‹ Un martyr du désert, Jacques Roger, restaurateur du Protestantisme dans le dauphiné au dixChapitre 12 sur 27 · UN MARTYR DU DÉSERT. I · texte numérisé non relu

UN MARTYR DU DÉSERT. I

On le voit , le tableau des Eglises du DéaP^'l^^ présente des ombres et nous n'avons pas sow^*^^ à les atténuer. Au début de la réforme edP^' siastique les protestants du Languedoc appoiBF^^ rent peut-être , dans leurs relations avec caw^*"' des autres provinces , quelques prétentions ff^^ supériorité qu'expliquent, sans les justifier, le» ^ nombre imposant et la grandeur de leurs souti frances. Leurs frères en conçurent de légitimel inquiétudes. La forme presbytérienne synodali adoptée dès Torigine par nos réformateurs conl sacre en effet l'égalité absolue des Eglises entra elles. Point de métropole dans leur sein. C'esl au synode national qu'appartient l'autorité su4 prême, et, composé comme il l'est des délégué! des synodes provinciaux dont les membres a leur tour sont choisis parmi les ministres et lea anciens des paroisses, il constitue en réalité lel gouvernement de l'Eglise par l'Eglise. G'esÉ cette organisation essentiellement libérale eS démocratique que Roger voulait sauvegarder.!

Au reste , des points de vue différents et par-l fois opposés ne pouvaient manquer de se pro-( duire dans cette œuvre difficile et complexe d( réorganisation dont nos pères avaient à ras-1 sembler tous les matériaux sons pouvoir tou-j jours se concerter et combiner leurs efforts.

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tifier,

' Jégitiz!

lÀCQUES ROGER. 137

irsqu'ils se retrouvaient dans leurs réunions

lodales , les explications fraternelles avaient

leu, les préventions se dissipaient. Ils resser-

ient dans la prière les liens afifectueux qui les

Innissaient et Ton se séparait plus fort pour

[aller au-devant des difficultés qui renaissaient

à chaque pas.

par-;

e de^

ras-t tou-i

Opinion de Tévêque de Valence sur les nouveaux convertis. — Lettre de Roger à Corteiz. — Il demande à Court des livres de piété. — Synode du 1 1 novembre 1730. -— Paul Faure est reçu ministre. — Formation de quatre nouveaux corps d'Eglises. — Durand préside le troisième synode national. — Sa capture. — Son martyre. — Arrestation d'Allard et de Chambon. — Nouvelles persécutions.

Si les ministres de Louis XV avaient compté sur les mesures de rigueur pour réduire les protestants, ils devaient être pleinement édifiés sur TefiBcacité de pareils moyens. Bien loin de rétablir l'unité de culte, la persécution avait achevé d'éclairer nos pères sur les erreurs d'une Eglise qui empruntait au bras séculier ses meilleurs arguments. Les nouveaux con-

ifertis n'avaient point persévéré. Fontanieu , ^intendant de Grenoble, vaincu par 1-évidence, j^rvait dû l'avouer dans son rapport à la cour ; et que monseigneur de Milon, évéque de Va- .ence, disait en 1731 de ceux de Beaumont, tait vrai de tous les autres. « Ils participent ^rarement aux exercices du culte, travaillent les jours de fête , vivent la plupart en concubinage et meurent en huguenots. Indociles et entêtés, ils refusent d'envoyer leurs enfants à l'école, se réunissent en assemblées, reçoivent des ministres prédicants , quêteurs adroits , qui, sous prétexte de secourir des frères honteux, leur extorquent des sommes considérables (1). »

Roger et ses collègues , que l'évêque de Valence a le triste courage d'assimiler à des escrocs, n'en continuaient pas moins avec succès, I à travers les calomnies et les souffrances, leur ministère béni. A cette époque, le pasteur du Dauphiné envoya un état des protestants de la province à Gorteiz. Ils se comptaient par mil- . liers. « Mais on m'a fait entrevoir, » disait-il, € que si l'on faisait un dénombrement, le nom-

(l) L'abbé A. Vincent, Notice historiqtie sur Beaumont-lès- Valence, p, 51.

bre en serait beaucoup plus considérable. »

toute part , en effet , les timides et les ind levaient la tête.

Un moyen d'atteindre les protestants enco en dehors de son influence , c'étaient les 11 de piété. Il tâchait d'en pourvoir tous les enr droits qu'il ne pouvait visiter régulièrement a Si vous donniez ordre de nous envoyer deî livres pour le public, » écrivait-il à Court « nous jugerions à propos que ce fût en grandi partie de petits livres comme des prières, ca téchismes, cantiques, psaumes , pour faire teni aux lieux où nous ne dominons point afin qu cela leur donne occasion de nous mieux recevôi et de se conformer à nos règlements , lorsqu nous nous trouverons en état de les revoir.

