‹ Un martyr du désert, Jacques Roger, restaurateur du Protestantisme dans le dauphiné au dixChapitre 8 sur 27 · UN MÀATYA DU DÉSERT · texte numérisé non relu

UN MÀATYA DU DÉSERT

démontrer rexcellence des dogmes catholiques* Encore y perdaient-ils leur temps et leur peine, i Ils ne purent entraîner que trois ou quatre protestants à .la messe, tandis qu'un nombre à peu près égal de personnes renoncèrent aux r erreurs de TEglise romaine. ^

Les troupes séjournèrent trois semaines dans les environs de Bourdeaux. Elles y firent pour soixante et dix à quatre-vingt mille livres de frais, a Mais alors, » ajoute Vouland, « comme " du temps des premiers chrétiens ceux qui |^ avaient de l'argent en offraient à ceux qui n'en i avaient plus, de sorte que personne ne fut dans la disette. » On avait même fait une collecte de trois à quatre mille livres que l'on voulut offrir comme présent au chef du bataillon dont l'intervention les avait garantis du pillage et du mg^ssacre , mais il les refusa noblement. Plus tard , il plaida la cause des réformés de Bourdeaux à Versailles , et il fut récompensé pour avoir prévenu la ruine de ce pays. Il paraît même que la cour, reconnaissant l'injustice des mesures prises contre les habitants de Bourdeaux , envoya au parlement une gratification pour les dédommager de leurs pertes; mais le parlement de Grenoble la garda pour lui.

Il suffit d'un an aux laboureurs de cette val-

lée pour réparer les pertes qu'ils avaient subies. « La cherté du blé était fort grande dans les environs, » poursuit le pieux narrateur qui nous fournit ces détails , « et eux 6n eurent la moitié plus qu'à l'ordinaire, à cause d'une pluie accompagnée de la bénédiction de Dieu dont les autres furent frustrés. J'ai entendu dire à des personnes de cet endroit qu'un homme qui avait d'ordinaire cinquante setiers, en eut cette année-là plus de cent. Gela montre que Dieu prend soin de ses fidèles, et que si nous perdons quelque chose pour l'amour de lui, il ne manque pas de nous en dédommager avantageusement. »

Que faisaient, pendant ce temps, Roger et ses compagnons d'œuvre ? Ils se trouvaient, à l'arrivée des troupes, à l'extrémité de la vallée. Avertis, par des exprès, du danger qui les menace , ils partent aussitôt , et , pour éviter un passage qu'ils supposent gardé par les soldats, ils ne craignent pas de traverser une haute montagne et de s'engager dans des sentiers impraticables où ils ont de la neige jusqu'aux genoux. Il est facile de se représenter leurs perplexités et leurs souffrances. Ils se demandent si l'on va faire courir après eux des détachements comme dix-huit mois auparavant.

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et le plus souvent ils ne savent où trouver un j gîte pour la nuit. Cependant au milieu de leur • détresse, ils n'oublient pas leurs frères plus infortunés. Dans les rares assemblées qu'ils président encore , ils font des collectes pour ceux dont les maisons ont été démolies, et, dès que les soldats se seront retirés , ils iront consoler leurs paroissiens dans le dénûment et leur apporter les offrandes des Eglises. Conduite touchante qui nous éclaire sur la profondeur de leur vie chrétienne ! Ils avaient appris du Maître à s'aimer et à porter le fardeau les uns des autres.

r^es protestants du Daupbiné jugés par l'intendant de Grenoble. — Instruction pastorale de Basnage. — Réponse des pasteurs du Désert. — Lettre de Roger au marquis de Vachères sur la question des mariages célébrés au Désert. — Ses travaux dans le Vivarais. — Nouvelles mesures pour l'arrêter. — La peste ranime le zèle dans les Eglises. — L'œuvre de réorganisation se poursuit dans leur sein.

A ce point de notre récit, il ne sera pas sans intérêt de voir l'œuvre accomplie par Roger et ses compagnons d'œuvre appréciée par Tun de leurs plus chauds adversaires, Fontanieu , l'intendant de Grenoble. Voici comment il parlait , à cette époque , des protestants du Dauphiné, dans un rapport qu'il fit parvenir à Versailles et que nous résumons : « Malgré la

désertion provoquée par la révocation de Tédit de Nantes, il y a environ un quart de la popu- f lation du Dauphiné qui est très-entêtés de ses ; erreurs. Les protestants sont cependant tran- f quilles, et ils n'ont pas tenté de se .soulever dans deux circonstances assez critiques : la première en 1692 quand le duc de Savoie prit Embrun et vint brûler Gap , et la seconde au moment de la dernière guerre des Gévennes. f

» On les appelle nouveaux convertis ; mais ; rien ne peut les obliger de faire un acte de ca- 1 tholicisme. Ils refusent d'envoyer leurs enfants j aux instructions, et s'il fallait sévir contre tous les relaps, on ferait autant d'exemples qu'il y a de gens infectés de l'erreur. Ils promettent tous de faire abjuration au moment de leur mariage; mais le zèle aveugle et presque toujours excessif des curés les rebute et les oblige, ou bien à vivre dans le concubinage ou bien à aller se marier devant les ministres.

