UM MARTYR DU DÉSERT
qu'il les avait quittés 1 Plusieurs places étaient devenues vides au foyer domestique. La persécution avait dispersé au loin les membres de sa famille et ses anciens amis. Il se trouvait comme étranger dans les lieux qui l'avaient vu naître. Aussi, le cœur rempli d'amertume, abrégea-t-il un séjour qui réveillait en lui de si douloureux souvenirs, pour retourner au milieu de ses Eglises.
Pour faire le trajet avec moins de risques , Roger et Brunel prirent la grande route avec des voituriers. Ils se séparèrent dans le Vivarais , et Roger , obligé d'attendre au Pouzin le batelier qui devait le conduire sur l'autre rive du Rhône , passa une demi-heure au milieu de gardes qui avaient son signalement avec l'ordre de l'arrêter ; mais Dieu lui donna, jusqu'à la fin de son voyage, des marques signalées de sa protection et le mit encore une fois à couvert de ses ennemis.
Au mois d'août, Gorteiz, qui avait séjourné quelque temps en Suisse auprès de sa femme, revint dans le Dauphiné. Un nouvel ouvrier, nommé Bouteau , ne tarda pas à l'y suivre. Ils s'entendirent avec Roger et Court pour la convocation d'un synode provincial qui se tint au désert le 22 août 1716. Il se composa d^un
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.^f I pasteur , de cinq proposants et d'un certain ^,- nombre d'anciens. On y vota plusieurs mesures J3 1 que les progrès déjà réalisés rendaient indispenj I sables , et qui devaient en provoquer de nouveaux : la régularité des services, la catéchisa^ tion des enfants , les dévotions particulières, la répréhension publique des pécheurs scandaleux. On rappela aux prédicateurs le soin qu'ils devaient apporter dans l'exercice de leurs fonctions , le devoir pour eux de se réunir tous les six mois afin de s'entretenir des visites faites aux malades , des secours distribués aux indigents, des progrès du réveil religieux parmi les troupeaux. On le voit, rien n'est oublié pour assurer le succès de la restauration du protestantisme, et un article spécial vise plus directement le fanatisme. « On doit écouter la parole de Dieu comme la seule règle de notre foi et en même temps refuser toute prétendue révélation dans laquelle nous n'avons rien qui puisse soutenir notre foi, et, à cause des grands scandales qui sont arrivés dans notre temps , les pasteurs seront obligés d'y veiller avec soin. »
C'est ainsi que l'Eglise réformée renaissait peu à peu de ses cendres et reprenait conscience d'elle-même. C'est en vain qu'un misérable traître nommé Lapire voulut attirer dans un
guet-apens les membres du synode en le^ invitant à dîner ; ils déjouèrent sa ruse, et lorS" que leurs travaux fureipyt terminés, ils ne 30 séparèrent pa^ sans avoir raffermi leurs ^pérances et resserré les liens qui 1^ unissadi^][^ Â Christ et à leurs frères en célébrant ensewbte la Gène du Seigneur.
Dangers à Sainte-Croix. — Course de Roger et de Rouvière dans le Triève. — La maison de Martel est démolie. — Villeveyre se fixe dans le Dauphiné. — Entrevue de Roger et de Pierre Durand. — Le traître Lapire ; les dragons du comte de Médavid. — Effroi des Eglises. — Nouveaux périls.
Après le Synode, Roger recommença ayec un nouveau zèle ses courses dans le Dauphiné.
Nous le trouvons d'abord à Sainte-Croix, près de Die, où il préside une assemblée avec Rouvière. Cette réunion est découverte, et le prieur de l'endroit, à la tête de dix à douze de ses plus fanatiques paroissiens, arrive pour la dissoudre. Roger était en vue. Debout au pied d'un arbre dont les rameaux le protégeaient contre les rayons du soleil, il exhortait de là ses parois-
siens. Le valet du prieur vise le pasteur, mais son maître le retient. Il était à portée d'entendre Roger et « trouvait qu'il ne débitait pas mal sa morale. » Il fait arrêter cependant quelques personnes , mais l'assemblée surprise fait bonne contenance. Roger groupe autour de lui les plus forts après avoir commis les autres à la garde des femmes, puis ils s'élancent à la rencontre des catholiques, et, quoique sans armes, ils mettent par leur ferme attitude leurs ennemis en fuite. Le prieur et ses hommes rentrent en toute hâte dans le village et se barricadent dans leurs maisons, craignant une attaque des protestants ; mais ceux-ci, tout heureux de voir leur plan si bien réussir, ne songèrent qu'à se mettre en sûreté.
