L'OBSERVATION DANS FERNEL
losophique préconçu'. Dans cel ordre de recherches, le savant doit étudier les faits sans parti pris, et « consigner « la porte de son laboratoire à la métaphysique ». C’est à cette condition seule que la physiologie moderne a pu aTTIver à des résultats positifs, et découvrir des lois générales. La même méthode s'impose à la psychologie, en tant que science de faits. Tout essai d'explication fondé à priort sur une hypothèse métaphysique peut avoir son originalité, sa grandeur, sa vraisemblance même ; mais personne ne songerail à la donner aujourd’hui comme scientifique.
C’est ce que Fernel n'aurait pas compris. I croit si fermement à l'excellence de la méthode déductive, qu'il expérimente rarement; s'il le fait, c'est uniquement dans le but d'apporter une confirmation aux arguments théoriques. Aussi, rien de plus opposé à l'expérimentation méthodique. Chez lui, les résultats de l'observation sont connus et annoncés d'avance, et ceux-là seuls ont droit de se produire qui sont conformes aux exigences de la démonstration. S'ils s'en écartent, on les y ramène de force. Les exemples abondent. Je n'en citerali que deux.
Fernel expose, dans sa théorie des tempéraments, que chaque partie du corps a son tempérament propre, c'està-dire que, parmi les qualités élémentaires qui la constituent, l'une d'elles, see ou humide, froid ou chaud, prédomine. Mais une objection se présente. Comment concilier cette doctrine avec l'expérience, d’après laquelle nous trouvons que tous les organes internes, sans exception, sont chauds? C'est, dit-1l, que les parties intérieures paraissent chaudes, et le sont effectivement, parce qu'elles sont animées d’une chaleur adventice, artificielle, ana-
1. CL Bernard, Introd, à l'élude de la médecine expérimentale, p. 386.
à Cible