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je lie connais ijuc mon lUitt'i nostrr et encore,., (les vers ravalins! vai souvenir dii mes anciens goùls; îuais i! l'aiulrait alors , en bonne jui,lice, commencer par eîi adressera Pégase, et cela est diabhîment rococo. Des vers bacliiques? Je dtîvrai alors, par logicjue, fêter Bacchus; mais le vin me lail mal, j'ai Teslomac délabré , ei je vois qu'au bout du compte je n'aurai sacriûé que ma santé a cette ivrogne divinité. Ma foi, s'écria-t-il en se frappant le front, je connais les femmes, jt3 les adore , j'ai longtemps et beaucoup cultivé ces charmantes Heurs qui parfument l'existenee, faisons de la poésie érolique; on est toujours poète quand on adresse des vers aux femmes! O Parny, o Bertin, ô Catulle! soufflez les tisons d'amour (jui charbonneni <ians mon cœur, vous serez mes maîtres, mes dieux! Bien n'est plus facile que de coudre d(Mi\ rim(*s ensembN? ; ainuT es? chose en-
core plus facile ; et je me sens pour cela surtout, les meilleures dispositions du monde. Rinions-donc, aimons-donc î Allons il me faut aussi mon Éléonore, il me faut ma Lesbie à illustrer, je les illustrerai, Apollon et l'amour aidant! Heureuse la beauté que le poète «rtfor^/jele crois h\Qn...Perenne momimentum! plus de doutes, plu^ d'hésitations!
Et sur ce, Edmond s enferma immédiatement sous clé, ne vivant que d'eau fraîche, de pain et de fruits; ses rêves d'ailleurs comblaient le vide de son estomac. Après bien des semaines de méditations et de rêveries profondes , il accrocha dans le vide quelque chose de creux qu'il appela wuq pensée, se tortura l'esprit en tous sens, et un beau jour écrivit de sa plus belle écriture, sur un morceau de papier satiné et parfumé ce premier vers d'un sonnet qui devait ouvrir sa série
— iV.) —
d'élégies, de soupirs, de baisers et d<^ madrij^aux :
Avec les preiiiiei s (eu\ du jour ,
(juand il s'a'^it de trouver le .second vers la patience lui manqua un peu, et il s'aperçut avec douleur que le dictionnaire des rimes ne contenait que quarante mots en our. Il s'arrêta un moment sur calembourg, mais passa outre. Cela avait été le travail de quel- (jues mois, croyez-le bien.
— Au lait, se dit-il un soir de carnaval qu il y avait bal à l'Opéra, à qui adresser ce sonnet? (Jamais raisonnement n'avait été plus logique.) Le ciel ne prodigue pas en vain sa sainte llamme. La graine ne germe que dans les sillons que nous avons creuses pour l'v semer! Avons d abord um^ maîtresse.
uo
et certes le premier baiser qui se posera sur mes lèvres sera comme l'étincelle qui fera jaillir de mon ame ardente des torrens de poésies. Il y a bal ce soir à l'Opéra, allons-y, l'aventure sera piquante d'y faire quelque conquête sous le masque : le mystère a son charme et.... mais qui me dit que la femme sera à mon gré , digne enfin d'un poète ! non, restons ici... parle monde il doit se rencontrer queîqu'ame passionnée et délaissée dont je m'emparerai ; cherchons-là, nous la trouverons.
Alors il songea à se mettre en quête d'un cœur libre, avisa aux moyens de triompher , et relut deux fois l'art d'aimer de Gentil-Bernard. Il se prit à rêver une femme capable de tenir tête à l'allure des sentimens qui bouillonnaient en lui , ils étaient terribles! Il n'y avait pas de cheveux assez noirs et assez
lisses pour elle, pasun de ces yeux (lu'il <\\iû{ rencontres n'était assez llamhoyant où assez langoureux! enfin] je vous laisse le soin de deviner tout ce qu'il demandait, et avec art il achevait cette statue ou'il s'édifiait .
