‹ Un mariage extravagant [microforme]Chapitre 9 sur 44 · AT · texte numérisé non relu

AT

Qüe je Vous en remercie pendant que j’y pense et avant de nous dire adieu. :

«— Adieu répétai-je tout à fait étonnée. Vous allez donc partir? .

«— Je vais partir, Jeanne. N’est-il pas grand temps ? Tout est fini maintenant, il n’y à plus rien à craindre ni à espérer désormais. Un chapitre de ma vie est lu et fini pour toujours. Après-demain je me lancerai de nouveau dans la vie pour tout recommencer. Jusqu’à présent, mon existence à été la plus hisérable déception. excepté pendant quatre mois trop courts. »

« Elle se tut tout à cotp, son visage était illuminé par une sorte d’enthousiasme,

«— Excepté quatre mois trop courts! Oh! oui j'en excepte toujours cet heureux temps. quand il me prit pour femme, et que j'étais heureuse... heureuse. heureuse! Jeanne, 'si j'étais morte il y a trois semaines quand cela est vénu au monde, vous auriez pu faire graver sur la pierre de mon tombeau l'inscription que j'ai lue sur celui d’une autre pauvre femme perdue : J'ai élé très-heureuse et très-malheureuse. »

& J’écoutais en silence, touchée malgré moi de l’indicible passion qui animait sa voix et son regard. |

€— Tout cela est passé et fini, dit-elle après un instant. Je ne dois pas mourir, à ce qu’il paraît, Je vais recommencer ma vie comme je viens de vous le dire. Rien ne peut m’arriver désormais qui puisse être pire que ce que j'ai déjà eu à passer. IL n’est certainement pas beaucoup de femmes dont la destinée soit de divorcer à dix-huit ans, » |

« Elle éclata de rire d’un rire lugubre. Elle était assise dans son fauteuil de prédilection, aubrès-de la fenêtre, regardant au dehors tandis qu'elle parlait, et contemplant les reflets rosés des rayons du soleil cou -

j'y pense et

Lée. Vous allez

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chant qui rayaient le feuillage des arbres et le sommet des collines. ; «—J’éprouve quelque chose d’analogue à ce quedoit ressentir le malfaiteur qui a mérité saSentence, dit-elle rréveuse, et comme parlant autant pour elle-même que

Apour moi, et qui reçoit son ordre d’élargissement. Je Psuis presque effrayée de me retrouver en face de-ce monde que j’ai quitté depuis si longtemps, Je n'étais pas très-bonne quand je suis venue dans cette mai-

On... je suppose que vous le savez, Jeanne, mais e la quitte mille fois pire. Je suis venue ici avec n Cœur humain au moins. un cœur capable d’aimer t de sentir le remords ; mais je n’ai plus ni cœur ni remords. J'aurais voulu être sa servante, son esclave, dais il m'a repoussée avec mépris. Je-lui aï dit que je ’aimais et que je lui avais toujours été fidèle, et il m’a éclaté de rire à la face. Les femmes peuvent pardonner beaucoup de choses, mais élles ne pardonnent pas

npelles-là. S'il m'avait seulement abandonnée... sil

p'avait pas demandé le divorce, je n'aurais jamais trou-

lé son repos. jamais, je le jure. Je me serais retirée en l’aimant toujours et en lui restant fidèle jusqu’à la fin. Maintenant, maintenant...»

« Elle se tut, ses mains g croisèrent, ses dents claquèrent, ses yeux noirs brillèrent comme la prunelle du chat dans les ténèbres. |

€ — Maintenant, je lui rendrai ce qu’il m’a donné de souffrances, tôt ou tard, quand je devrais y perdre da vie. Je me vengerai… je le jure! »

« Je m’éloignai d’elle, car la vue de son visage bouleversé et ses paroles dures et cruelles m’inspiraient

lune horretif que ma figure devait trahir,

€ — Tout cela vous semble bien terrible et bien choquant? me demanda-t-elle avec amertume. Vots : \e +

êtes d’une nature pieuse et convemable; ma bonne Jeanne, vous qui marchez droite.et persévérante dans la voie simple et. unie de:la vie régulière depuis le ber- . Œ@au jusqu’à la tombe. Rassurez-vous, je ne froisserai pas plus longtemps vos sentiments. Je pars aprèsdemain et, comme souvenir, j'ai l'intention de laisser | cette créature derrière moi... » | < Elle désigmtait le berceau dans le coin de la chämbre. Nr. et, € — Vous. vous avez l'intention de laisser l’enfant ? demandai-je avec étonnement.

