‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 121 sur 345 · RÉFUTATION DES SCOLASTIQUES · texte numérisé non relu

RÉFUTATION DES SCOLASTIQUES

propre théorie nous parait aujourd'hui bien artificielle et appuyée sur des raisons peu convaincantes, elle n’en offre pas moins d'intérêt, en ce qu'elle est franchement réaliste, et, dans son principe, analogue aux théories de la chimie moderne. Malheureusement, si Fernel a raison contre les scolastiques, s'il soutient à bon droit contre eux que les éléments sont des corps doués d'une réalité indépendante et d'énergies propres, au lieu d’être de vaines entités, il leur ressemble singulièrement par les arguments qu’il emploie. L'on s'aperçoit, à le lire, que le moment n’est pas venu où les discussions scientifiques auront lieu sur le terrain de l'expérience et des faits.

Il commence par épiloguer sur les mots, en bon scolastique. Quand on parle, dit-il, du chaud, du sec, etc., on entend tantôt des qualités, tantôt des substances; c'est une question de degré. Certains corps, le pain, la viande, le vin, le poivre, sont dits chauds, mais relativement: le sec n’est que relauf dans les cartilages, Îles membranes, les nerfs, les os et tant d'autres choses. Au contraire, la terre, l'eau, l'air et le feu sont les seules substances qui possèdent au degré éminent les quatre qualités primordiales, et par suite, les philosophes anciens ont employé indifféremment les noms des qualités et ceux des substances. Mais ce sont toujours les substances qu'ils ont voulu désigner. Ce qui le prouve, c'est qu'ils conçoivent tous les corps de l'univers comme constitués par le mélange des éléments; or, comment des qualités purement abstraites pourraient-elles former des corps matériels ?

Il n'est pas moins absurde, d’après Fernel, de soutenir que les éléments n'existent nulle part à l’état de pureté. Un chimiste contemporain à qui l'on ferait par hasard une objection de ce genre à propos des corps simples

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