UN SOIR D’OCTOBRE
Sept heures, la nuit est belle, la lune s'est levée radieuse,
le immaculé de nuages, c’est une nappe limpide où
les diamants aux reflets argentés viennent se noyer. Il fait
froid cependant, un ‘vent glacial nous transit et nous gêle.
Chacun hâte le pas, on sent que c’est l'automne qui nous siffle rudement à l'oreille que le frileux hiver est proche,
Les hommes marchent vite, les femmes serrent plus étroitement autour d'elles l'ampleur de leurs manteaux. Personne ne s'arrête en chemin, la température vous pousse à suivre votre route ; celui qui est au dehors est impatient d'atteindre sa destination ; on apprécie plus qre jamais la douceur du logis. Moi qui m'en vais tout sin,..ement dire quelques dizaines du rosaire à Notre-Dame, je fais comme tout le monde et ne perds pas mon temps à examiner mes voisins.
Cette pieuse coutume, qui réunit, chaque soir du mois d'octobre, la foule aux pieds du trône de la madone, je dois l'avouer à ma honte, n’a pas encore été suivie par moi ; mais enfin, il y a un commencement à tout ; ce soir, j'y vais et si je suis l'ouvrier de la onzième heure, j'espère cependant qu’on ne refusera pas mon travail.
J’atteignis bientôt le vaste édifice, on y arrivait de toutes parts, les femmes encapuchonnées, les enfants enroulés dans leurs vêtements, ressemblaient plutôt à des manchons vivants qu'à des êtres humains, Je suivis le courant et j'entrai poussée par deux ou trois commères qui, dans l'excès de leur zèle, ne craignaient pas de meurtrir leurs voisins pourvu qu'elles eussent accès les premières.
L'église était, pour ainsi dire, dans la pénombre, cette nef immense, dont l'obscurité n'était piquée, de ci de là, que de quelques points brillants, semblait une nuit profonde où s'illuminent dans la distance quelques scintillantes étoiles.
Le . être, en surplis blanc, récitait les Ave, que la foule prosternée redisait après lui. C'était un murmure monotone et grandissant, tel que le bruit de la vague qui se rapproche.
Il y avait là réunies des femmes de toutes conditions. Le sexe fort, je dois l'avouer, était eu petit nombre, tous ces hommes là semblaient appartenir à la même classe ; tandis que chez les femmes on en trouvait qui tenaient aux rangs les plus élevés dé la société agenouillées à côté d'humbles ouvrières. On y voyait la femme qui lutte avec courage contre toutes les privations de la pauvreté, les humiliations et les revers ; et celle que la fortune gâûte: la femme aux sentiments délicats, à l’âme sensible, aux pensées généreuses ; et la femme égoiste, étroite dans ses idées, mesquine dans ses affections. Elles étaient toutes là, agenouillées aux pieds des autels du Souverain Maître, murmurant, mais avec des
CS