‹ Un martyr du désert, Jacques Roger, restaurateur du Protestantisme dans le dauphiné au dixChapitre 11 sur 27 · UN MARTFR DU DÉSERT · texte numérisé non relu

UN MARTFR DU DÉSERT

tain que M. Duplan , par son esprit éclairé e1 par ses soins, a mis notre justice en évidence, nous a fait un très-grand nombre de bons amis, et obtenu des secours bien considérables, nous ne pouvons que fonder une grande espérance pour le soulagement et même l'entière délivrance de nos Eglises , si Dieu continue , par sî grâce, à répandre ses bénédictions sur sa dé putation. Quelle douleur de voir que Tennem du repos de TEglise vienne traverser une entre prise d'une aussi grande importance , qui avan çait à vue d'œil la grande gloire de Dieu et 1 salut de tant de pauvres âmes ! Quoi ! parce qu< M. Duplan reconnaît, avec tous les savants qu'il faut que Dieu seconde extraordinairemen les faibles instruments dont il se sert pour con server la pureté chrétienne dans ce royaume faut-il le traiter de fanatique ? Parce que, selo] les exemples et les principes de Jésus-Christ e des apôtres , il soutient qu'on doit ramener le égarés par la douceur , ce dont tous les savant conviennent , qu'on doit éprouver toutes chose et retenir ce qui est bon , faut-il l'accuser d favoriser le fanatisme? Il faudrait pour cel renverser entièrement l'essentiel et trahir s conscience , étant certain que ces maximes s trouvent gravées dans le cœur de tout homm

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de bien, aassi bien que clairement enseignées par Jésus-Christ et les apôtres.

» D'ailleurs , M. Duplan vous était parfaite- Daent connu avant sa députation , et nous , persuadés que vous n'aviez rien fait témérairement, avons suivi votre exemple. Quelle douleur et mortification pour nous , si nous avions le malheur de vous voir révoquer cette nomination sur des prétextes si injustes, et surtout après que tout le monde réformé se trouve convaincu des merveilleux effets de ses soins ! Non I cela ne peut entrer en aucune manière dans ma pensée, et je m'assure qu'il se trouve parmi vous un assez grand nombre de pasteurs, de proposants et d'anciens éclairés qui ont la bonne cause à cœur, et que tous unanimement voudrez soutenir ce que vous avez si dignement fait , et que vous ne voudrez pas vous exposer, ni faire exposer tous vos corps synodaux à une semblable honte qui ne pourrait qu'être fatale à toutes nos Eglises. »

Roger, après avoir rappelé qu'une telle conduite ne pourrait qu'irriter Dieu , qui les abandonnerait à leur malheureux sort, ajoute :

€ Je ne sais d'où sont venus ces funestes calomnies , ni quel s sont ceux qui ont formé le dessein de nous frustrer des douces espérances

que nous avions justement conçues de cet députation , par les fruits qu'elle avait déjà pr duits ; mais nous vous conjurons, par les cod passions du Seigneur Jésus , par l'intérêt qi vous devez avoir à avancer le règne de Dieu à rappeler le repos de nos chères Eglises , et 1 égards que vous devez avoir de l'honneur < nos corps synodaux, de confirmer M. Duph dans sa députation, et de remplir les engage ments que vous avez pris à son égard, et ( reconnaissant qu'il est une personne véritabb ment pieuse et sincère , pénétrée d'une sincè charité et d'un cœur pur, éclairé, nous voi conjurons de faire sentir à ceux qui le calot nient l'horreur de leur crime , et à ceux q s'opposent à sa députation , combien leur pr cédé est préjudiciable au repos tant désiré ( nos pauvres Eglises. >

Le pasteur parle ensuite des difficultés péci niaires qui pesaient sur les Eglises du Dai phiné. La régie réclamait les arrérages ( vingt-trois ans , et menaçait les biens de cei qui s'étaient mariés au Désert ou qui avaie fui à l'étranger. « Nonobstant un si grand ir convénient , > ajoute Roger, « j'ose vous ass rer que nous faisons selon nos petits pouvoir promettant encore, que si Dieu nous fait

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grâce de voir augmenter nos frères, nous augmenterons aussi, dans une juste proportion, ce que nous nous flattons de faire infailliblement toucher au sieur Duplan ; car nous devons tous reconnaître qu'il ne peut que faire des dépenses beaucoup au-dessus de ses moyens. > Puis , il termine par ces considérations élevées : c II ne demande que ce qu'on lui a adjugé selon nos faiblesses; pourquoi le lui contesterionsnous encore contre notre honneur et nos propres intérêts? Non, mes très-chers frères, je m'assure tellement au Seigneur , que , comme l'exemple de votre piété , que nous proposons tous les jours à nos Eglises , en fait revenir un très-grand nombre, vous vous produirez encore comme exemple d'émulation à cette bonne œuvre, et que, passant par-dessus tout ce que quelques malintentionnés pourraient avoir suggéré, vous demeurerez fermes dans vos sentiments et mûres délibérations, en sorte que Dieu , secondant nos faibles éfTorts des uns et des autres , nous fera la grâce de nous féliciter en pleine liberté de nous être attiré l'admiration de tous ceux qui aiment le Seigneur Jésus. »

