et cherchant da fois, Lady ] yeux l’endroit où se tenait Sa Seigneurie, avec ui fixé sur se, expression de doute. ed traits qui « Mon cher ami, reprit Terry alarmé, ne me refus étrange? C pas. Je sais que vous les regardez toutes avec un cerfaif aucun de ce dédain; mais vous nous ferez réellement une favem Il causail dans cette circonstance. Elle, je veux parler de LadfS pensive,. ch Dynely, naturellement, est tout à faitentichée d'arta « Comme d'artistes. Je ne l’ai jamais entendue vanter autail regardant s: un tableau. . : FE Mryonap:
— Lady Dynely me fait trop d'honneur, » dit la — Et nou tiste en soyriant d’un air grave. - plus attendr
Et Dennison, lui prenant le bras souÿe sien, l'en. mena d’un ajÿ triomphant. é
€ Lady Dynely, permettez-moi de vous présente l'artiste dont vous admitez tant le tableau, M. Lock
sley.….. Monsieur Locksley, rnademoiselle Forre ter ! » É
vous félicite sûre que c’es core, J’ai qu je serais très nait fantais:
jeudis soir p
Ne ) UN MARIAGE EXTRAVAGANT 111 Vi «
Les deux dames, s’inclinèrent gratieusement. Lady Dynely s’adressa à lui avec langueur.
« C’est la perle de l'exposition, mais monsieur Lôcksley doit être fatigué de se l'entendre dire, murmura-t-elle. | |
5 Un artiste n’est jamais fatigué de ces gréables flatteries, répondit en souriant Locksley, ét vraie ou fausse, Ja louange est toujours douce à l'oreille.
—Et comme toùt ce qui est doux, elle est dangereuse, dit France avec son rire si franc; aussi vous l’épargneroës-nous. Mais c’est admirable, admirable, la figure de cette femme. Où avez-vous trouvé votre modèle, monsieur Locksley ?
— La figure, le Paysage, le tableau tout entier, sont peints dè mémoire, » fut sa réponse, faite gravement.
Dès le'moment où il avait parlé pour la première fois, Lady Dynely avait tressailli et son regard s'était
fixé sur ses yeux. Qu’y re dans sa voix et ses
traits qui lui étaient: familiers d’une manière si étrange? Ce visage bronzé et barbu ne ressemblait à aucun de ceux qu’elle connaissait, et cepeñdant…
Il causait avec France pendant qu’elle l’examinait, pensive,. cherchant en vain à se Je rappeler.
« Comme là soirée avance! interrompit Terry en regardant sa montre. Cinq heures moins dix. Lady Dynelÿ, on a parlé d’une exposition de fleurs à Chiswick.
sûre que c’est le précu
core, J'ai quelqueséchan ienne que je serais très-heureuse de Vous montrer, s’il vous prenait fantaisie de les. voir. Je suis' chez moi tous les jeudis soir Pour mes amis. »
rs
112 UN MARIAGE EXTRAVAGANT me
. Elle lui remit sa carte et prit le bras de Dennison, Por France murmura quelques gracieuses paroles ac 4 a, ne dou pagnéés d’un sourire, s’inclina avec une parfaite nl Ji elle sou sance, et s’éloigna avec les siens. ww À crépu
« Comme ‘Votre Seigneurie le regard th disait Une douce France en montant dans la calèche, qui se”mit aussitôt sllelurer en marche. Aviez-vous déjà rencontré M. Locksley! jits et dés
— Je n’ai jamais vu M. Locksley, j'en suis sûre, ré- d'azur du ci pondit Sa Seigneurie. C’est une figure qu’on n'oublie Un lé pas facilement. C’est une figure qui frappe. épaisse at
— Une figure très-remarquable, approuva vivement ,
erne, est cl pelle-t-elle quelqu’un F...» “es du Wes
portrait en t On voit qu.
autre peintu trait d’Éric vingt et unié On s'arrêt | est une de À la fenêtre de l’une des chambres de son luxueux Mieu doivent: appartement particulier, Lucie, Lady Dynely, était Pere q "assise, l’esprit plongé en de profondes et pénibles pen- ; Ou l'artiste ser Son beau front lisse est ridé, ses lèvres délicates MRÉric, Vicomt soRt contractées, et ses pâles yeux bleus ontun rega“d M£arcon. Le vi tourmenté. Indique des g C’est un jeudi soir : elle est habillée de bonne heure réritablement pour sa réception, et elle ressemble à un fort beau por- Mbliret ont ur | UN MARIAGE E
“UN MARIAGE EXTRAVAGANT 113 RUE Æirait de patricienne. Mais ses mains frêles sont join- RL les et serrées comme si elles étaient sous l’étreinte es acC@fhi.