Dans la même lettre , il lui accusait réceptio d'un envoi de ce genre. « Nous avons reçu 1 marchandise de la main de M. Gras. Gomm elle consiste presque toute en Lettres à un prt testant de France (1) ou en Testaments, nou avons résolu d'envoyer à nos frères du Viva

(l) Voici le titre complet de cet ouvrage : Lettres à un prc testant français j touchant la déclaration du roi , par un pas teur de l'Eglise réformée. 2 vol. , chez Thomas Litonne , Lon dres , 1725. D en parut une seconde édition en 1733.

•ais, environ cinq douzaines de ces exemplaires, ivec deux des paraphrases de TApocalypse et ies Psaumes et les autres de les distribuer aux Eglises que nous servons , et pour les Testaments d'en faire tenir dans les endroits où nous ne sommes pas établis. » Il ajoutait : a La Théologie de M. Pégorier , nous la gardons pour Tusage de notre école, et si vous pouviez nous faire tenir la Logique de M. de Grouzat, elle nous serait aussi fort utile. Jusqu'à présent, nous n'avons eu que trois jeunes hommes à l'étude. Dans quelques jours nous allons augmenter de deux, et nous espérons qu'ils feront des progrès, en sorte que dans un an, ils pourront nous aider , et , dans deux années d'études , seront en état de fournir des pasteurs. » « Procurez-nous , » disait-il en terminant, « les moyens de servir tout le pays de cette province , ce que notre petit nombre nous met dans l'impossibilité de faire. C'est ce que je m'assure que vous aurez le soin de faire dans toutes les occasions et dans tous les lieux où vous cheminerez , sous la sage direction de l'adorable Providence et pour le bien de toutes les Eglises déchues de ce royaume.

Nous prions tous Dieu de rendre vos voyages fructueux pour sa plus grande gloire et

pour le salut de plus d'un million de pauvres âmes (1). »

Le 11 novembre 1730, les pasteurs du Dauphiné avaient tenu un synode provincial au Désert. Grande joie pour Roger : Paul Faure , qui proposait depuis cinq ans avec succès dans les Eglises, y fut reçu ministre. On pouvait constater les progrès réjouissants de l'œuvre. Dans le courant de Tannée, quatre nouveaux corps d'Eglises , parmi lesquels celui de Die , avaient adopté les règlements. De plus, Roger avait entrée dans un pays considérable , sans douté le val de Triève, où il put organiser cinq Eglises, et ces nouveaux frères étaient pleins d'ardeur. Dans une lettre à Court, qui renferme tous ces détails , Roger ne cache pas les espérances qu'ils lui font concevoir. On le réclamait aussi dans le Gomtat et dans la Provence , mais comment répondre à tous ces appels ? Les ouvriers faisaient défaut. Le synode en demanda un au Vivarais , et il résolut d'inviter les jeunes gens bien disposés à prendre le Désert. Ils recevraient des leçons de Roger ou de Faure, et, en accompagnant ces hommes de foi dans leurs courses incessantes , l'occasion ne leur manquerait pas

(l) Lettre du 9 mai 1731.

JACQUES ROQËR. 143

d'unir la pratique à la théorie. Trois articles furent dressés pour régler ce point, et nous avons vu Roger demander à Court des ouvrages pour l'éducation de ses élèves ambulants.

Pierre Durand avait été le premier d'entre eux. Ses dons éminents lui acquirent de bonne heure une grande influence , et il fut chargé de présider le synode national de 1730. « Il fait plus de mal dans le Vivarais , > disait un catho- ' lique, € que Calvin n'en a fait en France, en ' Angleterre, ni ailleurs. > On offrit mille écus à celui qui le livrerait. Son père , vieillard septuagénaire, fut enfermé dans le fort de Brescou ; et sa délivrance, subordonnée au départ de son fils pour l'étranger. Cette nouvelle brisa le cœur de ce dernier, mais il resta à son poste. Il eut soin , toutefois , d'envoyer sa femme et ses deux enfants à Lausanne. Là , du moins , ils seraient en sûreté.

A cette époque, Durand faisait des courses fréquentes dans le Dauphiné. « Il va souvent, au lieu de Beaumont , près de Valence, » disait le subdélégué de cette ville , dans un mémoire adressé à M. de Bernage , intendant du Languedoc. « On croit qu'il loge chez la veuve du nommé Fusier. Il a marié 'Louis Fusier, fils dé cette veuve, et plusieurs autres , et il a baptisé ,

dans le mois de septembre 1731 , un eni nommé Bost , fermier du sieur de Beauli nommé Pouchoulin, aussi du même 1; Beaumont, est soupçonné d'avoir été soi deur, et de recueillir des contributions lui sert, tant audit Beaumont, que di lieux circonvoisins... On n'a point décom il loge. On le soupçonne aussi d'avoir é vent aux lieux de Gigors , Beaufort , Bouri Espenel et Pontaix , diocèse de Die. > Et moire ajoutait : « On pourrait savoir par que sont devenus les nommés Court, thias et Jacques , aussi prédicants , et c leurs retraites (i). :^ — On se rappelle q ques était le nom de guerre de Roger.