Cet éloquent plaidoyer ne pouvait manquer de réussir. Le député fut maintenu à son poste. Malheureusement, les bruits qui avaient couru

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sur lui n'étaient pas tous dénués de fondemenL Ils se confirmèrent «n s'aggravant. De séimses remontranoes lui furent adressées par lâs pastouFS du Désert* Elles ne firent qiie Tirriter. Il crut se disculper en les accusaat à leur tour. Il prétendait qu^Aatoine Court perdait son temps auprès de sa femme et à la chasse, qu'il aimait passionnémient. Court eut aisément rai* son de -ces calomnies. Il se borna à raconter ea détail, à son accusateur, une tournée d'évangélisatioii qu'il fit en juin 1728. Il terminait ainsi son récit : « Dans l'espace de trente jours, j'ai présidé trente-deux assemblées; J'ai administré les sacrements; j'ai parcouru, au péril de ma , vie, cent lieues de pays montagneux. Voilà comment je perds mon temps à la chasse et auprès de ma chère Racbel (1). »

Quelque temps après , lorsque Antoine Ccmrt se rendit à Lausanne pour y prendre la direction du séminaire, les Eglises du Désert , appré* ciant de plus en plus ses services , le nommèrent leur député général à la place de Duplan.

(1) Puaux , Histoire de la Ré formation française , t. VII ,

Besoins religieux dans le Dauphiné. — Jeûnes mensuels. — Premier synode national du Désert. — Roger le préside. — Travaux de l'assemblée. — Roger consacre Durand et bénit son mariage. — Remontrances de Court à Roger. — Création d'un Conseil extraordinaire, — Nouveau synode national. — Roger est nommé modérateur. — Décisions synodales.

L'année 1726 s'ouvrit pour le Dauphiné sous d'heureux auspices. Des besoins religieux se manifestaient de toute part , et Roger ne pouvait suffire à la tâche. « Nos affaires ne vont » pas mal, » écrivait-il à Court le l**" janvier, « et nous pourrions tous les jours nous étendre ; mais nous aurions besoin du secours de quelques-uns de vos habiles et éclairés proposants ; et il serait aussi chéri que qui que ce

fût de nous-mêmes. Sur l'état que j'ai envoy«li€ à notre avocat, je lui ai fait voir que nous au- lu rions besoin d'être dix ou douze; et si nou8|l étions une fois un pareil nombre , nous aurions encore besoin de redoubler, tant la moisson est grande (1). »

Au reste , Roger mettait parfois tant d'application dans l'exercice de son ministère , qu'il s'attirait les remontrances de son ami. < Je loue votre zèle, » lui écrivait ce dernier le 9 octobre, « mais je ne sais pas s'il ne va pas un peu trop loin. Je m'explique : rien de plus nécessaire, dans un temps de crise et de désolation tel que le nôtre , que le jeûne ; mais un acte de religion très-propre à enflammer la dévotion peut perdre beaucoup de son efficace par une trop grande réitération. Selon moi, deux ou trois Tannée devraient suffire pour le général. Permis à chacun de le célébrer souvent en particulier ; mais de faire venir le général une fois tous les mois et à un même jour, tout cela , outre qu'il a un peu l'air pharisaïque, ce qui ne serait pas une grande question, me paraît revenir trop souvent. >

C'est la même année 1726 que se réunit

(1) LeUres de Court , t. III, p. 505,

le premier synode national du Désert. La deraière assemblée de ce genre s'était tenue à Loudun en 1659. Depuis longtemps déjà, la cour , dominée par les Jésuites , ne cessait de porter quelque atteinte à la liberté religieuse des protestants. On put juger , à ce synode , que sa malveillance à leur égard n'avait pas diminué. Dans une des séances , le commissaire du roi annonça que Sa Majesté avait jugé à propos de suspendre indéfiniment la tenue des synodes nationaux , et « qu'elle n'en rassemblerait plus que lorsqu'elle le jugerait expédient. ^ Le célèbre Daillé , modérateur de l'assemblée , répondit noblement : « La tenue de nos synodes nous est d'une nécessité absolue. Il est impossible que notre religion puisse se conserver sans ces sortes d'assemblées. Les supprimer, c'est renverser entièrement la discipline de nos Eglises (1). »

Nos pères du dix-huitième siècle pensaient de même. Aussi , lorsqu'ils virent le zèle et la piété se réveiller dans les Eglises et qu'ils eurent reconnu , dans leurs courses d'évangélisation, que la population protestante, tant du Languedoc que du Dauphiné et des autres

(1) De Félice , Histoire des ^odes nationaux , p. 238.

provinces , était plus considérable qu'ils ne l'avaient cru , les pasteurs résolurent , d'un commun accord, la tenue d'un synode national. Ils voulaient réunir en un faisceau les forces vives de l'Eglise et dresser des règles communes auxquelles on se soumettrait par devoir.

