SCENE III
JENNY, lïENRY, OCTAVIE.
HEMlI , enlrnnl. Il est en grand uniforme de hussard. A lu! même. A-t-on vu un pareil butor ! {Hout.) J'ai l'honneur, mesdames, de vous offrir mes salutations.
OCTAVIE. Monsieur Henri Dalville !
TIE.XUI. Lui-même qui arrive de l'armée d'Espagne et vient tomber ici comme une bombe !.. Mais qui espère être mieux accueilli.
JEX.W , l'examinant. A part. Quel changement!..
OCTAVIE. Nous parlions de vous à l'instant même ; mais nous ne nous attendions guère à ce retour subit.
IIE>BI. Un volontaire espagnol m'a délivré un congé de trois mois avec sa carabine ; j'en ai profité pour revoir mon pays et les personnes qui me recevaient autrefois avec bonté.
JEMMY , avec intérêt. Vous avez été ble.ssé?
ilExni. Doux clievrottines avaient fait élection de domicile dans mon épaule gauche... on a eu toutes les peines du monde à les déloger ; mais je vais bt^aucoup mieux , et le bonheur de vous voir achèvera de me guérir.
JEN.N Y, [dus contente de la dernière phrase. Ah! .
llElvni, à part. Diable !.. prenons garde à ce qne je dis!... si je snis si galant, elle va encore me détester connue un jx'kin.
OCTAVIE. Vous savez , monsieur Henri, tout te qui s'est passé pendant votre absence?..
BE\RI. Oui , madame , tandis que je devenais capitaine en Espagne , BI. Victorin se faisait signer , en Autriche , sa feuille de route pour l'antre inonde.
JENXY. Ah ! cette façon de s'exprimer...
nEMRl. Ne ressemble guère à mon langage d'autrefois, pas vrai?., cela vous jnouve, mademoiselle Jenny , que le désir de vous plaire peut enfanter des miracles. Si vous saviez avec quelle ardeur j'ai travaillé à me défaire de ces paroles mieilleuses , de ces petites manières à la fleur d orange que vous baissiez tant!... Vous le voyez aujourd'hui!., j'ai la moustache, le ton libre et l'air dégagé !.. Ah! je vous demande pardon !.. j'ai oublié ma pipe dauis mon porte-manteau.
JEiNNY. Votre pipe?..
HEMll. J'en peux fumer dix par jour sans me gêner !.. Oh ! vous serez contente de moi.
A[R : Un page aimait la jeune Adèle.
Lorsqu'il s'agit d'une victoire,
Je frappe comme un vii'ux troupier ;
Quanti sous la tente il faut chanter el boire,
C'est tdujours moi qu'on truuve le premier ! Je fus vainqueur dans plus d'une querelle ; J'ai bivouaque', s.tbré , jun'' , fumé ! Knfin j'ai fait, mademoiselle, Tout ce qu'il faut pour être aimé.
{A part.) Si après ça elle n'est pas contente de moi, c'est qu'elle y mettra de la mauvaise volonté.
OCTAVIE, à part. Le pauvre garçon a la main malheureuse.
JEi^iNY, à part. Mon Dieu , quel ton!.... c'est horrible !.. Mais comment lui dire à présent?..
HENRI, à Octaoie. C'e.st à la dernière poste , madame , que j'ai connu tous les détails de la mort de M. Victoria.
OCTAVIE. Ah !.. et par qui ?
HENRI. Par son frère.
OCTAVIE. Son frère?... il est arrivé?..
HENRI. J'entrais dans la cour de la poste, au moment où l'on attelait une voiture ; je demande des chevaux, il n'en restait plus ; on me signifie qu'il faut attendre deux grandes heures... Deux jjrands diables qui vous étranglent!., dis-je aux postillons... et, comme ils refusaient toujours de me conduire , je me mets à leur administrer je ne sais combien de coups de cravache, parcequenousaulres militaires..
JENNY , à part. A-l-on jamais vu cela ?..
lUù'Sn.l,aparf. I5on!.. elle croit que je les ai battus, et ça lui fait plaisir! (Haut.) Au niomeiitoù je les étrillais, mieux (pi'ils n'c'lrilleiil leurs chevaux , un monsieur se présente à moi... je reste confondu, car,
t'N MARIAGE SOUS L EMPIRE.
au premier aspect, je crois voir votie mari , moins le costume et les moustaches pourtant!... j'apprends alors que c'est son frère jumeau, leconseiller-d't'tat, IM. Emile Geoffray. « .le vous ai entendu nommer le château de la Morlandière, me dit-il ; si c'est là que vous allez , je peux vous offrir une place dans ma voiture, car c'est aussi le but de mon voyage. » J'accepte avec empressement , nous faisons route ensemble , et là il m'annonce qu'il vient poinrégler avec vous les affairesde la succession. Enfin , je le laisse à l'auberge du village , où moi-même , pour être à votre goût , je venais d'endosser mon grand uniforme, et j'accours près de vous en toute hâte. Mais en vérité, j'avais toutes les peines du monde à ne pas croire que je voyageais à côté d'un revenant.
OCTAVIE. Mon beau-frère est arrivé I...
il ne va pas tarder sans doute à se rendre ici ; il faut que je me dispose à le recevoir. Monsieui' Henri , vous acceptez un appartement au château?...
HENRI. Très-volontiers, madame!... je voudrais toujours bivouaquer conmie ça ! OCTAVIE. Mais vous n'avez pas déjeuné ? Jenny , charge-toi de ce soin...
JEXNY. Oui , venez , monsieur.
HENRI. Oh ! moins que rien !.. une tranche de jambon et un verre de ihimi !. ah ! du rhum surtout !.. Vous verrez, mademoiselle Jenny , comme j'avale cela maintenant !
JEN\Y , à part. Il est capable de se griser pour me plaire !.. Ah ! il faudra pourtant bien que je lui dise... {Haut.) Allons, suivez-moi !
HENRI. Tous me tiendrez compagnie , n'est-ce pas ?..
JENNY. En buvant du rhum, peutêtre?...
HENRI. Pourquoi pas... ça fait faire aux femmes une grimace tout-à-fait gentille.
JENNY. Eh bien ! monsieur, vous vous passerez de la grimace.
HENRI, saluant Oclufie. A l'honneur de vous revoir, madame.
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