‹ Un mariage extravagant [microforme]Chapitre 6 sur 44 · TA · texte numérisé non relu

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84 UN MARIAGE EXTRAVAGANT « C'était arrivé. Je n’y pouvais plus rien. 41 ne me

restait qu’à me retirer à l'écart et à attendre avec é anxiété la fin de l’intéressant drame domestique qui " se dénouait devant moi.

« Il avait descendu la colline, et il se tenait sur t. le bord de la rivière, face à face avec la femme qui l'avait quitté. Les rayons de soleil d’une après-midi p de juin tombaient en plein sur son visage, plus fatigué u et plus farouche, plus pâle et plus désolé qu’il ne n m'avait paru d’abord... un visage dur et énergique D comme le destin, et sur lequel on voyait qu'il n’y m avait ni merci ni pitié dans son calme effrayant. je « Il l’arrêta par un léger mouvement de la main ; lic mais elle s’affaissa et devint tremblante comme l’en- : to fant qui vient de recevoir une correction. m « — N’approchez pas, lui dit-il d’une voix aussi ici froide et aussi calme que l'expression de ses yeuxqu’il vi tenait fixés sur elle. A moins que vous n’ayez été êt frappée de surdité depuis la nuit de la mort de Lowell,. tel alors que vous écoutiez si bien aux portes, vous pour- jar rez entendre ce que j'ai à vous dire de l'endroit où he vous êtes. Je ne vous retiendrai pas longtemps et 4 NH le vous n’avez pas besoin de me montrer ce visage terri- Fe un fié. Je ne veux pas vous tuer; l’heure où j'aurais pu le faire est passée. Mais laissez-moi vous dire que 4 ch si vous n’aviez pas écouté À la porte dans cette mé- 4 ne morable nuit d’il y a cinq mois, si vous ne vous étiez M Fo pas sauvée comme vous l’avez fait, si je vous avais tou rencontrée devant moi quand je suis revenu, vous dep n’auriez pas revu la lumière du jour. J'ai été le plus « grand insensé qui jamais ait véeu-sur la terre... si nous son nous étions retrouvés en présence l’un de l’autre cette eut nuit-là, j'aurais bien pu devenir meurtrier. » mot

« Tout cela fut dit sur un ton bas, contenu, poli,

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mais ses yeux gris et profonds, attachés sur elle, étaient pleins d'une haine si intense que je ne trouve pas de mots pour l’exprimer.

« — Épargnez-moi, Gordon! cria-t-elle en sanglotant. | ..

« — Vous épargner! répéta-t-il avec un froid mépris, ne vous l’ai-je pas dit? je ne remuerais pas un doigt pour toucher à un cheveu de votre tête, nipour vous sauver la vie, si je vous voyais sur le point de vous noyer dans cette rivière. Vous êtes aussi morte pour moi que si j'étais rentré chez nous et que je vous eusse étranglée dans cette terrible nuit. La folie de l'amour et Ja colère sont passées ensemble pour toujours. Je vous ai retranchée entièrement et absolument de mon existence. Vous êtes venue vous cacher ici, m’a-t-on dit, en tremblant constamment pour votre vie, sans doute. Mettbns un terme à tout cela. Vous êtes libre d'aller et de venir partoutet comme vousl’entendrez.'A partir d'aujourd'hui je ne regarderai plus jamais volontairement vo tre visage, mort ou vivant! »

« Elle jeta un cri perçant, comme le supplicié sous le fouet, et elle tendit encore les mains vers lui dans’ une muette supplication.

{ — Je ne suis même pas venu à Québec pour vous chercher, continua la voix froidement et sans pitié ; ne le croyez pas. J'étais venu rendre visite au général Forrester là-bas, à la citadelle, avant de quitter pour toujours cette terre maudite du Canada. maudite depuis que je vous y ai rencontrée. » |

« Ses mains, qu’elle tendit Suppliantes, cachèrent SOn Visage, et elle PouSSa un sourd gémissement. Lui, eut un sourire bas et cruel qui me le fit haïr en ce

plant la muette angoisse de ma

ET PNR de 7e

« — Voulez-vous savoir comment je vous ai retrouvée' et pourquoi je suis venu ? poursuivit-il avec lenteur. Écoutez : hier soir, au mess, des camarades parlaient d’une veuve, d’une très-mystérieuse veuve, jeune et belle, disait la rumeur, qui avait loué une vieille maison désolée, dans un marais, et s’y étail “enfermée, fuyant les regards des hommes et la lumière du jour. Elle s'appelait Mme Gordon. Personne ne pouvait dire d’où elle Venait, ni qui elle était, ni pourquoi elle était venue. Avant qu’on eût prononcé votre nom, j'avais compris que e’était vous, qu’en fuyant Toronto, vous vous étiez rendue ici, et que la femme perdue qui avait été mon épouse était retrouvée. »

