‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 158 sur 345 · L'AME PRINCIPE DE VIE · texte numérisé non relu

L'AME PRINCIPE DE VIE

Il faut, pour qu'il y ait vie, l'union d'un corps et d’une âme, c’est-à-dire d’une matière et d'une forme. Nous ne concevons pas plus l'âme, réalisée à part du corps, que nous ne concevons une forme sans matière. Et, d'autre part, tous les êtres vivants, quels qu’ils soient, ont une âme qui les fait être ce qu'ils sont, en tant que vivants, et qui les détermine les uns par rapport aux autres.

Pour Fernel comme pour Aristote, l'âme est donc avant tout principe de vie, et c'est uniquement par ses propriétés vitales qu'ils la définissent l’un et l’autre !. De cette conception découlent des conséquences qu'il est nécessaire d'indiquer.

Elle suflirait tout d’abord à justifier Fernel et les dogmatiques du reproche que leur adressent souvent les auteurs modernes, d'avoir mêlé la philosophie à la médecine, les considérations théoriques aux notions positives, et les hypothèses abstraites aux constatations de faits 2. Les médecins modernes, lorsqu'ils essayent de déterminer les rapports du physique et du moral, veulent tirer de cette étude des conclusions pratiques, qui leur permettent d’avoir plus de sûreté dans le diagnostic des maladies et d'efficacité dans leur traitement. Ils aban-

1. Galien, que Fernel suit si volontiers, déclare que non seulement la nature de l’âme lui est inconnue, mais encore qu'il ne croit pas philosophique d'en essayer une définition. Ceci au déplaisir de Riolan, qui dit : « Philosophi disquisitione dignum erat sitne animæ substantia elemen- « taris, cœlestis, an supercælestis » (Comment., p. #7). Le terme d'entéléchie ne lui plaît pas ; il le trouve vague et équivoque. Est-ce une forme, un genre, une substance? Mais la définition qu'il propose (animam esse formam corporis animati) revient au fond à celle d'Aristote. Toutes les objections qu’on peut faire à celle-ci subsistent, quels que soient les termes, du moment qu'on définit l’âme par ses propriétés vitales (v. Chaignet, Psychol. d’Aristote, p. 589).

2, Par exemple, Renouard, {list. de la méd., L. 11, p: 1405.

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