‹ Un Médecin au Service de l'HistoireChapitre 15 sur 23 · TT · texte numérisé non relu

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Le poison et la sorcellerie à travers les âges et le pays y sont amplement traités. Les auteurs nous instruisent de la préparation des drogues homicides et de leurs meurtrières utilisations en Grèce, dans la Rome antique, à la cour pontificale, en France, en Espagne. Ils terminent par une étude très intéressante sur les poisons employés de nos jours et notent l'intervention moralisatrice de la science. Grâce à ses progrès, les analyses chimiques, physiques, biologiques, de plus en plus précises, décèlent aisément les poisons les plus variés et les plus subtils. La facile découverte du corps du délit inspire une crainte salutaire aux empoisonneurs et entraîne une diminution de la criminalité. Ù

Par leur examen critique, les auteurs détruisent bien des légendes qui «alimentent la verve du romancier mais que l'historien ne peut accepter sans hérésie. Certes, ilest des légendes qu'il convient peut-être de ne pas déflorer, et le souci de la vérité historique ne doit pas en faire oublier le charme pénétrant ni la poétique morale. Mais celles-ci doivent être détruites qui nous présentent l'humanité plus mauvaise encore qu'elle ne l’est, qui sont la honte et non la gloire des sociétés passées ».

Les auteurs réhabilitent la mémoire de plusieurs personnages : des empereurs romains, Catherine de Médicis, le Régent, le placide Louis XVI lui-même que d’aucuns accusaient d’avoir voulu empoisonner

son serrurier.

En 1906, toujours en collaboration avec le DT Nass, Cabanès étudie la psychologie des foules dans « La névrose révolutionnaire ». C’est un vaste tableau de la psycho-pathologie de la Révolution de 89.

Les sentiments qui se sont emparés de la foule à cetté époque y sont analysés. Une importance capitale est attribuée à la peur : «cet affolement général et pour ainsi dire impromptu, caractérise parfaitement l’âme de la foule en 89.

L'assassinat de la princesse de Lamballe et les scènes horribles auxquelles il donna lieu sont décrits avec un luxe de détails et un réalisme qui fait frémir. Dans ce récit on sent Cabanès tout près d’abandonner son impartialité. Il s’'enthousiasme pour son sujet et sous le savant apparaît l'artiste dont la plume recrée le passé. À la lecture de cette description on partage l’avis de Jules Claretie : « Michelet eût salué en lui un vaillant élève ».

Mais combien le disciple s'éloigne du maître, lorsqu’il analyse avec toute la sûreté de sa science médicale l’aberration mentale de la multitude dans la tourmente. Les persécutés persécuteurs surgissent de toutes parts, l’instinct de conservation, si ancré dans l’âme humaine est aboli. Non seulement la mort n’est plus redoutée, mais elle exerce une étrange fascination, on s’y précipite. Le suicide revêt même l'appa-

rence épidémique. « Les femmes, écrit Cabanès, se

NES — résignèrent à un sacrifice auquel elles savaient ne pouvoir se soustraire, traitant la vie comme une maîtresse aimable mais infidèle dont il faut s'attendre à être quitté, et avec une philosophie toute épicurienne, savourant ses faveurs, consolées d’avance de ses disgrâces ».

Aux descriptions tragiques succèdent heureusement des sujets moins sombres qui, sollicitant notre attention, détendent notre esprit : les extravagances de la mode, le fanatisme de la langue, la littérature révolutionnaire.

Ce livre passionnant à une conclusion que Taine ne renierait certes pas : « Les sociétés, comme les individus, ont leurs fièvres, at cours desquelles elles éliminent leurs humeurs malignes et brülent leurs poisons. L'épreuve est parfois longue et douloureuse

mais elle a son utilité. »

Après les convulsions de la Révolution la grande figure de Napoléon s'impose à Cabanès. En quelques années paraissent « Napoléon jugé par un Anglais », « Dans l'intimité de l'Empereur », « Au chevet de l'Empereur ».