* ne douleur morale Où physique. On voit bien ar faite Am qu’elle souffre en la regardant assise ainsi. RL Le crépuscule d'une journée de m
à disait Une douce lueur printanière rempl Mauss EE il lune montre sôn mince croissant au-dessns des Locksley ! oits et des cheminées de Belgrave, tandis que dans s sûre, TE azur du ciel pointent quelques rares étoiles. L n n'oublie Une légère brume argentée flotte sur les rues, … épaisse atmosphère de Londres, habituellement: si vivement , erne, est claire cette fois, et la triste grandeur des pa- War.» is du West End se revêt d’une teinte douce.
La pièce dans laquelle Lady Dynely est assise est sa chambre à coucher; elle est. aussi belle et Aussi élégante que la. fortune et le ‘goût peuvent le permettre. ne
Dans ‘toute la chambre, cependant, il y a ceci de remarquable, que l’on n’y voit qu’un seul tableau : un portrait en buste de grandeur naturelle. |
On voit que ce portrait est si cher au cœur, que nulle autre peinture ne pouvait l'accompagner. C’est le por- 4 trait d’Éric-Alexis-Albert Lord. Vicomte Dynely et # vingt et unième Baron C rdown. - ;
ai va commencer.
it le-ciel, la nou-
il y a des on aurait
On s'arrêtait involontairement devant cette figure.
est une de ces têtes qui en tout temps et en tout | luxueux MMieu doivent frapper l'observateur le plus superficiel, ly, était ne serait-ce que par sa beauté extraordinaire. è bles pen- DR Ou l'artiste avait flatté outre mesure son sujet, ou lélicates MREric, Vicomte Dynely, était extraordinairement, joli 1 rega“d M£rcon. Le visage est beau, d’une beauté féminine qui
indique des goüts efféminés. Les cheveux bouclés sont .
e heure MR'éritablement dorés, les yeux sont d’un bleu de saad por- MPiret ont un regard profond, les traits irréprocha- ; UN MARIAGE EXTRAVAGANT L— &-
bles et la bouche souriante, suave, gracieuse, comme celle d’une jeune fille. %
Là, nuit et jour, à sa place d'honneur, ce portrait dans la chambre à coucher de Lady Dynely, est le der. nier objet que ses yeux aperçoivent le soir, le premier qui lés frappe quand ils s'ouvrent au jour naissant. C'est son idole, ce n’est pas trop dire, son espérance la véritable vie de sa vie. Pour:le moment il est ab. sent, il a voyagé pendant un an, et on l'attend de jour en jour. Il va atteindre sa majorité au mois d’août, et cet événement doit être célébré à Dynely par de - fêtes et des réjouissances, le sacrifice de jeunes bœuf qu'on fera rôtir tout entiers et qui seront arrosés de tonneaux de bière sans fin. |
Mais ce soir, dans ce moment, ce n'est pas à son favori, à son idole que Mylady songe et rêve.
Bien certainement tous les rêves qui se rapportent à lui sont brillants et agréables. Sa majorité n’est-elle pas proche? Ne va-t-il pas épouser celle qu’il aime France Forrester, et vivre heureux ensuite? Or le pensées qui l’agitent pendant qu’elle réfléchit-ne sont ni agréables ni brillantes.
Toute sa vie, Lady Dynely a été faible, timide, craintive, bonne, douce, Charitable, mais totalement
dénuée d'énergie. Son fils a hérité de ce défaut ; on Æ
peut s’en convaincre en examinant l'expression so riante du portrait. Son esprit flotte irrésolu. Ayant tout elle pense à l'artiste qu’elle a rencontré la veille l’Académie Royale. # Comme c& yeux profonds et tristes ressemblent 4 d’autres yeux qui doivent être fermés pour toujours
sur la terre, comme ils leür ressemblent et comme ik
en différent cependant! Quelle ressemblance aussi dans cette voix dont le timbre est plus grave, mais le
même pou un geste
ses cheveu presque pé moins elle
adieu retent «Je ne ve
tre celui qui «Ah! pau
| UN MARIAGE EXTRAVAGANT 115 euse, COMme
même pourtant! Chose singulière ! cet artiste a même
ce portrait Run geste familier à Gordon Caryll lorsqu'il rejette
y est le der. ses cheveux en arrière. Elle était étrange, elle était
à premier MR Presque pénible cette fugitive ressemblance, et néan-
ur naissant MR moins lle l'avait bien disposée en faveur de ce
; espéranc: Locksley, si bien qu’elle était anxieuse de savoir s’il it il est at Mferait une apparition dans son Salon ce soir-là.
