SCENE km
NORMONT, ARTHUR, puis LADY NELIMOOR.
NORMONT, entrant du fond et se parlant à lui-même. Je savais Lien que lord Nelmoor avait laissé des aft'iircs en désordre; mais ruiné à ce point ! mais les dettes qui ne sont pas payées ! mais cette terre. . . {Il aperçoit Arthur.) Ah! te voilà! Eh bien! mon ami, il y a du nouveau !
ARTHUR. Quoi, tu le sais déjà?
NORMONT. Sans doute !
AUTHUR. C'est impayable !
NORMONT. J'en tremble !
AiiTHUR. Comment?
NORMONT. Je croyais lady Nelmoor plus raisonnable que cela.
ARTHUR. Elle veut être aimée pour ses seules vertus.
NORMONT. C'est bien romanesque!
ARTHUR. C'est charmant!
NORMONT. Je ne vois pas ce que tu peux trouver de charmant dans tout cela? Une terre magnifique !
ARTHUR, (pli ne l'a pas écouté. Elle est vraiment délicieuse !
NORMONT. Oui , mais elle n'est pas payée.
ARTHUR, éîonnr. Payée?
NORMONT. Elle était déjà hypothéque'e et je l'ignorais.
MAGASIN THKATHAL.
ARTHUR. Hypoilu-quée? ah çà, as-tu perdu la tête?
NORMONT. Ne sais-tu pas qu'on va la saisir?
AUTlilR. Saisir? quoi?
LADY NELMOOR , tiilroui'nint la pur/e (le droite et s" anèuinl quand elle les aperçoit. A part. Ali î il est eueoie làl... et M. de Nornioiit avec lui I
ARTIIL'R, à Normont. Adièveras-tu?
IMORMO^T. Que j'aciièvt? mais je te dis depuis une heure qu'où va saisir la terre de lady Nelumor 1
AUTiiUR. Cela se poinrai>il?
LADY NELMOOR, à part. EcOUtons !
KORMONT. Il ne lui reste rien ; cette terre étant sa seule propriété, et de nouveaux créanciers de son mari se présentant...
ARTHUR. Juste ciel !
NORMONT. Couunenllui apprendre cette nouvelle? et comment supporlera-t-elle ce malheur?
AitTilUR, se levant vivement. Ah ! qu'on le lui caclie; un chagrin à elle? oh 1 non, non !
NORMO.XT. Prends donc garde à ta foulure.
ARTHUR. Il s'agit hien de cela 1 qu'elle ignore tonjouis ce qui arrive.
WORMO.\T. C'e.^t impri.ss.hle.
ARTHUR. Iinpossihie! Ah I s'il le faut, moi , je réponds ponr t lie !
NOKMO.NT. Toi, qui n'as jamais le sou.
ARTHUR. Il est VI ai que j'ai le tort ou la raison de manger ordinairement mon revenu de l'année proihaine ; c'est une mali( c que je fais à mes héritiers ! mais je suis riclie , mes hiins sont considérables. Je peux lépondre pour bien plus que ce château. Ki, s'il était nécessaire, Normont, dispose de tonte ma foi tune.
NORMONT. Allons, tu n'es guère raisonnablf non [)lus. iM.iis lu as bon cœur, voilà un trait (|ui me mon'.re toute ton amitié poiu' moi.
ARTHUR. Hein, J>l.iît-il ?
NORMONT. Il est vrai qu'entre anciens camarades ; puis lu sais qu'avec moi. . lu n'as rien à risquer. Mais c'est égal , c'est fort beau, et j'tn garderai une vive reconnaissance.
ARTHUR. Encore une fois, cours donc vite , et loi qui sais si bien calculer , arrang»; tout cela
NORMONT. J y vais, j'y vais , mais sois tran(|uille, tu auras dessûnlés.
L\DY NLl.MOOR , « paît. Alil comment n'être pas toucbée en voyant un c<eui si généreux? ( Elle i^ient c/i scène. ) Merci ,
[ monsieur Arthur, merci ! Conibien je bé-
i nis l'eirenrà laquelle je dois de vous avoir
j vu si noble et si bon!
I ARTHUR. Vous étiez là, madame?
' LADY NELMOOR. Ilein eusement.
j ARTHUR. Quoi I vous avez entendu ! et
vous savez ce que je voulais vous cacher. i.ADY NELMOOR. Ne craignez rien, je ne
suis pas inquiète sur ma fortune! je suU
riche , fort riche I et n'ai point cessé de
l'être I
ARTHUR. Comment! ces créanciers...
LADY NEIHIOOR, riant. Ces créanciers!
une pliisanierie que j'avais imaginée ,
comme j'avais imaginé d'annoncer ma
ruine !
ARTHUR. Ah !
LADY NEi.MOOR. Les deux années que j'ai passées dans la retraite ont payé toutes les dettes de lord Nehnoor ; mais, venant en France avec rintention de m'y fixer par un second maiiige, je n'ai voulu rit n devoir à ma fortune, et, au moment de m'engagcr, une dernière épreuve dînait m'assurer de la tendresse désintéressée de riiomme que j'avais choisi! oui , je connaissais sa raison, et je voulais éprouver son cœur !