Mon pauvre Edmond en était toujours a son premier vers et ses rêves avaient rongé déjà une année de son existence. Facilemenl alors il se laissa aller à croire que le ciel Taisait éclore sur la terre certaines l'enniies exprès pour les poètes, comme il a donnné de préférence la fraîcheur et le parfum à certaines fleurs. Or il n'avait pas fait ses preuves. Un vers de sonnet joint à la meilleure volonté du inonde n'étain pas un diplôme de poésieî Il résolut donc de poursuivre son œuvre si péniblement commencée, et un soir il écrivait la dernière svllabe de ce second vers :
Les premiers rayons de l'aurore ,
Lorsqu'un ami, grand coureur d'aventures et raffiné passablement en tous genres de plaisirs entra chez lui. Les rêveries continuelles d'Edmond, sa maigrur, son pâle visage qui avait remplacé une face réjouie, sa barbe , le dictionnaire des Rimes qui ne quittait plus sa table , et sa vie claustrale et laborieuse en apparence, le faisaient passer parmi ses camarades pour un homme important, un poète d'avenir, une des gloires futures de la France ; et c'était à qui le pressait de mettre au jour des ouvrages attendus par le public avec impatience. Son premier tort fut de ne pas se défendre assez ouvertement de cette renommée qu'il ne méritait pas, mais la vanité et l'espérance voilaient sa raison ; la vanité de paraître quelque chose, l'espérance d'être un jour ce qu'il
paraissait èlro alors; il avait cette confiance dans i'aveiiir qu'ont tous les poètes avortés.
— Encore des vers s'écria le visiteur en voyant sur le papier ces deu\ malheureuses phrases alignées.
— C'est là ma vie, répliqua Edmond, en levant les yeux au ciel,
— Voyons Pindare,Anacréon,ou Virgile le choix du nom te regarde , (Edmond sourit) descends un peu de ton Parnasse pour traîner tes pas sur le pavé de nos rues, écarte de tes lèvres, la coupe d'ambroisie pour daigner sabler avec nous de l'excellent Champagne. Il y ajuste dix-huit mois que tu n'as soupe avec nous. Nous avons respecté ta soiiliid(* et tes méditations, c'est très-bien, mais au-
jourd'lîui ton œuvre doit toucher à sa fiu fau lieu d'éclater de rire, Edmond se 7 engorgea J Brouille-toi pour ce soir avec les Séraphins tes nouveaux amis, fais infidélité pour une nuit aux Muses tes maîtresses, nous t'offrons en échange des créatures de ia terre, d'assez ravissantes femmes sur ma foi!
Tout ce discours sérieusement prononcé avec la conscience, la bonne foi d'un payen adorant un faux-dieu ; fut accueilli par notre poète comme un encens pur lui était dû. Maître Edmond n'avait pas de grands efforts à faire pour se brouiller avec les esprits d'en haut;ramour des muses ne lui tenait pas tant au cœur qu'il n'acceptât avec empressement l'offre de son ami. Le pauvre garçon commençait à en avoir assez de jeûne , de solitude, de privations, un bon souper pour se refaire du pain et des fruits dont il se
nourrissait! L'air du boulevard en échange des quatre murs de sa chambre! à tout cela il se trouva agréablement surpris. Et puisa ce mot de femmes, il avait bondi sur son divan 1 11 savait, aussi bien que le fameux soir dubal de l'opéra, que ce n'était pas dans un souper de garçons qu'il trouverait la femme rêvée, divinité du poète ; n'importe ! cette fois la tentation était trop forte, il n'y put résister et partit.
Edmond l'érotique en entrant au café anglais, trouva attablés quatre de ses amis entourés de bon nombre de bouteilles et de six délicieuses nymphes de lOpera.
Un houra général fut poussé h l'arrivée
d'Edmond, on monta sur les chaises pour le
voir; il fut présenté à ces dames comme le premier poète de la France et recommandé tout particulièrement à l'une d'elles nommée Fanny dont toutes ses compagnes enyièrent le glorieux sort. Le bienheureux poète ne chercha pas à se trop garantir des manières accortes de sa voisine, il se laissa prendre comme un pauvre oiseau aux filetsdes blonds cheveux de Fanny; et pourtant la femme qu'il rêvait depuis deux ansdevait être brune, il la voulait pale et langoureuse, et les joues de Fanny s'épanouissaient de bonheur et de santé. C'était au demeurant une fort gracieuse créature, et la fumée du vin aidant, je comprends qu'il ait mêlé blonde et brune dans son cœur! Bref, Fanny devint sa maîtresse. Il voyait éclore d'innombrables élégies dans le feu de ses regards; il comptait déjà ses
soiHiels [K\v brins tl<' chc^veiix, ses chaiisons par baisers ! hi'las ! il [)assa bien des mois à se (lire cela, s'occupaiit fort de la petite, guère de la. poésie, (l'est d'ailleurs le train dont > ont les choses sur le terrain d'amour assez généralement, et plus que jamais elles allèrent ainsi pour notre Erotique.