l'attend de TS quand. elle est assise là, mois d’août il y a si longtemps se ely par du
voit le vaste étang, le leurs pieds, elle voit la ojetant son ombre sur le it elle-même pâle et frisas en écoutant le sombre e de l’homme et de la
‘unes bœuf arrosés de
; pas à son re.
rapportent nt adieu retentit de nouveau à s te? Or le «Je ne veux rien garder hit:ne sont MPaisserai ce nom derrière aisant voile pour l’Inde 1 : Il était parti ; et bien ape orûlant de l'Inde, six pie éfaut ; on MRtre celui qui fut le Cousin qu’elle aimait. ssion soi M <Ah! pauvre Gordon 1... » soupire-t-elle. lu. Avant Et pendant un moment elle donne un libre cours à la veilled ph es et une lacune se produit.
A en reprend le fil. Cette même nuit et le lit d’agobleus à Aie de son mari se présentent À son esprit. Cette chamtoujours MP" mal éclairée de l'auberge, cet homme blessé moromme ik W°llement, et elleméme agenouilléo à côté de lui et nce aussi rcoutant ses dernières paroles. Paroles d'un mourant », mais le MF terribles à entendre, que même dans la chaude at-
nosphère de sa chambre un frisson parcourt alors
es oreilles.
» PAS même mon nom. Je moi avec tout le reste en
a semaine prochaine. »
loin, bien loin, sous le ciel
ds de terre recouvrent peut-
tous ses membres en se les rappelant. Cette effroyable
nüit a imprimé son cachet sur sa vie entière.
Son esprit poursuit lentement et péniblement s course à travers les souvenirs des événements qui suivirent. Les magnifiques et solennelles funérailles, le triste et lugubre service, les têtes découvertes et
inclinées de ceux qui formaient le cortège Le et
elle-même, dans ses vêtements de veuve, blnche et frissonnante, mais ne pleurant pas, son petit garçon aux yeux bleus et à la chevelure d’or marchant à se côtés. Il était vêtu de velours noir, mais il n’avait pas le moindre crêpe, et le peuple s’étonnait un peu de cette bizarre négligence. Sa mère l’avait ainsi voulu Elle avait arraché presque avec colère la bande de crêpe et le nœud d’épaule qu’on avait mis au petit . vicomte, et elle l’avait pressé sur sa poitrine @ : criant avec une passion sauvage : - « Oh! mon Éric! mon fils! mon enfant!»
.: On avait enseveli le défunt maître de l’Abbaye de Dynely et on l’avait placé derrière le sanctuaire de l'église de Roxhaven, où reposent déjà de nombre membres de cette famille. Une splendide et fort cotteuse pierre avait été placée sur son tombeau, avec une inscription célébrant pompeusement ses vertuscomme homme, comme magistrat, comme époux, et comme père. ÊT SES ŒUVRES LE SUIVRONT, ajoutait la flatteus épitaphe. Elle se demandait si c'était une amère sx Lire qu’on avait faite en inscrivant cette citation, ou bien si c'était une menace prophétique ? z Tout était fini, et dans l'existence de Lady Dynel; une lacune de quelques mois se produit. Mois pendant -lesquels elle est seule dans ces -vastes-et-luxueusé salles solitaires, blanche et calme, ne pleurant jamais ne $e plaignant jamais, accablée sous le poids d'u
grand to fardeau. .
Le médeci déplaceme un climat ment, etc tout à cou la garde maison et Italie nie tentement vers l’Irlai contrées di plus sauva Elle av:
comprendr ses joues | peu d’énerg et qui sur] aue dans déclara être Elle laiss arrivée, et près duquel rendit àlac où elle ap] comme un pour s’intro IL avait fourruré ét abri pour qn tempé fût ] l'ouest. Ce f On lui off
grand tourment secret. Sa santé succomba sous ce fardeau. Au printemps elle.n’était plus qu’une ombre.
e effroyable re.
iblement «ED Le médecin de la famille branla la tête et ordonna un ements Qui déplacement immédiat ; l’Italie, le midi de la France, funérailles SE un climat plus doux, une société plus gaie, le changeouvertes et
ment, etc. Elle refusa péremptoirement d’abord, puis
fybèbre, etRS tout à coup elle se ravisa ; elle laissa le petit Éric sous “blnche ct 12 garde de sa. gouvernante et de l'intendant de la etit garçon DS maison et elle se mit seule en voyage. Ce n’est ni en chant à se
Italie ni en France qu’elle se rendit; au grand fnécontentement de sa femme de chambre, elle se dirigea vers l'Irlande, l'Irlande la plus sauvage de toutes les contrées du globe, et elle choisit encore la partie la plus sauvage de toute l’Irlande, le Galway.