C'est ainsi qu'après soixante-cinq ans d'interruption , les corps synodaux allaient de nouveau fonctionner. Les hommes du Désert renouaient la chaîne brisée des traditions et reconstituaient sur ses antiques bases l'Eglise réformée de France par un acte viril d'indépendance et de foi.

Le synode se réunit, les 16 et 17 mai, dans un vallon solitaire du Vivarais. Ses membres avaient bravé, pour s'y rendre, les plus grands périls et dû prendre des chemins détournés.

Heureusement l'éveil ne fut pas donné , et le synode put poursuivre en paix ses travaux.

Il ne ressemblait aux précédents ni par le nombre de ses membres ni par leur illustration. Ici , point de théologien éminent , point de gentilhomme occupant des charges de cour.

Il ne s'y trouvait que trois pasteurs sans grande culture intellectuelle , mais qui , par leur dévouement absolu à la cause de la Réforme, ont mérité l'éternelle reconnaissance des protes-

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tants. Nous tes connaissons déjà. C'est d'abord Jacques Roger* Agé de cinquante et un ans , il eat dans la pleine maturité de ses forœs , quHl coaservera jusqu'à un âge avancé. A soixante et dix ans , lorsque , à la suite de leurs travaux multipliés, ses collègues, plus jeunes que lui, seront brisés de fatigue, il les remplacera et tiendra seul la campagne* C'est le plus ancien pasteur du Désert, et nous savons le zèle et la fidélité qu'il déploie au service de son Maître. Les membres du synode l'appelèrent d'une voix unanime à l'honneur de les présider. A côté de lui , c'est Antoine Court , l'âme de cette réorganisation dont Roger et Pierre Gorteiz sont les bras. A peine âgé de trente ans , il jouit de la plénitude de ses rares facultés et continue à prendre sur les Eglises cet ascendant qu'il fera tourner à leur bien. Les intendants ont mis sa tète à prix, et leur police essaie, mais en vain, de s'emparer de lui. Voici le curieux signalement qu'elle nous a laissé de cet homme dangereux : € Taille de 5 p. 4 p. , assez bien fait , portant ordinairement perruque courte, un peu marqué de la petite vérole , visage plein , nez aquilin , les yeux noirs; il porte d'ordinaire un bouton d'or ou d'argent à ses habits sans galons ; il a tou- ;ours un chapeau bordé, portant l'épée et une •

canne (1). > Il fut nommé modérateur-adjoint. Enfin , Pierre Gorteiz , que nous appellerions volontiers le Farel du dix-huitième siècle , intrépide comme lui, et possédant cette éloquence populaire qui captive les masses et les entraîne. Autour de ces trois pasteurs vinrent se grouper huit proposants et trente-six anciens.

Voilà le fidèle résumé que M. de Félice nous a donné des travaux de cette assemblée (2) :

« Le premier acte du synode fut, comme dans toutes les assemblées antérieures , de lire et d'approuver la confession de foi et la discipline. Nul n'avait alors la pensée d'y contredire. C'était le fondement sur lequel nos pères voulaient tout relever.

» Après les obligations du chrétien, celles du citoyen. Ordre est donné aux fidèles d'être soumis aux puissances supérieures , au roi , aux gouverneurs , aux magistrats , et de faire pour eux des prières publiques et particulières. Admirable spectable de les voir, à une époque où ils étaient hors la loi, proclamer et confirmer,

{{) Bulletin, t. XIX , p. 367.

(2) Ouvrage cité , p. 260 et suiv. M. Hugues a reproduit en entier les actes de ce synode , ouvrage cité , t. I , pièces et documents inédits , p. 107.

comme l'un de leurs premiers devoirs, le respect de la loi du prince et de ses ministres dans tout ce qui ne touchait pas à l'obéissance envers Dieu .

» Rétablissement du culte public partout où l'on pourra, en y observant les usages traditionnels. Défense d'appuyer ses exhortations sur des inspirations surnaturelles et particulières. Silence aux femmes dans les exercices religieux. Injonction aux pasteurs de ne prêcher que l'Ecriture , seule règle de foi , et ce qui en sort, par des raisons claires et simples. Prudence et réserve, sous la surveillance des anciens, dans la convocation des assemblées. Nul éclat, ni bruit, ni bandes trop nombreuses. Pressante admonition aux fidèles sur le devoir de sanctifier le jour du Seigneur. Ni voyages pour affaires le dimanche , ni divertissements profanes. '

» Quand le culte public est impossible , célébration du culte domestique avec quelques voisins. On a conservé la prière qui se faisait dans ces réunions du foyer. « Grand Dieu , »

disaient nos pères , « nous sommes sans temples , mais remplis cette maison de ta glorieuse présence. Nous sommes sans pasteurs, mais sois toi-même notre pasteur. »

» Règles sévères pour l'admission des proposants et des ministres, et exhortations à s'ao quitter fidèlement de leur charge. Quiconque troublait Tordre ecclésiastique devait être censuré, et, s'il persistait, déposé.

