L'OBSERVATION NÉGLIGÉE
dogmatiques, méthodistes, pneumatistes, éclectiques, empiriques, ont gardé leurs positions. On n'a commencé à voir nettement le côté caduc de toutes ces théories qu'en les mettant à l'épreuve de la pratique. Celles qui, appliquées aux faits, ont paru le mieux rendre raison des phénomènes, ont par cela même semblé les plus vrasemblables. Mais c’est un pur hasard. Leurs auteurs ne les avaient point construites en partant de l'observation, et, lorsque nous les jugeons d’après leur application à la réalité sensible, nous faisons le contraire de ce qu'ils ont fait. Ils se plaçaient du premier coup, par une vue intuitive, dans les généralités, et passaient de là aux faits particuliers, qu'ils croyaient ainsi dominer. Faut-l s'étonner s1 la transition est souvent forcée, et si, ces faits particuliers, 1ls n’ont pas su les observer ?
Avec leur méthode, l'observation, presque toujours inutile, pouvait devenir gênante. Il pouvait se présenter des faits qui fussent en contradiction formelle avec la théorie. On avait bien, pour les expliquer, la ressource des causes occultes ; mais enfin, ce n'était qu'un expédient. La tentation devait être vive d’écarter de parti pris ces faits importuns, ou de les nier délibérément. D'ailleurs, même avec la plus entière loyauté, est-on dans de bonnes conditions pour observer et étudier un phénomène lorsqu'on est convaincu d'avance qu’on en connaît les causes et les lois ? Lorsque Bacon a formulé les règles de la méthode inductive, 1l a bien vu qu'il fallait ajouter à l'esprit du plomb, non des ailes. Et lorsque CL. Bernard a montré avec une sagacité admirable les précautions à prendre dans l'application de la méthode expérimentale aux questions les plus délicates de la physiologie, 1l n’a pas méconnu le danger qu'il y a pour l'observateur à ne pas avoir l'esprit entièrement dégagé de toutsystème phi-