« — J'ai l'intention de laisser l'enfant, réponditelle avec un ,demi-sourire parodiant mon accent consterné. Vous ne supposiez pas qué je voulusse l’emmener avec moi, n’est-ce pas? Je pars dans deux jours pour recommencer une nouvelle existence en qualité

de jeune femme du monde... une jeune femme, entendez-vous, Jeanne ? Et vous pouvez être certaine que je ne voudrais à aucun prix traîner avec moi, comme une vieille femme, cette créature embarrassante. Oui, Jeanne, je veux vous laisser l'enfant, si vous voulez le garder ou... à Mme Waters, si vous n’en voulez pas.

«— Oh!je garderai l'enfant, et qu’il Soit le bienvenu, dis-je. Pauvre petit innocent ! »

« Et comme il était là, plongé dans le sommeil, si petit et si faible, plus à plaindre encore que s’il eût êté orphelin, et cela presque au moment même de sa naissance, je me penchai vers lui et le baisai avec des larmes dans les yeux.

€ — Vous êtes une bonne fille, Jeanne, dit-elle plus doucement. Je voudrais, oui... de tout mon cœur, je voudrais être comme vous. Maisil est trop tard main-

“ tenant pour former de semblables vœux. ce quiest L fait est fait. Garderez-vous l'enfant?

r US UN MARIAGE EXTRAVAGANT . 41

le; ma bonne : « — Jegarderai l'enfant.

évérante dans &— J'en suis bien aise; elle sera bien chez vous. Un depuis le ber- our ou l’autre je reviendrai la réclamer. Qu'elle ne ne froisserai meure pas, Jeanne. elle a une œuvre à accomplir dans e pars après. Elo monde, et il faut qu’elle l’accomplisse. Je vous payeion de laisser rai, comme de juste, et je vous payerai bien. L'argent ; que j'ai apporté quand je suis venue ici est presque coin de la tout dépensé. Mais là-bas, au delà des bois et de la É EUR rivière, il y en a toujours pour les cervelles et les ; laisser l’en- pains habiles. Je vous laisserai le mobilier de cette #4 i aisop ; vous le vendrez ou le garderez, comme vous j nt, répondit- Mlle jugerez plus utile. Où que ce soit que j'aille, je vous 1) mon accent aisserai une adresse d’où les lettres me parviendront. ji oulusse l’em- N « — Et vous né reviendrez jamais... jamais pour “| Is deux jours revoir votre enfant ? lui demandai-je. el e en qualité À <— Jamais, Jeanne, jusqu’au jour où je viendrai vous femme, en- la redemander. Pourquoi viendrais-je ? Jen’en aiaucun certaineque souci, pas le moindre, dans le sens que vous l’entendez. moi, comme Un jour, si nous vivons toutes deux, je la réclamerai… ssante. Oui, fun jour son père doit apprendre, à ses dépens et pour vous voulez son malheur, qu’il a un enfant. »: | voulez pas. ! « Une lueur étrange passa dans ses grands yeux soit le bjen- noirs d'or et s’éteignit lentement. Mais elle ne parla | plus. Ses mains croisées étaient paresseusement posées sommeil, si sur ses genoux, et son regard mélancolique errait que s’il eût sur la rivière et les coteaux que l'ombre gagnait nême de sa apidement. La lumière rosée du soleil déjà disparu ai avec des sétaitéteinte, et le crépuscule étendait sur les objets, omme un Voile de gaze. L'enfant se réveilla en criant dit-elle plus J'avais son biberon prêt, j’allumai la lampe, et je la On Cœur, je evai. Quand je la tins sur mes genoux, aspirant trantard main- quillement le contenu du flacon, en fixant vague-

. ce qui est nent ses grands yeux noirs qu plafond, sa mère se reourna et la regarda en silence:

« Avec sa pôtité figure blanche, ses grands yeux noirs et ses abondants cheveux noirs, on eût dit plu-, ! ‘ tôt un de ces lutins imaginaires des contes de fées ‘20 qu’une petite créature humaine en' bonne santé. ‘4 __€— Voilà un affreux petit objet, fut la remarque maternelle de Mme Gordon après cette longue contemplation; mais les vilains enfants deviennent beaux souvenben grandissant, dit-on. J’ai besoin que celle-là * soit belle... il faut qu’elle soit belle. Le sera-t-elle? qu’en pensez-vous, Jeanne? Réellement, me ressemblera-t-elle ?

© «— de le crois, madame... beaucoup. EL je l’en plains davantage, ajoutai-je tout bas.