» Invitation aux anciens de veiller à la sûreté des pasteurs , de leur fournir des guides et de leur préparer des retraites. La mission des laïques n'était guère moins périlleuse que celle des ministres. Pour ces derniers, s'ils étaient découverts , le supplice du gibet ; pour les premiers, la peine des galères.

» Graves censures contre ceux qui feraient bénir leurs mariages ou baptiser leurs enfants dans l'Eglise romaine. Ils devaient, avant d'être reçus à la table du Seigneur , demander publiquement pardon à l'Eglise d'une si coupable lâcheté, et promettre de n'y pas retomber.

Cette rigueur s'explique. Sans elle , la timidité des uns , les calculs des autres , le mauvais exemple de plusieurs auraient menacé de tout perdre. Chacun était libre de sortir de sa communion; mais tant qu'on voulait y rester et participer à ses sacrements , il ne pouvait pas être permis de la renier.

» Réunions aussi fréquentes que possible des consistoires et synodes provinciaux, ainsi que

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des proposants et pasteurs , afin de s^avertir et de s'encourager mutuellement dans la fidélité chrétienne.

» Aumônes et autres secours aux frères jetés en prison ou au bagne , pourvu qu'il n'y eût pas de leur faute. Ceux qui se faisaient arrêter par témérité ou imprudence n'y avaient aucun droit.

» Pour cet objet une caisse de réserve était établie avec des boursiers spéciaux, par chaque synode provincial. Les collectes servaient aussi à fournir la pension d'un député général qui était chargé de solUciter des subsides pour les Eglises du Désert auprès des cours protestantes.

» Quiconque était traduit devant la justice devait dire aux magistrats la vérité tout entière sur ce qui le concernait personnellement , mais non consentir à être le dénonciateur de ses frères. La sincérité toujours, la trahison jamais. »

« Tels furent, » ajoute M. de Félice, « les principaux articles adoptés dans le premier synode national du Désert. Il ne dura que deux jours parce qu'on avait à craindre d'être surpris ou vendu. » Les détachements de la maréchaussée roulaient, » dit Antoine Court, « et

leurs recherches étaient d'autant plus actives qu'on leur payait quelque chose pour chaque tête de prisonnier. »

Avant de se séparer, toutefois, les pasteurs du Désert s'adjoignirent un nouveau collègue. Pierre Durand , qui proposait depuis sept ans la Parole de Dieu à l'approbation générale, avait demandé l'imposition des mains. Les pasteurs lui firent subir un examen qui les satisfit pleinement, et le synode fit droit à sa demande.

Ce fut le soir que la chaire se dressa au Désert, au milieu d'un concours imposant de fidèles.

Ils étaient venus de plusieurs lieues à la ronde pour assister aune cérémonie qui se renouvelait encore si rarement. Roger prononça le sermon de circonstance. Il n'eut pas besoin d'employer les ressources de l'éloquence humaine pour émouvoir les cœurs. L'heure et le lieu de la réunion, les précautions qu'on avait dû prendre pour s'y rencontrer et surtout la solennité de l'acte qui allait s'accomplir parlaient assez haut. Avec quels accents pénétrants l'apôtre du Désert dut montrer à son jeune ami les périls en même temps que l'excellence et la douceur du ministère évangélique et appeler sur lui les lumières et l'assistance de l'Esprit-Saint 1 et l'auditoire , saisi par cette parole sympathique

dans sa rudesse , ne se doutait pas que l'intolérance religieuse devait, à quelques années d'intervalle , dresser la potence du nouveau pasteur et de celui qui l'introduisait dans la carrière.

Après la prédication, Durand se mit à genoux et promit par serment « de n'enseigner rien qui ne fût contenu dans l'Ecriture sainte ; d'exhorter les peuples à l'obéissance et de ne favoriser aucune sédition ; » puis, les trois pasteurs lui imposant les mains, Roger dit à haute voix : « Pierre Durand , nous te donnons permission, au nom de Jésus-Christ et par l'autorité de notre assemblée synodale, de prêcher la parole de Dieu, d'administrer les sacrements et d'exercer la discipline (1). »

Voici l'acte de consécration signé des pasteurs et proposants du synode , et dont nous avons la minute sous les yeux :

« Aux lecteurs , paix et bénédiction de Dieu.

» Pierre Durand , du lieu du Bouschet , paroisse de Pransles, en Vivarais, ayant proposé l'espace d'environ sept ans dans les EgUses qui s'assemblent sous la croix, en Vivarais,

(1) Meynadier, Pierre Durand , pasteur du Désert et martyr, p. 78.

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à la grande édification de tous les fidèles , avec beaucoup d'érudition , de piété et de zèle ; et lui ayant été adressée la vocation au saint ministère par une assemblée synodale le 11 septembre 1724 , continuée aux assemblées synodales du 21 juin et du 29 août 1725, s'est enfin présenté par l'ordre du synode national , tenu en Vivarais le 16 mai 1726 , pour être examiné et reçu dans le saint ministère ; à quoi nous , les soubsignés, ayant acquiescé, il a été examiné dans la vie et dans les mœurs et par un examen en théologie, en présence des députés à ce nommés efe, après avoir heureusement proposé de la parole de Dieu en notre présence, nous avons demeuré très-satisfaits de l'un et de l'autre , et avons reconnu que le Seigneur lui avait départi des talents considérables pour l'édification de son Eglise. C'est pourquoi nous lui avons conféré, à la face d'une assemblée publique, l'ordination, selon la manière de Timposition des mains reçue dans nos Eglises , pour remplir toutes les fonctions du saint ministère , soit dans la prédication de la parole de Dieu , l'administration des saints sacrements, soit dans l'exercice de la discipline ecclésiastique et dans tout ce qui en dépend, et lui avons donné la main d'association.