Des recherches aussi activement pour ne devaient que trop aboutir. Surpris ( nuit du 12 au 13 février 1732, sur la rc Saint-Jean-Ghambre à Yernoux , le fidè teur répondit à l'officier qui lui demanc était M. Durand : « Oui , monsieur, je L et je connais aujourd'hui que mon he\ venue pour passer de ce monde au P( esprits. » On l'enferma dans les prise Tournon , et c'est de là qu'il écrivit à ui

(l) Meynadier, ouvrage cité , p. 70.

: Au reste , mon cher frère , ma course sera ûentôt finie. Dieu aidaut , je scellerai l'Evangile [ue j'ai prêché. Je vous prie de prier le Seifae^t en ma faveur, qu'il me pardonne mes léchés, qu'il me sanctifie par son Saint-Esprit, 3t qu'il me soutienne dans toutes mes épreuves. Grâce à Dieu, j'ai rendu témoignage de ce jue je crois ; Dieu m'a donné la force de confesser librement qui je suis. Je prie le Seigneur le me faire la grâce de finir mes jours dans son imour et dans sa crainte (1). >

La nouvelle de cette capture excita à Versailles des transports de joie , et la cour approuva c qu'on fît payer, sur le fonds des amendes , les 4,000 livres de gratification qu'on avait promises pour ceux qui feraient prendre cet homme. » Mais ce qui faisait la joie des ennemis de l'Evangile plongeait dans la désolation le troupeau du fidèle pasteur. Il y eut trois jours de jeune pour implorer en sa faveur l'assistance divine; « et, enfin, on poussa l'extravagance, d ajoute M. La Devèze, c jusqu'à prendre le deuil » pendant ces trois jours. > Détail touchant et qui honore à la ibis la mémoire du pasteur et des paroissiens.

(l) Meynadier, ouvrage cité, p. 55.

Trop de charges pesaient sur le prévenu, pour que rissue du procès fût douteuse. Après avoir rendu, dans son interrogatoire , un viril témoi- ] gnage à sa foi , Durand la scella de son sang, à Montpellier, le 22 avril. Il avait trente-deux ans. Sa femme courba la tète , sans murmurer , en apprenant la fatale nouvelle. « Dieu me l'avait donné , » dit-elle , « Dieu me Ta ôté. Que son saint nom soit béni I » Elle ajoutait toutefois : « Il me manque tant (1) I >

Les poètes des bords de rErieu chantèrent dans leurs vers incultes, mais pleins de ferveur religieuse, cette mort qui causa dans tout le Vivarais une impression profonde. Nous n'avons pas trouvé moins de quatre complaintes inédites sur le martvre de Durand. L'une d'entre elles est particulièrement intéressante. Après avoir parlé des eJBforts tentés par les Jésuites pour lui arracher une abjuration , le poëte continue en ces termes :

n leur dit qu'aux puissances, Par ordre du Seigneur, Devons l'obéissance , Le respect et l'honneur.

(I) Puaux, ouvrage cité, t. VII, p. 155.

JACQUES ROQER. 147

C'est ce dont je m'acquitte En rendant en tout lieu , Au roi ce qu'il mérite Et la gloire à mon Dieu.

Au pied de la potence Il se mit à genoux , Priant avec instance Jésus-Christ , son époux ; En voyant qu'il l'appelle Au séjour bienheureux , D'abord monta l'échelle Avec un air joyeux.

Au plus haut de l'échelle , "Un prêtre le suivait.

Sa ruse, son faux zèle, Sans doute l'animaient.

Mais , bien loin de l'attendre Le patient lui criait Qu'il n'avait qu'à descendre , En le poussant du pied.

Cher martyr, ton supplice

T'a fait passer en paix

De la peine au délice ,

Qui ne finit jamais ,

De la mort à la vie •

Par la main du bourreau.

Ton âme est recueillie

Au banquet de l'Agneau.

Imitons ce fidèle Jusqu'aux demierâ aboid ,

148 UN MARTYR D» DtSBRT.

Et si Dieu nous appelle A porter notre cpoi» , Pensons que cette plaie Ne fait pas déshonneur , Puisque c'est la livrée Des enfants du Seigneur.

