SATIRE CONTRE L'IGNORANCE
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« Ont cru qu'il convenait d'entendre raillerie,
“ Et n'ont dans tes propos, vu qu'une étourderie
u Minerve t'a laissé quelques grains de raison ;
“ Les muses, souriant comme à leur nourrisson,
: T'ont lnissé purcourir les rives du Permesse,
« Et combattre assez bien l'Envie et la Paresse.
“ Moi-même, j'ai prescrit, me montrant indulgent
“ A tou grave délit ce léger châtiment :
«Tu n'iras point porter, sans mon feu, sans ma grâce
« Tes téméraires pas au sommet du Parnasse ;
«Tu resteras en bas: ainsi je l'ai voulu,
“ Ainsi la déerété mon pouvoir absolu :
«Tu seras en un mot plus rimeur que poëte :
“ Ditférent de celui que ton pays regrette,
« Qui, fort du beau génie et de l'heureux talent
“ Que des mains de Nature il reçut en naissant,
“Et que je réchauffai de ma divine flamme,
“ Brilla dans la chanson, l'épitre et l'épigramme,
Y montra de l'esprit les grâes et le sel :
“ N'espère point, enfin, d'être un autre Quesnel," Apollon parlait mieux, mais je ne saurais rendre Le langage divin que je crus lors entendre.
Ce dieu pour me panit d'un coupable discours, Me défend de chanter les combats les amours.
Ne pourrait-on pas même appeler téméraires.
Mes efforts pour traiter des choses plus vulgaires, Si des esprits plus forts, des rimeurs plus experts, En ont fait, avant moi, le sujet de leurs vers ? Qui dirait le berger, l'abeille, après Virgile ? Qui dirait les jardins, les champs, après Delille ? Et, quand on l'oserAit, ÿ gagnerait-on bien, Serait-on bien compris, Au pays canadien, Où les arts, le savoir, sont encore dans l'enfance; Où règne, en souveraine, une crasse ignorance ? Oui l'ignorance, ici, doit restreindre un rimeur, Ou, s'il est obsatiné doit lui porter malheur : Pour l'ignorant lecteur, obscur, impénétrable, Il est qualifié d'insensé, d'exécrable ; On vous l'envoie au diable, à la maisen des fous. Partieularisons ; où trouver, parmi nous, Qui ne confonde point le granit et le marbre ; Qui sache distinguer sur la plante ou sur l'arbre, Style, pétale, anthère, étamine, pistil ; Qui du même œil ne voit émeraude et béryl ; Qui de l'ordre toscan distingue l’ionique, Le convexe du plan, le carré du cubique.
Pourtant, je ne veux point d'un style exagéré, Dire, avee un auteur, que tout est empiré ; Que les premiers colons, nos ancètres, nos pères, Furent, bien plus que nous, entourés de lumières ; Qu'ils apprenaient bien mieux le latin et le grec; Que les arts florissaient beaucoup plus dans Québee. Suivant moi, ce langage est loin d'être orthodoxe ; Et pour mettre à néant ce hardi paradoxe, 11 n’est aueun besoin d'un long raisonnement ; Un regard en arrière, "n coup d'œil le dément. 11 suffit de savoir que sous notre ancien maître, Louis, nul imprimeur ici n'osa paraître ; Qu'on n'y faisait, vendait ni livre, ni journal : Voy ce sujet, quelques mots de Raynal ; L'exagération à part, on l'en peut croire.
Avant lui, Charlevoix, offre, dans son histoire, D'une ignorance étrange un exemple, frappant : Un mal épidemique, inconnu, 8e répand, Met anx derniers abois tous les colons qu'il frappe ; Ainsi qu'en pareils cas, aux enfants d'Esculape On recourt: mais voyant tous leurs soins saperflus, ïis déclarent tout net, qu'ils ne soigneront plus ; Proclament que le mal provient de maléfice ; Accusent des sorciers l'envie et la malice,
Et sans les secourir laissent mourie les gens. Vit-on des médecins, ailleurs, plus ignorans ?
