‹ Un martyr du désert, Jacques Roger, restaurateur du Protestantisme dans le dauphiné au dixChapitre 5 sur 27 · UN MARTYR DU DÉ8BRT · texte numérisé non relu

UN MARTYR DU DÉ8BRT

les secours de son ministère , afin qu'éclairé complètement sur les erreurs de TBglise romaine y il puisse se convertir au protestantisme. Roger le regarde en face comme pour lui faire I comprendre qu'il a démasqué sa ruse ; il cherche à éveiller quelques remords dans cette conscience endurcie; il lui rappelle les jugements de Dieu , qui ne peuvent manquer de fondre sur lui, s'il ne change de conduite, et, malgré les larmes et les supplications du traître, il rejette sa demande et a soin de mettre les fidèles en garde contre ses odieuses menées. Ceux qui faisaient agir Lapire, apprenant l'insuccès de ses démarches et voyant que la ruse ne pouvait réussir, eurent recours à la violence. Us s'adressèrent au comte de Médavid, commandant de la province, qui envoya, en janvier 1717, trois compagnies du régiment du Dauphin dans les environs de Valence et du côté de Die et de Bourdeaux, en ayant soin de les faire loger chez les protestants. Les soldats couraient d'un endroit à l'autre dans le but de faire sortir du royaume les prédicants ; et le malheureux Lapire se tenait aux.ËcheUes, dans les Etats Sardes, pour les arrêter au passage. Heureusement que pas un ne songea à quitter son poste.

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I Toutefois, leur position devenait de plus en '*^j plus précaire. Chose pénible à dire, leurs core- ^*^| ligionnaires ne leur offraient pas toujours l'asile ^1 dont ils avaient besoin , et des détachements ^" roulaient toutes les nuits pour les surprendre. Pour mieux les éviter, Roger et Villeveyre prirent le parti de les suivre, s'arrêtant lorsqu'ils s'arrêtaient , continuant à marcher lorsque les soldats reprenaient leur course. Une fois ils durwit passer trois semaines dans un bois. C'était pendant l'hiver, et il tomba presque sans interruption une pluie froide qui glaçait leurs menabres. Privés de vêtements confortables, exténués de fatigue et de faim, , ces hommes • intrépides furent sur le point de se laisser abattre : « Avouons-le , » s'écria Villeveyre , dans une heure de découragement , « notre position est bien triste ! » Mais ils puisèrent bientôt des forces nouvelles dans la prière et la lecture de la Parole de Dieu.

Le comte de Médavid avait donné l'ordre à ses troupes de ne point déloger de chez les réformés, qu'ils n'eussent auparavant promis de ne plus retourner aux assemblées , et de dénoncer même les prédicants s'ils les découvraient. Une seule Eglise refusa de prendre une semblable délibération. Elle courait le risque.

qui heureusement lui fut épargné, de voir tous ses membres jetés en prison. Mais la lâcheté des autres causa à leurs conducteurs spirituels la plus profonde douleur. C'est alors que leur œuvre leur parut sérieusement compromise. Ils n'osaient plus rappeler les décisions prises dans le premier synode ; les assemblées étaient suspendues , et, en attendant des jours meilleurs , ils n'avaient plus qu'une ressource : lever les yeux vers la montagne d'où leur viendrait le secours.

Cependant, les soldats se retirèrent, et les fidèles reprirent courage. Roger et ses collègues visitèrent ceux que les menaces n'avaient pu fléchir, ils tinrent de petites assemblées , et peu à peu ils purent rétablir les affaires dans leur premier état.

Mais ils avaient toujours à surmonter de nouvelles difficultés. A cette époque , une malheureuse fille, qui avait pris des vêtements d'homme, chercha à les trahir. Ayant trouvé Martel , elle lui offrit ses services et lui parla avec sympathie de Roger. Il se laissa prendre à ses paroles et la conduisit auprès de son collègue.

Roger n'avait pas une grande confiance dans les inconnus ; les dangers quotidiens auxquels il était exposé le rendaient très-circonspect à

leur égard. Il demanda son nom à cette personne, qui se mettait à sa disposition avec tant de désintéressement. « Je suis de Ghâteaudouble , » répondit-elle , « et je m'appelle Tourte. » Koger connaissait ce village et la plupart de ses habitants. Aussi n'eut-il pas de peine, au moyen de questions habilement posées, à convaincre ce personnage d'imposture. Cette fille ne continua pas moins de les espionner plus de huit jours encore , puis elle perdit leurs traces. Quelque temps après , elle fut prise en flagrant délit de vol. Elle avoua son sexe en même temps que la mission qu'elle avait reçue de vendre les ministres. Cette noble fonction plaida en sa faveur. Le châtelain de l'endroit la relâcha , et défendit , avec les plus grandes menaces, de lui faire aucun mal.

Ces dangers sans cesse renouvelés engagèrent Martel à passer la frontière. Meffre, qui avait jusqu'alors évangéUsé avec beaucoup de zèle, causa une vive peine à ses amis. Il se livra à la boisson malgré les répréhensions fraternelles de Roger et de quelques anciens , et on dut le démettre de sa charge de proposant. Brunel et Durand traversaient quelquefois le Rhône pour visiter leurs frères du Dauphiné, mais à de longs intervalles; l'œuvre de restauration

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