Quelle impression fit sur Roger le martyre de son élève , de son ami y de celui ©u'il avait quelques années auparavant întt'oduit lui-même dans la carrière pastorale? ïl dut, sans doute, en redoublant d'activité, former le vœu du prophète : « Que je meure de la mort du juste et que ma fin soit semblable à la sienne ! »

Au reste, c'était TÏieure pour Roger et ses compagnons d'œuvre de ceindre leurs reins et de tenir leurs lampes allumées. Le zèle des persécuteurs toujours en éveil allait faire de nouvelles viqj;inies. Au mois d'août 1733 ils arrêtèrent deux amis de Roger : Ghambon et Matthieu Allard, des Petites-Vachères, près de Die. Ce dernier était un élève de son école ambulante. Ils avaient présidé la veille une assemblée à Aucelon et traversaient une montagne accompagnés d'un guide lorsqu'ils furent arrêtés par deux seigneurs du voisinage, Bernard de Volvent et Dupuy la Marne, et le curé de Lesche, nommé Barrai , qui étaient partis de grand ma-

tin pour la chasse. Enfermés d'abord dans le château de Volvent, les deux prédicants furent conduits par la maréchaussée de Die dans la conciergerie de Grenoble. Leur procès pamît avoir traîné en longueur, mais ils firent preuve Tun et l'autre d'une inébranlable fermeté.

Ghambon mourut en prison l'année suivante au mois d'août , et Allard , qui n'avait que vingt aiqis , € condamné à vie, par un arrêt du Parlement en date du 16 février 1735, pour avoir été à l'école des ministres, » fut mis à la chaîne et conduit à Marseille pour y ramer sur les galères du roi (1). Deux protestants, emprisonnés pour cause de religion, Boyer d'Establet et Brachet de la Motte-Ghalançon, moururent aussi à cette époque. La fille du dernier, enfermée pour avoir chanté des psaumes, put s'évader, ainsi qu'un aommé Magnan, de la Gharité. Condamnés par contumace aux galères perpétuelles, ils trouvé-^ reat un refuge à Genève.

Quels étaient à cette époque les coUaborateuns de iloger? Tout d'abord Villeveyre, qui parta-

{4) Lafond, past^eur.du Dé&ârl; dans la Pjnov&Qce, et qni vi- ^i^it fqueiqifefois les gajé^iens jppur cau^e dp reU/^ioA, aoi^$ a laissé cette note sur Allard : « Moins ipisérable , ayapt un métier qui lui rend quelque chose. » A. Coquerel fils , Les For" ^ats pour la foi, p. 34t.

geait depuis 1716 son apostolat et ses périls; Paul Faure , son ancien élève , et maintenant son fidèle collègue; Redon, dont le nom n'a pas encore paru dans cette histoire et qui devait quitter le Dauphiné cette même année ; Bouvier, dit Lachaud, des environs de Vernoux, dans le Vivarais : élève de Pierre Durand , il devait se montrer digne de son maître. A cette époque Faure donnait des leçons à deux jeunes gens qui exercèrent plus tard leur ministère dans le Dauphiné. Ils s'appelaient Roland et Vouland. Il n'y avait donc, en 1733, que cinq prédicateurs et deux étudiants dans la province; mais ce nombre, déjà si restreint, la persécution allait le réduire encore.

On avait trouvé sur Allard et son compagnon la liste des maisons qui servaient de retraites aux pasteurs. Un grand nombre de personnes compromises furent ajournées devant le Parlement, et la plupart condamnées à de fortes amendes. On comprend dès lors combien la situation de Roger et de ses amis devenait précaire. Ils étaient poursuivis d'un endroit à l'autre avec le plus grand soin , et ce n'est qu'à force de prudence qu'ils déroutaient des recherches habilement conduites. Jean-Louis Gheyssière dit La Blache s'était fait le dénon-

JACQUES ROQER. 151

dateur en titre des prédicants. Il ne réussit que trop dans son œuvre de ténèbres. Au mois de juin 1735, il se mit, à la tête de quatre archers, à la poursuite de Faure et de ses deux élèves , et faillit les surprendre, a Ils ne nous manquèrent que de deux cents pas, » écrit Fun d'eux ; mais grâce aux avis bienveillants d'une jeune fille, ils purent, en se tenant cachés dans les bois, déjouer leurs recherches. — « Ce traître, d continue Vouland, fit courir les maréchaussées de Die et de Valence pendant une partie de l'été, pour nous attraper ; mais il ne put pas venir à bout de ses desseins. Il avait découvert toutes nos loges , de sorte que nous ne savions pas où nous tenir. »

Moins heureux que Faure et ses élèves , Villeveyre et Lachaud étaient tombés quelques jours auparavant entre les mains du traître.

Arrestation de Villeveyre et de Bouvier. — L'évêque de Valence annonce leur capture au cardinal de Fleury. — Belles réponses qu'ils font à leurs juges. — Témoignage que leur rend le subdélégûé du Dauphiné. -r- Ils sont condamnés aux galères. — Mort d« Bouvier.

