‹ Un mariage extravagant [microforme]Chapitre 5 sur 44 · BR SE LS · texte numérisé non relu

BR SE LS

|. époque : Chaque famille n’avait pas

| .yeux sur mon visage.

: dit qu’il était mort.

elle l’aimait encore d’un amour ardenf et passionné. € J’Avais pénétré une nuit dans ga chambre et je la trouvai assise tenant un portrait dans sa main et le contemplant dans une sorte d'extase. C'était sa principale occupâtion. Je l'avais je n’avais jamais Aperçu la miniature.

€ — Jeanne, dit-elle, venez ici. » L Dee

« Je pus voir qu’elle avait pleuré en silence et

. abondamment. Je m’approchai et regardai le portrait ME 4 à

par-dessus son épaule. DE :

« La photographie était dans l'enfance À cette

traits. Celui-ci était une miniatu sur ivoire repré-

. sentant un homme jeune, élégant et fort bean, une

figure imberbe et enfantine, mais trés-mâle néanmoins, dont le regard était franc êt souriant. |

+ — C’est tout ce qui me reste, dit-elle avee un : | tremblement des lèvres. Je. ne le verrai plus jamais. 0 Je l'aimais, et j'ai perdu ga vie. Il aurait mieux velu

pour lui qu’il fût mort que

sn

d'avoir jamais jeté les

« — Vraiment! » fut ma stupide réponse.

« Mais j'étais habituée à son langage extrayagant et je ne m’en affectais pas. ou |

— C’est un de vos amis, madamef » |

« Elle regarda s4 miniature, et un rayon d’orguei] Passa sur sa figure qui devint radieüise. |

€ — C'est mon marïi;» répondit-elle.

« Je me reculai et la regardai effarée, je dois le reconnaître. | ME PEN

& — Votre mari! répétai-je. Oh! c'était votre mari, avez-vous voulu dire sans doute. Vous m’avez

#- | conde, c’est que, malgré sa fuite et sa terreurconstante, -

souvent vue ainsi, mais ù

sa galerie de por: +

« — Mort pour aus oui, Jeanne... mort pour moi, mais vivant et en bonne santé. Dussé-je vivre cent ans, je ne pourrais jamais le revoir, jamais plus. Et il est des moments où je donnerais ma, vie pour le voir en-

core une fois.

« — Vous l’aimez et il vous a abandonnée? me hasardai-je à demander. ‘+

« — Je l’aime et je l'ai quitté. Je l'aime de toute mon âme, de tout mon cœur, et je me suis enfuie loin de lui et je me suis enterrée ici par peur de lui. Je suis étonnée de n’être pas devenue folle ou de n'être pas morte. J’ai cru un moment que je pourrais y arriver. Mais d’une façon ou d’autre la vie agit toujours, et l’on se trouve lâche et l’on apeur d'y mettre fin soimême. Il m’a aimée, Jeanne, oh Dieu! oui, il m'a aimée et il a fait de moi sa femme. Et maintenant. maintenant, Jeanne, si jamais il me retrouvait, je crois qu’il me tuerait. »

« C'était probablement encore une exagération.

« Je regardai de nouveau que cRenRe belle et jeune figure.

« — Lui, vous tuer! dise. Ce jeune homme au visage ouvert ?. Non, madame, les assassins ne regardent pas ainsi les gens.

« — C’est le plus sincère, le plus noble, le plus brave des hommes; un ami loyal et un homme du monde accompli.

: « — Et cependant sa femme le fuit et dit que s’il la rencontrait, il la tuerait. »

« A peine parut-elle m'avoir entendu. Elle posa sa tête sur ses bras repliés, avec l’air abandônné d’une personne désespérée. ———

« — Ah! laissez-moi, dit-elle. Vous ne connaissez rien à tout cela. Si seulement je pouvais mourir

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et en finir une bonne fois! Ah! seulement, Jeanne, — elle me regarda tout à coup avec une effrayante expression de terreur, — écoutez. J'ai rêvé la nuit dernière qu’il me cherchait... et qu’il était ici. Il était venu et était devant moi terrible et menaçant... tenant dans sa main ma sentence de mort. “Ne le laissez pas entrer... ne laissez entrer personne! Si Jamais nous nous rencontrons, je crois, sur mon âme, qu’il me tuera. »

« Mme Gordon devenait-lle folle? Telle fut la: question qui surgit dans mon esprit lorsque je me

“Mis au lit ce soir-là et les suivants. C'était une

bien étrange et bien incompréhensible affaire à tous les points de vue, et le plus tôt je pourrais m'en retirer serait le mieux. Mais juste au moment où je songeais à demander mon congé, une succession d'événements s’'accomplit et le différa.