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» Qu'il plaise à Dieu que, par son Saint-Esprit, 1 le sanctifie et fortifie dans la vérité, qu'il le remplisse de ses grâces et qu'il fasse réussir *on ministère , à la gloire de son saint nom 3t à l'avancement du règne de Jésus-Christ.

» Au désert, le 17 mai 1726.

» En foy de quoi nous nous sommes signés :

Roger, pasteur député des Eglises du Dauphiné et modérateur du présent synode; k. Court, pasteur député des Eglises du Languedoc et Cévennes et modérateur adjoint; Corteiz , pasteur et député des Eglises de Languedoc et Cévennes. »

Suivent les signatures de sept proposants qui approuvent ce certificat (1).

Le jeune pasteur reprit ses travaux avec un nouveau courage, et, malgré le péril des temps, il songea à se donner une compagne. Il se fiança le t6 décembre à Anne Rouvier, de la paroisse de Saint-Etienne-du-Serre , et désira que le pasteur qui l'avait introduit dans la carrière pastorale bénît son union. Roger se ren-

(1) Èeeueil des actes des synodes tenus en la province du Ftvarais, de 1721 à 1793, p 19. Ce recueil précieux est manuscrit et appartient aux archives du consistoire de Lavoulte (Ardèche).

dit à son désir , et la célébration du mariage eut lieu le 10 mars de Tannée suivante. Voici le certificat que Roger délivra aux deux époux à cette occasion. C'est le seul que nous ayons pu retrouver de tous ceux que rédigea l'apôtre du Dauphiné , et c'est à ce titre que nous le publions.

« Je soussigné déclare, atteste et certifie qu'ayant vu un contrat de mariage passé entre Pierre Durand , fils légitime de sieur Estienne, expert , et de feu Glaudine Gamonet , du lieu du Bouschet , paroisse de Pransles , et damoiselle Anne Rouvier, fille aussi légitime de feu sieur Jacques, notaire royal, et damoiselle Isabeau Sautel, du lieu de Graux, paroisse de Saint-Etienne-du-Serre, le tout diocèse de Viviers , sous le consentement de leurs pères et mères, selon qu'il paraît par leurs signatures et celles des témoins irrévocables , et les susdites parties m'ayant requis de bénir leur mariage, selon la forme et liturgie de la religion chrétienne et réformée, je le leur ai aussi béni ce dix mars dix-sept cent vingt-sept, après l'exercice du soir , conformément aux devoirs de mon ministère , et selon Tautorité qui m'a été conférée dans un colloque au Wurtemberg, par l'imposition des mains qui me fut alors

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accordée; et m'ayant requis que je leur donnasse un certificat de ce fait, je le leur ai aussi donné , d'autant que témoignage de vérité n'en doit point être refusé, afin qu'ils puissent s'en servir où besoin sera ; et me suis signé.

» Ce 11 mars 172T, Roger, pasteur. »

Suivent les signatures de trois proposants présents à la cérémonie.

Le lendemain de cette fête intéressante, Court écrivit à Roger. Il répondait à une lettre de ce dernier que nous n'avons pu retrouver, mais qui renfermait sans doute quelques expressions un peu vives qui lui avaient fait de la peine. Il s'éleva plus d'une fois entre eux — nous aurons l'occasion d'y revenir — des dissentiments sérieux qu'explique le caractère un peu absolu de ces hommes, jaloux des droits de leurs Eglises respectives, et inquiets de la prépondérance religieuse que telle province aurait voulu, dans telle circonstance donnée, exercer au détriment des autres. Roger en particulier ne reconnaissait au Languedoc aucune suprématie sur le Dauphiné , et il en écrivait parfois, nous l'avons déjà vu, très-vivement à Court.

Celui-ci , plus calme et plus nrssuré dans ses expressions, sermonnait son collègue. Les liom-

mes les plus dévoués et les plus pieux ont leurs faiblesses et leurs misères qu'un biographe impartial doit relever à côté de leurs qualités. Au reste, Court donnait à son collègue des conseils qui sont toujours de saison , et qui sans doute étaient motivés. « Il y a trèslongtemps , » lui disait-iî , « que j'ai reçu une de vos lettres. J'y aurais fait réponse sur-lechamp, nonobstant certains endroits un peu durs que vous aviez mal digérés sans doute, ou pour ne pas bien me connaître ou pour n'être pas bien informé des choses sur lesquelles vous m'écrivez. J'aurais dû vous répondre surle-champ si j'avais eu une adresse sûre; mais, faute d'en avoir, j'aimais mieux demeurer dans le silence que de risquer ma lettre. Je le fais aujourd'hui, mais en laissant dans un éternel oubli ce qui pourrait me fâcher. Je souhaiterais seulement pouvoir vous représenter sans vous déplaire qu'il est important, avant que d'écrire, d'être bien informé des sujets sur lesquels on écrit, et de les arranger de telle sorte qu'on ne blesse ni la vérité ni la charité. Vous savez, mon cher frère , que nous devons être des modèles de douceur, d'humanité et de charité, que toutes nos paroles et tous nos discours doivent être assaisonnés de sel avec grâce, que nous