Elle avait un but : Hortense, la suivante, put le comprendre; un but qui rendit un peu de couleur à ses joues pâles, un peu de vie à ses yeux éteints, un peu d'énergie à ses mouverhents naguère nonchalants, et qui surprit étonnamment cette servante. Parvenue dans les marais sur la côte du Gal ay, elle déclara être arrivée au terme de son voyage.
Elle laissa sa domestique à la maison le jour de son arrivée, et elle s’en alla seule au village de pêcheurs près duquel elle était descendue. Elle s’informa et se rendit à la cabane d’un pécheurnommé Mickey Gannon, où elle apparut au milieu de leur sordide misère mme une visiteuse de l’autre monde. Son prétexte pour s’introduire dans ce taudis était assez naturel.
Il avaït commencé à pleuvoir; son vêtement de fourruré était trempé. Pourrait-elle trouver là un abri pour quelques minutes jusqu'à ce que le mauvais temps fût passé? Elle était une louriste explorant l'ouést. Ce fut là son explication, assez embarrassée. /On lui offrit le meilleur siége et la cordiale bienve-
n’avait pa t un peu de insi voulu.
à bande de is au petit joitrine en
ant !... »
Abbaye de ctuaire de nombreux t fort coi- 1, AVEC unt tus comme et comme la flatteuse amère s+ tation, où
nue pour laquelle les Irlandais sont renommés et qui se traduit dans leur devise nationale : Caed mile failthe. On lui fit place auprès du feu, et tout Je monde se tint à distance dans une muette et respectueuse contemplation de tte belle et pâle grande dame anglaise, |
Îl paraissait y avoir une douzaine d'enfants, plus Où moins, fourmillant dans cette chaumière. Lady Dynely regardait avec une anxiété poignante ces jeunes visages l’un après l’autre, et à la fin son regard s’éclaira et s'arrêta sur l’un d'eux.
C'était un petit 8arçon de sept ans, plus déguenillé que les autres, si c'était possible, aux cheveux roux hérissés et incultes, avec deux énormes yeux bleus ronds comme des lunes, ouverts démesurément par la surprise.
« Ces enfants sont-ilsitous les vôtres? » demanda t-elle à la mère de famille.
Mais cette femme secoua la tête ; elle ne pouvait pas dire un mot de la langue de Sassenach.
« Mais Brigitte peut parler l’anglais élégant, » suggéra le père de famille.
L'on appela Brigitte, grande fille bien découplée, aux joues roses, pourprées, aux yeux gris, à la chevelure d’un noir de jais, et au jargon musical, une vraie sirène de l’Irlande occidentale.
Brigitte s’approcha, fit une révérence timide, et se tint immobile attendant qu'on Ja questionnât.
Mylady répéta sa demande.
< Ma bonne fille, tous ces enfants sont-ils vos fréres et sœurs?— Elle ajouta avec un sourire : Tousf—
pté un, Votre Honneuf. Le petit garçOn aux cheveux roux, là-bas, dans le coin. C’est le fils de ma sœur, répondit timidement la jeune fille.
Brigitte s bleu brillère « Je ne sa pect, cela m pour cette m mit les pieds — Est-ce ainement il Brigitte la sa belle taille avait toujour plaisait à Die « L’abuser!
Sur lui, n’imp pour la pêche,
ss
amés et qui aed mille et tout le et resperâle grande
ants, plus ière. Lady nte ces jeuson regard
déguenillé eux roux eux bleus ent par la
demanda.
Juvait pas légant, »
écouplée, la cheve.
ine vraie
de, et se
vos frè- Tous?— tit gar- C'est lie fille.
— Ah, vous avez donc une sœur mariée? dît Lady ynely. ; :
— Non, Votre Honneur. maintenant elle est morte; que Dieu lui fasse grâce, et le pauvre Terry est orphelin, il y a déjà longtemps!
— Orphelin! répéta Sa Seigneurie, considérant toujours attentivement Terry qui, dominé entièrement par la timidité, mit son doigt dans sa bouche et tourna sa petite figure malpropre vers la muraille.
e doit être une dure charge de plus pour votre père d'avoir à pourvoir aux besoins de son petit-fils, n’este pas? Est-ce que... — Lady Dynely s'arrêta, et sur sa figure pâle pointa une légère rougeur, — est-ce que e père de ca petit garçon est mort? »
Brigitte secoua la tête et ses magnifiques yeux grisbleu brillèrent de colère. |
« Je ne sais pas, Votre Honneur, et, sauf votre respect, cela m'est égal. Oh! te fut un jour de malheur pour cette maison que celui où ce vilain sans Cœur y mit les pieds.