C'est le 15 juin que nos deux prédicants furent arrêtés par les soins de La Blache , dans la vallée de Quint. Voici en quels termes Tévêque de Valence, qui l'avait préparée, annonçait, deux jours après , cette précieuse capture au cardinal de Fleury : « J'envoie par le courrier , à M. le cardinal, une dépêche importante au sujet de deux ministres que je viens de faire arrêter. Je n'entrerai ici. Monseigneur, dans aucun détail , attendu que j'écris sur cela fort au long à Son Eminence. Je désire fort que vous

approuviez ma conduite et que vous vouliez bien me faire la grâce de m'bonor^r de vos ordres , auxquels je dois être plus fidèle que personne et par reconnaissance et par devoir et par affection (1). i>

Jean Yilleveyre avait alors cinquante-cinq ans, et -depuis dix-neuf ans il secondait Roger dans le Dauphiné. Ce pieux Cévenol rachetait par un zèle infatigable l'instruction qui lui manquait. Il avait rempli longtemps les fonctions de lecteur dans les assemblées , puis celles de catéchiste et de proposant , à la pleine satisfaction des Eglises, et plusieurs synodes provinciai^x l'avaient nommé secrétaire. Il fut même qi^estion de lui accorder l'imposition des mains, à moins qu'il ne s'agisse, dans la lettre suivante de Roger à Court , que de son admission dans le corps des prédicateurs : « A l'égard de M. Yilleveyre, si l'on doit procéder sur son compte à la prochaine reçue , je souhaiterais qu'il fût averti auparavant du sujet qu'on lui donnera, parce qu'alors on n'aura pas le loisir de lui accorder le temps nécessaire, outre qull pourra être beaucoup interrompu. Or , îi se faut proposer d'avoir des égards pour lui ai:^r

;. (l) Bulletin, t. XII, p. ST^et suiv,

tant et plus qu'on en a eu pour nous (1). » Villeveyre ne démentit pas la confiance de Roger. Le jour même de son arrestation , il comparut à Die devant Daniel Izoard, avocat au Parlement de Grenoble, qui remplissait les fonctions de subdélégué de l'intendant ; et son interrogatoire, rédigé par le greffier, et par conséquent d'une fidélité scrupuleuse , nous donne une preuve nouvelle de sa fermeté inébranlable.

Après avoir dit qu'il y avait environ trentecinq ans qu'il avait quitté la France , Villeveyre répondit au subdélégué , qui lui demandait où il avait séjourné depuis ce temps et quelle était sa profession : « Je suis resté environ quinze ou seize ans en Suisse ou en Allemagne , et depuis lors dans la province du Dauphiné, où je suis venu pour gagner ma vie en travaillant de mon métier de cardeur de laine et de moissonneur. »

Voici du reste la suite de cet interrogatoire, que nous reproduisons presque en entier :

— Quelle religion professez-vous?

— Je suis dans la religion protestante, et je la professe en particulier, puisqu'il n'est pas permis de la professer publiquement.

(1) Lettre du !•' novembre 1725.

— De quelle religion étaient vos père et mère, et sont-ils décédés ?

— Ils étaient de la même religion que moi, et ils sont décédés depuis longtemps.

— Dans quel endroit avez- vous été arrêté et par qui?

— J'ai été arrêté dans la vallée de Quint, ne sachant le nom du hameau , par les cavaliers de la maréchaussée, de résidence en cette ville, accompagnés de quatre sergents de quartier.

— Dans les assemblées où vous avez assisté, y avait-il beaucoup de monde ?

— Je ne dis ni oui ni non.

— Ceux qui assistaient avec vous aux assemblées étaient-ils armés ?

— Je n'ai point vu d'armes , et il ne s'en porte point dans les assemblées.

— N'avez-vous pas résidé pendant quelque temps aux Petites- Vachères ?

— Je ne veux pas dire les endroits où j'ai passé.

— Connaissez-vous beaucoup de gens dans la vallée de Quint et villages circonvoisins ?

— Je ne veux rien dire.

— Avez-vous assisté aux assemblées au lieu de Lamotte et villages circonvoisins ?

— Je n'ai rien à dire à ce sujet.

— Connaissez-vous depuis longtemps lei nommé Jean , et n'avez-vous pas discouru sur la religion protestante plusieurs fois ensemble?

— Je ne veux rien dire.

— Après les assemblées, ne faisiez-vous pas vous-même la cueillette?

— Je ne peux pas le dire.

— Après la cueillette faite, ne partagiez- vou^ pas avec le prédieant, et n'avez-vous pas ramassé, dans uae seule assemblée, plus de 150 livres?

— Je ne sais pas que dans aucune assemblée il se soit ramassé une aussi forte somme ; mais tout ce qu'où pouvait ramasser était pour les pauvres.

— Dans les différentes tournées que vous avez faites, n'avez-vous pas été présent à quelque mariage fait hors de l'Eglise romaine, soit par ledit Jean, soit par d'autres prédicants?

— Je n'ai riea à dire là-dessus.

— Avez-vous vu baptiser plusieurs enfants hors de l'Eglise?

— Je n'en dis rien.

— Dans les endroits où vous avez passé, vous a-t-on défrayé de votre dépense en considération de vos sermons?

— J'ai prêché quelquefois : tantôt on m'a

l ,JA.CQUES ROQEB, 157

péfrayé, tantôt j'ai payé moi-même ma dépense.

— Dans quels endroits avez-vous prêché ?

