‹ Un Médecin au Service de l'HistoireChapitre 10 sur 23 · NE DE · texte numérisé non relu

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t-elle de nombreuses objections. Comment accepter une thèse fondée sur des prémisses très discutables ? Taine voudrait résoudre les problèmes historiques comme des équations. Bien que psychologue il fait bon marché du libre arbitre. Si l’homme dépend en partie de sa race, de son milieu, de son époque, sa volonté de même que le hasard peuvent le soustraire à la fatalité d’un déterminisme engendré par des causes externes et générales. Sous le bénéfice de ces observations, Cabanès reconnaît à Taine le mérite d’avoir été le premier à introduire les procédés de la clinique pour la compréhension de l'Histoire.

Pour Cabanès, son véritable précurseur est Littré. Celui-ci fit de sérieuses études médicales et passa son internat. Toute sa vie, il s’intéressa à notre profession. A la fin de sa carrière, il disait : « Malgré tout et quoique la médecine m'’ait coûté, je ne voudrais pas qu’elle eût manqué à mon éducation générale. » Quelle que fut l’orientation de son activité et particulièrement dans le domaine historique, il manifesta toujours sa formation médicale. De la salle d'hôpital et du laboratoire il conserva la méthode d'analyse et de critique scientifique qu’il appliqua à l'Histoire. Son but fut «d'éclairer la médecine ancienne avec le flambeau de la médecine moderne ».. Pour cela, à sa connaissance approfondie de la médecine il joignit celle des textes historiques. Littré a pleinement réalisé son dessein. Avec une méthode sûre, il a le premier redressé maintes erreurs hisloriques, expliqué

scientifiquement des faits que l'antiquité ou le moyen

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âge rattachaient à des divinités occultes. C’est lui le ‘créateur de la méthode médico-historique.

Son disciple Brachet voulut créer une science nouvelle, « la pathologie historique ». Malheureusement, il n’était pas médecin comme son maître. Aussi, bien qu'appliquant la méthode de Littré, son insuffisante préparation médicale lui fit commettre des erreurs. Toutefois il approfondit le sillon tracé par Littré et dans lequel Cabanès allait s'engager.

- Grâce à son talent, à son érudition, Cabanès a remis en honneur la méthode médico-historique injustement décriée par les historiens rebelles à cette innovation. De très bonne heure, attiré par l'Histoire, il accumula des documents innombrables et étudia, en - clinicien avisé, les symptômes morbides présentés par ses patients. Il fut non seulement médecin praticieu, mais également anatomopathologiste, psychiâtre, hygiéniste : « Nous ne fouillons pas seulement les viscères, dit-il, nous disséquons les cerveaux. Nos opéralions ont un autre but que de porter un diagnostic rétrospectif, elles visent à éclairer la psychologie par la physiologie et la pathologie. » Son unique dessein

fut la recherche de la vérité. En savant, il estimait que

ses conclusions n'étaient pas immuables. Parfois, lui-,

même les modifiait après la lecture de nouveaux textes

ou après des conversations avec des critiques. Trop souvent même, il ne concluait pas, craignant que son opinion ne fût pas étayée sur des preuves irréfutables. Il débrouillait en partie les énigmes mais hésitait à

les résoudre d’une manière définitive.

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