LEUR CONCILIATION
dence sensible. En réalité, Fernel pense, comme Galien, que le véritable médecin doit être philosophe ; il exige de lui la connaissance spéculative des causes premières, des principes, des éléments, des systèmes, des théories. Mais il exige aussi l’habileté pratique, l'expérience personnelle et le discernement des cas particuliers. Le doctrinaire et le praticien se concilient très bien chez lui, et se complètent l'un par l’autre; et c'est Justement ce qui fait le caractère intéressant de sa psychologie. Ce serait une erreur que de vouloir faire de lui un dogmatique en théorie et un empirique en pratique.
Rien dans ses écrits n'autorise un pareil Jugement ; rien ne l’autorise davantage dans ce que nous savons de son caractère et de celui des grands médecins du xvie et du xvue siècle. Pourquoi leur faire le tort de supposer qu'ils auraient pieusement gardé et obstinément défendu contre toute attaque une doctrine où ils n'auraient vu qu'un inutile fatras scolastique? La tradition, la routine, l'esprit de corps n'expliqueraient pas suffisamment cet attachement passionné de la médecine à ses dogmes. On ne défend si courageusement que ce qu'on croit être la vérité. Suivant la remarque de M. Raynaud ?, ce qui nous rend malgré nous indulgents pour les partisans obstinés des vieilles théories, partout battues en brèche, c'est de les voir « si convaincus dans leur immobilité systéma- « tique, si honnêtes malgré leurs préjugés et leur fautes... « si candides, si simples, si respectables ?. » Leurs théories nous semblent à juste tilre anti-scientifiques ; mais ils y ont cru de toute leur foi, et, bien loin d'y avoir apporté des restrictions dans la pratique, ils les ont tou-
1. Raynaud, Les médecins au temps de Molière, p. #59. FLAT Di