— Est-ce que... — elle balbutia de nouveau, — ceranement il n’a pas trompé votre sœur? » oi
Brigitte la regarda et redressa de toute sa hauteur sa belle taille que, comme celle de Nora Creina, on avait toujours laissée libre de se développer comme il plaisait à Dieu. . | |
«L'abuser?.… est-cè cela?… Il était son mari, si c'est la que Votre Honneur a voulu dire... mariés par le
Père O’Gorman lui-même, dans la chapelle de la paroisse là-bas. Oh! fait! il ne se fût pas risqué à venir ici-faire des propositions sans s’être muni de l'anneau te mariage. C'était un Anglais. que le mal retombe Sur lui, n'importe où il soit... Il était venu ici un été pour la pêche, et il rencontra Maureen un soir qu’elle
120 UN MARIAGE EXTRAVAGANT jeté les yeux sur elle! Wirra? à partir de ce jour, il | était constamment ur ses talons, comme son ombre
— Étaitelle jolie fille, vôtre sœur? Questionna Lady Dynely, intéressée par cet humble et romanesque
— La plus jolie fille du Galway, et ce n’est pas pen dire. Och! mais aussi était-il continuellement apr elle, le matin, à midi, le soir, et ne la laissa-t-il tran. quille un seul jour qu’elle n’eût consenti, et ils al lèrent trouver le Père O’Gorman, et ils furent mariés,
— Et ensuite? ;
— Ensuite il l’emmena avec lui au loin, et pendant une année ou plus nous ne vimes ni n’entendîmes par ler d'aucun d'eux. la pauvre Maureen ne savait ni lire ni écrire. puis enfin elle revint un beau matin avec Terry, un gentil baby, dans les bras, et depuis ce jour jusqu’à présent nous r’avons plus revu son beau mari anglais, maudit soit-il!
— Il l’a abandonnée?
— Oui, il l’a abandonnée. Que pouvait-on attendre de mieux? Un beau et élégant gentilhomme comme’ celui-là, aussi dur qu’un roc, aussi riche qu’un lord, et elle, avec rien du tout si ce n'est deux yeux bleus et une jolie figure. PE
— Un lord, avez-vous dit, répéta Lady Dynely. As surément il n’était pas.
— Jé ne sais pas ce qu'il était, dit Brigitte sèche ment, pas plus que ne le savait Maureen. Il se nommait lui-même Dennison et il fut marié sous ce nom. Mais peut-être n’était-ce pas là le véritable. Certainementle Père du Mensonge lui-même n’était pas de force à lutter avec lui en fait de tromperies, et le
Père O’Gorman l’avertit, mais elle ne voulut pas tenir
- revenait d’une foire. Oh! quel malheur qu’il ait jamais
compte « où elle é ses bras ce méch:
— Et en vérité toi. »
Mais T trembla petite fig:
« Arra à la dame lait rendr Mais co effet, elle auprès du « Bien / dit Brigitt se rouler & soir. »
Lady Dj} était vrain avec la sal, de monnai ardente coi « Voulez manda-t-el| Brigitte | « Je pou rougissant fois le. le recommand rité en voy:
est mort! L,
il ait jamais e ce jour, il son Ombre, Questionn:
romanesque
est pas peu ment aprà sa-t-il tran.
> et ils al entmariés,
et pendant idimes par.
e savait ni eau matin , et depuis S revu s01
n,attendre me comme w’un lord, eux bleus
ynely. As
te sèche l se nom- S ce non.
… Certai 'élait pas ries, et le pas tenir
compte de son avertissement. Six mois après le jour
où elle était revenue, elle mourut ici, avec Terry dans
ses bras et üne prière sur les lèvres pour lui, pour ce méchant. le plus méchant homme de la terre.
— Et l'enfant est resté ici depuis? Un joli enfant en vérité. Viens ici, Terry, voici un shilling pôur toi. » |
Mais Terry, complétement abasourdi par cet appel, trembla de peur dans son coin et colla au mur sa petite figure malpropre.