Non, certes ! mais sans faire aucun pas rétrograde, Quelque part, on a vu maint ignorant malade,
Qui voyant dans son mal un ordre exprès des Cieux
Et dans les soins de l’art un grand péché contre eux,
Fuyait rout médecin, refusait tout remède ;
Mais, Dieu dit: “ Aide-toi, si tu veux que je t'aide ;”
Et se laisser mourir, quand on peut l'empêcher,
Ce n'est pas plaire au Ciel, c'est contre lui pécher. L'ignorant, quelqu'il soit, est un homme coupable
S'il se charge d’un soin dont il n'est pas capable.
Qui croirait qu'on a vu plus d'un représentant,
Par la foule porté dans notre Parlement,
Ignare jusqu'au point de ne savoir pas lire,
Et de la main d'autrui se servir pour écrire !
A la chambre,” nous dit-on, “ si tous savaient parler,
Ils ne finiraient plus.” Mais, s'il faut leur souffler :
Oui, non, n'est-ce pas chose honteuse et nuisible ? Quelquefois, l'ignorant ne se rend que risible,
Surtout, quand par son or ayant fait quelque bruit,
Il commence à vouloir traneher de l'homme instruit.
Pour le peuple ignorant l'orage, le tonnerre,
Les tourbillons de vent, les tremblements de terre,
Tout est mirnculeux, tout est surnaturel.
Heureux, encore heureux, si Dieu, si l'Eternel
Est cru l'auteur puissant Jes effets qu'il admire,
Ou leur cause première, et si dans son délire,
Sous les noms de sorciers, d'enchanteur, on devin,
Il n'attribue à l'homme un pouvoir surhumain,
Le pouvoir de créer le vent et la tempête
De s'élever en l'air, de se changer en Lôte ;
De rendre un frais troupeau tout à coup languissant,
Une épouse stérile, un époux impuis
Insensé, d'où viendrait ce pouvoir détestable ?
Dis-moi si c'est de Dieu : dis-moi si c'est du diable :
L'attribuer au Ciel, c'est blasphôme, à mon gré:
Dire qu'il vient da diable, et s'exerce malgri
La volonté de Dieu, ce serait pis encore,
L'un combat la bonté qu'en cet être on adore,
L'autre abaisse et détruit son suprême pouvoir.
De là, les mots sacrés, les cartes, le miroi
Les dés, les talismans, les sus, les amulettes,
Folles inventions d’ignares fcramelettes,
Des superstitions le mode est infini.
Pourtant ne faisons point un tableau rembruni :
Bientôt, nous jouirons d'un horizon moins sombre ;
Déjà, des gens instruits je vois croître le nombre ;
Déjà, Brassard, suivant les pas de Curateau,
Donne au district du centre un collège nouveau.
Et, si mon vœu fervent, mon espoir ne m'abuse,
Ou plutôt, si j'en erois ma prophétique muse,
(Une déesse, un dieu peut-il être menteur?)
Je noble exemple aura plus d'un imitateur.
Je crois même entrevoir, dans un avenir proche,
Le temps, ou délivré d’un trop juste reproche,
Où, par le goût, les arts, le savoir illustré,
Comptant maint érudit, maint savant, maint lettré,
Le peuple canadien, loué de sa vaillance,
Ne sera plus blâmé de sa rustre ignorance ;
Où, justement taxé d'exagération,
Mon écrit, jadis vrai, deviendra fiction.
Michez Bisaup.
Comment se réchauffer, par un froid de quinze degrés au-dessous de zéro dans une pièce sans poële ni calorifère, n'ayant pour unique meuble que la statue de l'empereur Napoléon ler ?
Hi
Eh bien! coupes le bras de cette statue et vous aurez alors un bon appartement chaud. (Bonaparte manchot.)
mn Le
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