A MON AMIE
Combien ta charmante lettre m'a fait de pluisi Horteuse, elle m'a transportée dans eette belle France si chérie, cette France que j'aime tant, drais revoir, ce Paris qui a été le rêve de toute ma vie, où je voud vre et mourir. Toi tu l'as habité pendant dix longs mois, tandis que ta meilleure amie Juttait ici, avec énergie, contre tous les chagrins qui “eumulent autour d'une femme bien née, que le malheur a plongée dans ln nécessité de gagner son existence.
Ah! Hortense, que de fois ensevelie dans une amère rèverie, j'ai revu les premières années de ma j enfant gatée de la fortune, comme toi alors, je folâtr avec gaieté dans les allées fleuries de notre splendide demeure, où tout semblait sourire à mes vœux, où un avenir de prospérité et de bonheur apparaissait devant moi
Avec une âme ardente, une imagination vive, un amour passionné pour tout ce qui est noble, grand et beau, que de rêves j'avais faits alors, et e'était en ton cher petit ÉŒur, Hortense, que je confiais tous mes désirs, que | F toutes mes espérances qui, hélus ! auraient pu se alle si les eruelles destinées ne m'avaient, d'un seul coup, en'evé ère et ma mère, puis ensuite ma fortune et ne m'avaient ule, pour être lancée, sans merei, dans cet océan terrible qu'on appelle le monde, avec une petite sœur de trois à
Ah! eul souvenir me fait encore tressaillir de douleur. Comment ai-je pu survivre à tant d'épreuves ? Je erois que la vue de Lucette fut le seal talisman qui soutint mon eourage. Cette sœur, pour qui je devais désormais être une mère, me préserva du désespoir,
Lorsque je la voyais dans son berceau, gentille comme un amour, reposer si tranquille, souriant à ses rêves d'ange, je me rattachais à la vie; pour elle je travaillais avec plus d'ardeur; tout le jour et même la qe le pinceau où la plume ne quittait pas mes doigts. fallait gugner pour cette chère en ant, afin qu'elle ne . pas les privations dout sa sœur aînée subissait les terribles rigueurs,
Combien souvent, brisée de fatigue, humilié ancienne connaissance pour qui la pauvreté est un v suis entrée le cœur navr
is
e, où,
une e, je 6 dans ma chambrette pour y verser des larmes amères ; mais je sentais soudain deux bras caressants entourer mon cou, puis un petit visage doux comme un velours se frolait contre le mien et une voix argentine me disait à l'oreille :
— Ne pleure pas, Gilberte, Lucette ne le veut pas. Alors je la couvrais de baisers, j'oubliais ma misère, le monde avec sa perfidie, son égoïsme et sa méchanceté, pour me souvenir seulement que je pressais là, sur mon cœur, un petit être plein de tendresse pour qui j'étais tout ici bas, qui n'avi que moi seule sur terre pour l'aimer : alors je me sentais moins triste et je comprenais l'amour immense d'une mère, les sacrifices qu'elle peut faire, son dévouement sans bornes. Non on ne peut être complètement malheureux lorsque Dieu nous confie un de ces chérubins.
Combien, Hortense, je trouve à plaindre ceux qui n'aiment pas les enfants, que de douces jouissances ils ignorent, que de saints enivrements ils ne connaîtront jamais. Pour moi le babil de Lucette a toujours été une musique qui x su dissiper les tristesses de mon âme, et sa présence a grandi mon énergie ; c'est par elle que je suis parvenue à une modeste aisance.
Depuis quelques jours, j'ai quitté Montréal pour aller m'ensevelir dans une agreste campagne. l'air frais, un ciel pur, des champs fleuris, une Hupie rivière, voilà tout ce qui m'entoure, une maisonnette perdue dans un bois de fougères et tu as le tableau de l'endroit que j'habite, Hortense puis comme toi donner des dé intéressants sur quités, les monuments, les curiosités qui s'offrent à mes regards; car tout est primitif ici, rien n’a été changé par la