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devons, autant qu'il dépend de nous, entretenir entre nous une union ferme et indissoluble, tendre et empressée, avoir de Tamour, de rattachement et du support les uns pour les autres , nous corrigeant doucement et charitablement les uns les autres , lorsqu'il nous arrive, ce qui n'est que trop souvent, de tomber dans quelque faute, nous souvenant que nous sommes appelés à cela et qu'il n'y a pas de moyen plus propre à nous faire veiller et travailler plus efficacement au grand ouvrage pour lequel Dieu nous a faits. » « Dieu veuille rendre efficace , » ajoutait Court , « le ministère de ses serviteurs et faire, triompher l'Evangile de son Fils en tout lieu. » Puis il terminait par ces paroles, qui montrent qu'il ne gardait pas rancune à son collègue et qu'il croyait à son affection : « Adieu, mon cher frère, aimez-moi toujours. »

Le synode provincial des Gévennes , tenu le 26 avril de Tannée précédente , avait décidé la création d'un Conseil extraordinaire, à l'imitation du Conseil général, créé en 1594, sur l'initiative de Duplessis-Mornay. Il devait résoudre les questions importantes qui pourraient se présenter dans l'intervalle des réunions synodale. Cette mesure excellente , dont Corteiz fut

le promoteur, avait le tort grave d'avoir été pris sans Ta vis de toutes les Eglises. Court, lui même, n'en fut averti , que lorsqu'elle eut été vo tée. Cette innovation souleva quelques murmu res , et Roger , toujours jaloux des droits de Eglises, ne l'approuva pas sans réserve. Dan une lettre, du 4 avril 1727, il la trouve c cod traire aux droits des synodes, » et dans un autre, du 3 juillet, il se plaint : « de ce qu'oi n'a pas consulté et recueilli les voix dans ui cas de cette nature (i). »

Un nouveau synode général se tint dans 1 Dauphiné, le il novembre de cette année. Il s composait de trois pasteurs : Jacques Roger Pierre Durand et Jean Martel ; de cinq propo sants : Paul Faure, Villeveyre, Bernard, Boyer député général des Eglises du Languedoc et de Gévennes , et Fauriel , député des Eglises di Vivarais, et de trente-cinq anciens. Jacque Roger fut nommé modérateur , Durand mode rateur adjoint , et Boyer secrétaire. Le premie article porte : c Que les proposants qui ont ser> et signé sous le nom de proposants , se nomme ront et signeront, désormais , prédicateurs.

Une autre mesure plus importante fut de d(

(l) B^UHn» t. n,p. 240.

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fendre le port d'armes dans les assemblées , sous peine de censure publique et même de suspension de la Gène. Nos pères se rappelaient que € les armes de notre milice ne sont point charnelles, » et voulaient ôter ainsi tout prétexte aux accusations de rébellion qu'on ne cessait de lancer contre eux. La convocation annuelle des synodes nationaux, décidée l'année précédente, étant jugée impraticable , la création du Conseil extraordinaire y dont il est question plus haut, et qui avait à peu près les pouvoirs d'une commission executive, fut maintenue ; mais on eut soin d'en préciser avec détail les attributions et la durée. On en fit de même pour les pouvoirs du député général qui siégeait à Londres. Il ne devait agir que d'après les instructions du synode national , et ne rien faire qui pût porter atteinte à la puissance du roi et à son gouvernement.

C'est ainsi que les Eglises sous la croix prenaient de plus en plus conscience d'elles-mêmes , et se préparaient , par une action commune , aux jours d'épreuves qu'elles devaient encore traverser. Au milieu de difficultés sans cesse renaissantes , « elles se parlaient l'une à l'autre, » cpmme les contemporains de Néhémie , et imploraient ensemble le secours d'Eu-

Haut. Leur attente ne fut pas trompée, et elles réalisèrent au milieu des persécutions la parole de Pascal : « Bel état de l'Eglise , lorsqu'elle n'est plus soutenue que de Dieu ! »

Création du séminaire de Lausanne. — Consécration irrégulière de Boyer et de Roux. — Mécontentement de Roger. — Un colloque du Dauphiné approuve la consécration. — Dissentiments entre les Eglises du Dauphiné et celles du Languedoc.

