UN MABTYR ^DU DÉSERT
nouveaux convertis leur donnent dans leurs maisons , Sa Majesté ordonne que tov>s les fhouveaux convertis des communautés d'un arrondissement , dans rétendue desquelles un pré- Iq dicant pourra être arrêté , seront condamnés à \\^ trois mille livres d'amende applicables au dénonciateur qui en aurait procuré la capture , et ce , indépendamment du procès qui sera fait et parfait , suivant la rigueur des précédentes or- | donnances , à celui dans la maison duquel le * prédicant aura été trouvé (1). »
Les autres articles re&pirent la même fuceur aveugle , et si , dans quelques provinces , les intendants n'appliquèrent pas dans toute leur rigueur ces lois odieuses , celui du Dauphiné ne connut jamais les compromis. Il avait à cœur de mériter les éloges adressés plus tard au parlement de Grenoble , « par la vigilance et la sévérité duquel, » écrivait Saint-Florenlin au duc de Ghoiseul, le 15 janvier 1763, c le Dauphiné a été mieux maintenu dans le devoir que tes autres provinces. »
Roger, nous l'avons dit, avait envoyé à Ranc dans sa prison une lettre pleine de sympathie. Il lui semblait que les archers s'étaient trompés
(1) Ch. Coquerel, ouvrage cité, t. I, p. 301.
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de victime , et que c'était à lui , vétéran blanchi au service de son Maître , que revenait l'honneur de le confesser le premier devant les hommes. Et puis ses forces usées par cette activité incessante commençaient à le trahir. Lutteur fatigué , il soupirait après le repos , non celui de la terre, mais celui du ciel. Son ambition était de tomber au champ d'honneur. Il fit à cette époque une maladie dont il crut mourir. « Ce qui l'affligeait extrêmement, » dit Paul Rabaut (1), « c'était que Dieu ne lui fît pas l'honneur de l'appeler à signer de son sâng la sainte doctrine qu'il avait prêchée. » Son vœu ne devait être que trop tôt réalisée
Au nord de Sainte-Croix , non loin des montagnes d'Ambel, et à deux lieues environ de la grande route de Grest à Die , on rencontre * en remontant le cours de la Sure, qui. descend de la vallée de Quint, le village de Vachères. Les coteaux élevés qui l'entourent et qui semblent l'isoler du monde ofiFrent aujourd'hui un aspect riant et sont couverts de vignes et de noyers, ils étaient , il y a un siècle , garnis de bois épais qui offraient une sûre retraite aux pasteurs pt-oscrits. On montre encore au voyageur la mai-
(1) Lettre du 25 juin 1745.
son solitaire où Roger recevait Thospitaliti I i: C'est près de là qu'il fut arrêté le 29 avril 1745, Ik non loin d'une cabane où il avait passé la nuitTi Un protestant de Sainte-Croix, Pierre Audradit|j le Brun, et deux catholiques, dont Tun se nom mait Pierre Arbot , avaient eu le triste couragp de trahir sa retraite ; guidés par eux , les cavaliers de la maréchaussée et quatre ou cinq corn- 1 pagnies de soldats en garnison à Die , s^étaient | mis de grand matin à sa recherche. Quand l'officier le rencontra accompagné d'ua jeune homme et déguisé en paysan , il lui demanda son nom. « Je suis, » répondit le vieillard, « celui que vous cherchez depuis trente-six ans. Il était bien temps de me trouver. • Comme Ignace d'Antioche , remarque M. de Félice , il soupirait après le martyre.
