‹ Un Médecin au Service de l'HistoireChapitre 8 sur 23 · A RE · texte numérisé non relu

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Médecine touchant à toutes les branches de l’activité humaine, le Médecin doit aider dans sa sphère à la solution des problèmes historiques, littéraires, philosophiques ou sociaux qui réclament le concours de tous les intellectuels. »

© Or, comme il le remarque, le Médecin est de plus en plus sollicité de partager la vie sociale politique et économique de son pays. Et pour légiférer, bien souvent le législateur doit recourir à son avis.

Cette emprise de la Médecine, Cabanès en trouve une preuve originale dans la vulgarisation des termes médicaux. Que d'expressions purement médicales sont tombées dans le domaine public, devenues d’un emploi courant ! N’est-elle pas d’un orateur politique cette hardie comparaison de «ceux qui méditent un bouleversement hasardeux de la société à ces aventuriers du scapel... qui veulent placer la France de force sur une table d’opération P »

Elaborations cérébrales par comparaison, analogie, transposition de nos sensations accidentelles ou répétées, les images puisent naturellement leurs éléments dans le milieu où l’on vit, aussi sont-elles souvent d'ordre professionnel. Si le public étranger à la médecine use d'images médicales, c’est à la présence presque constante du médecin dans sa vie matérielle, intellectuelle et morale qu'il convient de l’attribuer.

Non seulement la médecine intervient chaque jour davantage dans la vie économique, politique et so-

ciale, mais matière de plus en plus substantielle pour

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la science des sciences, elle tend à modifier certaines conceptions philosophiques et à rétrécir la sphère métaphysique. Si, longtemps, la médecine a été volontairement oubliée par la philosophie, les philosophes modernes en tiennent grand compte, leurs doctrines philosophiques en portent témoignage. Nombreux sont les médecins qui leur ont prêté un concours effectif et souvent décisif. Parmi les plus illustres, citons : Gassendi, Leibnitz, Littré, Claude Bernard.

Cette mise à contribution de la médecine par la philosophie est due à ce que, tout en demeurant un art, la médecine s’est engagée dans la voie scientifique. Par ce côté scientifique, notamment, elle s’est imposée à la psychologie qui lui doit toute la richesse de la physiologie expérimentale.

Si, pendant des siècles, on a admis la dualité du corps et de l'esprit, considérés comme deux éléments distincts, indépendants d’un même individu, qui nierait aujourd'hui leur interdépendance ? Qui prétendrait qu’un affaiblissement organique ne retentit pas sur les facultés intellectuelles ?

Certes, quelques natures exceptionnelles paraissent «avoir une âme maîtresse du corps qui l’anime ». Leur extrême rareté confirme, pourrions-nous dire, la règle. Pour un Grégoire le Grand ou un Guillaume de Nassau gardant intacte leur intelligence, la plénitude de leur jugement, la fermeté de leur volonté, que d'hommes illustres, sans compter les simples mortels ont eu leur jugement troublé, faussé, leur volonté amoindrie parfois jusqu'à l’annihilation, leur

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intelligence obscurcie et même éteinte par la maladie, moins encore, par de menues misères physiologiques !

Sans parler des lésions cérébrales ou médullaires qui relèvent du neurologue ou de l’aliéniste, il n’est pas contestable qu'un être tourmenté par la douleur physique n’a pas les mêmes réactions intellectuelles et volitives qu'à l’état de santé. L'exemple est remarquable de Marat dont le démon sanguinaire s’exaspérait avec l’acuité de ses douloureuses crises d’eczéma.

Ce facteur physio-psychologique joue un rôle im-— portant, souvent primordial, en Histoire, ainsi que nous le verrons à la suile de Cabanès qui se demande si l'Histoire est une science.

Restée longtemps purement littéraire, l'Histoire a l'ambition de prendre rang parmi les sciences. Le pourra-t-elle ?

L'une des principales règles scientifiques formulées par Bacon, l’expérimentation, est interdite à l'historien. D'autre part la caractéristique essentielle de la science est l'établissement de lois générales. Si, de même que le savant l'historien observe les faits, ses déductions ne sont valables que pour l’éphémère espace de temps de ses observations. En Histoire, les siècles se succèdent, chacun d’eux apportant des faits imprévisibles, nouveaux. L’historien doit, comme Pascal, avec humilité songer : ... «à toute l'éternité qui l’a précédé et à toute celle qui le suit ». En définitive, « l'Histoire, écrit Cabanès, ne nous fournit aucun moyen de calculer le cours des nations avec préci-

sion et rigueur comme nous calculons le cours des

pee

astres de prédire que, à telle ou telle époque, une nation sera ceci ou cela, comme nous pouvons prédire qu'à une certaine date, un astre arrivera à tel

point de l’espace ».

L'Histoire n'étant pas une science, tend-elle à le devenir ? De quelle façon ? En étayant ses connaissances sur d’autres sciences que Cabanès passe en revue. La statistique, l’ethnographie, la démographie, la géographie, l'astronomie, la chimie, la météorologie. Si surprenant que cela puisse paraître, la météorologie a une répercussion non négligeable sur les événements historiques ainsi que nous l’apprend : « Mœurs intimes du passé » série IX où Cabanès consacre tout un chapitre à l'influence du facteur mé-

téorologique sur le cours de Histoire.

La géologie avec ses bouleversements, ses cataclysmes et surtout l’archéologie ont fourni une riche substance à l'Histoire. En mettant au jour des villes entières, en ouvrant des tombeaux, en déchiffrant des inscriptions pour surprendre leur secret, l’archéolo: gie a ressuscité des civilisations disparues, ignorées même, avec tout ce qu’elles comportaient d’art, dé sciences, d'industrie, de commerce, de vie sociale et de lutte jusqu’à leur anéantissement final.

La philologie, l'anthropologie, l’héraldique, la numismatique, l’épigraphie, la paléontologie, la préhistoire, enfin tout récemment la photographie et la radiologie par leur contrôle écartant la supercherie,

la mystification ont permis l'identification des docu-

LL es

ments, l'affirmation de leur authenticité et leur Juste utilisation.

« Toutes ces sciences, écrit Cabanès, dont quelques-unes nées d'hier, ont apporté leur contribution à l'Histoire, qui n’a pas dédaigné leur aide : pourquoi le pathologiste ou si l'on préfère le médecin, se verrait-il refuser un concours offert dans le seul but d'atteindre cette vérité qui se laisse si malaisément approcher ? »

L'Histoire étudie la vie des nations, lesquelles groupent des individus. Or, comment: comprendre l’évolution d'un pays, ses révolutions — véritables crises aiguës morbides au cours de son existence — sion ne pénètre la psychopathologie de la foule? Dans un livre, solidement documenté, écrit en collaboration avec le D' Nass : « La névrose révolutionnaire », la versatilité, le déchaîinement des instincts, des réflexes de la foule sont parfaitement mis en évidence et analysés. Sans les excuser, on s'explique les atrocités commises durant la révolution de 89 et qui fatalement se renouvellent à chaque mouvement révolutionnaire ; révolution cubaine, mexicaine, espagnole, etc., etc.

D'autre part, dans ces foules impressionnables, mouvantes, effervescentes, des hommes surgissent qui, par un magnétisme personnel, les subjuguent et finalement les dirigent tout comme font en temps normal les chefs légitimes. Usurpateurs ou chefs légitimes sont les esclaves de leur psychisme et pour

prendre un terme plus générique de leur tempéra-

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