A mesure qu'ils voyaient le succès couronner leurs efforts et s'étendre leur champ de travail , les pasteurs du Désert sentaient le besoin de fonder une école qui fût pour les Eglises une pépinière de conducteurs capables et dévoués. En effet, la persécution décimait leur nombre déjà si restreint. En 1728, le jeune proposant, Alexandre Roussel, avait souffert le martyre à Montpellier , et ces vides , aucun pasteur réfugié ne venait les remplir. Ils préféraient rhospitalité de la terre étrangère aux

persécutions de la mère patrie , et auraient volontiers répondu comme Saurin : « Nous trouvons dans les pays étrangers un dédommagement universel aux sacrifices que nous avons faits pour notre religion. » Roger et ses amis, nous l'avons vu dans leur réponse à Basnage , pensaient autrement. Ils se réunirent pour délibérer sur cette grave matière , et voici l'acte qu'ils dressèrent à cette occasion. « Ce dimanche, 15® jour du mois de mai 1729 , a été convenu entre nous , pasteurs et prédicateurs du Désert, en France, qu'à l'avenir, nous donnerons permission à tous nos frères, qui aspirent au saint ministère, et en qui nous trouvons les qualités requises, de se faire recevoir dans les académies du pays étranger, supposé que la Providence les y conduisît munis de nos attestations , et nous sommes signés : Gorteiz , Court , Claris , Roux , Roger , Maroger , Betrine, pasteurs; Rouvière, Bourbonnous, prédicateurs (i). »

Ce n'était là qu'un premier pas vers la fondatron du séminaire de Lausanne. Les Etats protestants vinrent en aide à ce projet par leur appui moral et leurs secours pécuniaires. Wil-

(1) Ch. Coquerel, ouvrage cité, t. I , p. 196.

liam Wake , archevêque de Gantorbéry , et le professeur Turretin , de Genève , s'y employèrent activement , et à la fin du mois d'août , Gourt, désigné par la voix unanime de ses collègues, se sépara, non sans déchirement, de ses chères Eglises , pour prendre la direction du séminaire de Lausanne. Cet utile établissement, qui fut ouvert de 1730 à 1809, devait fournir environ quatre cent cinquante pasteurs aux Eglises réformées de France.

Un événement qui ne fut pas étranger à la pensée de fonder un séminaire, et qui faillit compromettre la bonne harmonie des Eglises , reçut à cette époque une heureuse solution.

Un jeune protestant du Languedoc , Jacques Boyer, servait dans les troupes du roi, lorsque, poussé par son zèle , il se mit à parler dans le assemblées du Désert. Ses exhortations furent goûtées à tel point, que les Eglises de Lasalle, Durfort et Monoblet lui adressèrent vocation. Elles se cotisèrent pour lui fournir les 200 livres dont il avait besoin pour se libérer; et lorsqu'il fut au milieu d'elles, Boyer , à peine âgé de vingtdeux ans , et qui d'ailleurs n'avait fait aucune étude préparatoire , fut reçu au nombre des prédicateurs sans que le synode provincial en fût averti. Gourt et Roger, qui travaillaieat de-

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puis si longtemps au rétablissement de la discipline , virent avec une profonde douleur cette infraction aux règles établies. Leur mécontentement fut porté à son comble lorsque Boyer et un autre proposant, nommé Roux, qui se trouvait dans la même situation que lui , allèrent, de leur propre chef, demander et recevoir à Zurich l'imposition des mains. Cette affaire provoqua un échange de lettres entre Roger et les pasteurs du Languedoc. Voici ce qu'il leur écrivait le 9 mai 1729 : « Messieurs et très-honorés frères, j'ai reçu votre lettre, par laquelle vous me prévenez que MM. Roux et Boyer ont reçu l'ordination à l'Académie de Zurich. Vous alléguez des raisons de nos amis du pays étranger. Je veux convenir de la vérité de tous ces faits ; mais il me semble que vous êtes bien retenus pour ne pas me communiquer aucune des raisons de ces Messieurs nos amis , moi qui ai pour eux tant de déférence. Mais revenant au sujet pour lequel vous me demandez notre approbation, — la consécration des deux pasteurs, — cela étant directement contraire à un article du national , je n'y puis rien dire. D'ailleurs, comme je devrais répondre pour tout notre corps , je me trouve indîspensablement obligé de demander leur consentement ; et tout

ce que je puis vous dire , c'est qu'il serait nécessaire que ce fût le National qui en décidât. Vous faites paraître une surprise qu'il paraisse quelque mésintelligence entre vous et nous. Je vous dirai que si cela vous est inconnu , les indiscrétions de M. Boyer en sont les principales causes. » Et plus loin : « Vous me permettrez , au reste , que je vous avoue , avec le respect que je vous dois, que dans ce que vous faites, qui peut influer sur tout le corps de nos Eglises, vous faites paraître un peu trop de supériorité pour l'union des parties qui ont chacune leur droit particulier. On doit faire paraître un peu plus d'égard à ce qui a donné lieu au mémoire dont notre synode vous a envoyé la substance. C'est en qualité de frère que je prends la liberté de vous dire mon sentiment. »