Il passait donc su:i teuq)s a se repeier les deux vers de son sonnet mais s'arrêtait forcément devant le troisième comme devant ua abîme qui s'ouvrait béant sous sespieds. Pour direvraijl avait brisé avecsa solitude,sesrèveries,ses méditations : il courait bals, spectacles et fêtes de toutes sortes, sans que toute fois l'idée du sonnet ne l'abandonnât une minute! C'était la plus belle illusion qui eût jamais lui dans son cœur ! 11 lui semblait qu'il ne vivait qu'à la seule condition d'ache-
▼er ce sonnet, et pourtant il ne Taisait rien pour mmev sa tâche à bouî.
En résumé, depuis que Fanny était sa maîtresse, il n'avait pas ajouté une seule gjllabe de plus à ce malheureux sonnet.
— Prenons une belle et grande résolution , §e disait souvent Edmond ; je vais m'enfermer dans la solitude de mon cabinet! Puis quelques instans après, il se levait en appelant Fanny de toutes ses forces, accusant son absence de jeter le trouble dans ses esprits et sa pensée était sans cesse entraînée vers elle. Alors il volait à ses côtés où l'appelait à lui. Mais quel sonnet au monde , quel long poème même pouvait valoir les tendres caresses dont son amour l'étreignait, les grâces dont elle brillait, le sourire charmant qui s'éveillait sur ces lèvres mignonnes. Oh! vous comprenez
qu'Edmond ne trouvait pas plus ce qu'H cherchait à ses côtés que loin d'elle.
Survint un grand événement : Une nuit le miracle du roman de la Rose faillit se renouveler : l'Erotique allait rôver son sonnet. 11 en avait eu effet écrit ces deux vers dans son sommeil :
Faibîes comme eux , iremblans encore.
Oh ! reçois mes soupirs d'amour.
H entamait son cinquième vers dont le premier mot était le nom de Fanny ; mais il avait prononcé ce nom à haute voix ; et il fut tout à coup éveillé par une exclamatioa de joie et un énorme baiser qui lui tomba sur les lèvres.
— Tu penses donc a moi, même en dormant.
s'écria Fanny qui pressa voluptueusement dans ses bras la lête du poêle 1
Edmond répondit à ses caresses par un cri dé malédiction. C'est que ce réveil étaitpotir lui la perte de je ne sais combien d'années ! Jugez si ce désappointement dût être grand au pauvre diable! îl perdit ce jour-là son vers.. . et le lendemain Fanny, qui malgré ses tendres caresses, ( que les femmes sont trompeuses!) se rendant aux propositions d'un jeune lord, emporta Outre-Manche et le cœur et le rêve du poète.
Dans un certain monde, Edmond passart pour rien moins qu'un grand-homme; h ce point qu'une dame de haute volée, (Méj;fMnte et sensible marquise fort éprise des na(ure> rêveuses et poétiques, se laissa all<M- a unt'
telle admiration pour son beau talent, que cette admiration se changea bientôt en un amour passionné ; c'était toujours son beau talent qui lai valait cela; en fait de talent la marquise, elle, possédait descheveux d'un noir admirable, des yeux humides et veloutés, des mains ravissantes, le pied on ne peut plus coquet;en un mot mille amorces d'amour. Le poète y m.ordil gloutonnement.
La marquise devint pour lui la femme rêvée, c'était dans tous les cas une femme. Il espéra de nouveau que son sonnet allait s'achever. Mais ce fut un phénomène singulier chez lui que l'amour ne s'accordajamaisavec la poésie, l'un vivait aux dépens de l'autre ; il passait des journés entières à ses pieds, amoureux et non poète.
Fanny l'avait aimé comme elle eût aimé tout jeune homme riche et bien tourné, sans fierté aucune pour cette couronne qu'on avait placée sur la tôte de notre poète, et qui le faisait ressembler passablement à un bourgeois vêtu de pourpre et monté sur un trône , une sorte de chouette apprivoisée en guise de perroquet. Le rôle était facile à soutenir vis à vis de la danseuse. Mais la marquise s'était attachée à lui, éblouie par ses prétendus talents, frappée du presti^^e de sa gloire.
Ici Edmond était sur ses gardes.
Quel affront si le masque tombait ! A voir les grands yeux de la marquise continuellement fixés sur le jeune homme, son attention sans cesse éveillée à ses moindres paroles , on devinait qu'elle s'attendait chaque fois que sa bouche s'ouvrait, à voir des flots de poésie couler de ses lèvres; elle demeurait conmic
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élonnée qu'il n'eût que des phrases en prose à sa disposition pour lui parier d'amour.
Pauvre marquise ! Elle prétendait lire sur le front d'Edmond loules les pensés de poésie qui germaient dans sa tête, et il y avait quatorze mois qu'ils s'aimaient sans qu'il fut question du sonnet, lors qu'un jour pressant tendrement sa main pendant (fu'il était à ses genoux, elle lui dit avec une cajolerie ; caressante :
— Cher Edmond ! combien doivent être nombreuses les fleurs de poésie écloses sous les rayons de notre amour! vous ne me les avez jamais offertes.