» Ils envoient , autant qu'ils le peuvent , car on les en empêche, leurs enfants à Genève pour les faire instruire , et ces enfants reviennent ensuite répandre le poison dont ils ont été nourris et des livres détestables qui servent à entretenir l'erreur.

» Mais ce qui contribue le plus à favoriser.

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rinstruction des protestants, ce sont les prédicants. Ces hommes fainéants et libertins viennent dans la province sous le prétexte d'un zèle apostolique. Une ou deux assemblées leur suffisent pour amasser une somme considérable par des quêtes présentées sous le voile de charité pour de pauvres frères honteux. Ces assemblées se tiennent dans les lieux écartés des bois et dans les cavernes des rochers, et le temps en est ordinairement les fêtes de Pâques et de la Pentecôte , ou le mois de septembre, temps auquel les religionnaires prennent la Gène. La moitié au moins de la noblesse est infectée de l'erreur et on ne peut pas espérer de la ramener parce qu'elle se croit plus instruite. Cependant, ni la noblesse ni même les gens au-dessus du commun , n'assistent jamais aux assemblées. Ils savent que les ministres de la religion prétendue réformée (1) n'approuvent pas la mission des prédicants. La noblesse est même très-attachée aux intérêts du roi; et les nobles engagent leurs vassaux à faire instruire leurs : enfants. Le secret pour les assemblées est gardé avec une si grande fidélité , qu'on ne pourrait pas présumer tant de constance de

(1) Il s'agit des pasteurs réfugiés.

gens qui sont la lie du peuple. Tel est l'état présent et général des religionnaires (1). »

On le voit, malgré les insinuations calomnieuses de l'intendant, cette situation des Eglises ne manquait pas d'être satisfaisante, et faisait le plus grand honneur au zèle apostolique de Roger. Si du moins, en voyant l'insuccès^ de tous les moyens employés pour ramener les protestants , on avait cru à la pureté des intentions de leurs conducteurs spirituels! Ces pasteurs, qu'on traque comme des malfaiteurs, qu'on a le triste courage d'appeler « fainéants et liber-' tins , » ne songent qu'à nourrir leurs troupeaux du pain de vie, et ne prêchent partout que l'obéissance au prince qui les persécute et qui est toujours pour eux l'oint du Seigneur. Un mot résume leurs exhortations : « Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce îjui appartient à Dieu. » Et pourtant, ces hominôô, qui n'ont d'autre souci que celui d'édifier leiirs frères , apparaissent à leurs persécuteurs , par un juste châtiment de Dieu , comme des perturbateurs de la tranquillité de l'Etat, des séditieux dont il faut se méfier et se débarrasser à tout prix. Ces craintes étranges allaient âe ma-

(1) Revue du Dauphiné, t. ill, p. 359 et suiv.

difester avec force à Tépoqae où nous sommes arrivés.

Le t^ardinal Albéroni , ministre de Philippe V, roi d'Espagne, rêvait pour ce prince la domination universelle. Une alliance défensive fut conclue entre TAngleterre, la Hollande et la France pour entraver ses projets ambitieux.

L^habile ministre résolut, pour opérer une utile diversion , de rallumer la guerre des Gàmisards. D fit daûs ce but des propositions à Antoine dourt et à ses collègues, qui les repoussèrent loblement. Le cardinal Dubois , inquiet de ces lémarches, chargea Basnage de rédiger une nstruction pastorale, pour exhorter ses coreigionnaires à demeurer soumis aux puissances établies.

Basnage entra dans les vues du cardinal.

letàré à La Haye depuis la révocation, le célèbre pasteur de Rouen avait réalisé ce mot le Voltaire , « qu'il était plus propre à être midstre d'Etat que d'une paroisse. » C'était lui xd avait ménagé , entre les trois puissances , alliance dont nous venons de parler; et, le 9 avril 1719 , il fit paraître son Instruction astorale sv/r la persévéra/ace en la foi et la délité powr le souverain.

C'est avec une réelle sympathie que le réfu-

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