Ce n’est plus le stratège génial, révolutionnant l’art de la guerre, faisant retentir l'Europe et le monde du fracas de ses armes qui nous est dépeint. C’est le simple mortel, descendant d’une famille d’arthriti-

ques, en proie comme le commun des hommes aux

pre

misères familiales et domestiques et aux soucis de santé. Mais à ceux-ci, Cabanès ne leur reconnaîtra pas l'influence capitale que leur eût accordé Michelet. Toutefois il admet que, dans une certaine mesure, les fluctuations de santé de l'Empereur ont influencé son destin.

Sans attribuer la défaite de Waterloo uniquement à une défaillance physique de Napoléon, Cabanès insiste sur le fait que, souffrant d’une douloureuse crise hémorroïdaire, il était pénible à l'Empereur de rester en selle sur son cheval alors que les diverses phases de la bataille, ou se jouait le sort de son empire et de la France, eussent exigé des déplacements incessants.

A propos de la mort si controversée du captif de Sainte-Hélène, reprenant les témoignages des méde-

cins qui le soignèrent, Cabanès conclut que Napoléon est mort autant de que de cancer.

Dans « Les Indiscrétions de l'Histoire », « L'Enfer de l'Histoire », Les Coulisses de l'Histoire », « Les Enigmes de l'Histoire », « La Belle-Sœur du Grand Roi », « Légendes et curiosités de l'Histoire » qui se succèdent à un rythme rapide, les sujets les plus divers sont traités. Le tragique y cotoie le comique. Certaines pages même pourraient surprendre dans un travail aussi didactique. De graves sujets : Napoléon était-il épileptique ? les derniers moments du duc de

Berry, d’une haute importance médico-historique

Ses PTE

voisinent avec des frivolités, des grivoiseries : le nœud de l’aiguillette,les causes grasses de l’ancien parlement, la recherche de la paternité au temps jadis.

Certains critiques ont reproché à Cabanès ce mélange de sujets sérieux et légers. Nous ne partageons pas leur opinion. Bien au contraire, louons-le de savoir « passer du grave au doux, du plaisant au sévère », ainsi que le conseille Boileau. L’érudition de Cabanès, aussi vaste en Histoire qu’en Médecine, lui aurait parfaitement permis de séparer ses diverses études et de les présenter en des œuvres homogènes. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?

Aimant la diversité qui délasse, il a pensé que son lecteur n'était pas différent. Après avoir imposé une certaine tension d esprit avec l'examen de la psychologie de Charles-Quint par exemple, il estime une détente nécessaire et conte d’amusante façon : comment se mariaient les rois autrefois. De la sorte la médecine historique apparaît agréable, attrayante et non comme une suite compacte, monotone de faits

d’où se dégagerait fatalement l’ennui.

« La Princesse de Lamballe intime » nous introduit non seulement à la cour de Louis XVI, mais également dans les milieux scientifiques du xvin® siècle. La princesse fut une des premières adeptes de Mesmer et entraîna à sa suite la meilleure société autour du fameux baquet.

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Examinant la surintendante du point de vue médical, Cabanès, documenté surtout par les rapports du D: Saiffert qui soigna longtemps la jolie princesse, conclut qu’elle était épileptique.

Dans ce même livre, une bonne place est faite à Marie-Antoinette. De cette reine infortunée qui, dans le malheur et devant la mort allait faire preuve d’une grandeur d'âme et d'un courage remarquables, l’anecdote suivante dépeint à souhait le caractère léger et spirituel : c’est à Diane de Polignac que la reine, émue de certains propos scandaleux qui lui étaient revenus aux oreilles, dit un Jour : « Est-il vrai que le bruit court que j'ai des amants ? — On tient bien d’autres propos sur Votre Majesté, répondit la comtesse. — Lesquels ? — On dit que le beau Fersen est le père du Dauphin ; M. de Coigny de Madame Royale ; le comte d'Artois de M. de Normandie... et la Reine, interrompant avec vivacité l’énumération pour de-

mander : «et la fausse-couche ? »

Deux livres sur « Les Condé » corroborent une fois de plus la loi de dégénérescence. Le fatalisme héréditaire a présidé avec une despotique rigueur au sort de cette illustre lignée. Après son ascension et sa grandeur, nous assistons à sa déchéance. Elle à suivi la courbe inéluctable du destin. Le vainqueur de Rocroy portera au saummum la célébrité de sa famille,

après lui ses descendants tarés laisseront peu à peu

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