Nos intrépides prédicants traversèrent ensuite les montagnes et se rendirent dans le Triève. Meffre les y avait pr^écédés ; mais ses prédications avaient provoqué une recrudescence de persécution ; on avait arrêté plusieurs fidèles, et ses collègues furent obligés de revenir sur leurs pas sans avoir pu temr des assemblées. Ils passèrent par Ghâtillon, bourg à quelques kilomètres de Die. Une compagnie de grenadiers y était logée ches leurs coreligionnaires. Le réveil religieux de ces contrées ^
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vait provoqué ces nouvelles dragonnades.
loger et son compagnon durent se remettre )n marche et voyager toute une nuit avec la 3luie sur le corps. Ils traversent la Drôme et entrèrent dans l'auberge d'un village pour dîner. On cavalier de mauvaise mine s'entretenait avec l'hôte et le questionnait au sujet de Mefifre. Lorsqu'il fut parti , ils apprirent que cet homme avait causé beaucoup de troubles à Ghâtillon et dans les environs , et qu'il devait aller, à la tète d'une compagnie de soldats, à la recherche de leur ami dans la vallée de Bourdeaux. Ils partent aussitôt pour l'avertir et ont le bonheur d'arriver à temps. Meffre se tint sur ses gardes, mais sa maison fut démolie.
Roger et Rouvière avaient soin, partout où ils passai^t, de faire observer les décisions du synode. Us engageaient , autant qu'ils le pouvaient , les chefs de famille et les hommes les plus sensés à former des consistoires et à se soumettre à l'ordre établi, et ils eurent la jcâe de voir qu'on suivait partout avec empressement leurs ^conseils.
Verâ^la flnd^octobre, ils rencontrèrent, aux environs de Valence, Viîleveyre, qui avait quitté le Wurtembei^ à la prière de Roger, pour ve^* nîr partager ses travaux dans le Dauphiné;
c'était une recrue précieuse, car, à cette époque^ Gorteiz, Rouvière et Itfontbonnoux quittèrent cette province pour s'établir définitivement m Languedoc et seconder Court qui manquait de . collaborateurs. '
Ce fut dans ce temps-là que Roger reçut la visite d'un jeune homme qui devait travailler avec le plus grand succès au relèvement des Eglises du Vivarais. Pierre Durand était né le 12 septembre 1700 , au hameau du Bouschet, paroisse de Pranles dans le Vivarais. Son père, Etienne Durand, était greffier consulaire, et destinait son flls au barreau. Mais celui-ci ^ témoin d'une scène de violence provoquée par les dragons, qui vinrent dissoudre, dans la maison paternelle, une assemblée qu'ils l'accusaient d'avoir présidée, et sachant d'ailleurs qu'il était décrété de prise de corps par l'intendant de la province , résolut de fuir la persépution et de passer à l'étranger. Il fut heureux d'apprendre qu'il se trouvait dans le Dauphiné un pasteur qui avait longtemps habité la Suisse. Il voulut le voir avant de partir pour lui demander des lettres de recommandation. Brunel l'accompagna , et c'est dans une maison isolée dans la campagne qu'eut lieu son entrevue avec Roger. Durand n'avait que seize ans ; mais
répreuve avait mûri sa foi et il possédait déjà rexpérience d'un homme fait. Roger eut bien vite reconnu chez lui de précieuses dispositions pour le ministère évangélique /jull le pressa fortement d'embrasser. Le jeune Vivaraisien suivit son conseil ; il se livra dans ce bat à des études préparatoires, sous la direction de Roger, qu'il accompagna quelquefois ^lans ses courses en qualité d'étudiant ambulant y et nous verrons plus tard l'apôtre du Dauphiné le consacrer au saint ministère.
Durand , de retour dans le Vivarais , envoya plusieurs exprès dans le Dauphiné , pour mettre en garde Roger contre les menées du traître Lapire, le même qui avait dressé un guétapens aux membres du synode. Il venait de faire arrêter Bernard , proposant du Vivarais , et un fidèle nommé Maisonnier ; mais il n'était point satisfait aussi longtemps qu'il ne tenait pas Roger dans ses filets. Posté à Ghabeuil, d'où il surveille tous les alentours , il apprend que Villeveyre est arrivé et qu'il accompagne Roger. Il se fait conduire aussitôt auprès d'eux par une jeune fille. Son dessein est habile:
simulant le plus profond repentir et le visage inondé de larmes , il demande en grâce au pasteur de le prendre avec lui et de lui procurer