— Partout où j'ai trouvé des fidèles assenablés au nom de Jésus-Christ.

— Dans quel village avez vous prêché?

— Il est inutile que vous me le demandiez, parce que je ne veux pas vous le dire.

— N'est-il pas mal fait de prêcher la religion protestante contre les ordres du roi ?

— Si les hommes le défendent, Dieu le permet.

— Dans quel endroit faites^vous votre principale demeure?

— Je n'ai de domicile en nulle part.

— Quelle somme vous donne-t-on pour l'ordinaire pour chaque sermon?

— Je ne dis rien de cela.

— Dans les assemblées que vous avez convoquées , n'est-il pas venu jusqu'à deux cents personnes de différents villages , et la plupart n'avaient-elles point des armes?

— Je ne les ai pas comptées, et elle ne soQt venues armées que de la foi .

— Qui vous a donné la mission pour prêcher?

— Ce sont les ministres du Désert.

— Qui sont ces ministres du Désert?

— Je n'en dis rien.

— Vous envoie-t-on souvent des livres de* nève?

— Je ne veux rien dire là-dessus.

— Quel nombre de prédicants y a-t-il, d la province du Dauphiné, avec vous ?

— Je ne veux rien répondre.

— Avec quelles personnes commercez-v ordinairement ?

— Avec tout le monde, également.

— N'avez-vous jamais été à la messe?

— J'y ai été dans mon jeune âge, parce • j'y étais forcé, et c'est ce qui m'a obligé à q ter mon pays.

— Des rétributions que vous tirez de vos mons , en envoyez-vous une partie , de me que vos camarades, aux ministres de Genèv de Suisse?

— Non.

— Quel usage en faites-vous ?

— J'en garde pour vivre et m'entretenir je donne le reste aux pauvres.

— Avez- vous du bien de chez vous?

— Non : les dettes l'ont tout emporté.

— Aviez- vous quelque argent quand on v a arrêté?

— On ne m'a pas demandé Targent

ais, et je n'en ai point d'autre que celui que iens de vous remettre tout présentement sur able, consistant en 4 écus de 6 livres, 2 de vres, 5 pièces de 12 sols et 26 pièces de 2

- Avez-vous vos sermons par écrit?

- Je ne veux pas le dire.

- Avez-vous quelque linge et quelque habit s la maison de Planel, où vous avez été ar- ?

- Je ne le sais pas : je le laisse tantôt ici, tanà.

- Y a-t-il longtemps que vous n'avez pas 3hé?

- Il y a environ une quinzaine de jours.

- En quel endroit avez-vous fait votre der- : sermon ?

- Je ne veux pas le dire, et j'ai prêché part où j'ai trouvé des fidèles assemblés au nom Jésus-Christ.

- N'invitiez-vous pas vous-même les habits à se trouver aux assemblées , et ne prê- 3Z-V0US pas de nuit dans des lieux écartés ?

- Je ne veux plus rien dire.

- Faisiez-vous le catéchisme aux enfants ?

- Je l'ai fait partout où je me suis trouvé.

)n le voit, dans ces réponses à la fois calmes

*— ■ MtB-17-a^ ,

i6D UN tf^wn ou oâa^RT.

et fermes, le prédicateur de l'Evangile ne s pas un seul instant à taire ses convictions, connaît qu'il a fait les fonctions de prédi palgré les peines sévères édictées contre mais lorsqu'il s'agit de donner un rense ment qui ppurrait compromettre ses frères, renferme dans un silence prudent, seloi décisions prises à cet ég^ird dans les sym Jean Bouvier , dit Lacbaud , avait été a aux Bournats, hameau de Saint-Julien-en-Q le même jour que Villeveyre. Il n'avait vingt-quatre ans; mais il montra, malg jewn^s^e, la même fermeté que son compa de captivité. 11 refusa, seulement, de din nom (l^ famille, san^ vouloir s'explique:

dessus :

— De quelle religion êtes- vous ? lui dem Daniel Izoard, l'avocat au pariement.

— Je suis, répondit le jeune confesseu la religion de Christ.

— Quelle est votre profession ?

— Je n'en ai poiQt d'autre que ceU/» de cher l'Evangile dans sa pureté.

— Ne professez-vous pas Ja religion pr< due réforn^ée ?

— Je professe Isi- religiop cQftt^iiue dans T ture sainte.

JACQUES HOUKR. 161

[. — N'avez-vous jamais entendu la sainte messe ?

-— Je Tai entendue dans mon jeune âge ; mais, depuis que j'ai connu la vérité, je ne l'ai plus entendue.

— Qui vous a obligé de ne plus entendre la messe ?

— C'est parce que saint Paul m'a appris, dans son épître aux Hébreux, que Jésus-Christ ne s'offre pas plusieurs fois (1).

— N'avez-vous pas sollicité ou fait solliciter les habitants de ladite vallée pour s'asseipbler de nuit, et ne leur avez-vous pas prêché?

