‹ Un Médecin au Service de l'HistoireChapitre 7 sur 23 · ARE · texte numérisé non relu

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il aimait recevoir chez lui des amis, des savants, des artistes. Son salon de la rue Lacépède réunissait l’élite spirituelle de Paris.

Il accueillait également avec intérêt les jeunes venant lui demander ses conseils ou son appui. Il les écoutait attentivement ou lisait avec soin leur manuscrit et leur disait toujours son opinion sans déguisement. Cette franchise brusque blessait quelquefois et si elle n'éloigna pas de lui l'estime et l'amitié des forts, elle lui valut la rancune des médiocres.

D'un caractère vif, il avait des sautes d’humeur qui Surprenaient ceux qui le connaissaient le mieux. Bien que d'une grande bonté, d’une générosité dont l’Association des journalistes, l’Académie de Médecine et la Bibliothèque de la Faculté ont largement bénéficié, il ne savait guère résister au plaisir de faire un mot d'esprit un peu rosse qui transformait son interlocuteur en un ennemi. Causeur gai et expansif il devenait parfois, sans motif apparent, triste et renfermé. Sa sensibilité toujours en éréthisme souffrait cruellement des critiques injustifiées. D’un abord facile, sa simplicité familière savait se mettre à la portée de tous et cependant il lui arrivait d’avoir un air hautain qui déroutait ceux qui ignoraient sa vraie personnalité.

En 1907, il fonda l'Association professionnelle des journalistes médicaux. Après en avoir été pendant quatre ans le Secrétaire général, il en devint le Vice-

Président. Dédaignant les honneurs, il refusa un an

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après la présidence que lui offraient ses collègues.

Réalisant une de ses idées les plus chères, il créa, en 1908, la Société médico-historique dont le but était de réunir artistes, savants et lettrés pour discuter ensemble des questions intéressant ces diverses branches intellectuelles.

A mesure que les années s écoulaient, sa collabo ration était de plus en plus recherchée, non seulement, par les journaux médicaux, mais encore par la grande presse. L’Ecluir, le Pelit Parisien, l'Excelsior, le Malin, le Dimanche Illustré, etc., etc., publièrent ses chroniques.

En 1 919, invité par une université étrangère — l’Université de Bruxelles — à venir faire des conférences, il y développa sa conception de la méthode médicohistorique. Conférencier très apprécié, malgré le peu de liberté que lui laissait ses multiples occupations, il exposa devant des auditoires de choix à Paris, à Nice, à Bruxelles, Liége et Anvers plusieurs sujets médico-littéraires.

Ses déplacements furent toutefois peu nombreux. Il passait presque toute l’année à Paris, ne s’absentant qu’au moment des vacances estivales pour se rendre à Vichy où il faisait une cure, puis à Gourdon sa ville natale.

Le travail écrasant qu'effectuait sans relâche Cabanès, épuisa peu à peu sa santé. Dès 1927, ses amis, remarquant sa fatigue et son changement de caractère, s'en émouvaient et insistaient pour qu’il

prît du repos. Il résistait, prétextant l’immensité de

l’œuvre à accomplir. Bien plus, son cerveau en suractivité, intensifiait encore sa produetion. Mais dans les derniers mois de cette année, lui-même, se sen-— tant malade, réclamait l’avis de ses confrères.

De Bordeaux, en novembre 1927, il écrivait au D: Molinéry : «... Je suis bien inquiet. Vous me trouverez bien déprimé moralement autant que physiquement. Que deviennent les projets de travail ? Pendant plusieurs mois au moins je m'en vais abandonner toute collaboration... »

Quelques semaines après, toujours au D' Molinéryÿ il envoyait ce mot : « Voici au vrai ma situation actuelle. Toujours un tic douloureux, mais plus supportable depuis que je ne sors pas, car voici qu’une bronchite est venue s'ajouter au reste, avec toux fréquente et expectoration abondante. Très légère fièvre les premiers jours mais qui paraît en décroissance. Encore mal de tête que je crois uratique, faute d’exercice, et je me ronge de ne pouvoir vaquer à mes occupations, vous devez le penser. »

Au début de 1928 sa maladie s’aggrava. La nervosité de son caractère s’exagérait sans cesse ; le moindre détail l’irritait, la plus petite remarque le consternait ou le mettait hors de lui. Chaque jour il entreprenait une tâche nouvelle sans que sa surexcitation cérébrale lui permît de la conduire jusqu’à l'achèvement. Des accès de fièvre survenant, il eut du délire, des hallucinations. Celle qui, durant toute sa vie, fut son incomparable compagne et collaboratrice,

le soigna avec un tendre dévouement, apaisant du

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mieux qu’elle put ses angoisses, prêtant les lumières de sa belle intelligence à ce cerveau qui, peu à peu, s’obcurcissäit.