«Arrah! Viens ici, Terry. viens ici, petit, et parle à la dame, » dit Brigitte avec un accent qu’elle voulait rendre persuasif,
Mais comme son ton adouci n'avait produit aucun effet, elle le fouetta d’un bras vigoureux et le traîna auprès du feu pour le montrer En:
« Bien sûr, il est sale comme un petit Cochon, dit Brigitte avec beaucoup de vérité. Il est toujours à se rouler sous les lits, avec le cochon, du matin au soir. » Ne L
Lady Dynely sourit malgré elle. La face de Terry était vraiment pittoresque, peinte, pour ainsi dire, avec la saleté. Elle tenait dans sa main une poignée de monnaie d’argent que Terry regardait avec une ärdente convoitise.
« Voulez-vous vous séparer de cet enfant? » demanda-t-elle après une pause.
Brigitte la regarda, muette d’étonnement.
< Je pourrais l’adopter, ajouta Sa Seigneurie en rougissant de nouveau péniblement. J’ai connu autrefois le. le père decet enfant. Il m'a parlé de luiet Pa recommandé à mes soins! Chut!… dit-elle avec autorité en voyant Brigitte près d’éclater. Pas un mot! il est mort! Laissez ses crimes reposer avec lui dans sa
UN MARIAGE EXTRAVAGANT lat:
tombe. Qu'il suffise de dire que je prendrais l’enfant et ferais mieux pour lüi que vous ne pourriez faire jamais. En réalité, autant que je le pourrai. — Elles'arrêta et devint fort pâle... — autant que je le pourrai, répétat-elle vivement, je réparerai les torts de son père. Si vous refusez de le laisser partir, je ne vous importunerai pas davantage. Si vous consentez, je vous dédommagerai amplement de vos peines, de yos soins et de vos dépenses du passé. Je le prendrai, je le ferai instruire et je le traiterai sous tous les rapports comme mon propre... oui, comme mon propre fils. Maintenant, dites tout cela à vos parents et apportezmoi la réponse ce soir. Vous viendrez à l’auberge du village et vous demanderez Lady Dynely. » .
Elle se leva et quitta la cabane. La pluie avait cessé, et avec l’air d’une personne qui vient de remplir un devoir pénible et humiliant, Lady Dynely s’en retourna. ; ;
Le soir, Brigitte vint. Son Honneur était bien bonne et ils acceptaient humblement son offre. Cette
saison avait été dure dans le marais, et c’est seu-.
lement pour cela qu’on consentait, car sans cela on n'aurait jamais voulu laisser partir Terry.
Mais Terry vint. Le lendemain, Lady Dynely reprit -
son voyage, pour revenir avec Terry décrassé et ha- - billé dans sa voiture. Elle alla à Dublin, et là elle renvoyàa la servante qui l'avait accompagnée, Il fallait que toute trace des antécédents de Terry dispafût, Dans la capitale de l’Irlande, elle engagea une autre domestique, qui devait servir de bonne à Terry et de femme de chambre pour elle et les suivre en Angleterre, SPRL Eee ..
Elle vint dans le comté de Lincoln et y laissa le petit garçon. C'était son pays natal et le vicaire de
LU
Starling « la famille Le vica ment mar:
grise et tri était paur dans le mo sition de ] fut accepté Son réci Terence De de son défi trés-éloigné des droits À Il était paux (erre. M. I comme un ] grandir par:
ter en échan L'offre par Le marché f petit Terry I Il ne: put sur son existe loppé ; mais i parmi de très ans, il demeu époque, il all:
et les deux jeu À la Noël, fois ses vacanc moment il pas et à l'Abbaye.
deux résidenc
nfant et jamais.
rrêta et répétaère. Si nportuje vous JS Soins ii, je le apports re fils.
portezrge du
| avait e remly s’en
t bien , Cette st seula on
reprit t haà elle e. Il y disa une r'erry *e en
sa le ‘e de
fois ses vacances à l'Abbaye de Dyne
» Et la propo-
er d’élever Terry fut acceptée avec bonheur.
Son récit à son sujet fut court. Il se nommait Terence Dennison, fi]
S orphelin d’un Cousin éloigné de son défunt mari,
très-éloigné, mais enfi
grandir parmi les siens, ter en échange.
L'offre parut magnifique aux yeux de M. Higgins.