— Je n'ai rien à dire .là-dessus.

— Connaissez-vous l'homipe qui a été arrêté avec vous ?

— Je n'ai rien à dire là-dessus.

— Qui vous a donné la mission de prêcher?

— J'ai été inspiré par les mouvements de ma conscience , et je crois être obligé de rendre raison de la vérité à ceux qui me la demandent.

— Assistait-il beaucoup de monde à vos sermons, et les faisiez-vous de nuit ou de jour?

— Tantôt il y en avait peu et tantôt beaucoup. Je ne prêchais que de nuit, et, dans mes

(l) Epître aux Hébreux, ch. VII, v. 27.

sermons, j'exhortais le peuple à être fidèle à Majesté.

On avait trouvé trois livres dans la chaml où il couchait : La Théologie chrétienne et \ Science du salut, de Bénédict Pictet, le Noi veau Testament revu et conféré sur les texl grecs, par les pasteurs et professeurs de l'Eglû de Genève, et les Sermons de Gérieux. Il dit qui le Nouveau Testament lui appartenait, mai!

qu'on lui avait prêté les autres volumes; et, enfin, comme l'avocat du Parlement lui deman-' dait : <t S'il n'est point mal de contrevenir ai ordres du roi et de former des assemblées illicites, > Bouvier répondit, comme Villeveyre : « Je^ crois être obligé d'obéir à Sa Majesté pour ce qui regarde le temporel et même pour le spirituel, autant qu'il est conforme à la Parole de Dieu, et je ne crois pas avoir convoqué d'assemblées illicites; dans celles que j'ai convoquées, on n'a rien fait qui soit contraire à l'Ecriture sainte. »

Les juges devaient être édifiés sur la fermeté de leurs prisonniers. On revint, cependant, à la charge pour obtenir d'eux une rétractation ou des aveux compromettants pour leurs frères , mais sans plus de succès ; et ils furent conduits dans les prisons de Grenoble, où leur procès allait s'instruire.

JACQUES ROQER. 163

Ils tiennent toujours le même langage, »

Lvait le subdélégué général du Daupliiné au diaal de Fleury , le 23 juin , « quoic^ue on it pas oublié de leur faire toutes les ques- QS qui pouvaient servir à la découverte de irs émissaires, des lieux où ils ont puisé sprit de fanatisme qui les conduit et de ceux ils ont pu en faire usage : les menaces ni les omesses n'ont rien opéré dans une séance de es de cinq heures, tantôt en conversation, atôt en les interrogeant en forme. » On ne uvait faire d'eux un meilleur éloge.

La condamnation de ces obstinés n'était point luteuse. Si, par une faveur spéciale, ils ne rent pas condamnés à mort, ils allèrent, du oins, grossir, sur les galères de Marseille, le imbre des forçats pour la foi. Ils furent mis à

chaîne au mois de septembre 1736. Villeyre, qui avait été impliqué dans le procès de lambon et d'Allard, fut sans doute condamné vie. Quant au jeune Bouvier , il ne put suprter longtemps le régime odieux des galères, il rendit son âme à Dieu , après quelques Dis de souffrances chrétiennement endurées.

Tel fut le sort de ces deux compagnons d'œue de Jacques Roger; mais le Parlement de enoble , non content de leur avoir fermé la

164 UN MARTYIl DU DÉSERT.

bouche, voulut étoufifer, dans les contré avaient parcourues, le germe des mauva trines. Un homme de confiance fut env( la vallée de Quint. Il devait, sous pre faire des achats de moutons , étudier 1 esprits et en instruire le subdélégué , ce dernier pût agir en conséquence.

XIÏI

'^uland et Fâùre sef réfugient en Snisse. — Martyre de Dortial. — Placet présenté au comte de Saxe. — Synode du 7 mai 1744. Assemblées convoquées le jour. — Lecture d'un iaux édit de tolérance attribuée à Roger. — Lettre du comte d'Argenson. — Réponse de Roger. — Divers protestants sont ajournés devant le parlement de Grenoble. — La persécution ranime le zèle dans les Eglises.

Nous n'avons pu recueillir que fort pô^ de renseignements sur Roger dépurs- l'arrestation de Villeveyre et de Latîhaud jusqu'à l'année 1744v Deux de ses compagnons les plus dévoués, Faure et Vouland, sans cesse poursuivis par la maréchaussée, se réfugièrent en Suisse, en 1736. Il devaient en revenir quelque temps après. Roger resta seul chargé, avec un proposant, du fardeau du ministère. Il continua à se

dépenser comme auparavant pour le serviceP^ Eglises au milieu de difficultés sans cesse naissantes. De 1738 à 1740, il y eut, dî Dauphiné, de nombreux enlèvements d'enfa Quelques personnes, accusées d'avoir as aux prédications du Désert, durent compai devant le Parlement de Grenoble. En cerl lieux, le peuple se rua même sur ces assembla inoffensives. En 1741 , la guerre de la su( sion d'Autriche vint apporter quelque adouci sèment au sort des protestants. Un des comj gnons de Roger n'en fut pas moins arrêté, le juillet de cette année-là , avec sa femme et deux fils , dans les îles du Rhône , en face Lavoulte.