Les soldats trouvèrent sur lui quelques registres de baptêmes et de mariages , et ils lui prirent le peu d'argent qu'il s'était économisé depuis qu'il habitait la province ainsi qu'une somme collectée dans les Eglises pour différentes œuvres. Le tout pouvait s'élever à vingttrois louis d'or (1). Roger fut aussitôt enfermé
(l) On conserve encore dans la famille Moulin , de Vaché* rfts, qui avait souvent reçu le pasteur du Désert , un mors de
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dans la tour de Crest , et de là transféré à Valence, où il eut à subir les insultes de la populace. On le conduisit ensuite à Grenoble en compagnie de quelques autres accusés protestants. La nouvelle de la prise de Roger se répandit bientôt, non-seulement dans les Eglises de France, mais aussi dans celles de la Suisse. Le bruit courut un moment, dans ce dernier pays, que le vieux pasteur avait pu s'évader et s'était réfugié à Lausanne. La femme de Gorteiz, qui habitait Genève, s'adressa à son mari pour connaître l'exacte vérité : « Plût à Dieu , » lui répondit-il, « que M. Roger eût été à Lausanne, comme tu me l'avais marqué. Il ne serait pas aujourd'hui entre les mains de ses ennemis.
Son triste sort met tous les fidèles dans des alarmes continuelles. L'on s'attend chaque jour à entendre publier sa mort. Dieu veuille par sa grâce lui donner toute la constance dont il a besoin pour qu'il le glorifie à sa mort comme il l'a fait pendant sa vie. Ces malheurs mettent la province du Dauphiné à deux doigts de sa ruine» >
cheval et un étrier qui ont appartenu à Roger. l\ avait aussi laissé dans cette maison un exemplaire de l'Institution chré" tienne de Calvin , qui est maintenant en la possession de M. le pasteur Charra , de Cliousclat.
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Due lettre de Vouland à Antoine Court ne laissa plus de place à l'illusion, « Nous ne doutons point de sa constance ni de sa résignation* à la volonté de Dieu , » lui disait-il. t II s'était préparé depuis longtemps à la mort, et il s'y attendait tous les jours* Il est à craindre qu'on n'exerce contre lui les dernières rigueur^ , soit i cause qu'il était regardé comme le chef et pour ainsi dire comme le fondateur des Eglises nais* santés du Dauphiné , soit en particulier à pause de la calomnie dont on l'avait noirci l'année dernière ; mais de quelle manière qu'on agisse à son égard, il n'est pas moins certain qu'il a toujours prêché la soumission et la fidélité envers le souverain; qu'il empêcha en 1710 le soulèvement que le nommé Chapon voulait exécuter dans le haut Dauphiné; que lorsque nos amis demandèrent, il y a quelque temps, un état des protestants de cette province, quoique le but n'eût rien que d'innocent, il ne pouvait en entendre parler, crainte que cela ne parvînt à la connaissance de la cour^ et que l'on ne l'interprétât défavorablement. » Le correspondant de Court ajoutait que Roger s'était toujours opposé, lorsqu'on avait arrêté quelque ministre ou quelque proposant , au dessein qu'on aurait pu former de les enlever, de peur qu'il n'en résultât quelque sédition ;
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puis il terminait par ces paroles : € Il recommanda même très-exactement, lorsque M. Ranc fut arrêté le 16 février dernier, qu'au cas qu'il vînt à l'être lui-même , on ne formât aucun projet pour l'enlever, qu'il en saurait très-mauvais gré , et que s'il pouvait le concevoir ou le soupçonner , il ne manquerait pas lui-même d'en avertir les troupes qui le conduiraient, pour leur faire suivre une route opposée. »
Les protestants du Dauphiné se conformèrent au vœu de leur pasteur. Ils se bornèrent à avoir un jour de jeûne et d'humiliation , selon la pratique constante des Eglises en pareille circonstance, et après avoir prié pour celui qu'ils vénéraient comme leur père, ils attendirent avec une douloureuse inquiétude l'issue de son procès.
Il ne devait pas traîner en longueur. Dès le lendemain de son arrivée à Grenoble, le prévenu comparut à six heures du matin devant la chambre criminelle du parlement. Presque toute la cour était réunie. On l'interrogea de huit heures à midi et de deux heures à six heures , et le lendemain il fut encore sur la sellette de huit à midi. Il ne fit aucune difficulté de reconnaître qu'il était pasteur et qu'il avait rempli toutes les fonctions du ministère évangélique ; mais il re-