Le marché fut conclu sans reta petit Terry Denni
» il passa pour la première 1y, et à partir dece
Starling était un ancie la famille du vicaire.
n ami. L’enfant fut placé dans
HR e
fortune: oh non! mais une de ces caresses maternelles
LOTS 0e . 24e n ° RER M. et Mmé Higgins avaient été un père et une mèré
pour lui, et il y avait la petite Crystal, sa bonne amie d’enfonce, la plus jolie fillette de tout le comté, Mais dans la vieille Abbaye héréditaire habitait l’ange de sa vie, Lady Dynely. ,.“. |
C'était un amour merveilleux, tohthant, admirable: une véritable vénération que Terry Dennison ressentait pour elle. De toutes les femmes elle était la plus belle et la meilleure. Il pouvait maintenant récapituler tout ce qu’elle avait fait pour lui, et la grande étendue des bontés dont il avait été l’objet de sa part remplissaf son âme naïve d’uné Surprise reconnaissante, d’une gratitude que rien n'aurit pu ébranler. Elle était descendue comme un ange de-lumière dans les abfmes’de la pauvreté et de la misère où il vivait, et elle l’en avait tiré. .…
Tout ce qu’elle faisait pour son propre fils, elle le
faisait pour lui. Il avait même plus d’argent de poche qu’Éric: A la Noël, cette annéeelle lui avait donné une montre d’or, l’autre année u poney. Elle laccablait de présents et de bienveillantes paroles toujours, mais jamais une seule fois.
n6 lui fit une caresse Instinc de ce jeune homme qu’elle regard de répulsion toujou moments. :
Cela Terry ne le voyait pas! J'ai dit que son esprit était peu développé; maisson cœur était rempli parfois d’une vague émotion au sim plecontact desa blancheet douce main posée sur sa tête, Ou pour un de ces baisers qu’elle prodiguait à son fils. Il enviait Éric, trois fois heureux Éric; non sa beauté, ni son titre, ni sa
ivement elle s’éloignait avait adopté, avec un et de terreur par
qui tombaient sur lui comme une pluie. Éric se débar-
- nOn pas une fois, elle.
raissait . sers eÀ de les yeux sur SOn V de patien du chien.
s Cet am années. F elle était la plus n rendre en possible, u rait. Maïs lui-mêmes charmait t fois Jonatl Ssurpassait Terry at à sa majo accorda la 1 de son cœu régiment d baiser le ba Conhaissan( et paraître gens au cœi timent prof deux ou tro € Non, n vivement L Yous, Terry mari, vous mon devoir.
Rien que:
une mèré sa bonne le comté,
habitait
raissajt d’elle, impatienté, comme un enfant, des bai- . sers % de l'affection, et alors Lady Dynely eût pu voir les yeux ronds celtiques de Terry levés attentivement sur Son visage, pleins de cette expression de passion. et de patiente tendresse que l’on voit dans les regards
dmirable: du chien. :
ison res- Cet amour, cette espèce de culte, grandit avec les . ait la plus années. Pour lui, elle avait toutes les perfections ;
capituler e étend e mplissai
rendre en paroles, três-certainement, cela lui était im- % te, d’une
possible, une partie de la vénération qu’elle lui inspi-
était des- rait. Maïs un peu@ cause d'elle et un peu à cause de bîmes'de lui-mêmez pour cet splendide et radieuse beauté qui elle l’en charmaïit tous les Cœurs, il aimait Éric comme autre- ; fois Jonathas aimait le beau David, d’un amour qui s, elle le À surpassait celui des femmes.
de poche Terry atteignit à la virilité, alla à Oxford, parvint onné une sa majorité, et à ce moment sa bienfaitrice lui aecablait accorda la réalisation du rêve de sa vie, l’ardent désir oujours, -de son cœur, une commission d'offcier dans un beau fois, elle D régiment de cavalerie. Il eût pu se jeterà ses pieds et loignait baiser le bas de son vêtement, tant il éprouvait dé reavec un Connaissance; mais il ne put que rougir extrémement eur par et paraître gauche et stupide, comme tous les jeunes à gens au cœur bien placé, quand ils éprouvent un senn esprit D üment profond, et il balbutia d’une façon incohérente | parfois deux ou trois phrases niaises de remercîment. anche et € Non, ne me remerciez pas, je vous prie, lui dit ces bai-
vivement Lady Dynely. Je ne puis faire-trop pour Vous, Terry. Vous... vous êtes un, parent de mon mari, vous le savez. En faisant cela, je ne-fais que. mon devoir. » | ; ANSE
Rien que son devoir! Ah! elle le lui fait sentir, tou-
ic, trois e, ni sa ernelles > débar-
elle était la plus pure, la plus belle, la plus douce, et -. la plus noble d’entre les femmes. Il ne put jamais
’affection.
livres par tre solde, xs d’habi.
jant. J'ai i dépense que vous n’hésitez e à quelle mon fils.
ondre.