ARTHUR. Ah! vous l'estimez donc bien peu ?
LADV NELMOOR. Comment?
ARTHUR, (J'ii/i ton f nid et contraint. Je sais, madame, que cela ne me regarde point, que je n'eus jamais de droits sur votre cœur, et que vous venez à l'instant même de me bannir de votre présence; c'est pouy celui que vous aimez que je m'offense, que je m'aftlige de vos soupçons! Ah! si j'avais été assez heureux pour être à sa place, si vous m'eussiez choisi, je souffrir rais beaucoup en ce motuent, je l'avoue, et je ne sais si je pardomniais à celle qup j'aime de m'avoir fait rougir devant elle en me soumettant à cette outrageante épreuve.
LADY NEI.MOOR. Quc ditt S- VOUS ?
ARTHUR. Cacher votre fortune, pour vous assurer que ce n'est pas elle qu'oa clierehe en vous aimant... Ah ! la femme à qui il faut une preuve convaincante dç riionnèieté d'un homme , et qui prend avec lui les précautions du mépris, elle ne l'aime pas , madame , elle ne l'aimera jamais ! Il y a dans l'amour une Cbiime si giamle, ww*^. adiiiiiation si vive, mi senùmeiit si juste de ce que vaut celui qu'on aime, qu'il ne peut s'élever dans l'aine aucun doute, aucun soupçon! Les apparences fussent-elles contre lui , le monde l'eùt-il condaiijné, c'eft près ^e celle ^u'il
CN ÏURIâOE RAIâON»ABL£.
aime qu'un homme doit trouver justice.
Pensez donc, mndame, si, quand loiisTestimeut, il peut lui pardonner d'avoir osé douter de lui.
LADY NELMOOR. Quel langage I AUTHiR. J'ai toi t peut-élie d'exprimer aussi vivement nia pensée! txcusez-moi, madame! Je me reiire. Aupiès de vous, je ne suis asstz maître ni de mes paroles ni de mes. sentimens.
Il fait un profond salât et sort par le fond.
SCIiNE XIV.
LADY NELMOOR ; puis 31. DE YERPY.
LADY \ELMOOR, Seule et agllée. Eh bien! il part, il s'éloigne et je ne puis le retenir. Que lui dire? Je l'ai olFeusé, je l'ai banni. Il ne reviendra plus ! Qiulle noblesse de pensées I quelle clialtur d'expressions , quelle délicatesse de smtiniens! et je ne le reverrai jamais! Oh!... il famt... ( El/e 7)a vers la porte du fond sans tmp sauoir ce quelle fuit. M. de f^erpy paraît. ) Mon oncle...
U. DE VERPY. Où couriez-voiis ainsi, ma nièce? Et quel changement, bon Dieu!
Cette robe, cette coiffiiie, c'est charmant, charmant, en vérité ! Mais qu'avez- vous? ce n'est pas seulement votre toilette qui est différente ; vous, si calme d'ordinaire, si pai>ible, vous ètts troublée...
LADY NELMOOR 3Joi !
M. DE VERPY. Vos yeux sout pleins de larnips.
LADY NELMOOR. iMais non.
M. DE VERl'Y. IMais si, {il lui prend la main ) et vous tremblez !
LADY NELMOOR. Vous VOUS trompez, mon oncle.
M. DE VERrY'. Non, je ne me trompe pas, et je viens de rencontrer M. Arthur; il était troublé aussi. IMa nièce , auriezvous à vous plaindre de cet étourdi ?
LADY NELMOOR. A me plaindre de lui ?
de M. Anhur? oli I non, c'est impossible.
M. DE VERPY. Impos-iib'e , allons donc ! uu jeune fou, audacieux, inconséquent.
LADY NELMOOR Et où avez-vous pris, mon oncle, qu'il est fou, aud cieux et inconséquent?
M. DE VERPY. Où je l'ai pris? mais quand il n'y aurait que toutes les extiavagances qu'il a faites aujourd'hui.
LADY NEI.MOOR. Quoi donC ?
H. DE NERPY. Eh bien, sa chute de cheval ?
LADY NELMOOR. Un événement malheureux.
H. DE VERPY. IMaliieureux ! je voudrais savoir pour qui? Et Normont, enfermé
dans une chambre , pendant qu'on me letenait d'un autie côté!
LADY NELMOOR. Une méprise , sans doute!... un accident!...
M. DE VERPY. Un accident qui a des suites, il me semble !
LADY NEI.MOOR. Vous croyez?
M. DE VEHPY. J'en ai peur I... et cet amour qu'il promène aux pieds de toutes les femmes , qu'il a offert à votre amie même I...
L.VDY NELMOOR. La vanité d'une femme peut si bien se tromper sur ces choses-là !
M. DE VERPY. Ah ! mais ses affaires en désordre.
LADY NELMOOR, vi\;ement. Du désordre I lui qui toiit-à-l heure offiait une somme considérable qu'il croyait ni'étre nécessaire.
M. DE VERPï. Bah!... ah çà , mais c'est donc un garçon très-rangé, un modèle de sagesse ?