EXEMPLES D OBSERVATIONS
cela que l'huile est le plus inflammable des corps, parce qu’elle contient beaucoup d'air. L'esprit doit donc avoir pour aliment une humeur analogue à l'huile : c’est l'humide radical, qu'on conçoit, mais qu'on ne voit pas, et qui sert à la chaleur innée de matière et d'aliment. Et, comme il y a toujours trois choses à considérer dans les objets, leur composition élémentaire, leur matière et leur forme, il s'ensuit que, à cette trinité abstraite, l’esprit, l'humide radical et la chaleur innée, doivent correspondre trois humeurs dans les corps concrets : l'humeur huileuse, l'humeur alimentaire et l'humeur élémentaire. Fernel n’est pas embarrassé pour les trouver : il distille des branches d'arbre vertes, ou de la cire, ou de la poix, et1l voit successivement apparaître les trois liquides qu'il avait prévus. Il les voit encore se séparer lorsque l'on fait brûler du bois, et aussi lorsque, dans les forêts, les arbres meurent de vieillesse et pourrissent. Il verrait bien d'autres choses, si la théorie l’exigeait, lui qui a vu que l'aimant frotté d'ail n’atüre plus le fer, et qui a vu naître du limon de la terre, « les serpents, les sauterelles, les «vers, les mouches, les rats, les chauves-souris et les « taupes ! ».
Malgré tout, 1l n'est pas un de ces métaphysiciens purs, qui, perdus dans les abstractions, n'aperçoivent plus les réalités. Il y a deux hommes en lui : le philosophe qui affirme bien haut qu'il n'y a pas de science des cas particuhers, et le médecin qui reconnaît que, sans ‘étude de ces mêmes cas, on ne saurait rien faire de grand ni d'utile. L'un proclame la dignité de la théorie, l'autre avoue la nécessité de la pratique. Les textes abondent, qui prouvent que tantôt Fernel parle en méde-
1. J. Fern., De abdit. rer. caus., 1. 1, ch. var, p. #40, à la fin.