‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 104 sur 345 · FERNEL PRATICIEN ET THÉORICIEN · texte numérisé non relu

FERNEL PRATICIEN ET THÉORICIEN

plus de prudence et d'initiative à la fois dans le traitement. L'homme qui a su ainsi voir et décrire était mieux qu'un savant de cabinet. Et pourtant, il est aisé de voir que lui-même faisait au moins autant de cas de ses déductions philosophiques que de ses connaissances pratiques ; ou plutôt, ces deux tendances, métaphysique et positive, qui semblent s'exelure ou du moins se combattre, se concilient parfaitement chez Jui.

C'est que, pour Fernel et pour ses contemporains, la nécessité de fonder la science sur des principes n'est pas discutable. Ces prétendus principes, dont nous apercevons aujourd'hui l'inanité, étaient à leurs yeux l'évidence même. Ils voyaient dans les axiomes légués par la physique ancienne l'expression exacte et complète des lois de la nature. Ils ne songeaient pas à les vérifier, car tout, dans le monde, leur paraissait les confirmer. Ils ne pensaient pas à se demander si ce n'étaient pas là uniquement des produits de l'hypothèse, de l'imagination, de la spéculation métaphysique. Ils les croyaient vrais, 1ls employaient toutes les forces de leur esprit à en tirer les conséquences, el à appliquer ces conséquences aux cas particuliers ; ce qui ne les empêchait nullement de reconnaître que l'étude des phénomènes sensibles est une nécessité d'ordre pratique, et que, sans elle, on ne peut avoir une science complète. Lorsqu'on envisage su perficiellement l'œuvre de Fernel, on est tenté de croire qu'elle se compose de deux éléments juxtaposés, mais non fondus ensemble : d’un côté les systèmes et les théories, docte arsenal où l’on puise des armes pour argumenter et discuter : de l’autre, les notions empiriques, les remèdes plus où moins nombreux, les faits positifs, fruits de l'expérience individuelle. Chez Fernel comme chez ses contemporains, la pratique serait indépendante de la théorie,

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