€ — Ah! dit-elle en la considérant d'un air pensif, a-t-elle quelque signe de naissance, la fraise tradi. tionnelle sur le bras, la tache au cou, un grain de beauté, vous savez, enfin, quelque chose ? À

« — Elle n’a aucune marque d’aucune sorte, de la tête aux pieds. -

€ — Tant pis. il faut que nous lui en fassions une 4 alors. L’art doit suppléer les défaillances de la nature.” Cela sera fait demain: >

« — Qu'est-ce qui sera fait?... Madame Gordon, certainement vous ne voulez pas dire. À :

« — Je veux dire que je veux marquer cette enfant de façon à pouvoir la reconnaître dans cinquante ans, sil le faut. N’ayez pas l’air si effrayé, Jeanne. Je ne veux rien faire de très-terrible. On marque les mouchoirs, pourquoi ne marquerait-on pas les enfants ? Vous, pouvez mourir; elle peut grandir et se perdre. Oh! oui, cela peut arriver. Si elle tient de sa mère, vous ne serez pas sur un lit de roses pour l’élever. Nous pouvons nous rencontrer dans la vie et nejamais nous reconnaître. Jai besoin de prendre des précau-

Le le

NT

Mons contre cette éventualité, Je veux reconnaitre Va fille quand nous nous rencontrerons,.

« — Par pitié, madame, qu'est-ce que vous voulez re ?

D« — Avez vous vu, Jeanne, des tatouages faits avec ongue contem- ncre indienne ? Oui... Eh bien voilà ce que j’ai l’iniennent beaux tion de faite. Je marquerai ses ihitiales sur son in que celle-là 4 Fas\demain, exactement comme je les marque sur Le sera-t-elle ? Mes mouchoirs, vous m'’aiderez. t, me ressem- — Non, iiadame, criai-je avec horreur, je he veux ks. Pauvre petite! Madame, je vous en prie, ne up. El je l'en tes pas cela! c'est trop cruel |

. “ik — Cruel? niaise! je lui administrerai uh nartique et elle ne señtira riens Ainsi, vous ne voulez Res m'aider? | M« — Trés certainement non!

( — Trés-bien, ce sera Bettine alors. De peur que Mtre sensibilité si impressionnable ne soit trop

ouvée si vous étiez dans la maisoh, vous pourrez

Für etaller voir votre mère et votre sœur. Mais VOUS

me demandez pas quel sera son nom , Jeanne?

K — Commeje suis charpée de la garder, en suppo- > Gordon, cer- Mint toutefois qte Yous no la tüiez pas demain, je serais

d pendant bien aise de le savoir, madame Gordon. € — Je n’ai pas le moins du monde l'intention de

uer, Fassurez-VOUs, je n’ai päs besoin qu’elle meure. g’eût été un garçon, j'avais toujours eu l'intention

ss grands yeux on eût dit plu-,

contes de fées ne santé.

at la remarque

‘un air pensif, fraise tradi- “un grain de e? x ne sorte, de la

n fassions une de la nature. :

r cette enfant nquante ans, eanne. Je ne |

que les mou- ns ces jours, hélas ! déjà si loin de moi. J'avais eu les enfants ? ntention de lui donner lé nom de son père. et se perdre. « Elle se tut un moment ét tourna ses regards vers

, de sa mère, orizon. Ce souvenir la touchait encore et l'émouur l’élever. ir — | ee

et nejamais « — C’est une fille, malhetireusement, reprit-elle

des précau-

ec résolution, mais je l’appellerai tout de même

comme lui. Gordon Caryll : un joli nom, n’est-ce pas, Jeanne? Un nom étrange pour une fille. Toutefois jusqu’à ce que. je la réclame et que le moment conve. nable soit venu, nous laisserons Caryll de côté et now D la nommerons Kennedy. Kennedy est un bon vieu: ! nom écossais, un nom respectable... Gordon Kenned fera très-bien. Demain je lui marquerai les initiale +G. K. sur le bras, et quoi qu’il arrive, dans des année et des années, si jamais ma fille et moi noùs nou rencontrons, je la PECOnnaIt toujours et parton} cette marque. » v

« Je n’y pouvais rien. Mon ‘cœur saignait et &

révoltait contre sa cruauté. Mais elle était mère «

. maîtresse et pouvait faire ce qu’elle voulait. Je nt voulais pas assister à cette torture. Bettine pouvai l'aider ou ne pas l’aider, selon son idée; moi, je sorti rais.

‘« Le lendemain matin, nee après le déjeuner, je quittai la maison et j’allai passer la jour née chez ma mère. Le soir, lorsque je revins, j trouvai la chose faite : l’enfant, encore endormi, re posait dans son berceau, lasbras enveloppé, Bettir, encore émue, Mme Gordon calme et froide.

« — A-t-elle crié? demandai-je en embrassant petit visage pâli.

« — Ah! mais oui, mademoiselle, répondit Bettines de sa voix perçante; elle a crié à se briser le cœur jusqu’à ce que, madame ayant doublé la dose de lk drogue, elle s’est calmée. Son bras. son pauvre pet: “bras d’enfant.… sera douloureux et enflammé pendan bien des jours encore. C’est un cœur de roche, mad

moiselle, que cette jolie petite madame. » "7 = « C'était notre dernière soirée à Saltmarshi, s0:4 rée longue, calme, monotone. Je me défiais de lé

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