‹ Un mariage raisonnableChapitre 10 sur 13 · ADY NELMOOK, ai^ec bctiucoup d'ironie · texte numérisé non relu

ADY NELMOOK, ai^ec bctiucoup d'ironie

Non, je ne me moque pas! pourquoi donc me moquerais-je? il n'y arien de plus sincère que vos paroles ! Vous exprimiez si naturellement tout-à-l'heure ce qu'une anie aimante et bonne peut éprouver , qu'on voit bien que vous êtes incapable d'essayer de tromper une femme sur les sentimens qu'elle vous inspire.

ARTHUa. Ce cruel langage est-il une punition du passé? Quand je mentais, on me croyait! ne me croit-on plus quand je dis vrai ?

LADY NELMOOr, toujours ironique. Oh!

sans doute, vous dites vrai , ce n'est pas vous qui chercheriez à pénétrer par surprise dans le cœur d'une femme craintive et réservée ! qui voudriez , par défi et comme difficulté vaincue, lui inspirer des sentimens que vous n'auriez pas, que vous ne pourriez jamais avoir pour elle.

ARTHUR. Mais vos paroles, le ton dont vous les prononcez , m'étonnent et me troublent! Ah! madame, cette amère dérision . . .

LADY NELMOOR , d'un ton plus sérieux.

Oh! oui, ce serait une amère dérision , comme vous dites , si , rencontrant une femme modeste , sans prétentions , un homme employait auprès d'elle, par bravade, ce langage fait pour séduire!

ARTHUR. Mais cela est impossible!

LADY NELMOOR. Si, la poursuivant jusque dans la retraite où elle veut cacher plus de défauts que de beauté...

ARTHUR, cherchant à se souvenir. Qu'est-

ce d

onc? je m y pcr

ds!

LADY NELMOOR- Il venait lui e.xprimer

tout ce qui peut porter dans l'ame le trouble et la persuasion. Et si alors la pauvre dupe croyant qu'elle est aimée, imaginant que ce rêve de la vie des femmes , ce bonheur qu'elles devinent et qui fuit toujours devant elles, l'amour fondé sur l'estime, garanti par la noblesse du cœur, exprimé par la délicatesse; s'imaginant , dis-je, qu'elle a rencontré tout cela , si elle abandonnait son aine à cette espérance pour découvrir ensuite qu'un étourdi s'est joué de son repos, s'est moqué de son bonheur, et pour rester d'autant plus malheureuse qu'il lui faudrait renoncer à l'espoir d'être aimée après en avoir entrevu tout le charme! [Elle s'est un peu attendrie (>ers les

dernières phrases.) Oh! oui, ce serait une amère dérision.

AUTHun. Si vous saviez quel (rouble agite mon ame.

LADY NELMOOR , ret^enaiit à un tua plus cahie et essayant de sourire. Heureusement, monsieur, rien de tout cela ne pouvait arriver; vous nous avez donné dos armes pour nous défendre, {elle sourit et lui donne la lettre) et voici un bouclier sous lequel notre cœur était aisément invulnérable.

ARTHUR , atléré. Ciel ! ma leltre à ma cousine !

LADY NELMOOR. C'est dommage, n'estcepas? C'eût été une entreprise si originale que de chercher à plaire à lady Nelinoor !

ARTHUR. Je suis perdu I

LADY NELMOOR. Eh bien! monsieur?

ARTHUR, confus. Eh bien! madame?

LADY NEr,»i00R. Cette lettre...

ARTHUR. Je ne puis la nier!

LADY NELMOOR. Et...

ARTHUR. Et lady Nelmoor ne la pardonnera jamais ! J'aurais beau lui dire que chaque fois que je l'ai vue depuis ce moment une impression nouvelle, vive etprofonde a rempli mou ame de tendresse et d'admiration !

LADY NELMOOR. Elle ne VOUS croira pas.

ARTHUR. Je suis bien malheureux!

LADY NELMOOR, à la psyché, ôtant son chapeau. Cette pauvre lady Nelmoor est si laide !

ARTHUR. Je n'ai pas écrit cela!

LADY NELMOOR , ajustant ses cheoeux.

Elle cache ses cheveux parce qu'elle ne pourrait pas les montrer!

ARTHUR. Que vous êtes cruelle !

LADY NELMOUR, étant sa mantille et la jetant sur la table. Sa taille est certainement de travers, elle l'enveloppe avec tant de soin!

ARTHUR. Madame. . .

LADY NELMOOR. Sans goût, comme sans grâces, elle ignore cet art de donner à la coquetterie un air de négligence , d'être simple avec élégance , gracieuse sans affectation.

ARTHUR , l'examinant, enchanté. Mon Dieu! sous quel aspect nouveau!

LADY NELMCOR , d'un ton plus sérieux.

Lady Nelmoor, monsieur, avait été choisie par son mari pour sa figure et ses lalens; elle avait brillé par son élégance ; et tout cela, en flattant sa vanité, n'avait pas satisfait son cœur! aussi, dédaignant les hommages et méprisant l'amour, elle s'était promis de ne sacrifier sa liberté qu'à la seule amitié!

ARTHUR. L'amitié, vous?

LADY NELMOOR. Et VOUS étesvenu, monsieur, insulter ;• sa raison, qui vous condanmc, défier sou cœiu', qui vous échappe; vous moquer de sa figui-e...

ARTHUR. Qui s'en venge bien!

LADY NELMOOR, souriant. Ah! je lui en saurais gré.

ARTHUR. Vraiment?

LADY NLLMOOU , riant d'un air mutin.

Oui, vous mériteriez qu'on fût assez jolie pour vous donner des regrets! ce serait vengeance permise que de soidiaiter de vous plaire ! 31a colère est si grande, que je voudrais, monsieur, vous paraître char» mante, et qu'en vous disant adieu. . . pour toujours, je voudrais vous laisser un souvenir qui ne s'effaçât jamais !

Elle le salue et sort par la droite.

SCEINE XII.

ARTHUR, seul et exalté.

Elle est charmante , délicieuse ! j'en âuis amoureux fou ! Elle a repris tous les attraits , toutes les grâces , toute la coquellerie, tous les défauts d'une femn)e; il ne lui manque plus rien pour être adorée I Mais que faire maintenant pour l'apaiser ?

Il s'assied ;\ gauche et refle'chit.

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