Après de longs mois de souffrances physiques et surtout morales, le 5 mai 1928, Cabanès, âgé de 66 ans, expirait en son domicile à Paris, 5, rue Lacépède. Suivant sa volonté, ses obsèques eurent lieu en toute simplicité en l’église Saint-Médard sa paroisse. Aucun discours ne fut prononcé. L’inhumation se fit au cimetière de Gourdon comme ilen avait manifesté le désir.

Le bureau de l'Association professionnelle des journalistes médicaux voulant cependant honorer la mémoire de son fondateur et bienfaiteur, un Comité fut formé qui décida de faire placer un médaillon de Cabanès sur son monument funéraire. Lors de l'inauguration, le 1° septembre 1929, une cérémonie commémorative eut lieu. Là, en présence de Mme Ca-

‘ banès, des délégués d’associations littéraires et médicales, d’un public nombreux composé de médecins, d'artistes, de savants, plusieurs discours exaltèrent le

souvenir du grand Clinicien de l'Histoire.

La méthode médico-historique.

Si, dès 1903, dans la préface de la seconde édition du « Cabinetsecret del’Histoire >, Cabanès, en quelques pages, indiquait succinctement sa méthode et désignait les historiens dont il avait bénéficié, ce n’est qu'en 1919, invité par l’Institut des Hautes Etudes de Bruxelles, qu’il exposa, au cours de conférences très suivies, sa conception des rapports de la Médecine et de l'Histoire.

Ses conférences eurent un tel retentissement parmi les lettrés que, deux ans plus tard, en 1921, il les réunit et les publia en un volume « L'Histoire éclairée par la Clinique » où se trouve clairement présentée et développée sa méthode médico-historique.

Nous nesaurions trop souligner l’im portance de cette œu re, Capitale au jugement de l’auteur lui-même. Nous en avons le témoignage dans une lettre à un de ses critiques et amis auquel il avait, en janvier 1921, envoyé une copie de son manuscrit : «Je suis impatient de connaître votre appréciation sur l’ouvrage dont je vous ai remis les bonnes feuilles, parce qu’il est, pour

ainsi parler, ma propre substance, un plaidoyer pro

domo et que je fais bon marché de tout ce que j'ai publié si la doctrine que jy expose ne prend pas corps et n'est pas prise au sérieux. Mes efforts pendant plus de trente années auraient été vains, si on ne veut reconnaître qu’une idée directrice ya présidé.» L'analyse de ce livre nous fera saisir le processus de la pensée créatrice de Cabanès. Nous y trouverons les principes fondamentaux qui lui ont permis d'établir le plan et les solides assises du vaste monument médicohistorique qu'il avait entrepris et dont la réalisation allait exiger toutes les heures de sa vie exceptionnellement laborieuse. Nous relèverons, selon lui, les apports possibles du Médecin à l'Historien et le parti que celui-ci doit en tirer. Enfin, passant rapidement en revue les méthodes de ses prédécesseurs, nous exposerons la

sienne.

Dans l’avant- propos de «l'Histoire éclairée par la clinique » Cabanès constate que le vaste champ d’action de la Médecine va, chaque jour, s agrandissant. De grands esprits ont toujours particulièrement apprécié cette science et reconnu la légitimité de ses droits. Béclard, l'illustre chirurgien disait : « La Médecine, par la grandeur de son objet, l’homme, est, de toutes les sciences, la plus mêlée aux autres... Le Médecin, par l'étendue de sa mission sociale, a le droit de faire partout sa place ». Descartes, Chateaubriand, Littré, Renan et tant d’autres partageaient cet avis.

Pénétré de cette idée, déjà en 1896. dans sa revue

« La Chronique Médicale » Cabanès déclarait : « La

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