‹ Un mariage extravagant [microforme]Chapitre 8 sur 44 · À ARCAOE UN MARIAGE EXTRAVAGANT · texte numérisé non relu

À ARCAOE UN MARIAGE EXTRAVAGANT

ment que nous sommes là tous che ‘je vous ferai payer,céla! ».

« Elle leva son bras d’un mouvement sauvage et théâtral, Elle avait déhité cette tirade passionnée avec colère, son visagé était rouge de fareur et: -$es yeux läncaient des flammes.

« Mais autant. eût valu pour elle espérer Altendile des rochers. Il riait en l'écoutant d’un rire injurieux et méprisarit qui eût rendu folle une femme moins irritée. :

« — Vous débitez cela à merveille, Rosamonde, ditil; mais, après tant d’années dé pratique de la scène, cela n’est, pas surprenant. Pour le reste, c’est peine perdue, car votre auditoire n’apprécie pas votre talent pour le moment. Si j'étais assez malheureux pour que nous nous retrouvions jamais en présence, j'espère . bien avoir la force de me défendre. »

Il se retourna sans ajouter une parole et partit. Il marchait d'un pas rapide, sans retourner la tête une seule fois.

« Elle demeura immobile à l'endroit où il l'avait laissée, le suivant des yeux, sans” VoiX, Sans MOUVEment, commie sans vié. Elle le vit ainsi disparaître, elle put entendre l’écho de son pas sur le chemin. :

« Je m’avançäi alors, car la vue de sa physionomie :

m'avait effrayée.

« Elle se retourna lentement vers moi, tenant toujours dans sa main le fatal papier. |

« — J'avais rêvé qu’il venait avec ma sentence de mort, dit-elle; la voilà! »

« Et sans un mot, sans un cri qui m'avertît, elle

.tomba sans connaissance surle sable.

«Je ne pourrais dire comigent je la pris dans mes bras et l’emportai jusqu’à la maison. Je le fs, jene sais !

FL

je vous ferai % comment, et je la plaçai sur son lit. En ce moment

#4 une splèndide lune de juin et des étoiles brillantes 9 constellaient le ciel.

« La vieille Bettine, la femme de journée française,

se trouvait encore occupée dans la cuisine. Je lui

. £ confiai ma maîtresse et je çourus à la ville, à la

rer attendrir recherche d’un docteur, car elle était fort mal, si mal

re JUTEUX Gu'il paraissait douteux qu'elle pût vivre jusqu’au eme MOIS “M endemain. | DORE er À « Les horloges de Québec, du haut de leurs clochers,

t sauvage et ssionnée avec et-ses yeux

amonde, dit- Rau’argentait la lune, sonnaient onze heures au mo- > de la scene; ment où notre premier visiteur, le docteur, entra à , C’est peine . Saltmarsh. 5

s votre talent

« Le lendemain, une belle aurore nuançÇait l’horieux pour que

en zon, les hirondelles gazouillaient joyeusement au bord nce, j'espère

à des: toits, l'enfant de Gordon Caryll reposait dans mes bras, et; l'épouse divorcée de Gordon Caryll était

le et partit. étendue sur son lit, pâle et calme, insouciante de la er la tête une errible lutte que la vie et la mort se livraient autour le sa couche. ; | { TR Sans MOUVE- EE « La vie lemporta. Les jours passèrent, deux se- | disparaître, maines s'écoulèrent, et la lutte fut terminée. Cette chemin. : merveilleuse tête reposait, encore pâle et comme couphysionomie rerte d’un nuage, sur les oreillers, mais il n'y avait plus de doute. Mme Gordon était sauvée.

, tenant tou- | « Saltmarsh n'était plus une maison déserte, Une plantureuse garde était venue de Québec, le médecin : sentence de aous venait voir tous les jours, et la vieille Bettine pasait ses nuits comme ses journées avec nous. Il n’y ‘avertit, elle SR vait plus rien à craindre. L'homme qu’elle avait = itendu et redouté était venu et reparti pour toujours. ris dans mes à Charge du nouveau-né retomba presque entièrement :

fs, je ne sais Sur moi... charge aussi agréable que nouvelle,car je (UN MARIAGE EXTRAVAGANT 1— 3

Si UN MARIAGE EXTRAVAGANT

suis douée, quoique fille, d’une grande tendresse pour les petits enfants. Les moments de la garde étaient pris par sa malade, si bien que j'étais seule à m’occuper de l’enfant. Je le tenais toute la journée dans mes bras. Il dormait à mes côtés, la nuit, dans son berceau.