s larmes eus d’en-
ant qu’il épaules ‘ as beai raffinee de son 1s de la pu pour ieu sait eux, et
n sentier à ce à et sa norme,
lus farre. Je ent, je
“crifice pour Éric et pour moi. Un jour je vous dirai...» w). « À se
et croisant ses mains.
vous en donne ma parole d'honneur, je ne voudrais hs changer de destinée avec un duc. Heureux ! par le ciel, je le crois, avec Cinq cents livres par an et ce que. j'ai gagné au Derby, et surtout avec votre affection, | VOUS savez, mylady. Parce que, dit lhonnête Terry, issant à mesure qu’il se plonge plus avant dans ae de ses sentiments, votre affection: a plus devaleur à mes yeux que tout le reste dans le monde. Je ne sais pas très-bien… hum |. “exprimer ce que j’é- | .Prouve, mais par le ciel, je sens... vous comprenez. je sens et je suis respectueusement reconnaissant de toutes cés sortes de Choses, vous comprenez. Et, dit Terry, avec une grande émotion, je donnerais volontiers ma vie Pour Vous, n'importe à quel moment, »
Il se leva à ces mots et, se balançant maladroitement sur ses jambes, il parut honteux de lui-même pour ce qu’il venait de dire. |
« Je sais cela, Terry, répondit Sa Seigneurie plus | touchée qu'elle ne voulait le paraître, et je le crois sincèrement, Vous êtes de ces hommes qui savent Mourir pour leurs amis. La deviso de notre maison vous convient parfaitement : Loyal jusqu’à la mort ! Un jour je ferai appél à cette loyauté, non pour moi-
même, mais pour Éric, Un jour Terry, je pourrai vous rappeler vos proprés paroleg et Yous implorer pour que vous les réalisiez. e :
— Quand ce jour sera vent, mylady, répondit-il | avec calme, |
e s'arrêta brusquement, fixant ses yeux sur lui
« Oh1 Terry, soyez un ami, un frère pour mon fils! Il n’est pas comme vous. Il est insouciant, extrava- .gant, facile à entraîner, volontaire, impérieux. Il se conduira mal, je le sens, je le crains, et vous devrez être son protecteur tant que vous le pourrez. Quoi qu’il dise, quoi qu'il fasse, n’ayeg jamais de colère
contre lui, ne vous laissez jamais entraîner à vous
éloigner de lui. Promettez-le-moi. »
Il se jeta à genoux devant elle et, avec une grâce que le chevalier Bayard eût puenvier, cette grâce qui émane d’un cœur sincère, il porta sa main à ses lèvres.
« Rien de ce qu’Éric pourra jamais faire ou dire ne me poussera à m'irriter contre lui, je le jure. Pour votre bonheur et pour le sien, je ferai tout ce qu’un homme peut faire. Vous avez été le bon ange de ma vie, je serais moins qu’un homme si je venais jamais à oublier vos bontés. » QU
Elle retira vivement ses mains, qu’il tenait, et ca cha son visage. |
« Le bon ange de votre vie, répéta-t-elle d'une voix brisée, oh ! vous ne savez pas. vous ne savez pas !...»
A ces mots, elle réleva la tête avecila même vivacité,
prit celle de Terry dans ses mains et, pour la première.
fois de sa vie, elle déposa un baiser sur son front.
Il baïssa la tête comme sous une bénédiction, et ainsi fut scellé un pacte que la mort elle-même ne devait pas rompre.
= Lady Dynely tressaillit comme si elle sortait d'un songe. La douce obscurité d’une nuit de printemps avait envahi la grande ville. Des milliers de becs de gaz brillaient dans la brume grise, les voitures roulaient vers sa porte, et Terry Dennison était sorti-en sifflant une gigue irlandaise.
Elle se 1 portés sur.
becs de gaz rait sa bear
« Mon f mon trésor vous apprei naître, c'e la Jui dire généreux Ti
anges, il m’ Vous ne m'’:
quand il app
les vertes allée
Cette maisor 8azon et tapiss de chèvrefeuill Le Crépuscui fondamentale d
mon fils!
extravaux. Il se 1s devrez ez. Quoi le colère r à vous
ne grâce race qui n à ses
1 dire ne e. Pour ce qu’un > de ma jamais à
It, et ca-
ne voix pas !...»
ivacité, remière .
ont.
tion, et e ne de-
Elle se leva. Dans ce Mouvement, ses yeux s'étaient portés, sur le portrait de SOn fils. La lumière d’un des
becs de gaz de la rue frappait en plein sur lui et éclairait sa beauté Souriante.
«Mon fils! Murmura-t-elle mon trésor ! que direz-vous à Vous apprendrez ]
RAVAGANT 29