‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 117 sur 345 · LES QUALITÉS DES ÉLÉMENTS · texte numérisé non relu

LES QUALITÉS DES ÉLÉMENTS

rien, pas même le plomb ou l'or, n'est plus sec et plus lourd que la terre ; rien n'est plus froid que l’eau, ni plus humide que l'air. Ces qualités sont au plus haut degré : elles ne peuvent augmenter, mais elles peuvent diminuer, sous l’influence d'une qualité contraire. Enfin, dernière conséquence, chaque élément possède une qualité secondaure, simple elle aussi, mais qui n’a pas atteint, comme la qualité essentielle, son maximum. Le sec se joint au chaud dans le feu, le chaud à l’humide dans l'air, l'humide au froid dans l’eau, le froid au sec dans la terre. Ce sont, prises deux à deux, des qualités analogues, tant par leur nature que par les permutations qu'elles rendent possibles. |

Telle est la conception des éléments et de leurs qualités, dont les combinaisons presque infinies produisent tous les objets de l'univers, aussi bien le corps de l’homme et des animaux que les plantes et les minéraux. Si l’on s’en étonnait, 1l suffirait de considérer que deux substances sont nécessaires à l'être vivant pour naître et se développer : d’abord la semence, puis le sang maternel, qui fournit les aliments à l'embryon. Or, ces aliments, de quelque nature qu'ils soient, sont eux-mêmes produits par l'union des éléments : car un seul d’entre eux ne pourrail rien produire, à plus forte raison rien nourrir. Tous les êtres vivants, quant à leur corps, dérivent des éléments, les uns immédiatement, les autres par une longue série d'états intermédiaires qui dérobe aux recherches leur véritable origine. D'ailleurs, lorsqu'ils meurent, la combinaison se dissout, et les éléments sont remis en liberté. A la mort, la chaleur innée qui animait le corps de l’homme rentre dans le feu élémentaire ; l'esprit retourne en partie au feu, en partie à l'air; les humeurs sont restituées à l’eau et les parties solides à la terre. Enfin, dernière preuve

que le corps humain est formé par les éléments, c'est le fait qu'il souffre. Et, comme Hippocrate l'avait déjà remarqué, ce qui est simple ne saurait souffrir !.

Cette théorie des éléments est d’une extrême importance pour la connaissance de la philosophie de Fernel ; mais iln’y a presque rien introduit de personnel. Elle avait été imaginée, dès une haute antiquité, par les philosophes qui cherchaient à expliquer au moyen d’un petit nombre de principes l’infinie diversité des êtres et des phénomènes. Empédocle paraît avoir conçu le premier l'existence de quatre modalités essentielles de la matière amorphe. Sa théorie était dans tout l'éclat de la nouveauté au temps d'Hippocrate. Celui-ci l'adopta, lui donna un grand développement et l’appliqua à la médecine. Il est bien difficile aujourd'hui de distinguer, dans la collection hippocratique, ce qui appartient à Hippocrate lui-même, et la doctrine des éléments y est singulièrement hétérogène. Parmi les livres qui la composent, quelques-uns admettent les quatre éléments ? ; d'autres n’en considèrent que deux *; d’autres enfin attribuent tous les faits physiologiques à l’action d'un seul élément *. Mais, ce qui est commun à tous les auteurs hippocratiques. c’est l’idée de faire à l'étude du corps humain, à la physiologie et à la thérapeutique l’application particulière des théories cosmogoniques d'Empédocle. Pour cela, ils imaginèrent de faire correspondre aux qualités élémentaires quatre humeurs cardinales, qui jouent dans le corps de l’homme le rôle d'éléments secondaires. Le sang, la bile, l’atrabile et la pituite furent, dans l'être

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