‹ Un mariage raisonnableChapitre 3 sur 13 · ARTHUR DE LA VILLETTE · texte numérisé non relu

ARTHUR DE LA VILLETTE

ARTHUR, a^ant d'entrer. Vous ne plaidez pas ma cause assez vivement, mademoiselle Mariette...

Il s'arrête en voyant les deux dames cl les salue trèsgracieusement.

EMMA. Monsieur le comte Arthur de la Villette ! {A part. ) C'est bien lui.

LADYNELMOOR, à part . Mon étourdi!...

Elle fait signe h. Mariette, qui sort.

ARTHUR. Veuillez me pardonner mesdames, si je viens plaider moi-même et solliciter l'hospitalité. Egaré sur la route

EMMA. De Paris à Fontainebleau , c'est avoir du malheur.

ARTHUR. Arrivé par hasard à la porte de ce château...

LADY NELMOOR. Par hasard I et vous voulez y entrer de force.

ARTHUR. Surpris par l'orage qui menace...

EMMA. Le temps est superbe; il ne pleuvra pas de quinze jours.

ARTHUR. IMon malheureux cheval...

LADY NELMOOR. Galopait, dit-on, bien lestement dans l'avenue.

ARTHUR. Enfin... puisque l'on ne se contente pas de ces raisons-là, j'en ai d'autres. ( // ui'ance des sièges aux dames. ) Mais...

LADY NELMOOR, à part. Eh bien!

Arthur à l'air de les supplier de s'asseoir ; les deux

dames prennent place, moitié étonnées, moitié résignées.

EMMA, souriant à part. Allons!

ARTHUR , debout entre elles d'un air grarieux*^. Dans le monde où nous vivons, mesdames, dans ces élégantes habitudes qui sont les vôtres, ne voyez-vous pas le plus maussade, le plus ennuyeux des hommes avoir le droit d'miportuner de ses visites la plus gracieuse et la plus spirituelle des femmes ? Et il n'est pas que vous n'ayez été dans le cas d'exercer votre patience à cette rude épreuve. Je n'ai même jamais vu que les ennuyeux fussent plus mal reçus que les autres. A plus forte raison, ne sont-ils jamais expulsés. Je citerai pour exemple mon ami de Normont.

EMMA. Ah!

ARTHUR. Je vous jure qu'il n'a jamais été éconduit ; et pourtant, c'est bien l'ennuyeux, le mieux conditionné...

LADY NELMOOR, séi'èrement. Monsieur.

EMMA. L'iiomme le plu.s parfait.

ARTHUR. C'est ce que je voulais dire ! Il n'a point de défauts, et ce sont nos défauts qui nous amusent et qui amusent les autres. Eh bien ! puisque l'ennui ne fait pas exclure d'une maison un honnête homme, il faut qu'il y ait quelque chose de bien grave pour motiver une semblable punition ; alors quand une femme nous bannit, on a le droit de lui dire : Madame, il n'y a ni tribunaux, ni j urys, ni conseils de guerre qui condamnent sans dire pourquoi, et avant de me résoudre à subir mon jugement, je désire apprendre quel est mon crime. Veuillez donc me le dire, je vous en prie.

EMMA, à part. Eh bien! est-ce qu'il faudra lui avouer qu'on le craignait?

LALY NELMOOR, à part. Voilà une question assez embarrassante.

ARTHUR. Pourquoi cette sévérité ponr moi seul ? une femme charmante, à laquelle mon cœur vouait lur culte involontaire, m'a banni de sa présence, mis hors do la

* Lady Nelnioor, le comte Arthur de la Villelte , Emma. imo)"»

MA6AIIN THBATRAL.

loi commune; quels sont donc mes torts?

ladY NELMOOii, à part. C'est qu'il n'en a pas.

EMM \, à port. J'étais sùie qu'en lui fermant ma porte j'avais fait une sotliso.

ARTIIL'R, (fnn ion caressant. Et l'on ne daiyne pas me répondre!

IjCs deux femmes cchangcnt Hcs regards. Enfin Lacîy

Nclnioor prend son parti, elle se lève. Emma se

lève aussi.

LADY NELMOOn, d'un ton froid. Lors même, monsieur, qu'on aurait été sévère à votre égard, il est peu p,énéreux à vous d'abuser de la situalion où se trouve une femme seule à la campagne avec une amie. Que penserait-on de votre séjovu- ici ? Ce seraii les compromettre toutes deux que d'y rester plus lonfj-temps; mais demain nous retournons à Paris. Bientôt le mari d'Enuna sera de retour.

ARTHUR. Ah !

LADY NELMOOR. Et ÎM. de Nomiont aura reçu ma main.

ARTHUR, riant. Votre main! Normont!

cela n'est pas possible!

LADY NELMOOR, après uooîf jeté sur lui des regard, d'étounemcnt. Si ces messieurs reulenl vous voir chez eux, nous n'y mettrons point d'obstacle, et vous, monsieur, comme tout autre, vous poiurez vous y présenter.

ARTHUR. Alors! oh! non! ce n'est pas ainsi! je voudrais auparavant...

Page 1