SUBSTANTIALITÉ DES FORMES
concilier la philosophie d'Aristote avec les doctrines du christianisme, ait tenu à prouver solidement la substanüalité des formes !.
Une chose diffère d’une autre non par la matière, qui au fond est identique dans toutes, mais par la forme, qui est spéciale à chacune : «Si, parmi les objets de la nature, il «se trouve diverses espèces et divers genres, si chaque « chose a son essence propre, 1l faut que, outre la matière «© commune, 1] y ait un autre principe qui la fasse être ce « qu'elle est... Il est donc nécessaire que la forme soit la € première et la principale partie de toutes les choses ? ». Cela est vrai d’abord pour les formes des éléments. « Si le feu est une substance, ce qui le fait être feu est «aussi une substance. Or, cette raison d’être du feu, «vous ne le nierez pas, c'est la forme. Il faut done con- « clure qne la forme du feu, de même que celle de n’im- « porte quel élément, est une substance. C'est pourquoi, « si nous voulons définir un élément ou toute autre « chose, nous ne le définirons ni par sa figure, n1 par sa « couleur, ni par sa beauté, ni par sa laideur, mais par « cette substance d’où toute chose naturelle tire son « essence. Et cette substance, c'est la forme, qui enferme « la définition de chaque objet *. » La difficulté est plus grande à l'égard des corps composés. Dans une plante ou
1. Cette préoccupation de concilier la philosophie grecque avec le christianisme est visible en maint endroit chez Fernel. Bien que sa philosophie soit péripatéticienne avant tout, il n'hésite pas à dire, par exemple, que si les Alexandrins ont bien interprété Platon, c’est qu'ils avaient emprunté leurs lumières aux chrétiens (De :abd, rer. caus., Præf.) Il consacre un chapitre (le 1x°) à montrer que «la théorie d’Aris- « tote sur la création, qui est aussi celle de Platon, est d'accord avec l'Écriture sainte ».