« Ses bras retombèrent. Pour la première fois, elle. se redressa devant lui et le regarda bien en face, Comme si elle eût été blessée au point de se transformer, par ces dernières paroles. |

<— Qui a été votre femme ! cria-t-elle avec passion, qui est votre femme, Gordon! Rien. — une expression de joie illumina sa physionomie en prononçant ces mots, — rien, si ce n’est la mort; ne pourra jamais changer cela! » |

« Il écoutait avec ce cruel sourire, ce sourire languissapt qui m'avait déjà frappée. , a

« Pendant une minfte il demeura silencieux, l'examinant toujours, le sourire ‘aux lèvres et l’expression du triomphe implacable dans les yeux. |

<— Rien ne peut changer cela! répéta-t-il: rien, si ce n’est la mort! Je répondrai 4 cela avant de. nous séparer. Laissez-moi continuer. Je compris que C'était vous, cette femme dont ils parlaient, et je me dis: Je la trouverai demain, je la regarderai pour la dernière fois sur la terre, et je verrai, si je le peux, ce qu’il y a dans sa beauté de poupée de cire, dans

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4 dement fous. Baissez les mains, Rosamonde, que je A vous regarde. »

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« Elle avait tremblé devant lui, devant son regard,

® devant son sourire, pleine d’une terreur inexprimä- ‘0 ble qui l'avait poussée à cacher de nouveau son pâle 4 visage dans ses mains. À cette injonction, elle laissa

tomber ses bras et se montra mortellement pâle, les | yeux dilatés, avec une expression d'horreur. | « — Gordon, ayez pitié de moi... Je:vous aime! » j « Encore une fois elle lui tendit les mains dans june attitude suppliante, et une fois encore il lui fit jun signe impérieux de ne Pas approcher. Les lèvres |froides, le regard impitoyable, la face comme pétrifiée : € — Attendez! » ordonna-t-il.

« Elle obéit.

Inaperçue dans l’obscure retraite où je m'étais lacée, j'avais sous les yeux cet étrange tableau que À emplais avec un intérèt qui tenait du charme. Lui, droit, la dominant de ue taille, la face pâle

, aussi froide, malgré linsensible sourire stéréotypé sur ses lèvres. Elle, à

idemi accroupie devant lui, sa délicieuse figure pâle

levée vers lui,.son regard effrayé, ses beaux cheveux flottant au vent, ses lévres enfantines frémissantes… jeune, belle, innocente, en apparence du moins. O’est ainsi qu'ils s’offraient à ma vue ; un juge sévère malgré sa jeunesse, une Coupable tremblante, et cette scène m'impressionnait au point que biéntôt il me devint

Hmpossible d'en supporter la vue.

<— Vous: êtes belle, Rosamonde, dit-il enfin

tüne de ces femmes exceptionnelles qui, comme Ninon

de J’Enclos, seront belles encore à quatre-vingts ans,

et votre charmant visage est destiné à accomplir jusqu'au bout $on œuvre diabolique, je n’en doute pas. Pour posséder cette beauté pendant quatre mois, bien. courts, j'ai perdu tout ce que le cœur de l’homme estime et aime : nom, honneur, amis, fortune... tout. Car ce nom.Que vous avez porté et déshonoré, je ne le porterai plus. Je l’ai quitté, savez-vous cela? Mon père m'a déshérité.. je suis devenu la risée de tous ; ceux qui me connaissent. Et en jetant un regard sur le passé, je suis honteux de ma folie. Je vous aimais… j'avais confiance en vous. Oh Dieu! s’écria-t-il dans un mouvement d'angoisse qui contracta son visage, je vous ai épousée, vous... vous! Vous avez bien joué votre rôle, vous et Lowell; c'était votre intérêt, et avec un insensé comme moi la tâche était assez facile. Mais vous aviez des sujets de crainte, et vous le compriîtes bien. Je vous le répète, vous fîtes bien | de fuir. Je sortis de la chambre mortuaire de Lowell, n'ayant plus ma raison, et si je vous eusse retrouvée à mon retour, par le jour qui nous éclaire, je jure que je vous aurais tuée! » ROLE |

« Elle se recula et la peur fit trembler son corps des pieds à la tête. ,

« — Ne tremblez pas... ne craignez plus rien. maintenant, poursuivit-il d’une voix qui perdait sa fureur momentanée et reprenait sa monotonie primitive, je vous ai déjà dit que tout cela est fini et bien passé. Mais, avant de nous séparer, je voudraisentendre une fois, rien qu’une fois, tomber de vos lèvres l’aveu,

nt je n’ai pas besoin, pour ne pas douter que le récit de Lowell était vrai. » “e __« Sa seule réponse fut un mouvement plus accen- : tué de recul, et elle cacha de nouveau sa tête dans ses mains en poussant un profond sanglot. |

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