Cette lettre est sévère et montre bien la peine que Roger dut éprouver en présence de cette grave infraction à la discipline (ju'il avait tant contribué à rétablir. Il paraît que les professeurs Turretin et Maurice de Genève , ainsi que Vial de Beaumont, ancien pasteur de Grenoble, avec lesquels il eut occasion de correspondre, parvinrent à lui montrer combien son opposition , quelque légitime qu'elle fut , pourrait

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avoir de funestes conséquences (1). Les pasteurs du Languedoc, Court et Gorteiz, décidèrent de leur donner la main d'association : c vu la confession que ces frères ont faite d'avoir violé notre discipline et d'être coupables pour avoir manqué à demander notre consentement pour la vocation qu'ils ont reçue. » Ils voulaient seulement obtenir l'approbation de leurs collègues du Dauphiné et du Vivarais , Roger et Durand ; Roger ne persista pas dans son opposition, et un colloque qu'il présida au mois de juillet suivant , et dont Villeveyre fut le secrétaire, accorda en ces termes l'approbation demandée :

€ Nous pasteurs , prédicateurs et anciens du Dauphiné, députés des cinq premières Eglises qui ont reçu Tordre dans le Dauphiné , assemblés en colloque, ayant examiné la confirmation que nos très-chers frères les pasteurs et prédicateurs du Languedoc ont accordée à la vocation que nos très-chers frères Roux et Boyer ont obtenue dans le pays étranger, et vu les représentations charitables de Messieurs nos amis, avons , par voix unanime, approuvé cette confirmation, qui a été faite le 16 mai

(1) Haag, France protestante , art. Durand,

dernier , les regardant comme vrais pasteurs légitimement appelés en cette qualité , notre pasteur Roger leur donnant la main d'association, et avons conclu qu'à notre premier synode provincial , nous ferions enregistrer la présente ; approbation , et [que] notre modérateur et secrétaire ne feraient faute de l'envoyer au plus tôt à Messieurs nos très-chers et bien-aimés frères sus-nommés. »

Roger notifia le jour même cette décision aux pasteurs du Languedoc , en la faisant suivre de ces remarques : « N'ayant pu tenir notre synode à cause des difficultés de la saison, nous nous sommes assemblés en colloque, ce 9 juillet, non tant pour nos affaires particulières que pour répondre à votre lettre du mois dernier envoyée à notre pasteur , et parce que les sujets qu'elle aborde sont de la dernière importance. Nous convenons que M. Roger a trèsbien fait de ne pas vouloir décider la chose de son chef. »

« Après avoir tout considéré, » ajoutent-ils, « nous avons pleinement approuvé la vocation reçue par nos très-chers et bien-aimés frères et la confirmation que vous en avez faite; mais nous souhaiterions que puisque cela regarde toutes les Eglises soumises à nos règlements ,

le national et chaque provincial le ratifiassent,) non pour y apporter aucun changement maii pour une plus ample confirmation et afin que personne ne puisse la contester; car pour la ception au saint ministère, nous sommes assurés que chaque corps particulier, qui fait partie de notre sainte communion , a un plein droite d'y appeler ceux en qui on trouve les quaUtés nécessaires. Les circonstances présentes et les apparences de l'avenir rendant impraticable' Farticle qui restreint les impositions au national, nous trouvons qu'il est absolument nécessaire de l'annuler entièrement, » En même temps Roger et ses amis conseillaient d'accorder ce droit aux synodes provinciaux , en laissant les candidats libres de se faire consacrer par le synode de leur ressort ou d'aller , munis d'attestations suffisantes, recevoir ailleurs l'imposition des mains. Ils demandaient seulement que, lorsqu'il y aurait une consécration, les pasteurs des autres provinces en fussent avertis , afin qu'il leur fût loisible de s'y rendre.

Au reste, toute cette lettre respire un mécontentement général à l'égard des EgUses du Languedoc. Sans doute, ces dissentiments ne portaient que sur des points secondaires. Nous ne lisons pas moins avec peine ces phrases qui

as étonnent : « Il serait nécessaire, quand us envoyez des prédicateurs à l'étranger afin y perfectionner leurs études, que vous fissiez traître plus d'égard aux droits des autres rovinces que vous n'avez fait paraître par le assé ; ou bien que cela fût réglé de manière ue .personne ne puisse se plaindre. Si on ne ègle pas et si on n'observe pas les égards que ous indiquons , nous prévoyons qu'il n'y aura ue trop lieu à la division , nonobstant la ré- Dlution des nationaux. »

L'année suivante, nous voyons percer les lêmes reproches dans une lettre adressée par oger et ses collègues au synode qui se tint ms le Vivarais le 27 décembre. Ils se plailent « qu'à certains endroits on a voulu pa- LÎtre en maîtres et s'attirer tous les bénéfices ins égard aux droits des autres. » Ils ajoutent le « les fruits devraient être communs, qu'il est pas juste d'envoyer à l'étranger prédicaur sur prédicateur pour s'y perfectionner, ndis que d'autres y ont les mêmes droits ; que est en vain que le Languedoc prétend faire des is de*son propre mouvement ; qu'il faut que s affaires soient communiquées (1). »

(l) Ch. Coquerel, ouvrage cité , t. I, p. 203. ^^ ,^p^^

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