« — C'est le plus petit baby que j'aie jamais vu, observa Mme Waters, la grosse garde, et j'en ai vu des régiments de gros et de petits dans ma vie; mais celui-là ne pèse pas cinq livres. »

« Il était petit. C'était une chétive créature aux cheveux noirs, aux yeux noirs, à la petite figure rose comme marquée d’un sceau fatal et éclairée par des yeux noirs et profonds.

« Chose étrange et peu fiaturelle! Depuis sa nais- :

sance, sa mère ne l’avait pas encore vu, et elle n’avait pas demandé à le voir. Un soir que Bettine avait appelé la garde pour souper, j'étais assise dans sa : chambre, lorsqu’elle en parla pour la première fois.

« C'était par une belle nuit dejuillet. Sous un brillant clair de lune, la rivière courait entre ses vertes . rives, semblable à un ruban de lumière argentée. La blanche lueur de la lune éclairait la chambre ; la

lampe n’avait pas encore été allumée, et cette pâle ne clarté laissait voir ce visage plus blanc que la den- à

telle et le lin sur lesquels il reposait. Elle était sur à

Son séant, soutenue par les oreillers, regardant avec a

‘ses yeux sombres cette splendeur du ciel et de la terre, ces reflets du firmament sur la rivière et sur ses bords. : Elleresta plus d’une heure assise ainsi sans mouvement 4

et sans que ses regards se détachassent de cet admi- L.

rable spectacle, comme si elle eût lu sa destinée dans les lignes lointaines de l'horizon au delà de la rivière étincelante. A peu de distance du lit, l'enfant dormait 1 profondément dans son berceau. Le plus profond si- à

endresse pour

garde étaient ule à m'occurnée dans mes s son berceau.

ie jamais vu,

et j'en ai vu ma vie; mais

créature aux te figure rose lairée par des

puis sa naisot elle n'avait Bettine avait

ssise dans sa

mière fois.

Sous un bril-

tre ses vertes . :

argentée. La chambre; la

et cette pâle ne

UN MARIAGE EXTRAVAGANT 39 | ‘lence régnait au-dedans et au dehors, Ce silence fut soudain interrompu par un faible cri de l'enfant, qui se réveillait. Comme je me levais et traversais la chambre pour le prendre, elle me dit :

€ — Jeanne, apportez-le-moi.

. < — Hum! pensai-je, il est vrai | Vous songiez à.me le demander. »

« Mais j’obéis en silence.

« Quelque chose se révoltait en moi contre son défaut de sentiment maternel, contre son indifférence tout à fait contre nature. Je lui apportai l'enfant et je #7 me tins auprès du lit après l’avoir posé dessus. + <— Non! non, dit-elle avec un geste rapide et vif de répulsion, non, pas là. Je n’en ai pas hesoin,,. J’ai | toujours détesté les petits enfants, Jai seulement besoin de le voir. RS | € — Faut-il apporter la lampe ? demandai-je, j < — Non, leclair de lune suffira. Quel petit enfant, | Jeanne ! à qui ressemble-t-i] € "a 1 € — Il a vos. yeux, répondis-je; à part cela, il est impossible de le dire. Mme Waters dit cependant | qu’il vous ressemble. C’est certainement4é plus frôle enfant qui ait jamais été mis au monde, É

ment temps que

te 4

QU la den- A { — Il me ressemble, répétait-elle avec un faible ne si 0 n5:,i° l'espère. J'espère qu’il no lui ressemblera

0 jamais d'aucune façon. J'espère qu'il vi L Ÿ de la terre, 1 ger sa mère! » NN TT PRUAUTeE ur ses bords. ! « Je me taisais, choquée et scand alisée au delà de 3 mouvement 4 toute expression par cette réponse. J'étais navrée ie dns 0 d'entendre une femme et une mère chrétienne, à peine esunee ans sauvée de la mort, parler, comme une païenne 2... de la rivière 0 goance. 1 parer, € païenne, ds yenant dormait « — Est-ce un

profond si- |

garçon ou une fille? demanda-t-elle

ensuite après une pause.