Cette nouvelle victime des persécutions reli-P gieuses était un vieillard de soixante et dix ans, f nommé Jean-Pierre Dortial, de Ghalancon, dans le Vivarais. Son nom figure, dans le registre |^ des synodes de cette province, parmi ceux des proposants. Sans être consacré et n'ayant d'ail- \ leurs reçu qu'une instruction très-incomplète, il *' présidait depuis longtemps déjà des assemblées, et il avait souvent accompagné Roger dans ses courses missionnaires. Il passait même, aux yeux de l'intendant de Grenoble, pour le diacre du pasteur du Dauphiné. Enfermé d'abord dans

[château de Beauregard, d'où son fils aînéparit à s'évader, puis transféré, cinq mois après, ^ec sa femme et son autre enfant, dans les tisons de Nîmes, Dortial n'en sortit que pour Imparaître devant ses juges, le 31 juillet 1742. H Lorsque le vieillard entra dans la chambre du bnseil où devait avoir lieu l'interrogatoire, il |ta son chapeau et sa perruque , et , levant les feux au ciel , il s'écria : « Maître de la nature , jui tiens tous les hommes à ta disposition, Daintenant que tu veux m'éprouver, veuille me lonner les forces qui me sont nécessaires. Fais [ue ton Saint-Esprit soit sur moi, afin que je sois anctiflé. Veuille encore présider au jugement ue les hommes vont rendre contre moi, je t'en upplie, au nom et par les mérites de ton cher 'ils, mon Rédempteur. »' Ensuite, s'adressant ux juges, il leur dit : « Messieurs, prenez garde u jugement que vous allez rendre. Je ne suis 3upable d'aucun crime. » Il n'en fut pas moins 3ndamné à être pendu, et son gibet fut dressé ) même jour sur la place de l'Esplanade. Il écria-, en voyant l'instrument du supplice :

Grand Dieu, dresse mes mains au combat, et les doigts à la bataille. » Il entonna ensuite le saume XXV% et, après avoir demandé à Dieu, ^ns une fervente prière, qu'il pût édifier par sa

mort ses pauvres frères, qui gémissaient sous ht tyrannie de TAntichrist, il monta Téchelle aveccourage. Ses dernières paroles furent celles dn Sauveur expirant : « Père , je remets mon esprit entre tes mains. » Deux hommes , arrêtés avec lui, furent condamnés aux galères. Quant à sa femme et à son fils, ils ne tardèrent p» à recouvrer leur liberté (1).

Ces exécutions capitales, qui navraient !è cœur des protestants, n'arrêtaient point cependant le réveil général des^ Eglises. Elles étaient pleines de confiance dans l'avenir , et un événement qui polivâM avoir des suites heureuses pout le protestantisme sembla justifier leurs espérances. Maurice de Saxe, dont l'épée avait rendu des services signalés à la France, venait d'être promu au grade de maréchal. Luthérien et resté fidèle à ses convictions religieuses, on pouvait espérer qu'il prendrait en main la cause de ses frères persécutés. Aussi nos pères s'empressèrent-ils de lui adresser un placet : « Soixante ans, » lui disaient-ils, « ont déjà coulé sur nos misères. Nos temples démoUs, nos pasteurs proscrits, nos troupeaux fugitifs ou errants dans les campagnes ou dans les déserts ; des dragons éri-

(1) Bulletin , t. IX , p. 288 et 341 ; t. X , p. 102.

JACQUES ROâER. 1*69

gés en missionnaires, des ecclésiastiques souvent plus cruels que les dragons mêmes, ne nous laissant ni vivre ni mourir sans nous contraindre à faire des actes dont nos consciences ont horreur; les galères et les prisons regorgeant de nos martyrs , nos mariages souillés par des sacrilèges ou des actes d'hypocrisie , nos enfants enlevés à leurs pères et mères , nos livres sacrés brûlés par la main des bourreaux, nos biens confisqués ou chargés d'amendes : tels sont les principaux traits de nos malheurs. En travaillant à obtenir pour nous cette liberté spirituelle , souvenez-vous, en même temps, de nos galériens et de nos prisonniers. S'ils ont désobéi aux ordres du roi , c'est en la même sorte que les apôtres et les premiers chrétiens désobéissaient aux ordres des empereurs romains. C'est par un principe de religion qui, en toute autre chose, les oblige à sacrifier à Sa Majesté leurs biens et leurs vies ; et , fussent-ils véritablement coupables , et la grandeur et la durée de leurs souffrances seraient capables d'expier les plus grands crimes (1). i>

Avant d'attendre l'effet de cette requête , Roger et ses collègues convoquèrent, le 7 mai

(1) Bulletin, t. IX, p. 434.

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