Le rouge de la honte monta au visage du poète. La marquise attribua son embarras à toute autre motif.
— La modestie >ied bien aii\ i^iiiiuls poètes, luidiî-elle.
— Je vous jure, répondit Edmond en balbutianl...
— Oh! ne craignez rien, reprit-elie , je n'ai pas même besoin de vous parler d induigence ; ces vers doivent être charmans, sortis d'un amour tel que le nôtre.
Edmond rougissait toujours et protestait «i demi-mots. L'impatience s'en mêla. La marquise donna ordre à son amant de lui montrer sur le champ les vers composés pour elle depuis quatorze mois, i^t lui enjoignit de les publier au plus vite aHn qu'elle put s'enorgueillir à la face de la France entière (c'étaient ses expressions de la gloire de son poète.
— loS —
De ce moment Edmond n'eut plus devant lui qu'une femme vaniteuse, et qui voulait satisfaire une gloriole, un amour-propre furieux. C'était là un solide argument en faveur du poète, et l'occasion se présentait belle de se tirer d'une pareille position avec tous les honneurs de la guerre; mais incontestablement une brouille s'en suivrait; or Edmond ne redoutait rien tant qu'une rupture, car il aimait la marquise passionnément; l'amour triompha du dépit et de la colère.
Il eut recours à un autre moyen.
— Oh ! ange de ma vie, s'écria-t-il avec exaltation , pouvais-je penser à autre chose qu'au bonheur de vous aimer. Aimer, c'était là toute ma poésie, elle emplit mon cœur; vous qui savez si bien lire dans ce cœur.
voyez ! Et il laissa tomber sa t^te sur les genoux de la marquise. Lecoupflt effet ; il fut sauvé.
La marquise sourit, releva doucement la tète de son amant, et déposant un tendre» baiser sur son front :
— Je pardonne tout en faveur de cet amour, dit-elle.
— Vous-même, n'pondit Edmond, (jue de reproches n'aurais-je pas à vous faire! Cette belle voix qui me ravissait, depuis combien de temps me lavez-vous fait entendre.' vous me la dérobez, et c'est dans l'ombre, loin de moi, que vous élevez ces notes suaves et harmonieuses qui font taire les oiseaux. J'aurais droit d'être jaloux aussi etdtMous gronder, madame, qu'en pensez-vous?
Edmond s'assurait de cette manière une victoire éclatante , et la marquise savait bien qu'il avait droit de se plaindre. Elle s'était fait entendre dans un salon où notre poète ne se trouvait pas. De tous temps les amans ont eu le droit d'être les gens du monde les plus exigeans. Chanter sans qu'il fût là, était chose sans doute bien innocente; mais il était de son intérêt de crier bien haut, il relevaitainsilatète.
Ils étaient quittes pour le moment. Mais la marquise lui donna dix jours pour lui offrir au moins un sonnet, et jusque-là ils ne devaient plus se revoir.
Notre poète reprit avec ardeur la suite du malheureux sonnet, mais comme son esprit était troublé et agité ! Maintenant il savait bien à n'en pas douter, que s'il faisait défaut
— Mil —
a de pareils ordns, il y ruirait séparation entre lui et la marcpiise. Les dix jours étaient expirés, et il les avait consumés à niédit(îr sur le malheur qui le menaçait , sans parvenir à ajouter à son soFuiet plus de quatre vers que voici :
Respire-le, charmante femine , Cet ejicens qui briilc en mon àinc. Le doux parfum de celle fleur Que tu lis naître dans mon cœur.
La marquise fut exacte au rendez-vous; le dixième jour elle arriva chez le poète qui tomba à ses genoux en protestant de son amour et de ses tourmens. La marquise fut intraitable comme un créancier un jour d'échéance, elle toisa Edmond avecdédainet
sortit.
Une heure après, irreçut un billet dans le quel on le traitait de fat et d'ingrat et qui se terminait par ces mots :
« Vous me rendez malheureuse pour le reste de mes jours. »
Cette lettre fut un coup de foudre pour Edmond, il écrivit à la marquise, elle ne lui répondit pas, il ne la revit jamais. Le bruit courut même qu'elle s'était fetirée du monde! C'est pousser bien loin l'amour de la
gloire.
Edmond conclut do tout ce qui lui (^tait arrivé jusqu'alors que ce n'était pas aux genoux d'une femme qu'on pouvait faire des vers; que MM. les poètes en avaient tous edrontément ment», qu'ils avaient inventé leurs maîtresses, chantéà froid. Ouand on
doute, il faut-être conséquent, et n'admettre pas la foi chez les autres.