« — Une fille, répondis-je rapidement. Il est tout à fait temps de le demander. » |

« Elle me regarda avec une grande surprise, mais sans mécontentement.

« — Pourquoi m'en serais-je informée? Cela m’est indifférent! Une fille! Si seulement c’eût été un garcon! Et pourtant, qui peutdire, si elle me ressemble

et si elle est belle, si elle ne pourra pas accomplir de grandes choses. Elle pourra m’aider. C’est bien, Jeanne, emportez-la. »

« Elle tourna sa tête du côté opposé à la lumière, et resta longtemps calme, absorbée dans ses pensées. sombres etdures pensées, jele voyais bien. Quoi que püt être cette Mme Gordon, ce n’était pas une femme vertueuse et honnête, cela me paraissait évident. une femme dont le mari s'était vu forcé de la répudier.… une mère qui dans son enfant ne voit pour l'avenir qu'un instrument de vengeance contre le père. Il y a des services qu’aucun salaire ne peut payer, et le sien,

à mon avis, était de ceux-là. Aussi, dès que Mme Gordon serait assez rétablie pour que je la quittasse, je la quitterais, j'y étais résolu.

«— Que deviendrais-tu avec une mère. comme la

” tiennef la Providence de Dieu le sait seule, disais-je à l'enfant qui reposait sur mes genqux. Pauvre petite créature aux yeux noirs, chétive et maigre! je voudrais que tu fusses à moi tout à fait. »

« À partir de cette soirée, Mme Gordon se ranima entièrement et redevint la maîtresse de maison d’autrefois. Son premier acte d’autorité fut le renvoi de la garde. à —«— Tout danger est passé, m'a dit le docteur, dit- # elle à Mme Waters quelques jours après, Jeanne pourra É suffire pour me soigner à présent. Je n’ai plus besoin À

Ÿ . Il est tout à

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a lumière, et es pensées.

Quoi que püt e femme verrident.… une a répudier… our l'avenir > père. Il y a 2r, et le sien, ue Mme Gorquittasse, je

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docteur, ditanne pourra i plus besoin

de vos services. Jeanne, payez à Mme Waters ce qui lui est dû; elle s’en ira ce soir. »

« Mme Waters nous quitta.

« Le lendemain matin, Mme Gordon s’affirma encore davantage. Elle insista pour s'habiller et se lever. Il fallut lui obéir, comme de juste, et je voudrais pou-

voir dire combien elle parut jeune, jolie, et aimable. Jeune! Je déclare que, quel que fût son âge, ellé ne paraissait pas avoir plus de seize ans. Mais il y avait dans ses yeux noirs, calmes maintenant, dans son visage, dont la pâleur des derniers jours n’était pas agréable à voir. quelque chose que je ne pourrais définir ; et cela me confirmait dans la résolution que j'avais prise de la quitter très-vite.

« Elle ne fit aucune attention à son enfant-depuis la soirée dont j'ai parlé. Je crois qu’elle ne la regarda plus, et lorsqu’elle criait, elle la faisait emporter hors de la chambre avecimpatience. —

« Elle était assise songeuse, les sourcils froncés, les lèvres serrées. A quoi songeait-elle ? Qui pourrait le dire? . k

« — Je lui donnerai mon congé demain, me dis-je avec résolution; mon mois expire dans une semaine ; je ne vivrai jamais un autre mois avec vous, ma belle et mystérieuse petite maîtresse. »

« Son regard se leva vers moi et:se fixa sur mon visageau moment où je pensais de la sorte. Devina-t-elle ce qui se passait dans mon âme? Le sourire qui errait sur ses lèvres me le ft croire.

€ — Jeanne, me dit-elle du ton impérieux qui lui étaithabituel, venez ici, mon enfant, j'ai à vous par- “ler. Vous avezété une bonne et fidèle compagne pour la

plus malheureuse et la plus abandonnée des femmes pendant les tristes mois qui viennent de se passer.

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