« Mars, avril et mai avaient passé. nous étionsau commencement de juin. Une aprés-midi, j'étais allée à la ville pour y faire nos provisions de la semaine, et mes emplettes terminées, mon panier au bras, je m'en retournais à la maison. Là rue Saint-Louis se trouvait sur ma route, et en passant devant les bureaux de M. Barteaux, je l’aperçcus lui-même sur sa porte, engagé dans une conversation en apparence graveavec un étranger. Un regard jeté sur cet étranger fit monter subitement mon cœur à mes lèvres, car c'était l’original du portrait, c’était le mari de Mme (rordon. L'heure et l’homme étaient venus.

« Il ne me vit pas. Je m’arrêtai une seconde et le

| regardai de nouveau. C'était bien lui, pas le moindre

doute possible. C'était lui, avec cette différence qu'il paraissait fatigué et farouche, déterminé et énergique. Le portrait représentait un jeune homme franc et heu-

reux, tandis que l'original que j'avais sous lés yeux avait l'expression d’un homme désespéré et découragé. Son chapeau de paille était enfoncé sur ses yeux, son pardessus d’été était boutonné jusqu’en haut ; c'était un soldat et un gentilhomme évidemment, céla se voyait à première vue.

« Je pris une rue détournée et courus sans respifer. Mon premier devoir était d’avertir ma maîtresse "Je devais lui apprendre que ce qu’elle redoutaitise.rédlisait, que son mari qu’elle avait fui était là. Je mar- Chaïi le plus vite possible, et une demi-heure après j'étais À Saltmarsh. |

< — Elle dit qu’il la tuerait, bensai-je en frissonnant, et qui sait s’il ne la tuera pas? Ce ne serait pas le premier mari qui tuerait sa femme. » |

‘« Je me précipitai dans la maison et parcourus toutes les chambres, ahurie et häletante, en l'appelant.

*« Elle ne se trouvait dans aucune. Dernièrement, depuis,,les derniers jours de juin, le beau. temps l'avait tentée quelquefois et l'avait attiréo au déhors. Ce jour-là, malheureusement, elle était sortie. Je savais bien où je pourrais la retrouver. Sur le bord de la rivière il y avait une langue de terre ou de sable jaune où elle aimait à se promener au soleil. Sûrement elle devait être là.

. Je courus dehors, jetant des regards effarés partout autour de moi. Juste ciel! le grand militaire au Chapeau de paille et au paletot d'été était: là, se dirigeant vers moi en marchant à grands pas.

« Je fus sur le point de crier, tant j'étais saisie et terrifée. |

« S'ilarrivait avant moi. cette rencontre soudaine pourrait la tuer, car depuis quelque temps elle était loin d’être forte. Je me détournai et, courant toujours,

us lés yeux découragé.

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je descendis la colline èn lappelant par son nom. Elle était là, tout à fait seule, parcourant lentement d'un bout à l’autre la berge sablonneuse ét regardant le courant de l’eau.

« Elle interrompit sa promenade et se retourna, surprise de ma course folle.

« Qu'elle était belle ! Même dans ce moment suprême, je me rappelle que ce fut ma première impression.

{— Par pitié, fuyez, criai-je, fayez vite. ilest IA! » « Elle porta ses mains à son cœur. Sur son visage A PaSsa comme une étincelle de grande ét soudaine 1 joie.

€ — Quif... dit-elle presque dans un murmure. « — Votre mari. l’homme dont vous m’avez mon-

| « J'étais consternée. I] m'avaitsuivie. Il venait dans | le sentier, il était 14. |

« Je me retournai vers ma maitressé. Était-elle R évanouie? avait-elle fui ? Ni l’un ni l’autre.

« Qui comprendræ# jamais les épouses ? La terreur était peinte sur cette figure pâle et épouvantée, c’est | vrai. Mais par-dessus tout cela, on y lisait un tel ra-

vissement, une telle satisfaction, que jamais expres-

sion pareille ne se traduisit Sur un visage humaïin. Elle

l’aimait et elle le revoyait encore une fois. cela disait | tout.

< 11 marchait sur la rive. Elle avança d’un pas à sa

| rencontre, le visage transfiguré et tendit ses deux bras vers lui avec ce cri déchirant :

€ — Gordon... Gordon. Gordon !.….. »

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