11 essaya donc démettre son esprit en mouvement pendant que le cœur était au repos. Mais le souvenir de la Marquise le préoccupait trop vivement, il lui était impossible de s'en affranchir. Il eut un moment l'illusion de croire qu'il se consolerait de ses langeurs en adressant ses vers à la marquise, mais plus il songeait à elle plus le cœur lui déchirait. La plume tombait de ses doigts, sa pensée volait vers elle , et il se surprit maintes fois les larmes aux yeux. Vous croirez facilement que pendant six mois que dura ce veuvage , il ne put achever que le premier tiercet de son sonnet:
Toute chose suave et pure.
Toute chose qui passe ou dure Tu l'attires , l'amour aussi.
Edmond partit pour l'Italie, non pas en artiste, mais en voyageur espérant que les distractions effaceraient de son cœur l'image delà marquise; il traversa Rome, Naples, Venise, s'arrt'^taiit eomine un anirlais devant
les chefs-d'œvre qu'il contemplait, sans les voir, sans les admirer, ce qui nécessitera un second voyage.
Il se jeta tète basse dans tous les plaisirs d'où il sortait parfaitement ennuyé. Au fond de chaque chose il retrouvait le souvenir de la marquise. II revint à Paris où le hasard lui fit rencontrer, chez un de ses parens, une femme charmante et riche.
Le voyage d'Edmond, avaiteu auxyeuxde ses amis un tout autre prétexte que celui dont je vous ai parlé ; on l'accusa d'avoir été chercher sur la terre des arts de grandes et antiques inspirations. On le salua avec accla-
malien , on le caressa comme un poète rapportant d'Italie un rayon de la poésie de Virgile.
La dame en question , veuve à dix-neuf ans, avait, comme toutes les femmes, un faible pour les poètes dans la famille desquels on introduisait toujours Edmond. Caroline lui plut fort , et il s'aperçut bientôt que la marquise était oubliée. Il ajouia ce vers au sonnet, en son honneur :
Au feu do tes chastes priînelles.
Il ne fut capable que de cela.
Mais il eut alors la plus heureuse idée qui lui fiit venue de sa vie; il songea à s'unir à Caroline par des liens indissolubles. Il était certain ainsi, ih^ posséd(T la frmmo. et
d'avoir devant lui tout le temps nécessaire pour achever son sonnet, dont la destinée était de trouver sa fin dans le mariage, comme c'est d'habitude pour les folies de jeunesse.
En effet, à peine il sortait de l'église, en prenant le bras de madame de Bervé il trouva ses deux derniers vers comme si elle les lui avait apportés dans les plis de sa robe et dans le sourire de bonheur qu'elle laissa éclore sur ses lèvres en le regardant.
vu
C'est le lendemain de son mariage qu Edmond racontait à quelques amis lliisloire dv sa vie par l'hisloire de œ sonnet. Il en était là lorsque la porto s'ouvrit, et que Caroliu»» l'appela.
— Les deux derniers vers du sonnet, s'écrièrent ses amis, ne les emportez pas.
Un jour naUront des fleurs plus belles , r~-.„^ Soleil de mon ciel éclaire i !
Et il déposa un baiser sur le front de sa femme.
— Que leur contiez-vous donc là? demanda-t-elle.
— Rien... je leur disais un sonnet que j'ai composé pour vous.
— De)*à.^... fit- elle ; c'est charmant, à la bonne heure!
— Oui, déjà, répondit Edmond.
— Vovons, récitez-le moi.
Edmond clouira un sourire et déclama sérieusement cette informe pièce qui est tout le pendant du sonnet d'Oronte :
Avec les proiiiiersft'ux. du joui-,
Les premiers rayon* de l'aurore ,
Faibles comme eux, iremblans encore,
Oh! reçois mes soupirs d'amour!
Respire-le charmante femme
Cet encens qui brûle en mon âme ,
Le doux parfum de celle fleur
Que lu Hsnaîlre dans mon cœur...
Toute chose suave et [)iire
Toute chose (|ui passe ou dure
Tu l'aitires — l'amour aussi.
Au feu de tes chastes pruuelles
Un jour naîtront des fleurs plus belles
Caroline l'embrassa avec fureur. Il n'y avait certes pas de quoi.
— OAlcesteîoù es-tu? s'écria Edmond en se retournant vers ses amis.
Edmond ne fit plus un seul vers, et il eut raison ; il doubla et tripla sa fortune par des spéculations , il n'eut pas tort.