FORME ET MATIÈRE
est pas moins vrai que la lecture du seul livre de métaphysique qu'il ait écrit fait éprouver une déconvenue. La première partie est d'un philosophe érudit, profond, habile à exposer ses théories, et à dramatiser leur développement. Et, sur cette base solide, il n’a su élever qu'un frêle échafaudage de divagations où la médecine, le mysticisme et l'astrologie se mêlent étrangement à la philosophie.
Mais, de ce que la conclusion de son livre est peu satisfaisante, 1l ne s'ensuit pas que les prémisses en soient sans valeur. Ce n’est que tout à fait exceplionnellement que Fernel s'égare. A l'ordinaire, non seulement il ne donne pas dans les rêveries de l'illuminisme, mais encore il a peu de goût pour la spéculation purement abstraite.
C'est un esprit plus positif que métaphysique, et qui aime à se tenir aussi près que possible des réalités. Aussi, ne fait-1l pas de la forme un être de raison, un principe susceptible de se manifester en dehors de tout sujet malériel. En soi, c'est une substance incorporelle, mais, relativement à nous, elle n'existe el n’est connue que dans son union avec la matière ; et celte union ne peut avoir lieu que si certaines conditions sont remplies. La forme vient déterminer et animer la matière, mais elle ne le peut que lorsque la matière a été préparée pour la recevoir. La forme est donc corrélative de la matière, et les deux principes se conditionnent mutuellement. Telle forme ne peut s introduire que dans telle matière, et la forme n’est
mènes, se retrouve chez les esprits les plus scientifiques. Sans parler des doctrines hermétiques de Paracelse, de Fludd, des innombrables archées de Van Helmont, cette influence se fait sentir sur Stahl luimême, en plein xix° siècle. « Képler la subissait encore lorsqu'il don- « nait aux planètes une âme directrice pour les conduire dans l’espace » (A. Lemoine, Vital. de Stahl, p. 4).